La neutralité carbone, les fables et la réalité

Les différentes listes participant aux élections régionales se rejoignent toutes pour nous promettre, grâce à la fameuse transition énergétique, la neutralité carbone d’ici 2050. C’est bien connu, les promesses ça ne coûte rien et n’engagent que ceux qui veulent bien y croire. D’un autre côté, le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’énergie (AIE), paru en mai dernier, estime que pour atteindre cette neutralité carbone en 2050, il est nécessaire de renoncer à tout nouveau projet d’exploitation pétrolière ou gazière. Cette neutralité carbone tant promise et, au dire de l’AIE, si souhaitable, nous avons du mal à y ajouter foi. Comment croire que nous pourrions, dans les sociétés occidentales, sinon poursuivre la quête effrénée vers la croissance infinie, au moins maintenir notre niveau de production et de consommation de biens matériels sans pétrole, gaz ou charbon ? Sans décroissance, c’est une illusion. Si nous voulons atteindre la fameuse neutralité carbone, il va nous falloir renoncer à  cette orgie de biens et de confort que nous ont permis les énergies fossiles, qu’aucune autre énergie ne pourra remplacer. D’ailleurs les dirigeants du monde entier ne s’y trompent pas et rien ne laisse penser à un quelconque renoncement de leur part à exploiter les gisements nouvellement repérés sur leurs territoires.

Ainsi dans le bassin du Kavango, au nord ouest de la Namibie, la société canadienne ReconAfrica, après les sondages révélant une réserve de pétrole, a commencé à déboiser la brousse, malgré la richesse biologique de la zone.

Le 19 mars 2021 le président mexicain Lopez Obrador, se réjouissait de la découverte d’un champ pétrolifère d’une estimation de 600 millions de barils, dans l’état du Tabasco, au sud du pays.

Total s’est associé au projet pétrolier de Tilenga en Ouganda, dans la région du lac Albert, où les réserves de pétrole sont estimées à 1 milliard de barils…

Ce ne sont là que quelques uns des nombreux projets pétroliers ou gaziers qui font florès de par le monde.

Le 11 décembre 2018, Yamal LNG, l’immense complexe de liquéfaction de gaz naturel a atteint sa pleine capacité avec un an d’avance, soit 16,5 millions de tonnes par an. Or, ce projet titanesque a été exécuté dans une région désertique à 600 km au Nord du cercle polaire, un projet auquel peu de personnes croyaient au départ. Plus de 150 experts Anotech Energy (filiale du groupe ALTEN) ont été mobilisés sur ce projet qui dépasse de loin les scénarios des «constructeurs de l’extrême» ← présentation enthousiaste du projet sur le site d’Alten.

La presqu’île de Yamal, située à 600 km au nord du cercle polaire, était le pays des derniers nomades sibériens, les Nenets, peuple du renne. Une véritable ville/usine, Yamal LNG, est sortie de terre en quelques années pour extraire 90 000 barils par jour de GNL (gaz naturel liquéfié). Un chantier gigantesque de 27 milliards de dollars, investis par Total et les banques chinoises. Pourtant des experts n’avaient-ils pas avancé que les ressources en énergies fossiles du cercle polaire ne seraient pas exploitables en raison de la fonte du permafrost due au réchauffement climatique ? Eh bien à Yamal LNG, 80 000 pilotes thermostabilisateurs maintiennent la température du sol entre -7 et -4 degrés celsius. N’est-elle pas belle la technique ?

Cette transition écologique ou énergétique (pour les élus de tout poil, c’est la même chose) est bien commode : elle est la solution à l’inévitable impasse énergétique de nos économies de croissance infinie. Peu importe qu’elle soit ou non réalisable, l’important est d’avoir une réponse à fournir quand on est interpelé, rôle qu’a joué en son temps le développement durable, un peu délaissé aujourd’hui.

Nous prendrons un exemple pour apprécier les enjeux de cette transition tant vantée.

L’hydrogène va remplacer l’essence d’ici 2050 nous promet-on. Très bien. A y regarder de plus près, on peut en douter, pour raison financière tout d’abord : le tiers des 430 milliards d’euros nécessaires au déploiement de l’hydrogène, devront  provenir des fonds publics, c’est pratiquement le budget de l’UE. Ensuite il y a l’effet de parc : en juillet 2020, l’UE a validé le projet d’industriels  de faire rouler d’ici 2030, 100 000 camions à l’hydrogène décarboné. Une étude a calculé qu’il faudrait plus 92,4 TWh d’électricité  pour produire de l’H² par électrolyse pour faire rouler 100 000 camions de plus de 16 tonnes, en moyenne 160 000 kms/an. 92,4 TWh ?  C’est la production annuelle de 15 réacteurs nucléaires ou 910 km² de panneaux solaires. Rien que ça. Mais si on voulait faire rouler la totalité du parc de poids lourds (3 millions de camions roulent en Europe) à l’H², il faudrait 2 772 TWh, soit 427 réacteurs nucléaires ou 27 200 km² (2 fois la surface d’Ile de France) de panneaux solaires.  Malgré ces chiffres qui nous laissent perplexes, on ne manque pas de nous «vendre» l’hydrogène comme vecteur d’énergie de la transition, probablement plus facile à vendre que la décroissance.

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