Au plaisir de se rencontrer, de partager et réfléchir ensemble ! Ci-dessous un avant-goût du Focus de nos (F)estives de la décroissance 2026, en particulier un programme détaillé, et des éléments du fil rouge qui nous y a conduit. Avec, et remercions Alain Bashung pour cela, des titres de chansons pour titres, plus ou moins abstrus, plus ou moins bien choisis.
* Une histoire de plage *
La décroissance n’est pas hégémonique, le constat est sans appel. Pis encore, c’est la pensée néo-réactionnaire qui semble pouvoir étendre son hégémonie culturelle, pourtant fruit d’une dynamique bien plus récente.
C’est donc qu’il doit y avoir des freins, mais lesquels ? Voilà l’objet de notre focus, essayer ensemble de les identifier puis de les comprendre, avec l’espérance de dessiner des pistes de sortie de ces ornières.
Des ornières, car les freins nous semblent anciens, la décroissance n’est pas née de la dernière pluie, et l’adage il faut donner du temps au temps ne peut être une explication suffisante.
** Ne partons pas fachés **
En 1972, dans le sillage du rapport Les Limites à la croissance (dans un monde fini), le terme décroissance apparaissait pour la première fois dans le Nouvel Observateur, sous la plume d’André Gorz, qui fait l’objet de la Rencontre de ces (f)estives de la décroissance 2026.
Les décennies suivantes consistèrent en la lente naissance d’un corpus théorique, autour de différents courants qui conduiront à la décroissance : l’environnementalisme, la bioéconomie, le post-développementisme, l’économie écologique… Notamment en relisant ou en lisant Rachel Carson, Nicholas Georgescu-Roegen, Bernard Charbonneau, Herman Daly, Serge Latouche, Cornelius Castoriadis, David Harvey…
En 2002, l’organisation du colloque Défaire le développement, refaire le monde marquait la naissance théorique et politique de la décroissance. Le tournant des années 2010 fut d’ailleurs particulièrement riche pour la décroissance politique, jusqu’à atteindre une visibilité certaine, notamment avec Paul Ariès.
Nous ne pouvons que constater que les velléités de ces années ont fait long feu, la décroissance n’a pas su se cristalliser en un objet politique crédible et sa visibilité dans le débat public n’a pas encore retrouvé celle d’alors. Par crédible, nous entendons un objet politique à même de préparer une révolution – qui ne se réduirait ni à une « transition », ni à une « adaptation » –, sans se raconter pour autant que l’on pourrait la prédire ou la provoquer.
À travers 6 demi-journées, nous nous pencherons collectivement aussi bien sur les mécanismes internes du mouvement décroissant – par exemple en se demandant si les espoirs et les défis d’aujourd’hui sont différents de ceux d’hier – que sur les réactions externes, sur la place de la décroissance dans l’échiquier politique – par exemple en se demandant si elle semble mieux armée aujourd’hui qu’hier pour résister aux caricatures, aux simplifications et aux dénigrements.
*** Vue sur la mer ***
C’est du constat que la constellation décroissante avait négligé le travail de crédibilité, au profit de la faisabilité et de la visibilité, qu’est née la Maison commune de la décroissance (MCD), qui a fait de son objectif principal le travail de définition du projet politique commun que se doit d’être la décroissance, et s’est donnée pour mission de réfléchir à ses conditions politiques de possibilités. Aussi bien en direction des autres associations et initiatives – en particulier de celles se revendiquant de la décroissance, mais également celles faisant de la décroissance sans le savoir – que du grand public.
La MCD s’est attelée aux racines – concepts et méthodes – de la décroissance, conditions politiques de possibilité d’une décroissance politique, à même de contribuer à la repolitisation et à la coordination des déçus, critiques et opposants à la croissance, son monde et son régime. Et ainsi que la décroissance puisse être définie, juste, désirable et tolérable. Il nous semble indispensable, tout autant pour sa visibilité que sa crédibilité, que la décroissance puisse être enfin un nom commun, et sortir ainsi du brouillard qui l’entoure. Et nous demander, si ce nom commun devait être adjectivé, la décroissance commune pourrait-elle ne pas l’emporter ?
**** C’est comment qu’on freine ? ****
Nous ne pouvons ignorer que la croissance, avec son monde et son régime, ne freine pas, et ce malgré tous les avertissements, toujours plus précis, et dramatiques, depuis plus de 50 ans. Pis encore, elle semble même accélérer au maximum de ces capacités, dans une sorte de sait-on jamais nihiliste.
Arrêter cette course folle est la première étape, celle de l’objection de croissance. L’enjeu n’est pas de ralentir la croissance, elle continuerait tout de même d’avancer, seulement plus lentement, mais de la défaire, de faire mégamachine arrière. Aussi bien dans ses déclinaisons économique (décrue), culturale (décolonisation) que politique (renversement) : voilà ce qu’est la décroissance. Avec l’espérance, un jour, de pouvoir complètement s’en détacher : le temps de la post-croissance.
Aujourd’hui c’est la décroissance qui subit les freins que la croissance choisit de lui opposer. Comment éviter de faire croire qu’en souhaitant débloquer ces freins nous défendrions une accélération ? Pourquoi prendre le risque d’un tel paradoxe lorsque les valeurs d’espérance de la décroissance sont le repos, la rencontre et la tranquillité ?
Fort heureusement, les piliers de la croissance et de la décroissance diffèrent fondamentalement. Penser qu’une accélération de la décroissance serait défendue ici reviendrait à voir cette dernière en miroir de la croissance, son reflet, alors qu’elle est son contraire, son opposé. La croissance est à elle-même sa propre fin. La décroissance travaille à sa propre mort. Elle ne souhaite pas perdurer plus que nécessaire, et sera ravie de s’effacer en temps voulu. La décroissance n’est pas une révolution permanente.
Pas d’accélération de la décroissance donc, mais pas une défense du statut quo non plus. Comment sortir de cette situation qui semble tout avoir d’une aporie ?
D’autant plus que l’urgence de la situation nous apparaît pleinement, et qu’aucune souffrance ne peut être justifiée, plus encore au nom d’un demain fantasmé. Et que nous sommes tout à fait conscient du péril que représente cette urgence, tout autant pour l’action militante – le désengagement guette – que pour la rectitude des projets politiques – la compromission guette. Face à ce péril, la nécessité d’un horizon s’impose – car aucune réelle délivrance ne saurait advenir demain sans espérance aujourd’hui – tout comme celle d’un ancrage – seul le rien surgit du néant.
Rejeter l’accélération n’est donc pas un déni de réalité, mais une opposition politique à l’accélération des temps modernes, que certains ont même porté jusqu’à la défense d’un accélérationnisme pour les temps futurs. Nous n’avons pas la naïveté de penser qu’une accélération décélérante puisse exister.
Notre position est simple, nous refusons tout déséquilibre historique, ici au profit du futur – il n’est pas écrit d’avance, nous ne sommes pas des prophètes – et ailleurs au profit du passé – il n’est pas un refuge, nous ne sommes pas des réactionnaires.
Notre aspiration est modeste et saine : tout simplement que la décroissance puisse être, libérée de ses freins, non pas ceux qui visent à ralentir, mais ceux qui empêchent, qui immobilisent. Ces freins de sécurité, ou plutôt de sûreté, ceux de la croissance qui se défend, qui anesthésie ce qui se dresse contre elle.
Quels freins à désarmer donc ? Voilà l’objet de notre focus, permettons-nous dès à présent une première exploration, avec une proposition de distinction suivant la provenance de ces freins.
D’où proviennent ces freins ? Pour l’essentiel bel et bien de l’extérieur, fruits d’une contamination issue de notre société actuelle, celle du régime de croissance. Aussi bien pour les freins que l’on qualifie d’interne ou d’externes d’ailleurs, provenance et localisation sont deux caractéristiques différentes. Ces freins auraient donc dû rester extérieurs à la décroissance, mais il n’en a pas pu être ainsi, malheureusement, faute d’une critique radicale de la croissance – notamment comme dispositif politique de dépolitisation : de nombreux décroissants ont intériorisés ces dispositifs (horizontalisme, individualisme, neutralisme, anti-intellectualisme, actionnisme…). Cela étant dit, il ne s’agit pas de disculper, des freins de provenance interne, fruits d’incohérences propres à la philosophie politique contre-croissante, existent également. Peut-être en raison d’une immaturité théorique et historique de la décroissance ?
Puis une seconde proposition de distinction, en fonction de leur nature : quels seraient les freins propres à toute « transformation » ? Et donc se pencher sur les leçons à tirer de l’histoire, par exemple des tentatives qui ont prétendu sortir du capitalisme et qui ne sont pas sortis de l’économie mais de la démocratie… Et quels seraient les freins spécifiques à la transformation décroissante ? En se penchant sur son histoire politique par exemple.
***** Venez Venez zouker *****
Et voilà enfin le programme détaillé !
- Mardi 14 juillet matin :
- 9h30-10h :
- Un retour sur la Rencontre autour d’André Gorz : quels ont été les points saillants et les liens émergents avec les freins ?
- 10h30-12h :
- Une présentation générale du focus « les freins à la décroissance ».
- Une première exploration typologique des freins pour mieux les cerner et y faire face : comment les classer ? quelles grandes catégories ?
- Des premières pistes de réflexion :
- Quelle provenance ? Interne, externe…
- Quelle localisation ? Interne, externe…
- Quel acteur ? Ennemi (politique), adversaire (politique), allié (politique), camarade…
- Quelle attitude ? Honnête, malhonnête…
- Quel enjeu ? Faisabilité, visibilité, crédibilité…
- Quel thème ? Économique, sociologique, démocratique…
- Quel angle ? Manque de pragmatisme, manque de radicalité…
- Quelle nature ? Spécifique, universelle …
- Des premières pistes de réflexion :
- 9h30-10h :
- Mardi 14 juillet après-midi
- 14h-16h30 :
- Un arpentage en demi-groupe de notre livre La décroissance et ses déclinaisons :
- 1h15 pour se pencher sur les clichés.
- 1h15 pour se pencher sur les malentendus.
- Un premier aperçu du livre pour les plus impatients ou curieux.
- Un arpentage en demi-groupe de notre livre La décroissance et ses déclinaisons :
- 17h30-19h30 :
- Une fresque de la décroissance, pour sa (presque) première édition, avec deux approches :
- Un groupe « test », qui expérimentera la fresque comme « participants ».
- Un groupe « analyse », qui se penchera sur la fresque comme « concepteurs ».
- Une fresque de la décroissance, pour sa (presque) première édition, avec deux approches :
- 14h-16h30 :
- Mercredi 15 juillet matin :
- 9h30-10h :
- Un retour sur la Rencontre des (F)estives 2025 avec Onofrio Romano, sur le régime de croissance : qu’en apprendre pour penser les freins ?
- 10h-12h :
- A la suite de l’introduction du concept de régime de croissance, un approfondissement sur le frein qui en émerge : le frein politique !
- 9h30-10h :
- Mercredi 15 juillet après-midi :
- 14h-16h30 :
- Un travail de réflexion en demi-groupe pour muscler notre esprit critique, à partir d’une sélection d’extraits vidéo et écrits :
- 1h15 face aux autres, les croissants.
- 1h15 face à nous-même, les décroissants.
- Un travail de réflexion en demi-groupe pour muscler notre esprit critique, à partir d’une sélection d’extraits vidéo et écrits :
- 17h30-19h00 :
- L’assemblée générale annuelle de la Maison commune de la décroissance, ouverte aux adhérents (avec droit de vote) et aux non-adhérents (sans droit de vote, et que l’on espère adhérents en devenir !)
- 14h-16h30 :
- Jeudi 16 juillet matin :
- 9h30-12h :
- Carte blanche à nos camarades d’Alter Kapitae autour de leur proposition Les Caisses de Redirection Ecologique.
- 9h30-12h :
- Jeudi 16 juillet après-midi :
- 14h-16h30 :
- Un débat mouvant pour revenir ensemble sur les questions principales ayant ponctuées le Focus (pour exemple le compte-rendu de l’année dernière).Et s’engager vers une position de la MCD sur les freins !
- 17h30-19h00 :
- Retour tous ensemble (« participants » et « concepteurs » du mardi) sur la fresque de la décroissance, pour dessiner une v2 de la fresque : nous attendons vos remarques, critiques, suggestions, et félicitations !
- 14h-16h30 :
- Vendredi 17 juillet matin :
- Après un moment d’organisation, de rangement et de nettoyage, nous prendrons le temps tous ensemble de revenir sur l’ensemble de la semaine et commencer à penser l’édition 2027 !
