Ce que le confinement peut dire de la décroissance, par Claude Le Guerrannic

Lorsque le 16 mars 2020 le Président de la République annonçait le premier confinent, la stupeur et l’incompréhension envahirent nos esprits. Les semaines passèrent et nous commencions à observer avec une certaine réjouissance les effets positifs pour la nature d’un ralentissement brutal de l’activité humaine. Plus d’avions dans le ciel, des routes départementales presque désertes, pour les citadins le chant des oiseaux devenu audible, incroyable ! etc. et j’en passe…

Il a donc suffi d’un malheureux virus pour que d’un coup, d’un seul, ce que les militants de la décroissance réclamaient depuis des lustres advienne comme par miracle avec une rapidité prodigieuse. La production décroissait, l’économie décroissait, la pollution décroissait !

Ainsi nous allions tous apercevoir ce que la nature réclame à cors et à cris et que personne ou presque ne veut entendre.

Et pourtant, en France le ralentissement économique pour l’année 2020 n’a été que de 10 %, ce qui est encore très insuffisant pour que la planète et la biodiversité puissent se régénérer et trouver leur équilibre.

Des spécialistes de la question parlent de la nécessité de diviser par quatre le PIB des pays les plus riches. Sans entrer dans les détails, si nous devions (les pays les plus riches) diviser par quatre notre PIB, et c’est là que je vais faire hurler, nous devrions également diviser de façon conséquente nos revenus et donc nos dépenses, et donc notre consommation. En 2014 le revenu moyen mensuel d’un Français se situait aux alentours de 2500 €, il pourrait être ramené à celui d’un Brésilien qui est de 800 €. La classe moyenne française est-elle prête à vivre avec seulement 800 €, je ne le crois pas, et pourtant c’est bien ce qui lui pend au nez un de ces jours. Si on annonçait à un Bernard Arnault qu’il devrait dorénavant se contenter de 800 € pour boucler son mois, soit il nous rirait au nez, soit il ferait un arrêt cardiaque.

Il y a de cela une vingtaine d’année était né un mouvement prônant « la simplicité volontaire », ces volontaires de la décroissance se sont bien vite rendu compte qu’ils prêchaient dans le désert. Ils adoptaient un mode de vie dit « simple » mais ils étaient bien les seuls à se contenter de peu. La déforestation, la pollution tout azimut poursuivaient inlassablement leur chemin.

Ce que nous enseigne la pandémie, c’est que le mouvement vers la décroissance ne viendra ni des masses, ni des élites, il viendra d’un phénomène extérieur « dit exogène » à la volonté des uns et des autres. Il viendra contraint et forcé, parce que l’immense majorité de la population, habituée à un niveau de vie et de consommation élevé ne peut imaginer une seconde devoir faire avec moins. Les partis de gauche pas plus que les autres ne feront campagne pour avoir moins, alors que depuis qu’ils existent leur principal axe de revendication est le pouvoir d’achat. Même les écolos évitent le mot, bien trop repoussant sur le plan électoral.

Sans doute croient-ils encore à une chimérique croissance verte, comme si croissance et vert pouvaient aller ensemble ? L’effort à réaliser est si considérable qu’aucune sorte de croissance ne peut y parvenir.

Reportons-nous un siècle en arrière, un certain Paul Lafargue (gendre de Marx) pensait que l’on pouvait se contenter de travailler deux à trois heures par jour en supprimant toutes les activités inutiles. Tout ce temps pour des loisirs peu coûteux, ne serait-ce pas merveilleux, finalement la décroissance, ce ne serait pas si triste !

Claude Le Guerrannic, avril 2021

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