On achève bien les enfants. Écrans et barbarie numérique, de Fabien Lebrun

Si il y a bien un objet qui, dans un mélange de colère, d’effarement et de questionnements, réunit la grande famille de la décroissance, c’est sans doute le téléphone portable. Objet fétiche du capitalisme contemporain, ce bien de grande consommation a débarqué il y a une vingtaine d’années et les possibilités de s’y opposer ou de l’esquiver sont rendues, petit à petit, à la portion congrue (une certaine opiniâtreté est nécessaire afin de débusquer les dernières cabines téléphoniques). Conjointement et en complément du déploiement fulgurant de cet objet (ou plutôt gadget), notamment sous sa forme débridée du smartphone, une critique de la cybernétique, de l’informatique et des écrans s’est peu à peu développée du coté des techno-critiques, des néo-luddites et des décroissants. On songera aux travaux du collectif Écran Total ainsi qu’à des ouvrages comme Le téléphone portable, gadget de destruction massive de Pièces et Main d’Oeuvre , Quand les écrans deviennent neurotoxiques de Sabine Duflo, La fabrique du crétin digital. Le danger des écrans pour nos enfants de Michel Desmurget ou Les ravages des écrans. Les pathologies à l’ère numérique de Manfred Spitzer. Afin de compléter la critique, axée ici essentiellement comme l’indique son sous-titre, plus précisément autour de l’écran, Fabien Lebrun vient tout dernièrement de publier aux Éditions du Bord de l’Eau On achève bien les enfants. Écrans et barbarie numérique.

Si il est écrit dans un ordre antichronologique, en partant de l’utilisation et la consommation des écrans dans les « centres capitalistes » jusqu’à la production, principalement en Chine, et l’extraction des matières premières, majoritairement au Congo, le livre n’oublie aucune étape du process de cette industrie véritablement mortifère de bout en bout. Car de fond en comble, de la banalisation de la pornographie ici aux viols dans les pays du Sud, de la perte d’attention, de la pratique des selfies et de l’addiction sur les (jeunes) adeptes de ces produits en Occident aux différentes formes d’exploitations d’enfants dans les « périphéries capitalistes », de l’emprise de la société de consommation sur les pays du Nord aux diverses pollutions en Afrique et en Asie, en passant par les guerres (armées et commerciales) que cette désastreuse filière génère, absolument aucun aspect n’est laissé au hasard par l’auteur. Certains paragraphes seront douloureux à la lecture mais hélas nécessaires pour saisir au mieux les tenants et aboutissants de cette abomination planétaire qui a pu voir le jour en à peine plus de deux décennies.

D’une écriture très compréhensible et garnie de nombreuses (et judicieuses) références, On achève bien les enfants est un complément d’importance à la critique déjà existante des écrans. Une critique que les décroissants, s’ils ne l’ont pas déjà fait, se doivent impérativement de s’emparer, même si le comble veut que le présent texte soit diffusé par ce support tant décrié par Fabien Lebrun…

Fabien Lebrun, On achève bien les enfants. Écrans et barbarie numérique.

Le Bord de l’Eau – 2020

ISBN : 9782356877314

173 pages – 16 euros

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Un commentaire

  1. Merci pour cette recension. Pour rappel Fabien Lebrun est membre du Collectif Illusio, qui depuis 2001 publie sa revue éponyme, revue de théorie critique en Sciences Sociales.
    Dernier numéro : « De l’enfance au temps de l’humanité superflue » (Vol 1)
    https://www.revueillusio.fr/
    Prochain numéro « De l’enfance au temps de l’humanité superflue » (Vol 2) prévue pour Décembre 2020/Janvier 2021.
    Cordialement.
    M.C.

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