Rencontres de la NEW DEC#2 « Ceci n’est pas un compte-rendu»

La MCD organise chaque année depuis 2009 un temps fort de la décroissance en France : ce sont les (f)estives, qui, autour d’un thème donné réunissent les décroissant.e.s pour réfléchir ensemble à consolider notre commun philosophique et politique. Depuis 2020, nous organisons également ce qui a fini par s’appeler les « Rencontres de la New Dec » (cliquer ici pour le compte-rendu de la première rencontre) : chez un membre de l’association nous nous retrouvons entre adhérent.e.s et sympathisant.e.s pour avancer ensemble sur les projets de la MCD, organiser l’année à venir, consolider l’association… C’est aussi l’occasion de se retrouver, de passer un bon moment ensemble, de jouer au tarot et comme toujours… de débattre jusqu’au bout de la nuit ! Ci-dessous le compte-rendu romancé de l’édition 2021 de ces Rencontres de la New Dec (majuscules obligées).

Le compte-rendu des activités du week-end

Les deuxièmes « Rencontres de la New Dec » se sont déroulées du 11 au 15 novembre 2021 dans la Drôme. Grâce à l’hospitalance*(* vocabulaire librement inspiré d’une source de la décroissance trop peu connue : les vidéos des Inconnus, notamment « Cinéma, cinéma » que nous avons longuement étudié ce week-end là) de Marie-José et Michel, nous étions une dizaine à nous réunir pour bosser dur :

  • Dans l’esprit des « Propos sur la décroissance », un nouvel échantillon pelliculaire* sur le thème du revenu inconditionnel a été tourné, à retrouver sur notre chaîne Youtube.
  • Relecture et amélioration de notre collection en auto-édition « Mais Comment Décroître » (quatre livrets sont parus à ce jour : « Abécédaire décroissant », « Une proposition décroissante. Le revenu inconditionnel », « Réflexions décroissantes sur l’effondrement et la collapsologie et la révolution » et « La décroissance selon la Maison commune de la décroissance »). Si vous souhaitez vous en procurer, contactez-nous à contact@liens.ladecroissance.xyz. Ils seront bientôt disponibles sur une boutique en ligne. Les prochains traiteront du post-urbain, de l’écoféminisme, du lexique décroissant…
  • Amélioration de notre flyer de présentation.
  • Nous avons approfondi une réflexion collective sur les stratégies de plaidoyer et de visibilité en faveur de la décroissance auprès des associations proches amorcée il y a quelques temps déjà, et commencé à organiser un colloque sur le sujet.

Mais se retrouver, c’est comme toujours réfléchir ensemble et avec les autres :

La fermes des Ramières, dans la Drôme
  • Nous avons passé deux matinées à discuter par visio avec Timothée Parrique, auteur d’une thèse sur la décroissance «The political economy of degrowth » (l’économie politique de la décroissance), dont les apports sont tout à fait nourrifiants*.
  • Nous avons également consacré une journée à la participation (en ligne) à l’Assemblée post-capitaliste suite à l’appel de différents organisations dont nous faisions partie avec Se Fédérer, le CNNR, Cerise la Coopérative etc… Depuis novembre, nous continuons a particpé à cette intiative, expérience à propos de laquelle nous avons produit une récente analyse intitulée « Critique décroissante de l’anticapitalisme loupé« . 

Le compte-rendu des discussions du week-end

Pour finir, ce week-end a été encore une fois l’occasion de discuter des valeurs fondamentales de la New Dec et de ce qui la distingue de la décroissance politique classique, ce mouvement qui apparaît bien préhistorique à côté du nôtre. Voici un aperçu de la teneur de nos échanges, aussi roboratifs que les repas qui les accompagnaient (imperméables au second degré s’abstenir de la lecture de ce qui suit, au risque de n’y trouver que du confusifiant*).

De la bienveillance : contre la barbarité*

Alors que les décroissant.e.s auraient plutôt tendance à défendre la possibilité de discuter et débattre même lorsque cela comporte de la conflictualité, en veillant alors à se détacher de leurs affects pour se concentrer sur le fond des propos, la New Dec a quant à elle choisi d’adopter le règne de l’expression bienveillante : un propos creux exprimé sur un ton doucereux vaut toujours mieux mieux qu’un argument de fond respectueux de la raison donné avec colère ! Il ne faudrait pas bouleversifier l’interlocuteur, qui accordera toujours plus d’importance à la forme qu’au fond… Et vive le règne de la violence acidulée et rose bonbon !

Du développement personnel : l’étonnifiant

Rien de plus risible que d’examiner les tentatives des décroissant.e.s politiques pour faire de la MCD un laboratoire d’idées dont l’objet serait de co-produire du commun décroissant en s’armant des outils de la discussion collective afin de construire une pensée décroissante qui puisse être à la fois portée et défendue collectivement, et argumentée et nuancée individuellement, parce qu’elle aura été co-construite et partagée. Alors que la MCD critique frontalement l’individualisme et affirme à ce titre que le sens de la vie nous est commun (donc politique), car, « qui serait quoi que ce soit sans tous.tes les autres ? » ; la New Dec encourage, elle, ses adeptes à adopter le slogan « à chacun sa décroissance », afin de les aider à cheminer vers leur moi le plus profond, et à révéler enfin au grand jour leur vérité la plus intime.

Des nouveaux rituels : le bouleversifiant*

Tandis que la décroissance tendance paléolithique tente de repenser la spiritualité sans jamais verser dans le New Age ou le mysticisme, et considère que les rituels ne se décrètent pas mais n’ont du sens que parce qu’ils sont hérités ou sédimentés dans le temps (car décroître c’est réussir à faire de la préservation des conditions écologiques et sociales de l’existence humaine un objectif politique, or, sont sociales toutes les manières d’agir et de penser que l’individu trouve préétablies : la société précède l’individu), la New Dec a décidé d’imposer à chaque nouvel adepte le culte d’une idole païenne oubliée : la MarieJosana. Pour cela, il s’agit d’effectuer ensemble et en pagne, de nuit, une torche à la main, une procession dans le bourg de Charpey jusqu’en haut de la motte castrale de l’Église de Saint-Nicolas, tout en chantant des musiques amérindiennes traditionnelles (transposable à Paris, NDDL, dans la Creuse ou à Mayotte, ce qui compte c’est avant tout l’entre-soi). Et gare à celles et ceux qui auraient le sentiment d’être ridicules, le doutage* n’est pas permis.

Pâte à crêpes et politique : l’emmerdifiant*

Les décroissants marchent encore avec prudence sur la ligne de crête que représente le trajet buissonnant, épineux et mal tracé vers des sociétés soutenables écologiquement, décentes socialement et démocratiquement organisées. Une métaphore bouleversive* de ce processus qui consiste à penser d’autres perspectives politiques pour notre temps pourrait être celle de la réalisation d’une pâte à crêpes à plusieurs (véridique ! même faire des crêpes est sujet à débat lors de nos rencontres décroissantes) et les questions que les ancienn.e.s et apprenti.e.s cuistots se poseraient alors : Comment hériter d’une recette sans la dénaturer ? Comment la remettre en question tout en la conservant pour la transmettre ? Comment casser certains œufs sans briser les autres ? Comment verser le lait sans verser dans le désespoir ? Comment vendre les crêpes sans vendre son âme ? Et finalement qu’est-ce qui compte réellement en cuisine : avoir suivi la recette à la lettre ou avoir cuisiné ensemble en laissant quelques grumeaux ?

En revanche, la New Dec, elle, ne doute jamais,. Elle a opté pour une cuisine résolument moderne, moléculaire et 2.0, connectée et disruptive, pleine de saveurs innovantes et nouvelles, colorée et acidulée, une cuisine de transformation permanente : tout changer pour que rien ne change, car voilà le secret d’un gâteau réussi, toujours plus gros et toxique…

Scandalisatoire !

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