Travail

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Le travail jouit d’un tel prestige dans nos mondes modernes que même certains de leurs critiques les plus virulents sont prêts à lui faire une place dans la décroissance alors que le travail, avec l’argent (le capital), est au coeur des systèmes qu’ils prétendent rejeter sans concession. Comment expliquer ce paradoxe sinon cette contradiction ? Par un défaut de définition, par un excès de paresse théorique.

Il existe une figure de rhétorique qui consiste à confondre la partie et le tout : la synecdoque. Et quand on fait passer la partie pour le tout, c’est une synecdoque décroissante.

Dans notre cas, le tout (le genre) est l’activité, alors que le travail n’est qu’une espèce d’activité. Que l’activité soit un fait, nul ne le contestera ; mais de là à en déduire la nécessité du travail, c’est un sophisme. Que nul ne puisse vivre sans s’activer, c’est une chose ; que nul ne puisse vivre sans travailler, c’est autre chose.

Ce qui est donc en jeu dans une définition « décroissante » du travail, c’est bien d’envisager l’abolition du travail dans une société qui serait libérée des fables de la croissance. Dans cette société rêvée, non seulement chacun s’activera mais chaque activité se verra reconnaître son « utilité sociale » : nul ne sera exclu puisque pour participer, il suffira d’appartenir, et de partager les richesses ainsi produites.

Pour définir le « travail », il suffit donc de le comparer à d’autres espèces d’activité : le bénévolat, l’esclavage et le métier.

  • Le bénévolat est une activité non rémunérée, accomplie volontairement (C’est pourquoi même quand on y fait des « efforts », ce n’est pas de la « peine »).
  • L’esclavage est une activité non rémunérée, accomplie sous la contrainte.
  • Le métier est une activité rémunérée, accomplie par choix délibéré (C’est pourquoi « il n’y a pas de sot métier »).
  • Il reste à nommer l’activité rémunérée, accomplie sous la contrainte : c’est le travail.
  • Quant à l’emploi, il regroupe le métier et le travail : c’est une activité rémunérée.

Avec de telles définitions précises, on comprend mieux le tour de passe-passe de la définition usuelle  : « Au sens économique usuel, le travail est l’activité rémunérée ou non qui permet la production de biens et services », peut-on lire dans tout manuel d’économie. Avec une telle définition, l’esclavage est un travail : chacun peut imaginer la tête de celui à qui, cherchant un emploi, on proposerait de devenir esclave. Voilà aussi pourquoi, à Pôle Emploi, c’est une provocation d’y proposer des activités bénévoles.

C’est Boris Vian qui a peut-être le plus plaisamment défini le travail :

  • « Le travail, c’est ce qu’on ne peut pas s’arrêter de faire quand on a envie de s’arrêter de le faire. »
  • « Le paradoxe du travail, c’est que l’on ne travaille, en fin de compte, que pour le supprimer. »
  • « Si le travail c’est l’opium du peuple, alors je ne veux pas finir drogué. »

Pour le dire autrement : le travail est du côté de la peine ; et de la peine, nul de sain ne peut tirer le moindre plaisir. C’est là que les « travaillistes » tentent un autre tour de prestidigitation quand ils tentent de faire passer la satisfaction possible de toute activité « bien faite » pour un plaisir attaché au travail. Il ne faut pas nier la capacité humaine d’éprouver la joie de l’effort accompli dans la réalisation d’une activité ; mais cela ne nous apprend rien sur le travail, juste sur l’utilité sociale de toute activité individuelle (à condition qu’elle n’enfreigne pas les limites du licite, c’est bien toute activité qui mérite reconnaissance pour sa co-opération).

→ Muni d’une telle définition du « travail » et de l' »activité », tout décroissant ne devrait-il pas défendre l’abolition de celui-là et la reconnaissance sociale pour celle-ci ?

  • « Reconnaissance sociale » dans ce cas, cela signifie que chacun devrait reconnaître que – dans une société –  la production de la richesse économique n’est jamais individuelle mais toujours sociale 1Qui peut croire qu’il pourrait exister sans tous les autres ?. Doublement sociale : a/ parce que tout activité est production continue de la société ; b/ c’est la société dans son ensemble qui produit la richesse, mais pas les individus, même en les additionnant.
  • « Abolition », cela signifie que l’argument par l’emploi n’est jamais un bon argument. L’emploi n’est jamais du côté de la solution puisqu’il est déjà du côté du problème. Attention donc à ne jamais justifier une mesure – aussi écologique soit-elle – parce qu’elle pourrait « créer des emplois ». La décroissance, c’est la baisse de l’activité marchande, donc de l’emploi.

Pour poursuivre et approfondir :

Références   [ + ]

1. Qui peut croire qu’il pourrait exister sans tous les autres ?

2 commentaires

  1. Bonjour
    Ces discussions sur le travail m’ont toujours laissé un peu rêveur depuis…mes études médicales. Je suis chirurgien et ai passé beaucoup de temps à apprendre le métier puis à le pratiquer et à rester au niveau.
    Juste une question: vous vous cassez la jambe, fracture ouverte, il faut vous opérer et le risque infectieux est important Que faites vous? Vous allez voir le rebouteux du coin, ou vous faites confiance à une équipe capable de gérer une situation techniquement difficile?
    Bien à vous

    1. « Que faites-vous ? » Je vais voir le chirurgien en espérant qu’il fera son « métier » et qu’il ne considérera pas son activité comme un « travail » ou un « job ». L’abolition du « travail » n’est pas l’abolition de l’activité. Tout au contraire : croissance du « métier » = décroissance du « travail ». Tout l’objectif de préciser les mots que l’on emploie, c’est d’éviter les confusions et de ne pas jeter le bébé (le métier) avec l’eau du bain (le travail).

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