Commun (en particulier de la Maison commune de la décroissance)

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Dans une discussion rien n’est plus périlleux que de confondre le consensus avec l’unanimité. Car l’unanimité ne peut être atteinte quasiment que dans deux cas : soit le sujet est d’un intérêt si faible qu’il ne mérite pas discussion ; soit la discussion n’a tout simplement pas lieu et le verdict est d’emblée imposé. La force apparente de l’unanimité est en réalité sa faiblesse : car la moindre objection particulière, si elle arrive à s’exprimer, prétendra être suffisante pour annuler l’unanimité.

Le consensus – parce qu’il n’est que l’accord de plusieurs personnes – n’est donc pas l’unanimité car il permet à n’importe quel individu de continuer à faire exception. En forçant le trait, l’unanimité serait au totalitarisme ce que le consensus est à la démocratie (le consensus est normalement plus que la majorité).

Et si on regarde l’étymologie de « consensus », on voit que cum sensu renvoie à sensus communis, le sens commun, le bon sens. Ce qui fait qu’il peut très bien y avoir consensus sans même qu’il y ait eu discussion parce que le consensus ne fait qu’exprimer le bon sens. Le consensus n’est donc pas toujours la fabrique du bon sens, il peut être là dès le départ, comme ce qui rend possible de futures discussions. Il y a donc en réalité deux types de consensus : le consensus d’arrivée de la discussion (le consensus discuté) et le consensus de départ (le consensus discutant). Le consensus discutant est la condition de possibilité du consensus discuté 1C’est à propos de ce que nous appelons « consensus discutant » que le philosophe Emmanuel Kant, au §40 de La critique de la faculté de juger (1790) fournit trois maximes : 1. Penser par soi-même ; 2. Penser en se mettant à la place de tout autre humain ; 3. Toujours penser en accord avec soi-même..

Nous pouvons ainsi faire un parallèle avec deux façons de définir le commun : dans un cas le commun est le résultat  d’un processus ouvert qui a cherché le consensus (et non pas l’unanimité) ; dans l’autre cas le commun est ce qui fournit un fondement à partir duquel des discussions peuvent débuter, non pas pour saper le fond mais pour construire ; comme pour la fondation d’une maison.

Une « maison commune » est donc une maison construite par consensus et qui fournit un fond commun. Ce n’est donc pas une maison unanime (ou unique, ou universelle 2On pourrait placer là la critique de l’Universel opérée par une défense en faveur du pluriversalisme. )  qui prétendrait imposer un unique point de vue ; il y a des décroissants qui n’habitent pas la Maison commune : cela ne l’empêche absolument de demeurer commune tout simplement parce que son commun est le fond idéologique – qui résulte de ce qui s’est appelé « processus décroissance » – qu’elle offre à tous les décroissants. Autrement dit, l’absence d’unanimité est plutôt sa force et la preuve de son ouverture que sa faiblesse et la preuve de sa fermeture.

Par conséquent, le commun de la Maison commune n’est pas une ligne politique mais un cadre politique appuyé sur une définition claire, un fondement, un objectif et un mobile : c’est ce que nous appelons le « noyau philosophique » de la Maison commune.

Cette conception du « commun » de la Maison commune est-elle cohérente avec l’imaginaire de la décroissance ? Donnons-en deux exemples.

Une maison commune est une maison partagée. C’est là qu’il faut comprendre la différence entre « échanger » et « partager ». L’échange se fait entre propriétaires selon une règle d’équivalence. Une conception faible du partage va le présenter comme la relation asymétrique entre un propriétaire – le partageur – et un non-propriétaire (et dans ce cas, c’est celui qui reçoit qui remercie). La conception forte abolit la propriété privée au nom d’une propriété commune : dans ce cas, c’est le « donneur » qui doit remercier le « receveur » pour lui avoir permis de rendre ce qu’il s’était indûment approprié (la propriété privée est celle qui prive de la propriété commune).

La vie dans une maison commune est une « vie sociale » et non pas une « vie en société ». La vie en société renvoie à une conception individualiste de la société définie comme une addition des individus (l’existence individuelle précède la vie sociale). La vie sociale renvoie à une conception coopérativiste de la société (« la coexistence précède l’existence », François Flahault), la vie sociale est le fond commun, ordinaire, à partir duquel une vie individuelle est possible.

La Maison commune fait-elle l’unanimité ? Non. La Maison commune prétend-elle faire l’unanimité ? Non. Y a-t-il des décroissants qui n’y habitent pas ? Oui. La Maison commune est-elle une force centripète qui a vocation à attirer tous les décroissants ? Non. La Maison commune offre-t-elle, de façon ouverte (centrifuge), un fond commun capable de cadrer une discussion entre décroissants ? Oui. Qu’est-ce qui fait la force (centrifuge) de la Maison commune ? Le travail idéologique consensuellement construit pendant son processus de fondation et poursuivi depuis.

Références   [ + ]

1. C’est à propos de ce que nous appelons « consensus discutant » que le philosophe Emmanuel Kant, au §40 de La critique de la faculté de juger (1790) fournit trois maximes : 1. Penser par soi-même ; 2. Penser en se mettant à la place de tout autre humain ; 3. Toujours penser en accord avec soi-même.
2. On pourrait placer là la critique de l’Universel opérée par une défense en faveur du pluriversalisme.

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