Le monde de la croissance est l’ennemi du sens commun

Plus que la pandémie et ses effets sanitaires et existentiels, est-ce que ce n’est pas l’ensemble des discours ainsi suscités qui constitue le péril le plus menaçant pour la continuation et la protection de la « vie sociale » – c’est-à-dire cette vie humaine non pas dans la société mais de la société ?   En effet, qu’elles soient rassuristes ou anxiogènes, toutes les prises de parole sur la pandémie et les mesures politiques qu’elle provoque semblent marquer du sceau de cette forme si perverse de la double pensée : l’injonction paradoxale.   A commencer par l’injonction de la « distanciation sociale » :

  • Certes, c’est l’occasion de vérifier dans notre vécu, que toute « distanciation physique » est « sociale », et réciproquement.
  • Certes, c’est l’occasion de se demander ce que pourrait être une société qui pourrait sans aucun péril mettre entre parenthèses tous les impératifs de la « vie économique ».
  • Mais comment intégrer psychiquement l’injonction collective de vive séparémment ?

A entendre ainsi continuellement tout et son contraire, par les mêmes, d’un jour à l’autre, c’est la possibilité même de pouvoir trancher entre des opinions qui semble menacée. Ce qui constituerait une victoire sociocidaire du relativisme.  Et surtout une défaite de la possibilité même de critiquer vraiment.   Il y a donc une logique du monde de la croissance à favoriser l’expression de toutes les paroles, à pseudo-égalité, sans aucun tri : car est alors évacué le danger d’une critique, en particulier d’une critique de la croissance (et de son monde).   Victoire paradoxale du non-sens ? Victoire cruelle parce que l’archipélisation de la société est la voie la plus sûre pour réaliser ce dont Magguie Tatcher rêvait : « la société n’existe pas ».   « La croissance, c’est le non-sens ; le bon sens, c’est la décroissance ! », proclame la MCD.   Le bon sens, c’est le « sens commun », c’est-à-dire le sens partagé à l’occasion d’une vie sociale commune. Dans un monde totalement individualisé et relativisé, le sens commun a disparu. C’est dans un tel monde qu’il devient interdit voire inutile de porter un jugement. Au contraire, dans un monde commun, c’est le sens commun qui sert de base à la formulation des jugements de chacun : qui sont alors discutables, ensemble. Tous ensemble.   Ce sont de telles discussions communes qui forment le terreau démocratique de tout projet politique pour refluer sous les plafonds de la soutenabilité écologique : c’est l’objet  de la MCD.

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