Récession

Une définition précise de la récession a un triple intérêt pour la décroissance :

  1. Montrer que l’on ne peut pas se contenter pour définir la décroissance d’un vague « mot-obus » surtout quand il va s’agir d’éviter de se le tirer dans le pied.
  2. Valider que la décroissance est bien le contraire de la croissance et ajouter aussitôt que, dans un monde où l’économie prend (presque) toute la place (et pas que la première), la croissance (économique, mesurée par le PIB) qui – au départ – est un concept économique désigne aussi une idéologie, celle du « monde de la croissance ».
  3. Ne pas se priver de rappeler que, quand on veut avoir raison, il n’est pas inutile de rester logique.

La récession est le contraire de la croissance. La croissance est la progression de l’activité économique, qui est mesurée par le PIB 1qui est un agrégat comptable de flux monétaires, certes incomplet et donc très critiquable mais ce qui importe pour un décroissant c’est sa corrélation forte avec un autre indicateur, écologique, l’empreinte écologique, tout aussi critiquable certes mais encore une fois il faut rappeler qu’un indicateur ne donne qu’une… indication.. Une récession est le recul du PIB pendant au moins 2 trimestres consécutifs : c’est un taux de croissance négatif.

Une dépression est une forme grave et durable de récession.

La décroissance est-elle bien un recul de la croissance ? Oui.

Quelle doit être la durée de ce recul ? Le temps de revenir à une empreinte écologique (EE) soutenable va évidemment dépendre du taux de décroissance et du niveau de départ.

  • En France, l’empreinte écologique est de 2,9 (par rapport à la biocapacité mondiale, et de 1,8 par rapport à la biocapacité française). Avec un taux de décroissance de 10%/an, il faut plus de 20 trimestres de récession si on part d’une EE de 1,8. Et plus de 40 trimestres consécutifs si on part d’une EE de 2,9.
  • Ce sont certes des calculs grossiers, « à la louche », mais ils donnent un ordre d’idées suffisant pour voir que la décroissance sera une récession, et une récession durable.

Pour autant, si la décroissance est une récession, est-elle une dépression c’est-à-dire une récession grave et durable ? Durable, oui. Mais grave ?

C’est là qu’il est décisif de critiquer la croissance (économique) non comme un concept (économique) mais comme une idéologie (politique).

Car, pour la décroissance, ce qui est « grave », c’est l’encastrement de toute la société dans la seule forme de la domination économique.

Alors certes économiquement la décroissance durable du PIB sera grave mais cette « gravité » sera en réalité (sociale) un allégement du poids que l’économie fait peser sur la vie sociale.

Autrement dit, la gravité réelle, vécue, ne doit pas s’estimer économiquement mais socialement.

Quand, il y a quelques années, certains d’entre nous ont participé au livre Décroissance ou récession (2011), nous aurions dû faire davantage attention à la première phrase de la quatrième de couverture : « La décroissance n’est pas la récession économique avec son cortège de misères sociales et psychiques ».

Car ce à quoi un décroissant conséquent doit s’opposer ce n’est pas à la récession mais au « cortège de misères sociales et psychiques ».

Rejeter en tant que telle la définition de la décroissance par la récession, c’est rester prisonnier des cadres conceptuels de la croissance et donc de l’économie : c’est seulement dans ces cadres qu’une récession économique est grave… pour l’économie.

Si nous voulons nous décoloniser de ce cadre alors nous devons assumer que la décroissance sera bien une décroissance (économique) durable mais que ce ne sera pas « grave » pour la seule gravité qui compte, non pas celle de la comptabilité économique, mais celle de la vie sociale.

Bref, plutôt que de se gargariser d’une posture d’intransigeance, préférons la cohérence :

  1. La décroissance n’est pas seulement un « mot », et surtout pas seulement un « mot-obus », c’est une critique intégrale de « la croissance et son monde ». La décroissance est une idéologie.
  2. La décroissance est bien une récession de plusieurs trimestres consécutifs : c’est bien une « récession », durable. Elle ne sera pas une « dépression » si et seulement si elle réussit à s’émanciper de la colonisation économistique et pour cela elle devra être démocratique, donc volontaire.
  3. Ce n’est pas parce que toute récession n’est pas la décroissance que la décroissance n’est pas une récession.
La décroissance est une (forme de) récession ; la récession est le contraire de la croissance ; donc il faut arrêter de se contredire en affirmant que la décroissance n'est pas le contraire de la croissance. La décroissance est bien le contraire de la croissance.

C'est-à-dire a/ une baisse durable des indicateurs de la croissance économique mais surtout b/ là où la croissance est une croissance sans limites - "vers l'infini et au-delà" - la décroissance n'est pas une décroissance vers le zéro. La décroissance est juste la parenthèse (une épokhè) démocratique pour sortir du monde de la croissance. Après la décroissance - et il faudrait cesser aussi d'évoquer une "post-croissance", alors que c'est bien de "post-décroissance" dont il s'agit - nous pourrons redevenir des "objecteurs de croissance".

Dans le monde de l'objection de croissance, la production de richesse est encadrée entre un plancher (on ne tend pas vers zéro) et un plafond (on ne tend pas vers l'infini) 2Manière pour la décroissance de rendre hommage au titre français du roman d'Arthur Koestler, le Zéro et l'Infini..

Notes et références

Notes et références
1 qui est un agrégat comptable de flux monétaires, certes incomplet et donc très critiquable mais ce qui importe pour un décroissant c’est sa corrélation forte avec un autre indicateur, écologique, l’empreinte écologique, tout aussi critiquable certes mais encore une fois il faut rappeler qu’un indicateur ne donne qu’une… indication.
2 Manière pour la décroissance de rendre hommage au titre français du roman d'Arthur Koestler, le Zéro et l'Infini.
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