Décroissants, osons afficher notre préférence pour les loups et les ours plutôt que pour les moutons !

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Durant les festives de 2017, il nous avait été proposé un débat mouvant dont le sujet abordait la question du végétarisme. Les défenseurs du végétarisme et ceux qui défendaient un régime carné se séparaient territorialement. Il s’agissait d’attirer dans son « camp », à l’aide d’arguments convaincants, celles et ceux du camp d’en face. Je me souviens que certains des contempteurs du végétarisme justifiaient leur position au nom de la défense de la petite paysannerie garante de la préservation de nos milieux, surtout en montagne. Si nous supprimons l’élevage que deviendront les emplois agricoles ? Qui entretiendra nos paysages ? Ne sera-ce pas la fin de la ruralité ? nous interpelaient-ils.

A ces questions ÉlodieVieille Blanchard (présidente de l’association végétarienne de France) répond d’une façon convaincante dans Révolution végane. Inventer un autre monde, un livre paru chez Dunod.

Passons rapidement sur l’ombre portée de l’élevage, titre du long rapport publié par la FAO en 2006, qui pointait les multiples impacts environnementaux de l’élevage à l’échelle de la planète : sur la déforestation (au lieu de persévérer dans la déforestation ne vaudrait-il pas mieux modifier notre modèle alimentaire ?) ; sur l’occupation de terres qui pourraient être employées à nourrir les humains plutôt que les animaux ( une alimentation sans élevage permettrait de diviser par 4 les surfaces agricoles) ; sur l’eau ; sur le climat (responsable de 18% des émissions de GES, l’élevage se traduit par l’émission de deux gaz (sans parler de l’ammoniac) : le méthane et le protoxyde d’azote, qui ont un effet de réchauffement de l’atmosphère respectivement 25 et 265 plus puissant que le CO²) ; sur les finances publiques (lourdement aidé, exonéré des taxes payées par les autres secteurs économiques, avec les 10 milliards d’euros de la PAC, plus environ 6 milliards d’aides diverses, l’élevage coûte 500€/an/habitant). Laissons la parole à Élodie.

Le monde rural menacé ?

Aujourd’hui 3,6% de la population active française travaille dans l’agriculture contre 1/3  en 1945. Dans le même temps la consommation de viande augmentait fortement avant de décroître légèrement à la toute fin du XXème siècle. C’est davantage le type d’agriculture, plutôt que le choix du modèle alimentaire, qui détermine le volume d’emplois créés. Une agriculture vivrière et paysanne est plus créatrice d’emplois qu’une agriculture industrielle. Pourquoi le tissu rural disparaîtrait-il si l’élevage était remplacé par des productions végétales ?

La prairie amie de la biodiversité ?

Les aires dites naturelles voient aujourd’hui une dégradation de leur biodiversité du fait du surpâturage. Ainsi, dans les Alpes, la trop grande concentration des animaux entraîne un appauvrissement de la flore et une érosion des sols. La disparition de l’élevage de montagne verrait un «réensauvagement» qui restaurerait les écosystèmes. L’écologiste George Monbiot rappelle que les prairies anglaises (ces monocultures de moutons) sont aux écosystèmes forestiers anglais ce que sont les ranchs brésiliens à la forêt amazonienne. Son étude sur le Pays de Galles, conclut qu’il serait plus rentable de remplacer les pâturages par la forêt.

Élodie prêche aussi pour une agriculture sans bétail qui est tout l’enjeu de l’agriculture végane (rotation des cultures sur 8 ans et couverture permanente des sols uniquement travaillés en surface) qui exclut tout fertilisant chimique et animale.  Ce type d’agriculture, qui s’est développé depuis 25 ans, prend pour modèle la forêt où la fertilité des sols provient de l’accumulation des végétaux en surface.

Envisager une transition alimentaire apparaît incontournable à l’échelle de la planète et en la matière le végétal s’avère la solution la plus prometteuse, telle est la conclusion d’Élodie Vieille Blanchard.

Et ne jamais oublier ces chiffres, effrayants : en France, chaque jour, on abat 3 millions (!) d’animaux terrestres, plus d’un milliard chaque année pour notre consommation et l’exportation.  Est-il éthiquement acceptable de tuer autant d’animaux pour se nourrir ?

3 commentaires

  1. Ce CR de lecture de J.Y. Renouf est intéressant, mais cette grave question sujette à controverse mériterait que soit aussi donnée la parole à Paul Ariès par ex ; qui objecte de manière sensée à la vague végane au nom de la défense d’un monde paysan traditionnel respectueux de son partenaire animal ( élevage à l’herbe ) et d’un équilibre culturel et cultural s’opposant à l’appel d’ air créé, selon lui , par le véganisme vers une artificialisation renforcée de l’alimentation humaine par l’agro-industrie ( tous ersatz de viande , marché du soja etc…).
    Je signale que cette question sera très présente , sous forme de débat et finalisation d’un livre collectif, à la prochaine Université d’été du mouvement Utopia : du 10 au13 octobre, à Sète.

    1. Il y a malheureusement dans la critique adressée au véganisme par Ariès du bon grain et de l’ivraie. Dans la forme, il y a une virulence inutile, surtout quand elle est adressée à des gens dont nous partageons en réalité la plupart des combats : en particulier la défense d’une production paysanne et la critique de l’industrie agro-alimentaire.
      Surtout, la critique de Paul Ariès ne prend pas les idées dans le bon sens : il adresse au véganisme un procès « en aval » (« vous avez tort parce que d’autres que vous, avec d’autres fondements et d’autres objectifs que vous, peuvent utiliser les effets que vous espérez pour imposer un monde qu’il faudrait rejeter ») : c’est la rhétorique du loup dans la fable avec l’agneau (c’est la même rhétorique qui est utilisée par les critiques du revenu inconditionnel (RI) : puisque des ultralibéraux défendent une variante, alors tous les défenseurs du RI sont les « idiots utiles » des ultralibéraux).
      Le véganisme est certainement discutable : mais une telle discussion mérite plus de respect que ce que propose Ariès → le véganisme mérite une critique « en amont » = mettre à jour les fondements, en particulier ceux traitant des relations entre humains et non-humains, entre vivants animaux et vivants végétaux.

  2. Bonjour ,

    Pour Elodie VIEILLE BLANCHARD, aucun animal ne vit en forêt !
    D’après votre compte-rendu.
    Au secours !

    J’ai 78 ans.Mon grand-père disait : »Gagner sa croûte » (le pain) . C’est devenu : »Défendre son beefsteak » pour des syndicalistes.

    La poly-culture-élevage est je crois la bonne formule >>régime végétarien (avec fromages, oeufs) + très peu de « viande » . Combien de vaches pour une ferme de 50 ha? Le paysan le sait. Sinon l’agronome…
    Prendre soin de l’animal, le tuer à son insu ! …
    Sortir du système industriel…partout, même en agriculture.
    Supprimer toute utilisation de l’animal est une absurdité.L’animal a aidé l’homme a évoluer.
    La « puissance du feu » ne le remplace pas.
    Cordialement.

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