En quoi la décroissance porte bien son nom

Chacun a évidemment le droit de ne pas être « décroissant ». Mais cela devient plus difficile quand celui qui vient de se dire décroissant rajoute que « décroissance » n’est pas le mot adéquat. Il faudrait savoir !

Souvent dans ce cas, le décroissant qui est décroissant mais sans vouloir le dire précise qu’il est d’accord pour une décroissance économique – ouf, c’est déjà ça – mais qu’il y a des domaines où la croissance serait souhaitable. Bref, il essaie de faire le tri entre ce qui pourrait croître et ce qui devrait décroître.

Ce qu’il omet de voir c’est que la critique décroissante porte sur le fait que quand l’économie est dominée par la croissance alors c’est toute la société qui est dominée par l’économie, et c’est alors toute la société qui devient non pas « une société avec une économie de croissance » mais une « société de croissance ». La croissance n’est pas simplement un concept économique, c’est un concept qui, quand il est à ce point colonisateur, devient une idéologie entière : la croissance est un « monde ». C’est même « le » monde, le monde de la colonisation par l’imaginaire de la croissance.

L’extension du domaine idéologique de la croissance est sans limite.

On peut le voir particulièrement à propos du bonheur, cette « idée neuve en Europe » selon la dernière phrase du fameux discours de Saint-Just du 3 mars 1794.

Car aujourd’hui, le décroissant qui ne veut pas porter son nom défend souvent l’idée que le bonheur pourrait ou même devrait croître. Comme si le bonheur qui est de l’ordre de l’être devrait lui aussi succomber à la démesure et à la quantification par l’avoir. C’est en effet vraiment une idée moderne car il serait bien difficile de trouver dans les sagesses passées du monde entier le moindre sage qui n’aurait pas défini le bonheur précisément par la stabilité, la constance et l’équilibre. Tout sauf la croissance !

Alors oui, le bonheur n’est pas un domaine que la croissance devrait coloniser. Oui une croissance du bonheur serait un oxymore.

Et voilà pourquoi la décroissance peut être sinon heureuse, du moins être une recherche (sereine) du bonheur.

Pour lire la lettre, cliquer sur ce lien.

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