5G mon amour. Enquête sur la face cachée des réseaux mobiles, de Nicolas Bérard

Depuis ses débuts, la société industrielle, expansionniste et croissanciste par essence, déploie ses « couches » d’innovations. Avec elles, d’un coté, des améliorations de confort et de la praticité au quotidien, et de l’autre, des détériorations environnementales et sociales qui peuvent être jugées comme les deux faces d’une même médaille.

Ainsi, avec le pétrole, nous bénéficions du chauffage central, de moteurs à explosion et de routes asphaltées et héritons de catastrophes comme celles de l’Amoco Cadiz et de Deep Water Horizon. Avec l’électricité d’origine nucléaire, nous avons obtenu de l’électricité 24/7 (24 heures sur 24 et 7 jours sur 7) et les drames de Tchernobyl et de Fukushima. Avec les intrants chimiques, nous pouvons avaler une grande quantité d’aliments n’importe quand et développer des cancers pendant que des explosions surviennent à Bhopal ou à Beyrouth. C’est le progrès.

Une des dernières « couches » qui nous est actuellement proposée est, en un certain sens, de l’ordre de l’immatériel puisque tout à la fois invisible, inodore et incolore. Elle fait partie du spectre des ondes électromagnétiques : la fameuse 5G qui fait tant parler d’elle en ce moment. (1)

Cette 5G, plus puissante que les 2G, 3G et 4G, en plus de devoir s’y superposer, est censée augmenter la vitesse de connexion, le débit des ondes transmises et le nombre d’objets connectés (ce ne sont plus les « seuls » smartphones qui seront ainsi téléguidés mais une galaxie d’objets manufacturés, voire plus bas) qu’elle fera « communiquer ». Ainsi, cette technologie s’inscrit donc pleinement dans la logique d’un « toujours plus » croissanciste et se doit, fort logiquement, d’éveiller les critiques de la croissance.

Conjointement à cette avancée technologique sont corrélés un extractivisme galopant de matière premières (pour fabriquer les deux types d’antennes qui s’ajouteront à celles déjà existantes), un remodelage complet de la société (objets connectés et intelligence artificielle sont dans les cartons pour accompagner la 5G), l’apparition de nouvelles filières, corporations et classes sociales (d’où naîtront de nouvelles inégalités sociales, au Sud comme au Nord) ou une création artificielle de besoins prolongeant ainsi tendanciellement la société de consommation. On songera aussi aux potentiels dommages exercés sur le vivant (humain, animal, végétal), comme le démontrent certaines études indépendantes, tout comme au manque de clarté démocratique avec lequel est en train de s’abattre, par l’entremise d’une certaine technocratie en marche, la 5G. Autant d’arguments pour éviter de se laisser embarquer dans cette voie alors que les autres problèmes générés par le système technicien (lire Jacques Ellul) ne sont toujours pas en passe d’être résolus.

Si Nicolas Bérard, l’auteur de cette enquête sur la face cachée des réseaux mobiles, se permet de laisser à de rares occasions, une infime part de doute au bénéfice de cette technologie, il fournit dans le même temps une mine d’informations à même d’alimenter un débat contradictoire.

Enfin, on appréciera (ou non) des choix rédactionnels conséquents (écriture inclusive et interpellation du lectorat par la deuxième personne du singulier) qui ont leur petit effet dans 5G mon amour, un livre à l’écriture limpide et à l’argumentaire bien étayé, fruit de la collaboration entre le mensuel L’Âge de Faire (où l’auteur y est journaliste) et les éditions du Passager Clandestin.

(1) : Une riche journée d’information et de mobilisations s’est tenue à Lyon le 19 septembre 2020 autour de la 5G et de thématiques connexes (et connectées).

Nicolas Bérard, 5G mon amour. Enquête sur la face cachée des réseaux mobiles.

Éditions Le Passager Clandestin et L’Âge de Faire – 2020

ISBN : 9 782369 352389

237 pages – 14 euros

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