LA POSTE. Capitalisme, service public et identité numérique

Les mots de la MCD : Cet article spécifique sur La Poste illustre un phénomène plus large de la société de croissance : la transformation du monde en une vaste entreprise. Si d’aucuns ne soupçonnaient pas l’ampleur des dégâts, cet article détaillé lève le voile sur « une face cachée » du groupe La Poste : malgré son apparence de service public, et l’attachement que nous pouvons y avoir, La Poste est bien à la pointe de la startup nation voulue par Macron. Nous relèverons deux phénomènes majeurs en tant que décroissant. D’abord, la soumission accrue des personnes travaillant pour La Poste à des outils technologiques non-conviviaux au sens d’Ivan Illich, c’est à dire non maitrisables, qui dégradent l’autonomie des personnes qui l’utilisent, qui suscitent des logiques de soumission et de servitude aux « gestionnaires », qui standardisent les procédures et in fine ne permettent aucune adaptation ou création autonome de la part de celles et ceux qui l’utilisent (de là, le métier historique de postier passera ou est peut-être même déjà passé à un « simple emploi »). Et ensuite, la contribution de La Poste à la marchandisation du monde : quand la postière du XXème siècle prenait un café, rendait un service sur son temps de travail ou échangeait deux mots c’était parce que ce sont des actes « ordinaires » mais néanmoins essentiels à la continuation de vie de la société : cette marchandisation des actes anodins de la vie sociale par La Poste par la création du forfait « Veiller sur mes parents » à partir de 19.99 € par mois (comme on nous vendrait un vulgaire abonnement téléphonique) contribue à la désagrégation des liens sociaux à laquelle il prétend répondre ; ainsi qu’à l’économicisation des mœurs, qui en retour nous rendent bien incapables de consacrer du temps et de prendre soin par nous-mêmes des autres, et donc de la vie sociale. Jusqu’où cela peut-il tenir ? Jusqu’à l’effondrement social. Voilà pourquoi il faut faire de la décroissance, en plus d’une critique écologique, une critique sociale et politique du monde de la croissance : la décroissance est une théorie politique du sens, et doit donc poser la question (et y fournir des réponses?) : qu’est-ce qu’une vie bonne et sensée ?

“Nos” bureaux de poste proposent un portefeuille d’« identification numérique européen » à installer sur “nos” smartphones. Parfois aussi, carrément, “nos” facteurs effectuent au préalable et à domicile, le contrôle d’identité à la personne. Cette innovation technologique “simplifiera” la vie, paraît il, mais surtout cela applique une directive européenne. Pourquoi justement dans nos bureaux de poste ? Et qu’est devenue La Poste pour en avoir entre autre structure, la charge ?

Ci-dessous une analyse faite à partir :

– D’un interview de son PDG, Philippe Wahl, le 5 mars 2023, sur France Culture, dans l’émission “Soft Power”.

– De deux livres : “Poste Restante” de Christian Authier, 2023, Éd Flammarion et “Le Caché de la Poste”, 2021, de Nicolas Jounin (sociologue en immersion dans l’emploi de facteur pendant quelques mois), Éd. La Découverte.

– D’une enquête sur le “portefeuille d’identité numérique européen”, parue dans Nexus (mai/juin 2023)

Mais d’abord, un peu d’Histoire 1.

Une chronologie de La Poste

Un service de poste existait dans l’empire romain (dont la Gaule) et a disparu avec sa chute. Il faudra attendre Louis XI en 1476 pour voir la création de “la poste aux chevaux” pour les messages royaux.

En 1576 : Henri III ajoute les messages pour les riches particuliers (un relai toutes les 7 lieues, d’où les bottes).

En 1662 : Avec Louis XIV apparaît la “Ferme générale des postes” et les premiers facteurs à Paris.

En 1758 : les facteurs distribuent du courrier à Bordeaux, Lyon, Nantes, Rouen, Nancy, Strasbourg, Marseille et Lille.

Après 1789 : les services postaux se développent : 1400 relais, 16000 chevaux (Paris Lyon en 3 jours).

1830 : Création de La Poste Rurale qui rompt l’isolement des villages.

1835 : 10 paquebots vapeur en Méditerranée transportent le courrier.

1845 : Premier wagon poste avec bureau ambulant.

1849 : Premier timbre poste.

1873 : Disparition de La Poste aux chevaux au profit du rail, 54 lignes, 10000 facteurs, 4360 bureaux, une tournée quotidienne et 130 millions d’objets distribués.

1879 : Fusion Poste, Télégraphe, Téléphone et création d’un ministère.

1918 : Naissance de l’Aéropostale, Latécoère, Mermoz, St-Exupéry, Guillaumet, etc.

1940 : Vichy supprime le courrier le dimanche et fusionne Télégraphe et Téléphone (Télécom).

1949 : sortie du filme “Jour de fête” de Jacques Tati avec son facteur fétiche.

1960 : Création d’un ministère des Postes et Télécommunications tout en gardant le sigle PTT.

1967 : 8,5 milliards d’objets distribués, explosion des flux postaux (“les 30 désastreuses”).

1969 : Séparation du courrier rapide et lent, une réforme qui portait déjà l’esprit des suivantes.

1988 : Séparation de La Poste et des Télécommunications et création de France Télécom.

1987-1995 : Les facteurs se syndiquent à la CGT, CFDT, FO et SUD.

Une histoire moderne de La Poste

En 1991, sous le ministère Rocard, et malgré les grèves de 1988, La Poste devient un ÉTABLISSEMENT PUBLIC INDUSRIEL ET COMMERCIAL, un EPIC, c’est à dire “un exploitant de droit public doté d’autonomie financière et d’une personnalité morale distincte de l’État dont le budget ne sera plus voté par l’Assemblée nationale. Le but affiché est de sortir les PTT de l’administration pour les inclure dans la perspective européenne de mise en concurrence des services publics.

Où, déjà, les nouveaux embauchés n’auront plus le statut de fonctionnaires mais relèveront du droit privé, les tarifs seront en hausse, les bureaux de poste fermés, l’usager sera transformé en client et les employés subiront de nouvelles méthodes de management : les fameuses “Réorganisations”.

Les années 2000 verront le dernier avion de nuit et le dernier wagon postal.

Mais cette réforme est jugée insuffisante par la direction de La Poste pour affronter cette ouverture totale à la concurrence et la fin des monopoles d’État au 01/01/201 voulue par les directives européennes de 1998 et 2002.

En effet, le statut “d’entreprise publique” est dès lors réducteur puisqu’il ne permet pas de céder des parts de son capital, tandis qu’une “Société Anonyme” a la possibilité d’augmenter le sien via des investisseurs. D’autre part, les missions de service public impliquent légalement, selon le préambule de la Constitution, que l’État demeure l’actionnaire majoritaire.2

En mars 2010, La Poste devient donc une SOCIETE ANONYME A CAPITAUX PUBLICS *, capable de ce fait, de nouer des alliances et de procéder à des acquisitions grâce à une injection d’argent de l’Etat et de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC).

Ce changement de statut permit aussi à l’aide publique de ne pas être assimilée à une aide d’Etat proscrite par les règlements européens (concurrence faussée).

C’est exactement le même scénario que celui qui se joue actuellement pour la SNCF.

Le 1er janvier 2011 a lieu l’ouverture à la concurrence des marchés postaux, entraînant le développement à l’international, la diversification des services, la création ou acquisition de filiales et bien sûr encore : la réduction de personnels, la suppression de bureaux, la hausse des tarifs, la distribution aléatoire du courrier due aux “Réorganisations” du nouveau management et par conséquent, l’amaigrissement souhaité du courrier papier, désormais inintéressan t(obligatoire cependant, inhérent au statut de l’entreprise), au profit de “courriels”. Ces paramètres dissuasifs de La Poste se rajoutant à un engouement de la population pour les “high techs”.

La Poste se comportant comme une société privée, pourquoi ne pas effectuer une privatisation totale comme à France Télécom, GDF ou Air France ? Et pourquoi ne pas changer de nom ? “Surtout pas”, répond le PDG Philippe Wahl, car “nous profitons du capital symbolique de cette vieille administration”.

Société anonyme à capitaux publics : “situation hybride pour l’entreprise : d’une part engagée dans la sphère marchande – compétitivité, productivité, parts de marché, développement à l’international – d’autre part vouée à un “Service Universel” inscrit dans la loi européenne de 1990 qui la charge de 4 missions : l’accessibilité bancaire, le maintien de bureaux de poste, la distribution du courrier, et la distribution de la presse.

De plus, par la loi Pacte de mai 2019, La Poste accède au label “d’entreprise à mission”, (1000 entreprises en France) qui donne droit à 500 millions d’euros par an d’aide de l’État. La finalité étant de concilier la performance économique et (théoriquement) la contribution à l’intérêt général, notion étendue d’après Muriel Barnéoud, directrice de l’engagement sociétal du groupe La Poste, au “développement et la cohésion des territoires, à l’inclusion sociale, au vivre ensemble, à la solidarité intergénérationnelle, à l’attention aux jeunes, aux déficients, à l’inclusion bancaire, au numérique éthique, inclusif et frugal, à la transition écologique…” Poncifs et langue de bois 3.

Mais mieux encore, en mai 2021, le rapport Launay sur “Les mutations du service universel postal”, commandé par Bruno Le Maire, dresse le portrait du “facteur augmenté de demain” : “porteur de proximité , il embarque avec lui la santé comme sujet stratégique ; porteur de l’inclusion numérique, il emporte l’adhésion politique sur l’avenir de l’entreprise comme tiers de confiance des services en territoire… ce facteur du XXIème siècle, collecteur de données, peut être une réponse à l’illectronisme, et au mal être numérique, et être appelé Postier Aidant Connect” ! Commentaire d’Authier, page 56 : “Jacques Tati, réveille toi, ils sont devenus fous, dans quel pays vivons-nous ”?

En 2022, les facteurs courrier, devenant obsolètes, doivent assumer un nombre croissant de services : “Veiller sur mes parents” (20 euros/jour), livrer repas et médicaments à domicile, faire passer le code de la route, relever les compteurs à gaz, aider à remplir les déclarations d’impôts sur internet, informer sur les dispositifs de diagnostics énergétiques, mettre en service les tablettes digitales chez les personnes âgées, collecter papiers et cartons à recycler dans les entreprises, signaler aux collectivités locales (via des photos) les problèmes de voirie, les tags, les encombrants 4 et signaler les fissures des bâtiments pour les assureurs, faire remplir les questionnaires pour les Caisses d’allocations familiales, prendre les commandes par correspondance, participer aux études de marché pour la fibre optique…” 5.

Il s’agit d’une nouvelle conception selon laquelle n’importe qui peut faire n’importe quoi moyennant quelques heures ou jours de formation. Et l’on ne demande plus aux managers de connaître les métiers de ceux qu’ils dirigent, mais de fixer à des subordonnés des objectifs précis et quantifiables.” (Christian Authier page 53).

C’est justement ce que dénonce Nicolas JOUNIN dans Le Caché de la Poste (chapitre 15). Dans le cadre de la construction européenne, c’est à dire la libéralisation des services publics et l’ouverture à la concurrence, La Poste a dû établir une comptabilité de gestion analytique, qui consiste, à partir de leur durée, à calculer les coûts de revient des différents “produits” (lettres, colis, recommandés, etc.) afin que l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (l’ARCEP), puisse garantir l’aspect concurrentiel, et “non faussé” par les fonds publics, de ce nouveau marché. A cette fin, La Poste a produit 3 guides méthodologiques déterminant des temps standards de ces différents “produits”.

En 1994, La Poste effectue un chronométrage sur le terrain (aux modalités non expliquées) d’un échantillon de tournées (au nombre non précisé) au sein de vingt bureaux en France métropolitaine. Des durées forcément hétérogènes sont converties en “durées uniques” (sans qu’il soit dit comment).

Ce sont des durées fictives destinées à l’ARCEP afin de déterminer le coût salarial, donc le besoin en force de travail de chaque lettre distribuée.

En 1999, est réédité un guide méthodologique destiné cette fois surtout à l’organisation des tournées à partir de tableaux plus étoffés, de ces “durées uniques”. Et il est désormais techniquement possible – quoique toujours prohibé à La Poste – à l’organisateur de construire de toute pièce, sans chronométrages de terrain, des itinéraires de tournées par combinaison de variables (volumes types de courrier, longueur de parcours, densité des habitations, etc.) et de normes standardisées de vitesse.

En 2005, La Poste, qui attend le statut de Société Anonyme, procède à une 3èmè édition du guide méthodologique. Les organisateurs ont désormais le grade d’ »ingénieurs en logistique ». Les temps standards (c’est à dire les durées uniques) aux calculs mystérieux, étudiés en 1994 et exposés en 1999, deviennent en 2005 des “Normes et Cadences”, génératrices de productivité, et officiellement utilisés pour concevoir les tournées, toujours sans recours au terrain.

S’ensuit, dans le livre de Nicolas Jounin, un intéressant dialogue imaginaire, entre lui, Frédérick Winslow Taylor, et son “scientific management” (organisation scientifique du travail à la chaîne) constatant tous deux que le maître a été dépassé par son élève La Poste.

Rejoignant Nicolas Jounin, Christian Authier dans Poste Restante (page 42 à 56) explique que l’organisation du travail devient dès lors une suite de “Réorganisations” bisannuelles, qui consistent en la suppression de tournées (et de facteurs) et l’allongement d’autres par des bureaucrates, gestionnaires “opérateurs” mais surtout par GEOROUTE, logiciel qui modélise les itinéraires et les cadences nationales de tournées à la minute, seconde et centi-minute près (N. Jounin). Le facteur étant géolocalisable à tout moment par l’application FACTEO.

Mais le fonctionnement de ce logiciel, les algorithmes et les formules mathématiques qui le nourrissent sont configurés d’une manière très opaque pour accoucher d’une logique immuable : plus de charge de travail dans un temps plus réduit” 6.

D’où des heures supplémentaires, longtemps non payées, et un million de réclamations.

Face au refus du groupe La Poste de fournir des informations sur le fondement des formules mathématiques utilisées dans ce logiciel, des Comités d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail (CHST, créés en 2011) sans pouvoir mais ayant le droit de savoir, ont assigné à plusieurs reprises un peu partout en France le groupe La Poste. Ils ont obtenu la réponse suivante : “ce sont de vieilles archives de 1994 que nous avons perdues” !

Sauf que “les normes utilisées ne sont pas raisonnablement utilisables s’il est impossible de les justifier par les mesures qui en sont le fondement” conclut par exemple le Tribunal Administratif de Nancy en 2019 7.

Enfin, on découvrit à cette occasion de savoureuses bévues : “L’Outil” faisait traverser des murs d’immeubles à Neuville les Dieppe ou bien, à Dieppe, un trajet passait sans pont au dessus d’un bassin du port. “Après le facteur passe muraille, le facteur volant” ironise Christian Authier.

Finalement, le groupe La Poste fut condamné par le Tribunal de Grande Instance de Dieppe en 2020.

Parfois aussi, après vérification des calculs, la durée d’une tournée exprimée par “l’Outil” se révéla inférieure à la somme des durées de ses composants. Ailleurs, “l’Outil” faisait rouler une factrice à 100 km/h sur une petite route, ce qui stupéfia la gendarmerie à laquelle le document fût présenté 8

BOUGER AVEC LA POSTE (slogan de 1985) 9.

En 2006, succédant aux “Chèques postaux” de 1918, est créée la BANQUE POSTALE (Comptes, cartes de crédit, épargne, placements, prêts immobiliers, crédits à la consommation, assurance et prévoyance, crédits à collectivités locales, banque en ligne) qui comprend 15 filiales dont des banques de détail, des assurances, de la gestion d’actifs, des financements participatifs (dont KissKissBankBank), éthiques, développement durable, et autres “gadgets sémantiques”.

Quant aux filiales du groupe, on rencontre La Poste Mobile, Colissimo, Chronopost, Docaposte, la Poste Immobilier, Viapost, DPD, Médiapost Communications (12 sociétés), Asendia, Axéoservices, Sogec.

Donc, de la Téléphonie Mobile, des Services à Domicile, de la Com et du Marketing, de l’Immobilier, de la Logistique et du Transports, de l’Ingénierie informatique, du traitement Numérique et donc des holdings, des filiales et des sous-filiales, affublées d’acronyme globish comme Greenovia, Mobigreen, Vélipost… rassemblées dans “Bemobi mobilité durable”. C’est-à-dire de la location de vélos.

Le groupe La Poste compte 250 métiers et 250 filiales réparties en 4 branches : Courrier-Colis, Banque et Assurances, Grand Public et Numérique (dont le marché de la Sylver Économie), et Géopost group (colis express en France et 50 pays, 11 milliards de chiffre d’affaires).

GEOPOST (premier réseau de livraison de colis en Europe en 2021) investit dans l’alimentaire et le e-commerce via ses différentes marques : Chronopost, Chronofresh (transports frigorifiques), Stuart (livraisons, rachetée en 2000 13 millions d’euros), Dynamic Parcel Distribution (DPD en Allemagne et en Angleterre), Seur en Espagne, Bartolini (BRT) en Italie.

GEOPOST a acheté 89% de Epicery (commande en ligne de produits frais) afin de livrer à domicile des repas, via la plateforme “La Table”, et concurrencer UberEat et Deliveroo.

En 2017, Chronopost, associé à Webédia (géant du numérique), lance “Pourdebon”, (produits frais).

Enfin Urby, filiale de La Poste, livre en centre-ville les “derniers kilomètres”.

Outre l’alimentaire, le groupe La Poste mise sur le numérique, le développement à l’international, les services de proximité avec “START IN POST” en 2014, incubateur de start-up, et “La Poste Venture” en 2021, fond d’investissement dans “les start-up innovantes à impact positif”.

Mais dès 2016, la Cour des Comptes pointait les dysfonctionnements et gabegies d’argent public au sein de l’État (100% actionnaire) et de ses services. Sans effet.

“Le groupe La Poste investit aussi dans la santé avec l’acquisition d’ASTEN SANTE et DIADOM (prestations à domicile), via sa branche Silver Economy elle participe à NOUVEAL (pré et post-opérations) et NEWCARD (télésurveillance des patients) en 2001.

DOCAPOSTE, filiale de la branche numérique, est devenu le 1er opérateur de santé en France tandis que CHRONOPOST HEALTHCARE livre des produits médicaux.

D’autre part le groupe La Poste mène des expérimentations auprès de Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) dans des programmes de prévention de la dépendance ou de la malnutrition transformant les facteurs en auxiliaires de santé chargés de repérer la perte d’autonomie des plus âgés.

En 2022, le groupe La Poste a racheté la start up HAPPYTAL, présente dans 130 hôpitaux, et experte dans la digitalisation de parcours hospitaliers et dans l’accompagnement des patients, tandis qu’une filiale, AGE D’OR SERVICES prenait en charge le “bien-vieillir”, prétendant remédier aux défaillances de l’hôpital !

Tout cela alors que ce groupe La Poste connaît une dette pharaonique, que son PDG Philippe Wahl pense combler en “captant la croissance internationale”(!) et par cela “aider la société à gérer la transition démographique, écologique, numérique” 10.

Mais comme on l’a dit, c’est la Banquassurance qui est le cœur de métier du groupe La Poste qui, avec l’acquisition de la Financière de l’Echiquier 11 puis de la Caisse nationale de prévoyance (CNP Assurances) en 2020, et ce pour 5,5 milliards d’euros, vise le titre de géant mondial, tandis que, en juin 2022, la dette nette du groupe s’élevait à 10 milliards d’euros !

Avec un capital 100% public (État + Caisse des dépôts et consignations) on s’attendrait à certains contrôles et débats. Il n’en est rien. Le groupe La Poste serait-il aux mains de “technocrates en roue libre” ?

Et est-ce de la naïveté ou de l’ignorance lorsque l’Association des Maires de France et une centaine d’élus leur demandent de maintenir les missions de services publics ?

A Libourne, le courrier perdu emploie 60 personnes pour un arrivage de 20 000 plis et objets par jour dont 6% seulement sont retournés. Il est étonnant que ce service “archaïque” ait échappé à un manager en quête de réorganisation. Alors, outil de communication ? A moins qu’ils n’osent pas. Pas encore. 12.

Dans l’interview du 5 mars 2023 sur France Culture dans l’émission Softpower, le PDG du groupe La Poste, Philippe Wahl, confirme les points cités plus haut (Géoroute, Géopost, Docapost, etc.)

On y apprend en plus que DIGIPOST (coffre fort numérique, 9 millions d’utilisateurs) et PRONOTE (relations professeurs, élèves, parents d’élèves) sont aussi des filiales du groupe. Et qu’en compagnie de Bouygues, Dassault, France Télécom, et la Caisse de dépôts et consignations, le groupe est présent dans l’élaboration du CLOUD 100% français, qu’il est également leader français dans le domaine de la donnée, premier hébergeur de DONNÉES DE SANTÉ (leur numérisation, le stockage, la communication) et premier FOURNISSEUR d’ACCES (1000 sites), enfin, que les investissements dans les EXOSQUELETTES font partie de son programme “humanitaire” !

Si l’on ajoute l’achat de IN-GROUP (Cartes d’identité, passeports numériques, applications antivirus), et si l’on apprend que DOCAPOSTE, (filiale dans le numérique) est majeure, aux côtés de IN-GROUP et de THALÈS, dans un des consortiums chargés de mettre en place le “portefeuille” d’identité numérique, on ne s’étonnera plus s’il soit proposé au bureau de poste de quartier ou par le facteur lors de sa tournée.

Cela d’autant plus que la vente de smartphones par le groupe La Poste, sur lesquels se greffera ce “portefeuille” constitue une part importante de ses activités… et un marché très juteux.

Dernière trouvaille : les Boîtes Aux Lettres Jaunes, dans lesquelles nous glissions nos lettres, ne s’ouvriront plus que par une application de smartphone, dixit Philippe Wahl. Jusqu’à leur disparition ?

Alerte identité numérique

C’est un projet MONDIAL de « Alliance I.D.2020 » (Microsoft, Rockefeller, Facebook, etc.) d’ici 2030.

En EUROPE, dès 2021 : réforme du droit du numérique en vue de la création (sans débat) d’un « Portefeuille d’Identité Numérique ».

En FRANCE, le groupe LA POSTE propose ce portefeuille.

Techniquement, c’est une application mobile contenant copie numérique cryptée de « Tout » (carte d’identité, dossier médical, permis de conduire, diplômes, métier, casier judiciaire (?), compte bancaire, terminal de paiement, (mégacookies!) ) doté d’un identifiant unique pour tout accès à des services publics et privés, application rendue possible par une nouvelle génération de carte SIM soudée au smartphone.

En EUROPE, toute la high-tech a été conviée pour élaborer l’architecture de ce portefeuille. Entre autres : THALES (surveillance numérique, etc.), IDEMIA (ADN en moins d’une heure, objets connectés, etc.), IN-GROUP (cartes d’identités, passeports numériques, applications « tous anti-covid », etc.), DOCAPOSTE (filiale de LA POSTE, leader du numérique, etc.). 13

La contrainte techno-numérique est d’abord un marché très juteux, confère le smartphone, bientôt incontournable par cet identifiant numérique unique, « très pratique » pour les gens, mais surtout pour les pouvoirs, en vue d’abord d’une traçabilité accrue, ensuite, d’une gestion rapide des populations lors de crises sociales ou autres (cf. COVID), enfin pour l’instauration d’un crédit social inscrit sur smartphone (cf. ce qui existe déjà en Chine), déjà présent en Italie (Bologne), c’est à dire des droits contre des comportements définis (par qui?) comme « vertueux ».

Geneviève Destouest – Novembre 2023

Notes et références
  1. source : Christian Authier, page 17 à 24[]
  2. Christian Authier, page 75 à 78.[]
  3. Christian Authier, page 81[]
  4. Christian Authier, page 46[]
  5. Nicolas Jounin, p.199[]
  6. Nicolas Jounin, page 42[]
  7. Nicolas Jounin, page 43[]
  8. Jounin, page 115[]
  9. Christian Authier page 132-146[]
  10. Christian Authier, page 143[]
  11. voir la revue Nexus mai/juin 2023[]
  12. Authier, page175[]
  13. Voir la revue NEXUS mai/juin 2023[]
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Un commentaire

  1. Merci pour cet article exhaustif en effet la poste a été le premier service public à être concerné par les restructurations néolibérales, , faire ce qu’on peut à échelle individuelle est important mais ne suffira pas je le crains il y a un effet propagandiste de masse qui crée un inconscient collectif d’aveuglement de bêtise et de soumission, les partis d’opposition, je mets hors champ l’extrême droite, auraient dû s’affronter à cela dès le début au lieu de se couler dans le moule en suivant joyeusement ! Il faudra inventer massivement pour contrer ces méthodes néolibérales impérialistes. Jacques Tati effectivement n’en croirait plus ces yeux et ces oreilles ; jamais la force et la bêtise ne se sont autant laissées pousser des ailes !

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