Décroissance

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Quelle surprise de découvrir qu’il en fait bien difficile de trouver une définition claire de la décroissance même dans des livres qui portent sur la décroissance.

La décroissance est le contraire de la croissance : la croissance est aujourd’hui l’objectif systématiquement mis en avant par toutes les politiques de tous les pays du monde (il faut excepter le Bhoutan). Un objectif dit ce qui est désirable et il ne faut pas le confondre avec un fondement qui dit ce qui est juste (= qui sert de justification). Voilà le paradoxe : la croissance est aussi le fondement de toutes les politiques de tous les pays du monde (excepté le Bhoutan).

La croissance est donc à la fois l’objectif (vers quoi) et le fondement (sur quoi) ; autrement dit, dans le monde de la croissance, il faut croître pour croître, vers l’infini et au-delà 1Le mobile (par quoi) de la croissance est le profit (Karl Marx), le gain (Karl Polanyi)..

C’est contre l’absurdité de cette illimitation que la décroissance se définit : comment ?

On pourrait, pour ne rejeter aucun membre de la famille des décroissants, distinguer trois usages de ce mot décroissance :

  • la décroissance comme rejet ; être décroissant c’est être contre tout ce pour quoi est la croissance : c’est être anticapitaliste, antinucléaire, anti-OGM…
  • la décroissance comme projet ; être décroissant c’est rêver d’une société revenue à échelle humaine, fondée sur les valeurs de responsabilité écologique, de décence sociale, d’émancipation personnelle, de partage, de sobriété…
  • la décroissance comme trajet ; car entre le rejet et le projet, il va bien falloir une transformation radicale de nos modes de vie dont la boussole politique impérative sera la soutenabilité écologique.

Au sens strict, la décroissance politique est la décroissance comme trajet : c’est l’ensemble des mesures politiques qui devrait permettre de repasser – démocratiquement – sous les plafonds de la soutenabilité écologique afin de retrouver des modes de vie décents (socialement) et responsables (écologiquement).

Résolvons tout de suite deux difficultés :

  1. Même ainsi strictement définie, la décroissance doit assumer une ambition politique généraliste. Bien sûr parce que la croissance est d’abord la croissance économique, la décroissance est aussi une décroissance économique;  mais elle est beaucoup plus que cela car la croissance est aussi tout un imaginaire qui a colonisé l’esprit de l’homme moderne : la décroissance en ce sens est bien une décolonisation de l’imaginaire. Cette généralité de la décroissance implique une politique au sens le plus fort du terme, c’est-à-dire une définition de l’homme non pas comme un individu mais comme élément d’une vie sociale.
  2. La décroissance est beaucoup plus exigeante que l’objection de croissance. Objecter à la croissance, c’est bien mais quand les plafonds de la soutenabilité écologique sont dépassés, c’est  risquer de défendre un mode de vie insoutenable. Décroître c’est vraiment repasser sous ces plafonds : la décroissance est bien une diminution de la production et de la consommation, en réalité de toute la chaîne économique, c’est donc aussi une diminution de l’extraction et des déchets.

Évidemment, cette décroissance comme trajet n’est ni un objectif ni un fondement : il ne s’agit pas de décroître pour décroître. Au sens strict, la décroissance n’est qu’une étape, qu’une parenthèse, qu’une “époque”.

[La MCD propose le goût des limites comme fondement et la vie sociale comme objectif : voir ce que nous appelons le “noyau philosophique” de la décroissance]

Références   [ + ]

1. Le mobile (par quoi) de la croissance est le profit (Karl Marx), le gain (Karl Polanyi).

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