Le préférable, le faisable et l’acceptable

Si l’on réduit la critique de la croissance à sa seule impossibilité biophysique dans un monde fini alors on risque de piéger la décroissance au fond d’une impasse politique.

Si l’on veut au contraire faire de la décroissance le carrefour démocratique vers des mondes où la vie sociale retrouverait du temps, du repos, du partage, des rencontres… alors il faut a) remettre à sa juste place cette question des limites biophysiques et b) porter une autre critique contre la croissance, son monde et son idéologie.

a) Rester dans les limites biophysiques de la planète ne fait pas une politique mais fournit juste le cadre écologique d’une politique, son périmètre. Aujourd’hui, certaines limites sont dépassées (biodiversité, climat, cycles de l’azote et du phosphore), alors l’arbitre écologiste devrait siffler « touche »… mais non, il semble privé de sifflet.

D’autant que chacun peut aujourd’hui constater que le rappel de ce cadre ne fait toujours pas une politique. Qui ne s’est pas fait répliquer l’imparable objection : « on n’a pas assez de recul » ? C’est l’une des ruses rhétoriques les plus habiles du monde de la croissance : non plus faire miroiter les promesses du progrès mais juste instiller le doute, le soupçon contre toute précaution vis-à-vis de tout ce qui n’existe pas encore : l’avenir, les générations futures, la catastrophe… L’important c’est de continuer à avancer… quoi qu’il en coûte…

b) Ce n’est donc pas d’une décroissance inéluctable dont nous avons politiquement besoin mais d’une décroissance possible.

Ce qui veut déjà dire que la croissance reste, malheureusement, une politique possible.

Mais alors comment rendre possible la décroissance ? C’est là qu’il faut que les décroissants quand ils font des propositions sachent décliner le possible, en désirable, faisable et acceptable.

  • Est-ce désirable ? Et là c’est d’une perspective, d’un « point de fuite » dont on a besoin. Et ce n’est pas la nécessité qui va attirer !
  • Est-ce faisable ? Et là il ne faut pas rechigner à tirer les leçons des échecs des précédentes tentatives.
  • Est-ce acceptable ? Et là il faut même si c’est désirable et faisable proposer une souplesse dans la mise en place, il faut faire des distinctions, des étapes, proposer des échelons.

 Une proposition a priori désirable et faisable l’est-elle vraiment si on n’est pas capable de la rendre acceptable ?

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