1. Contexte général
Depuis maintenant près de 10 ans, de nombreuses fresques ou ateliers sont utilisés comme outils pour sensibiliser et transmettre des connaissances auprès de publics divers, à la fois dans le domaine académique mais aussi auprès du grand public (en particulier dans le cadre de grands rassemblements, conférences et festivals d’été). Ce sont notamment les fresques du climat, de la biodiversité, de l’alimentation et du numérique, mais aussi des atelier tels que l’atelier « Inventons nos vies bas carbones », l’atelier « 2tonnes », etc. Une liste de plus de 50 fresques est par exemple disponible sur le site : https://www.fertilidee.fr/blog/annuaire-fresques-et-ateliers-sensibilisation-transition-ecologique. Un ouvrage récent « La boîte à outils des fresques » de Dominique Béhar fait également un recensement des fresques et ateliers existants, tout en proposant quelques conseils pour déployer une fresque, devenir animateur ou animatrice, mais aussi pour créer sa propre fresque.
C’est dans ce contexte qu’est née l’idée de créer une fresque de la décroissance (et/ou post-croissance) afin de présenter ces concepts auprès d’un public le plus large possible. Le développement d’un tel outil semble d’autant plus important que les concepts de décroissance et post-croissance font encore souvent l’objet de très nombreux malentendus, en réduisant en particulier l’analyse de ces concept aux champs de l’économie, et plus spécifiquement de la croissance économique. La « Maison commune de la décroissance » (MCD) travaillant maintenant depuis presque 10 ans sur la construction d’un « commun idéologique clair et solide pour le mettre à disposition de toutes celles et tous ceux qui rêvent d’une redirection vers des sociétés écologiques, frugales et conviviales », l’objectif de la fresque en construction est de diffuser le plus largement possible les éléments centraux du corpus idéologique de la MCD, afin que nos concitoyens et concitoyennes prennent conscience que le monde dans lequel nous vivons, s’il est en pleines crises, n’est très certainement pas un monde immuable, « qu’il n’y a pas de fatalité que nous ne puissions vaincre. Seulement, il faut des raisons très profondes pour se mettre à lutter, il faut des convictions très fortes » (Jacques Ellul). La présentation et transmission d’un corpus idéologique clair et précis, mais aussi de faits indéniables sur la situation actuelle, sur la décroissance et la post-croissance sont ainsi les objectifs principaux de la proposition de fresque de la décroissance sur laquelle j’ai commencé à travailler, avant de proposer de poursuivre sa construction de manière collective. Il est important de souligner que même si la première version de la fresque peut sembler très avancée, il ne s’agit que d’une version martyre.
2. Le déroulé général
Pour toute fresque, une première question qui se pose est ce que pourrait être son déroulé général, quelles en seraient les grandes phases. Pour répondre à cette question, avec l’objectif d’utiliser cette fresque auprès de publics les plus larges possibles, il m’a semblé intéressant de partir de certaines idées développées dans le domaine de l’éducation populaire, et plus précisément de l’écopédagogie. Dans son ouvrage « Éduquer à la justice sociale et écologique » Irène Pereira en présente l’enjeu principal, celui de constituer un champs de recherche, de réflexion et d’actions concertant l’articulation du social et de l’écologie dans le domaine de l’éducation, avec pour objectif central d’aider les citoyens et citoyennes à comprendre les articulations de ces deux dimensions, de donner « des clefs théoriques et pratiques pour contribuer à développer la prise de conscience et l’engagement dans l’action ». Pour ce faire, Irène Pereira propose de suivre une démarche autour de six grandes questions : « Qui souffre ? Qui profite ? Qui doit faire des efforts ? Qui doit agir ? Quels modes d’actions ? Quels projets de société ? ». En repartant de ces six grandes questions, mais aussi en visant à bien distinguer les concepts de post-croissance (les horizons visés et espérés) et de décroissance (les trajectoires possibles pour passer du système économique, politique, social et écologique actuel – qui est un système non soutenable – à un système post-croissance), une première proposition est d’organiser la fresque de la décroissance en 6 grandes phases représentées ci-dessous.

Figure 1 – Grandes phases du projet de fresque de la décroissance
En partant d’une analyse de la situation actuelle et de la polycrise que nous traversons (phase 1 : Polycrise et résistances), en questionnant ses origines (phase 3 : Quelles origines ? Qui profite ?) et ses impacts (phase 2 : Qui souffre), les 3 phases centrales de la fresque proposée visent à donner des éléments sur les sociétés écologiques vers lesquelles nous souhaiterions et pourrions tendre (phase 4 : Quel(s) horizon(s) ?), comment une redirection du système actuel vers ces sociétés serait possible, des trajectoires multiples étant envisageables (phase 5 : Quelle(s) trajectoire(s) ?), mais aussi comment ces transformations pourraient apparaître comme désirables (phase 6 : Vers une décroissance désirable), sans cacher que ces transformations nécessiteront de renoncer à certains modes de vie (en particulier, nos modes de vie dits impériaux) et de remettre en cause l’organisation de nos sociétés et institutions. Toutes les trajectoires possibles nécessiteront une remise en cause profonde du régime de croissance dans lequel nous vivons, comme l’a montré Onofrio Romano pendant ces dernières (f)estives 2025 et dans son dernier ouvrage Critique du régime de croissance.
3. Le déroulé de chaque phase
A ce stade de mes réflexions, je me suis davantage concentré sur le contenu de la fresque, plutôt que sur sa forme et sa mise en œuvre. L’expérience montre cependant que le type d’activités proposées aux participants et participantes est essentiel, que ce soit pour garder leur attention, pour faire en sorte qu’ils ou elles partent satisfait·es, avec le sentiment d’avoir progressé : i) dans leur connaissance des problèmes existants, des solutions possibles, mais aussi ii) dans leur capacité à mettre en œuvre les connaissances acquises dans le cadre de débats avec d’autres concitoyen·nes (un·e participant·e satisfait·e, voire emballé·e, étant très certainement le ou la meilleure ambassadrice pour donner envie à d’autres personnes de suivre l’atelier).
Parmi les activités les plus courantes mises en œuvre dans les fresques et ateliers existantes, il y a notamment des activités de lecture et d’analyse de données ou graphiques. A ce stade, c’est le seul type d’activité imaginé pour la fresque en construction, même si je suis bien conscient qu’il sera impératif de diversifier les activités proposées dans chacune des grandes phases (dont le nombre est peut-être également trop élevé).
Pour commencer, le scénario envisagé de mise en œuvre de la fresque prévoit de diviser le groupe des participants et participants (au plus 16 personnes) en quatre sous-groupes de 3 à 4 personnes. Ensuite, lors de chaque phase (introduite par l’animateur ou l’animatrice), l’idée serait de proposer à chaque sous-groupe un jeu de cartes (de 3 à 5 cartes, présentant de courts textes ou illustrations – photos ou graphiques -). Chaque sous-groupe aurait à sa disposition un jeu de cartes différents. Dans un premier temps, une fois les cartes distribuées, tout membre d’un sous-groupe prendra connaissance du contenu d’une ou deux cartes, avant d’en partager et discuter le contenu au sein de son sous-groupe. Dans un second temps, chaque sous-groupe ayant pris connaissance de ses cartes aura pour objectif d’en présenter une synthèse à l’ensemble des autres sous-groupes, en en dégageant notamment les faits et les idées clefs. Pendant ce travail de synthèse, des échanges pourront avoir lieu entre les sous-groupes (ayant travaillé sur des thématiques différentes), l’animateur ou animatrice ayant en charge de gérer les débats possibles tout en précisant si nécessaire certaines notions.
Les deux figures suivantes donnent des exemples de thématiques (dans les ellipses en bleu) et de titres de cartes (dans les rectangles rosés) qui pourraient être distribués à 4 sous-groupes de participant·es (avec à chaque fois, 4 cartes pour chaque thématique et sous-groupe). Ces exemples portent sur les phases 1 et 4 de la fresque de la décroissance, mais des propositions existent déjà pour chacune des six phases.


4. Quelques exemples de cartes
A ce stade du développement de la fresque de la décroissance, une centaine de cartes ont commencé à être dessinées. Les figures 4 et 5 suivantes donnent deux exemples de paquets de 4 cartes chacun (avec les rectos à gauche et versos à droite) représentées sur une feuille (imprimable en A3 ou A4) et à découper en 4 pour distribution aux participant·es d’un même sous-groupe.


Figures 4 – Exemples de cartes de la phase 1 « Polycrise et résistances » appartenant à la thématique « Les luttes et résistances » .


Figures 5 – Exemples de cartes de la phase 4 « Quel(s) horizon(s) ? » appartenant à la thématique « L’horizon de la post-croissance » .
Notez que ces cartes ne sont pas finalisées ; ce ne sont que des ébauches, illustrations de ce que pourrait être leur contenu. Par exemple, un court texte sur le recto des cartes serait nécessaire pour introduire le contenu des graphiques et figures.
5. Calendrier projeté
Le travail initié ne constitue qu’une première phase du projet de fresque de la décroissance. Après un travail individuel, il s’agit maintenant de poursuivre la construction de la fresque dans un cadre collectif. Pour commencer, il est proposé à toutes les personnes intéressées (adhérent·es à la MCD ou pas) de nous rejoindre lors de cafés de la décroissance (par visio-conférence) programmés jusqu’à la fin de cette année 2025. Plus précisément, ces cafés, prévus les samedi matin de 10h à 11h30 sont déjà programmés les samedi 4 octobre, samedi 1er novembre et samedi 6 décembre.
- Lors du premier café décroissant (4 octobre), Arnaud présentera comme dans cet article la structure générale et version martyre de la fresque (en 30 minutes) avant de répondre aux questions des participant·es.
- Lors d’un second café décroissant (1er novembre), Arnaud proposera de rentrer plus dans en détail dans quelques jeux de 4 cartes (par exemple, des 3 phases centrales, les phases 3, 4 et 5). Après une présentation de 30 minutes également, l’objectif serait de discuter plus en détail des cartes, mais surtout des messages clefs que l’on souhaiterait passer à travers ces cartes, et des messages ou notions clefs qui seraient manquantes (car si je suis bien conscient que le nombre actuel de cartes est déjà trop important, je pense que certains points pourront être mis de côté, alors que d’autres mériteront d’être approfondis).
- Lors d’un troisième café décroissant (6 décembre), l’objectif sera de revoir ensemble ce que pourrait / devrait être une autre structure de la fresque en construction. Sur ce point, il pourrait être important de préciser à quels publics s’adresse la fresque. De mon point de vue, il serait intéressant que la fresque proposée puisse être utilisée selon différents scénarios (adaptés à différents publics).
Je pense en particulier que l’outil développé devrait pouvoir être utilisé :
- sous une première forme : à un public conscient des enjeux environnements (et peut-être également que ces enjeux ne peuvent être traités indépendamment des enjeux sociaux et politiques).
- Sous une deuxième forme : à un public au mieux conscient des enjeux environnementaux, mais pas ou peu convaincus qu’ils sont au cœur des problématiques actuelles, considérant que le traitement des problématiques économiques et/ou sociales sont vraiment prioritaires.
Mais d’autres scénarios d’utilisation devraient pouvoir être imaginés, non seulement en fonction du public attendu, mais aussi du temps disponible : 30 minutes pour les modes d’utilisation les plus cours, jusqu’à 3h pour un atelier sur une après-midi.
En espérant vous retrouver les plus nombreux et nombreuses possibles lors des prochains cafés décroissants, l’idée est par ailleurs de créer un group dit ad hoc qui travaillera dès à présent avec Arnaud pour avancer sur le développement de la fresque et la préparation des cafés décroissants suivants. N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez participer à un tel groupe : contact@ladecroissance.xyz.
Blois, le 5 septembre 2025
Arnaud Giacometti
