Adieu les cons, d’Albert Dupontel

Nous avons convenu d’une nouvelle rubrique dans la Lettre de la MCD, ce qui prouve que nous aussi nous savons innover ! Une rubrique cinéma, que nous allons ouvrir par un film qui, s’il n’est en rien un film militant, peut être vu comme proche de la décroissance, tant il brosse un sévère tableau de la technologie qui a envahi notre quotidien.

La sortie en salle de Adieu les cons ne pouvait plus mal tomber : juste avant le second confinement, alors qu’il recevait un accueil très favorable du grand public. C’est là un trait commun des bons films, ils ne s’adressent pas seulement à un public d’initiés, ils attirent aussi le grand public. C’est ce qu’est Adieu les cons, un film grand public.

Albert Dupontel n’est probablement pas un décroissant, mais c’est égal tant son film est un formidable réquisitoire contre le monde de la machine et de la vitesse. Peu importe l’histoire qui nous est contée, elle est secondaire, et de toute manière impossible à résumer en quelques lignes. Les personnages eux, le sont moins.

En premier, PJ, l’informaticien génial qui peut contrôler les systèmes de sécurité à partir de son ordi portable. En pianotant comme un virtuose sur son Pleyel, il peut faire descendre et monter à l’envi les ascenseurs qui glissent à la surface d’un immeuble de verre et d’acier, mais aussi retrouver l’adresse de personnes disparues depuis 20 ans, ou encore ouvrir les portes d’une voiture hyper sécurisée. Son ordinateur, qu’il trimbale partout, lui donne ainsi accès à toutes les commodités de notre divertissante modernité.

Ensuite Suze Trapet, une coiffeuse empoisonnée par les saloperies qu’elle a joyeusement dispersées sur les permanentes de ses clientes durant toute sa vie professionnelle, qui vient d’apprendre que ses jours étaient comptés.

Enfin M. Blin, que l’on a relégué dans un placard du sous-sol, où il classe les archives de l’administration. Devenu aveugle suite à une bavure policière, M. Blin garde une aversion maladive pour tout ce qui ressemble à un flic. Quand il en « sent » un, la répulsion le pousse à fuir. La cécité a au moins un bon côté : elle évite de voir le monde d’hier disparaître sous le béton. Adieu le café du coin, disparu le square et ses joueurs de boule, rasées les rues bordées d’arbres…

Suze embarque PJ et M. Blin dans la recherche du fils qu’on lui a retiré alors qu’elle n’avait que 15 ans. Dans leur quête ces trois-là vont apprendre à se connaître, à se découvrir, et à s’aimer.

Avec son style bien particulier, qui n’est pas sans rappeler les cadrages de la bande dessinée, Dupontel nous livre sa vision d’un monde où la communication se fait au travers des écrans, un monde qui produit des déclassés même chez les plus performants de ses cadres, un monde où l’on oublie de se parler, d’échanger, de se dire qu’on s’aime, un monde de violence policière, bref le monde qui est en train de se construire sous nos yeux.

Si un jour les cinémas viennent à rouvrir leur porte, et que Adieu les cons réapparaît sur les affiches, ne vous privez pas du plaisir d’un bon moment de cinéma, ce qui n’est pas si fréquent dans le cinéma français.

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