Les adversaires de mes adversaires ne sont pas mes amis

Pour partager...
Share on Facebook
Facebook
Email this to someone
email
Tweet about this on Twitter
Twitter

« Le sens de l’histoire est une question politique » sera le sujet des prochaines festives de juillet de la MCD.   Le récit historique a bien un sens politique, et c’est ce nous nous proposons d’illustrer par la subordination d’une partie de l’intelligentzia de gauche au parti communiste français du temps de sa splendeur, alors qu’il entretenait le mythe du « paradis rouge ». Il ne nous semble pas  vain de revenir sur l’histoire troublante des relations entre les intellectuels et le PCF, tant perdure aujourd’hui encore la fascination pour la politique russe menée par Poutine, dans les rangs de la France Insoumise et, il est à craindre, chez certains décroissants.

Souvenons-nous des déclarations de Jean-Luc Mélenchon quand ½ million d’Ukrainiens se rassemblent sur la place Maïdan en novembre 2004 suite à la réélection de Ianoukovitch l’homme lige de Poutine : ce n’est là qu’une bande de fascistes à la solde des Américains, ose-t-il déclarer. Et l’idée que la révolution orange (révolution des roses) est soutenue par la CIA est reprise en boucle. De même le drame syrien aurait pu être évité si les occidentaux avaient soutenu Bachar al Assad au lieu de le mettre au ban des nations. Pourquoi une partie de la gauche défend-elle un régime assassin ? Parce qu’il est soutenu par Poutine. Il ne peut donc être mauvais. J’ai même entendu un ami décroissant soutenir l’annexion de la Crimée par la Russie au nom du référendum de mars 2014, qui a pourtant été une farce électorale, tenue dans un climat d’intimidation entretenu par des milices armées venues d’où on sait. Enfin, nulle part à gauche on entend dire que le conflit du Dombas est une tentative de partition de l’Ukraine, orchestrée depuis Moscou.

Comment nier les faits au nom de la politique

  • Panaït Istrati, écrivain roumain réfugié en France, est un « compagnon de route » comme on désignait alors les sympathisants du PCF. Il se rend en URSS en 1927 en compagnie de Kazantzakis (Zorba le Grec). Il y retourne en 1928. A son retour il fait publier chez Gallimard Vers l’autre flamme, confession pour vaincus qui est la somme de trois livres : Après 16 mois dans l’URSS ; Soviets ; la Russie nue. Son témoignage à charge de l’URSS déclenche une vive réaction des intellectuels, Henri Barbusse en tête, qui s’en donnent à cœur- joie dans l’insulte et le mépris. Oser critiquer le pays de la joie et de la bonne humeur en 29 vous plaçait d’emblée parmi les fascistes.
  • Retour de l’URSS est le récit de voyage que fit André Gide et ses proches en URSS. Gide à l’instigation du PCF fut invité par les autorités soviétiques qui comptaient sur l’appui d’un grand écrivain admiratif de l’homme nouveau engendré par le communisme. Dès son arrivée  en juin 36, Gide prononce sur la Place Rouge, un éloge funèbre à Gorki, l’écrivain officiel du régime, mort quatre jours plus tôt. Seulement au cours du séjour lui et ses amis ne regardent pas toujours où il faudrait et Gide avoue « un immense, un effroyable désarroi. » Autant dire que son témoignage n’est pas à la hauteur des attentes. S’ensuivra une véritable campagne de  dénigrement orchestrée par les intellectuels de gauche, Louis Aragon en tête. Romain Rolland lui reprochant non pas son texte mais le moment mal choisi pour le publier (la guerre d’Espagne). En réponse  à ces violentes attaques Gide écrit Retouches au Retour de l’URSS où il dénonce le totalitarisme et le stalinisme.
  • Viktor Kravchenko, ancien dignitaire du régime soviétique, réfugié aux USA, livre dans « J’ai choisi la liberté » un témoignage accablant sur la réalité des camps en Union Soviétique. Traduit en français en 1947, le livre rencontre un immense succès avec 1/2 million d’exemplaires vendus en quelques mois. La revue Les Lettres Françaises, revue noyautée par les communistes, ne va avoir de cesse durant deux ans de traîner Kravchenko dans la boue et de l’accuser d’être un espion à la solde des Etats Unis. Face à ces attaques Kravchenko vient en France pour intenter un procès pour diffamation à Claude Morgan et André Wursmer, dirigeants de la revue. Le procès s’ouvre en janvier 49 pour se clôturer en avril par la condamnation des Lettres Françaises à verser 150 000 frs de dommages et intérêts à Kravchenko.
  • L’importance du procès tient en ce qu’il va révéler à l’opinion publique l’existence des camps de travail en URSS, et ce à une époque où le très puissant parti communiste défend  le mythe du « paradis rouge ».  La tactique adoptée par celui-ci est simple : déconsidérer Kravchenko, en mobilisant des résistants et des personnages illustres (Joliot-Curie, Pierre Cot, d’Astier de la Vigerie, Roger Garaudy, Jean Bruhat, Vercors,…). Malgré la condamnation de Morvan et Wursmer, l’influence du PCF ne diminuera pas qui persistera dans le mensonge, le déni et la vénération du « grand frère » (voir les poèmes de Louis Aragon et Paul Eluard à la mort de Staline) bien après mai 68 avec son très stalinien secrétaire général Georges Marchais et les rapports « globalement positifs » de ses congrès.
  • L’Archipel du Goulag sort en France en 1973, mais le tome 1 ne sera traduit qu’en 1974, le tome 2 en 1975. Après l’Archipel rien ne sera plus comme avant pour le PCF qui amorce sa lente descente aux enfers. Cette fois encore les intellectuels de gauche rassemblent leur voix pour dénoncer un « auteur réactionnaire » qui n’apporte rien de nouveau depuis le rapport Khrouchtchev. Heureusement certains intellectuels rejoignent Jean Daniel, le rédacteur du Nouvel Observateur, dans la défense d’Alexandre Soljenitsyne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.