La chasse doit faire débat, par Jean-Yves Renouf

La chasse est un sujet qui n’a, à ma connaissance jamais fait débat au sein de la Maison commune de la décroissance, et de ce fait j’ignore quelle est la position des décroissants sur le sujet. Il semble pourtant urgent de sortir de notre mutisme tant l’actualité nous rattrape.

Rapide état des lieux

Une mission parlementaire diligentée par LREM et les Républicains, demande de renforcer l’arsenal pénal contre les militants anti-chasse, mais pas seulement car sont aussi visés les véganes et tous ceux qui s’opposent à l’utilisation des pesticides. Les rapporteurs du projet de loi, Xavier Breton (LR), Martine Leguille-Balloy, députée LREM de Vendée et grande avocate de l’élevage intensif, et Alain Péra, député LREM qui s’est déjà distingué en demandant l’interdiction du VTT durant la période de chasse après qu’un vététiste a été tué par un chasseur, proposent que la diffusion sur les réseaux sociaux d’images de maltraitance animale (abattoirs, fermes usines, massacres d’animaux sauvages,…) devienne un délit passible de poursuites. Un an après la création de la cellule Déméter, une nouvelle étape est franchie dans la répression du mouvement écologiste. Ce rapport, qui répond à la demande du Sénat majoritairement pro-chasse, s’en prend à ceux qui stigmatisent «les activités légales comme la chasse, la corrida,… » et juge que la réponse pénale aux entraves de la chasse est trop faible. Ainsi le délit d’entrave à la chasse deviendra passible de 6 mois d’emprisonnement et 5000 € d’amende et toute diffamation commise à l’encontre d’une personne en raison de ses activités professionnelles (agriculture) ou de loisir (chasse) sera punie de 1 an de prison et 45000 € d’amende. Mazette… Mais quelle considération ces députés de la majorité si prompts à protéger les chasseurs, ont-ils pour les victimes de ces mêmes chasseurs ? Quelle logique commande qu’un militant fasse de la prison après être intervenu avec sa pancarte face à une chasse à coure, alors  qu’un chasseur qui a tué un particulier puisse continuer à se balader avec une arme à feu ?

Morgan Keane la victime de trop ?

Le 2 décembre dernier, à Calvignac, près de Figeac, Morgan Keane est tué par un chasseur participant à une battue au sanglier. Pas de quoi s’émouvoir, il n’est que la 400ème victime de la chasse en 20 ans, la 20ème cette année. Mourir à 25 ans devant chez soit alors qu’on coupe son bois n’a pas trop ému la justice qui a laissé en liberté le chasseur sans même lui suspendre son permis de chasse. Les amis de Morgan, eux, se sont émus et ont ouvert un site pour recueillir des centaines de témoignages sur les pratiques des chasseurs. En vrac : maltraitance animale ; non assistance à personne en danger ; violation de la propriété privée ; chasse en dehors des horaires réglementaires ; menaces de mort ; intimidation ; coups et blessures ; violation du droit de voisinage domestique ; tirs sur espèces protégées ; blessures mortelles par balle d’animaux domestiques, etc… Pourquoi tout ça n’aboutit à aucun procès ? Parce que les chasseurs sont protégés par les institutions. Même Macron avance main dans la main avec Willy Schraen, président de la très influente fédération nationale des chasseurs 1Willy Schraen, auteur d’un lapsus si révélateur à l’occasion d’un courrier envoyé aux parlementaires : « Bien sûr la maltraitance animale doit rester une priorité ». . Et puis les chasseurs sont partout, dans les mairies, les gendarmeries, les préfectures, les tribunaux, le parlement, alors que risquent-ils 2Rappelons aussi ce sondage Ipsos de 2018 qui montre que les français sont largement hostiles à la chasse.  ?

Les (f)estives de la décroissance

La question épineuse que nous prévoyons de traiter aux cours des (f)estives de la Maison commune de l’été prochain (du 13 au 15 août 2021) est notre rapport à la nature. Vaste sujet qui ne manquera pas de susciter des débats. Espérons que la chasse n’en soit pas absente.

Notes et références

Notes et références
1 Willy Schraen, auteur d’un lapsus si révélateur à l’occasion d’un courrier envoyé aux parlementaires : « Bien sûr la maltraitance animale doit rester une priorité ».
2 Rappelons aussi ce sondage Ipsos de 2018 qui montre que les français sont largement hostiles à la chasse.
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