la Maison commune de la décroissance https://ladecroissance.xyz La croissance, c'est un non-sens ; la décroissance, c'est du bon sens ! Mon, 24 Jan 2022 19:18:21 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.8.3 https://ladecroissance.xyz/wp-content/uploads/2018/01/cropped-ladecroissance-1-32x32.png la Maison commune de la décroissance https://ladecroissance.xyz 32 32 Critique décroissante de l’anticapitalisme tronqué https://ladecroissance.xyz/2022/01/24/critique-decroissante-de-lanticapitalisme-tronque/ https://ladecroissance.xyz/2022/01/24/critique-decroissante-de-lanticapitalisme-tronque/#respond Mon, 24 Jan 2022 18:33:57 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2724

Nous publions ici une « contribution décroissante » à la tentative entamée il y a quelques mois à gauche de la gauche pour « faire du commun ». En plus de son contenu, cette « contribution » au ton roboratif a pour intention de râler fortement contre une méthode de discussion caractérisée par l’absence de méthode pour discuter réellement les difficultés soulevées par certains.

Contribution décroissante à

Faire du commun

Appel de l’assemblée anticapitaliste, alternative, écologiste, antiraciste et féministe

Devons-nous définitivement désespérer de voir l’anticapitalisme se réduire à répéter les mêmes échecs, avec pour variation quelques adjectivations dont chacun peut soupçonner que la liste ne s’arrêtera qu’à la porte des seuls individus ?

Dans ce cas, une telle assemblée ne fera qu’additionner, que capitaliser,  des anticapitalismes tronqués qui après avoir appelé pour la énième fois à l’action, au rassemblement des luttes, sans oublier – c’est devenu à la mode – à la convergence des alternatives, en viendra soit à rester dans le déni de l’impuissance soit à s’étonner que ça n’a pas pris. Mais surtout pas par la faute d’une méthode maintes fois essayée, autant de fois loupée, et jamais autocritiquée. Non la faute devra rejaillir sur ce capitalisme toujours  simplifié et caricaturé, soi-disant menacé par ses contradictions internes 1Comme si ce qu’il fallait critiquer du capitalisme, ce n’était pas ses réussites mais ses échecs. Mais cela les défenseurs de la critique fonctionnaliste par les contradictions internes ne veulent pas l’entendre, ils se contentent d’être les fonctionnaires de l’anticapitalisme tronqué, et cela fait 150 ans qu’ils prophétisent que le capitalisme serait dans sa phase terminale., et sur le point de s’effondrer – l’effondrement, ça aussi c’est à la mode.

Il n’y a pas plus d’émancipation dans les fables et les totems du capitalisme que dans les mythes et les tabous de l’anticapitalisme.

Dans ce cas, comme il y a une gauche du capitalisme et une démocratie du capitalisme, nous en serions à l’anticapitalisme du capitalisme.

Mais de mouvement social 2Par mouvement social, on peut se faciliter la vie et se raconter que c’est un mouvement porté par des membres d’une société ; ce qui est juste une tautologie. Ce qui fait qu’un mouvement est « social », ce n’est pas qu’il vienne de la société – d’où pourrait-il venir sinon – mais qu’il ait comme objectif de se mobiliser pour la société en tant que telle ; pour la société en tant que « bien commun vécu » (François Flahault, Qu’est-ce que le sens commun ?, 1001 nuits, 2011, page118)., point.

Mais de commun, point.

Car enfin, peut-on en même temps se référer quelquefois à des auteurs (la théorie critique, Illich, Gorz, Castoriadis, Debord…) qui ont construit depuis longtemps une critique radicale de cet anticapitalisme-là et, quand il s’agit d’essayer de s’y mettre vraiment, revenir juste au temps d’avant ces critiques, avec pour seule modernisation une « logique de juxtaposition » ?

Car enfin, peut-on en même temps se prétendre écologiste sans enregistrer que le passé de la gauche anticapitaliste ne fournit aucun crédit en faveur de cette récente conversion, sans dresser un inventaire 3Serge Audier, L’âge productiviste, hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques  (La découverte, 2019). le plus sévère possible des manques catégoriels de l’anticapitalisme en matière de promotion d’une société écologique 4Serge Audier, La société écologique et ses ennemis, pour une histoire alternative de l’émancipation (La découverte, 2017). ?

Car enfin à quoi peut-il bien servir de refaire l’inventaire des « effets néfastes » du capitalisme si a) on ne s’aperçoit pas que de tels méfaits ne peuvent apparaître évidents qu’à celui qui possède au préalable une grille d’analyse critique dirigée contre le capitalisme comme cause et si b) aussitôt qu’un tel méfait est repéré, n’est pas explicitée la conception de la vie bonne qui constitue la justification sous-jacente de la critique 5Hartmut Rosa, Aliénation et accélération (La découverte, 2012), page 138. ? Qui peut croire encore que nous serions, nous, du côté de la vérité et que cette vérité devrait s’imposer comme par révélation à toutes les fausses consciences ? Comment peut-on à la fois repérer des rapports de force et de domination dans toute idéologie dominante et en rester à la croyance naïve d’une « objectivité » de nos critiques ? Nos critiques sont aussi des rapports de force, des rapports sociaux, et elles n’ont pas d’autre objectivité que leur puissance à s’imposer dans le débat public ; aujourd’hui, aucune.

Car enfin peut-on à ce point avoir perdu contact avec le « commun » pour que l’on puisse encore prétendre le « faire » ? La moindre de nos expériences de lutte ou d’alternative devrait suffire à avoir vérifié que, dans un collectif, le commun, c’est ce qui porte, non pas ce qui est porté ; que, quand il est absent, aucune procédure ni injonction à la bienveillance ne peut le faire revenir ou surgir. Le commun, ça ne se fabrique pas ; et surtout pas en collant bout à bout des morceaux déjà séparés (abstraits de toute ligne de fuite commune). Le commun, parce que c’est toujours prélablement là, ça peut s’abîmer, alors ça se protège, ça s’entretient 6« C’en est arrivé à un tel point que je voudrais déclarer que je suis un « conservateur » en matière d’ontologie, car ce qui importe aujourd’hui, pour la première fois, c’est de conserver le monde absolument comme il est. D’abord, nous pouvons regarder s’il est possible de l’améliorer. Il y a la célèbre formule de Marx : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières, ce qui importe, c’est de le transformer.» Mais maintenant elle est dépassée. Aujourd’hui, il ne suffit plus de transformer le monde; avant tout, il faut le préserver. Ensuite, nous pourrons le transformer, beaucoup, et même d’une façon révolutionnaire. Mais avant tout, nous devons être conservateurs au sens authentique, conservateurs dans un sens qu’aucun homme qui s’affiche comme conservateur n’accepterait », Gunther Anders  Si je suis désespéré, que voulez vous que j’y fasse ? (Allia, 2007), page 76..

Seul l’objectif explicite d’une telle préservation du commun peut éviter que l’indispensable aspiration à l’autonomie personnelle n’en vienne à dériver vers l’indépendance individuelle parce que dans ce cas le collectif 7C’est dans le cas où le collectif est morcelé que l’on croit que l’on pourrait recoller les morceaux en les juxtaposant. Mais le collectif n’est pas un ensemble d’indépendances énumérées, c’est au contraire un système d’interactions, un écosystème d’interdépendances aussi bien naturelles que sociales. ne peut que se morceler au lieu de s’opposer aux dominations, au lieu d’entretenir une autonomie collective.

Bien sûr que nous devons lutter contre toutes les formes de domination et d’exploitation, mais vous en connaissez beaucoup, vous, des gens qui s’affichent lutter pour les dominations ?

Bien sûr que nous devons être anticapitalistes, parce que nous sommes contre le capitalisme. Mais pourquoi sommes-nous contre le capitalisme ? Ou plus exactement, pour quoi sommes-nous ?

Comment donc éviter de se faire prendre en étau entre un « anti » paresseux et un listing interminable des luttes et des alternatives ?

Mais pourquoi ne pas commencer par dire pour quoi nous sommes anticapitalistes ? Pourquoi ne pas dire, explicitement, que nous sommes pour le socialisme, ou pour le communisme 8C’est parce que nous sommes socialistes ou communistes que nous sommes anticapitalistes, et pas l’inverse. Alors, disons-le, écrivons-le, affichons-le. ? Pourquoi ne pas appeler directement à une assemblée pour le  socialisme du 21ème siècle ?

Pourquoi ? Parce que pour beaucoup d’anticapitalistes le socialisme n’est plus qu’un « mausolée » (Floréal Romero 9Floréal Romero,  Agir ici et maintenant, Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin (éditions du commun, 2019), page 105.) ; et que devant ce temple de plus en plus vidé des masses populaires qu’ils continuent de prétendre vouloir défendre, ils tentent d’investir les petits créneaux des alternatives archipélisées, et (presque) toujours tronquées faute d’une réelle perspective mobilisatrice.

Notre critique décroissante du capitalisme nous a amené à rechercher méthodiquement tout ce qui dans le capitalisme a été contradictoirement partagé par grand nombre de ses critiques : et là nous trouvons l’industrialisme, le technologisme, le travaillisme, c’est-à-dire tous ces « isthmes » 10Floréal Romero,  Agir ici et maintenant, Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin (éditions du commun, 2019), page 105. que nous regroupons dans l’idéologie de la croissance : c’est-à-dire cette société dominée par une économie elle-même dominée par l’ivresse de l’illimitisme.

Si donc nous voulons renverser le capitalisme alors il nous faut aussi renverser cette domination : cette domination, c’est celle exercée par la sphère de la production économique.

Dominer, c’est exercer un pouvoir sur tout ce dont les activités sont à la fois indispensables et invisibilisées 11Dominer, c’est avoir le pouvoir d’invisibiliser ; c’est pourquoi la fin de la domination passe par la reconnaissance.. Dominer, c’est se dispenser des tâches de base de la vie sociale et les faire faire 12John Holloway,  Changer le monde sans prendre le pouvoir, le sens de la révolution aujourd’hui (Lux, Syllepse, 2007). par les dominés. Dominer, c’est prendre-refuser-garder comme si les « ressources » étaient infinies et gratuites 13Et on sait que dans le capitalisme, ces « ressources » sont autant « naturelles » qu’« humaines », en l’occurrence féminines, colonisées, assignées : c’est toute la puissance de l’écoféminisme de penser ensemble la triple exploitation, de l’homme par l’homme, de la femme par l’homme, de la nature par l’homme..

C’est cette domination de l’économie sur la société et sur la nature qu’il faut renverser. Et remettre l’économie à sa place.

Cela ne va pas être évident pour beaucoup d’anticapitalistes qui en sont encore à partager avec les capitalistes la croyance dans une économie « en dernière instance ».

Et pourtant, sitôt ce renversement validé, la question de l’inventaire des luttes et des alternatives cesserait de faire problème. Car où donc ont déjà lieu tous ces activismes sociaux ? Quelquefois dans les lieux de travail (de moins en moins) mais surtout partout ailleurs, dans toute la société, dans tous ses interstices, dans toutes ses brèches. C’est donc cette sphère de la reproduction sociale qui est déjà l’espace politique des interactions : où ont lieu tous les combats décoloniaux, antiracistes, antivalidistes, féministes, antispécistes, et évidemment la lutte des classes 14Car la lutte des classes ne se joue pas que sur le lieu de l’emploi, et ses victoires ont toujours fondamentalement dépendu du soutien solidaire des familles et des voisins.… Cette sphère du commun qui est déjà là, il n’y a pas besoin de la « faire », il faut juste la découvrir de ce qui la recouvre et la dissimule.

C’est cette sphère que David Graeber appelle le « communisme fondamental », celle de la « socialité primaire », celle du care, celle de la décence commune (George Orwell) : c’est elle qu’il faut sortir de la dévalorisation économystique, de ses saccages et de ses carnages.

Serait ainsi retrouvé pour le 21ème siècle le sens originel du socialisme 15Les « précurseurs » d’un tel socialisme sont bien évidemment plutôt les socialistes utopiques que les socialistes « étatiques »., et du communisme 16L’anticapitalisme pourrait alors retrouver un « front principal des luttes », celui de la lutte pour le socialisme, pour le socialisme de la vie sociale, pour un socialisme sans croissance, pour et avec les autres..

Bien évidemment, sans aucune illusion, nous savons que cette  sphère de la reproduction sociale, cette sphère de la vie sociale, est aujourd’hui sous l’emprise du monde de la croissance et de son idéologie. Que le capitalisme aujourd’hui n’en est plus à tenter de sortir des crises de la production et de la consommation et qu’il en est déjà à investir les champs en apparence infinis de la virtualisation des richesses, de la fictivisation des moyens, vers l’extraterrestre et au-delà.

A contrario, la responsabilité d’un socialisme du 21ème siècle consistera à assumer le retour (démocratique) dans le cadre des limites de la soutenabilité écologique. Car c’est d’abord cela être un « écologiste » : enregistrer le dépassement des plafonds et proposer sans attendre des politiques de reflux et d’atterrissage. Sans se raconter que nous repartirons d’une tabula rasa, d’un an 01. Non, nous partirons du monde d’ici et maintenant : avec ses addictions dont nous devrons nous sevrer, avec ses facilitations techniques auxquelles nous devrons renoncer, avec ces « ruines du capitalisme » (Anna L. Tsing 17Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde, Sur les possibilités de vivre dans les ruines du capitalisme (Les Empêcheurs de penser en rond, 2017).) dont nous devrons hériter en tant que « communs négatifs » 18Emmanuel Bonnet, Diego Landivar, Alexandre Monnin, Héritage et fermeture, une écologie du démantèlement (éditions divergences, 2021)., avec cette « vie en société » qui n’est qu’un simulacre de la « vie sociale ».

Tout cela implique des rapports de force, des rapports idéologiques de force : « ils » ne se laisseront pas faire. Faut-il encore que nous ne commencions pas par refuser de nous réarmer idéologiquement dès que nous voulons nous rassembler.

Contre le capitalisme, contre son système sociocidaire de dépendances, contre sa fausse solution libérale par l’indépendance individualiste ; pour le socialisme des interdépendances écosystémiques qui forment ce communisme fondamental qui organise tant la « nature » que la « vie sociale », pour l’entraide, pour la coopération, pour le partage, parce que ce sont les réelles bases « en dernière instance » d’une vie humaine, socialement sensée 19« C’est une illusion anthropologique que de vouloir trouver individuellement du sens à la vie… Trouver seul le sens de sa vie est une chimère », Giacomo D’Alisa, Federico Demaria et Giorgos Kallis (dir.) Décroissance, Vocabulaire pour une nouvelle ère (Le passager clandestin, 2015), page 461., en harmonie avec le vivant.

Nous voyons bien que nous soulevons là un ensemble de chantiers idéologiques et pratiques et que cela va peut-être faire beaucoup. C’est pourquoi si nous ne devions n’en retenir qu’un, c’est celui du « lieu ». Arrêtons de faire les prophètes et réhabitons politiquement le « lieu » 20Gary Snyder, « Accéder au bassin-versant », Le sens des lieux. Éthique, esthétique et bassins-versants (Marseille, Wildproject, 2018).. Certains le nomment « Commun », d’autres « vie sociale », ou « biorégion », ou « sphère de la reproduction sociale », l’important c’est de comprendre que ce « lieu » est en réalité une trame pour tisser ensemble les interdépendances tant horizontalement (par des principes de coopération et d’entraide) que verticalement (par un principe confédéral de subsidiarité), par un rééchelonnement généralisé : des temporalités, des territoires, des institutions, des attitudes.

Avant de se raconter quand aura lieu la transformation radicale que nous espérons, il faut avoir préparé, et réparé, le terrain 21De la Terre aux territoires, des territoires à la terre..

Fleur Bertrand-Montembault et Michel Lepesant, Maison commune de la décroissance

Christine Poilly et Christian Sunt, Objecteurs de Croissance (AdeROC)

Notes et références

Notes et références
1 Comme si ce qu’il fallait critiquer du capitalisme, ce n’était pas ses réussites mais ses échecs. Mais cela les défenseurs de la critique fonctionnaliste par les contradictions internes ne veulent pas l’entendre, ils se contentent d’être les fonctionnaires de l’anticapitalisme tronqué, et cela fait 150 ans qu’ils prophétisent que le capitalisme serait dans sa phase terminale.
2 Par mouvement social, on peut se faciliter la vie et se raconter que c’est un mouvement porté par des membres d’une société ; ce qui est juste une tautologie. Ce qui fait qu’un mouvement est « social », ce n’est pas qu’il vienne de la société – d’où pourrait-il venir sinon – mais qu’il ait comme objectif de se mobiliser pour la société en tant que telle ; pour la société en tant que « bien commun vécu » (François Flahault, Qu’est-ce que le sens commun ?, 1001 nuits, 2011, page118).
3 Serge Audier, L’âge productiviste, hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques  (La découverte, 2019).
4 Serge Audier, La société écologique et ses ennemis, pour une histoire alternative de l’émancipation (La découverte, 2017).
5 Hartmut Rosa, Aliénation et accélération (La découverte, 2012), page 138.
6 « C’en est arrivé à un tel point que je voudrais déclarer que je suis un « conservateur » en matière d’ontologie, car ce qui importe aujourd’hui, pour la première fois, c’est de conserver le monde absolument comme il est. D’abord, nous pouvons regarder s’il est possible de l’améliorer. Il y a la célèbre formule de Marx : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières, ce qui importe, c’est de le transformer.» Mais maintenant elle est dépassée. Aujourd’hui, il ne suffit plus de transformer le monde; avant tout, il faut le préserver. Ensuite, nous pourrons le transformer, beaucoup, et même d’une façon révolutionnaire. Mais avant tout, nous devons être conservateurs au sens authentique, conservateurs dans un sens qu’aucun homme qui s’affiche comme conservateur n’accepterait », Gunther Anders  Si je suis désespéré, que voulez vous que j’y fasse ? (Allia, 2007), page 76.
7 C’est dans le cas où le collectif est morcelé que l’on croit que l’on pourrait recoller les morceaux en les juxtaposant. Mais le collectif n’est pas un ensemble d’indépendances énumérées, c’est au contraire un système d’interactions, un écosystème d’interdépendances aussi bien naturelles que sociales.
8 C’est parce que nous sommes socialistes ou communistes que nous sommes anticapitalistes, et pas l’inverse. Alors, disons-le, écrivons-le, affichons-le.
9 Floréal Romero,  Agir ici et maintenant, Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin (éditions du commun, 2019), page 105.
10 Floréal Romero,  Agir ici et maintenant, Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin (éditions du commun, 2019), page 105.
11 Dominer, c’est avoir le pouvoir d’invisibiliser ; c’est pourquoi la fin de la domination passe par la reconnaissance.
12 John Holloway,  Changer le monde sans prendre le pouvoir, le sens de la révolution aujourd’hui (Lux, Syllepse, 2007).
13 Et on sait que dans le capitalisme, ces « ressources » sont autant « naturelles » qu’« humaines », en l’occurrence féminines, colonisées, assignées : c’est toute la puissance de l’écoféminisme de penser ensemble la triple exploitation, de l’homme par l’homme, de la femme par l’homme, de la nature par l’homme.
14 Car la lutte des classes ne se joue pas que sur le lieu de l’emploi, et ses victoires ont toujours fondamentalement dépendu du soutien solidaire des familles et des voisins.
15 Les « précurseurs » d’un tel socialisme sont bien évidemment plutôt les socialistes utopiques que les socialistes « étatiques ».
16 L’anticapitalisme pourrait alors retrouver un « front principal des luttes », celui de la lutte pour le socialisme, pour le socialisme de la vie sociale, pour un socialisme sans croissance, pour et avec les autres.
17 Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde, Sur les possibilités de vivre dans les ruines du capitalisme (Les Empêcheurs de penser en rond, 2017).
18 Emmanuel Bonnet, Diego Landivar, Alexandre Monnin, Héritage et fermeture, une écologie du démantèlement (éditions divergences, 2021).
19 « C’est une illusion anthropologique que de vouloir trouver individuellement du sens à la vie… Trouver seul le sens de sa vie est une chimère », Giacomo D’Alisa, Federico Demaria et Giorgos Kallis (dir.) Décroissance, Vocabulaire pour une nouvelle ère (Le passager clandestin, 2015), page 461.
20 Gary Snyder, « Accéder au bassin-versant », Le sens des lieux. Éthique, esthétique et bassins-versants (Marseille, Wildproject, 2018).
21 De la Terre aux territoires, des territoires à la terre.
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https://ladecroissance.xyz/2022/01/24/critique-decroissante-de-lanticapitalisme-tronque/feed/ 0
Concours de nouvelles décroissantes https://ladecroissance.xyz/2021/12/31/concours-de-nouvelles-decroissantes/ https://ladecroissance.xyz/2021/12/31/concours-de-nouvelles-decroissantes/#respond Fri, 31 Dec 2021 22:59:00 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2695 Proposition politico-culturelle de la Maison commune de la décroissance (MCD)

Concourons à la décolonisation de nos imaginaires par un exercice de style sur une forme ancienne : la nouvelle

En somme, participez à un « concours d’anciennes » !

 

Sommaire

Préambule

Serge Latouche, nous invite à décoloniser nos imaginaires, des récits de l’idéologie de la croissance et son monde.

Nous entrons dans une période où la bataille des récits est à mener. Georges Bataille dans « Le bleu du ciel » écrivait d’ailleurs : « Un peu plus, un peu moins, tout homme est suspendu aux récits […] qui lui révèlent la vérité multiple de la vie. Seuls ces récits […] le situent devant le destin. »

Alors, nous vous proposons de réfléchir à un « nouveau récit » en participant à un concours de nouvelles !

Pour rompre avec l’injonction du nouveau, la MCD n’est pas allée jusqu’à proposer d’organiser un concours d’anciennes…

 

Avant de vous mettre à l’écriture, qu’on se le dise, la décroissance est une philosophie politique dont le nom fait immédiatement référence non pas à une valeur – comme le libéralisme, le socialisme, le communisme ou l’anarchisme – mais à un chemin, à un trajet : il s’agit de sortir de « la croissance et son monde », en s’appuyant sur une indication claire, l’empreinte écologique. Décroître, c’est s’organiser socialement et politiquement pour repasser sous les plafonds de l’insoutenabilité écologique. En conformité parfaite avec l’usage le plus courant du terme, la décroissance désigne bien le reflux de ce qui a dépassé une limite soutenable, qu’il s’agisse de la décrue après l’inondation, du retour à la normale après une pandémie… ou de la décroissance de la croissance mortifère pour la planète : et c’est pourquoi la décroissance est toujours une bonne nouvelle ! Alors à vos claviers ou à vos pupitres !

 

En s’appuyant sur les recettes oulipiennes1 (avec des contraintes formelles ne bridant pas la liberté d’écriture), la Maison commune de la décroissance (MCD) vous invite à écrire une nouvelle page de l’avenir.

UtoPiste d’écriture

Vous devrez commencer votre nouvelle ainsi :

Dimanche 24 avril 2022, il est 19h59, toutes les chaînes de télé affichent le compte à rebours du résultat imminent des élections présidentielles : d’ores et déjà, les sondages mettent en évidence un coude à coude ultra serré entre le « candidat en marche avant » et la « candidate décroissante en marche arrière » comme les avaient baptisé.es Libération, à l’issue du premier tour…

Vous devrez aussi intégrer la phrase suivante à l’intérieur de votre récit :

Parce que défendre la liberté ce n’est pas permettre à quelques uns de s’affranchir des limites, mais permettre à toutes et tous de bien vivre ensemble.

Règlement du concours de nouvelles organisé par la MCD

Article 1 Date limite d’envoi

Les textes devront être envoyés avant le 1er avril 2022 à 8h03 soit :

sous forme électronique à l’adresse : contact@liens.ladecroissance.xyz

sous forme papier :

Maison commune de la décroissance

Chez Thierry Brulavoine

La Madeleine

56350 Béganne

Article 2 Formats du récit

Le texte devra faire 15 000 caractères espaces compris (plus ou moins 10%).

Le logiciel des textes envoyés par mail devra être OpenOffice/LibreOffice ou à défaut via l’ogre Microsoft et son Word.

Le texte aura obligatoirement un titre qui figurera sur la première page, accompagné du nombre de mots.

Format : A4 recto verso avec 2,5 cm de marge à droite et à gauche, en haut et en bas.

Police : Times New Roman 12

Au texte sera jointe une feuille comportant le nom et le prénom de l’auteur/autrice ainsi que ses adresses postale et/ou électronique. 

Tout le monde peut participer au concours.

 

Article 3 Membres du jury 

Le jury est constitué d’adhérent.es de la MCD. Il est souverain.

Article 4 Gratifications

Le texte classé premier sera diffusé sur notre site et le ou la lauréat.e du concours sera invité.e aux prochaines festives de 2022.

En fonction du nombre de textes, les nouvelles classées aux 5 premières places seront éditées dans un livret de la Maison commune de la décroissance.

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https://ladecroissance.xyz/2021/12/31/concours-de-nouvelles-decroissantes/feed/ 0
Décès de Jean-Marie Muller https://ladecroissance.xyz/2021/12/23/deces-de-jean-marie-muller/ https://ladecroissance.xyz/2021/12/23/deces-de-jean-marie-muller/#respond Thu, 23 Dec 2021 05:06:00 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2704

Nous reprenons ici le texte publié par le M.A.N., le Mouvement pour une Alternative Non-violente. La dimension pacifiste et anti-militaire de la décroissance n’est pas assez mise en avant. Pacifiste, la décroissance l’est non seulement parce qu’elle est démocratique mais aussi par réalisme, parce que la non-violence est une « force pour agir ». Anti-militaire, la décroissance l’est parce que le secteur militaire est l’un des premiers secteurs superflus auxquels nous devrions renoncer (ce qui signifie les fermer mais aussi en hériter comme « ruines »). Anti-militaire, la décroissance l’est aussi à cause du rôle moteur et mortifère que ce secteur « global » joue dans la « recherche & développement », en particulier dans les nucléaires, car il n’y aurait pas de nucléaire « civil » sans nucléaire « militaire ». Évidemment, ce pacifisme de principe ne signifie pas que la décroissance se désintéresse des questions de « sécurité », mais il est certain qu’elle ne fait pas de la sécurité, la première des libertés : plutôt retourner la formule et faire de la liberté (sociale) la première des sécurités (sociales).

Jean-Marie Muller est décédé le 18 décembre 2021 à Orléans, suite à une maladie qui l’affaiblissait depuis plusieurs années. Cet écrivain, militant et philosophe, a consacré sa vie à la non-violence. Voir son blog http://www.jean-marie-muller.fr/

Jean-Marie MULLER (1939-2021)

Jean-Marie Muller est né à Vesoul en 1939. Dès 1967, date à laquelle il est encore professeur de philosophie en lycée, il se fait connaître en renvoyant son livret militaire au ministère des Armées qui lui refuse le statut d’objecteur de conscience. Traduit en justice à Orléans avec deux autres officiers de réserve également renvoyeurs de leur livret militaire, Jean-Marie Muller écope en 1969 de 3 mois de prison avec sursis. Ce procès a un écho retentissant dans la presse nationale. Il quitte l’enseignement pour se consacrer entièrement à la non-violence, dans le sillage de Gandhi et de Martin Luther King.

En 1973, Jean-Marie Muller participe au « Bataillon de la Paix » pour protester contre les essais nucléaires français dans le Pacifique, avec le général Jacques de Bollardière, le prêtre Jean Toulat et l’écologiste Brice Lalonde. En 1974, il est la cheville ouvrière de la création du Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN https://nonviolence.fr/) avec Jacques de Bollardière et d’autres amis. Il sera porte-parole du MAN pendant de nombreuses années. En 1984, il s’investit dans la création de l’Institut de Recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits (IRNC http://irnc.org/) où il sera directeur des études.

Avec d’autres chercheurs en non-violence, il participe en 1985 et pendant plusieurs années à un groupe d’étude sur la Défense civile non-violente dans le cadre du ministère de la Défense.

À la fois écrivain et militant, passionné par la philosophie de la non-violence, Jean-Marie Muller a enchainé, depuis les années 1970 et jusqu’à un passé récent, d’innombrables interventions (conférences, émissions radio et audiovisuelles) en France où il voyagera toujours en train, mais aussi en Europe, sur le continent américain et dans le monde arabe où plusieurs de ses ouvrages sont traduits.
Quand la Pologne cherche à se libérer du communisme sous l’impulsion du syndicat Solidarnosc initié par Lech Walesa en1980, le livre de Jean-Marie Muller, Stratégie de l’action non-violente, est traduit en polonais sans que l’auteur le sache, puis imprimé dans la clandestinité à plus de 15 000 exemplaires. C’est cet ouvrage qui a convaincu les militants de Solidarnosc d’employer les méthodes de l’action non-violente qui ont fini par entraîner la chute du régime communiste polonais en 1988.

En 2013, Jean-Marie Muller reçoit le Prix international de la fondation indienne Jamnalal Bajaj pour la promotion des valeurs gandhiennes. Cette juste reconnaissance manifeste combien l’œuvre de Jean-Marie Muller plonge ses racines dans la pensée morale et politique de Gandhi. Jean-Marie Muller a écrit 36 livres sur la non-violence, dont plusieurs ont été traduits à l’étranger. Cette œuvre monumentale fait de lui un auteur incontournable pour qui désire s’opposer aux violences de façon constructive. « La violence n’est jamais la solution, aimait-il dire, elle est le problème. »

Jean-Marie Muller a écrit dans de nombreux journaux (Le Monde, Libération, La Croix, etc.) comme dans plusieurs revues, dont Alternatives Non-Violentes (http://alternativesnon-violentes.org/), dès le n°1 publié en 1973 et régulièrement jusqu’à 2018. Son dernier article dans cette revue critique la doctrine de la guerre juste qui légitime la dissuasion nucléaire française. Le désarmement nucléaire a été dans la vie de Jean-Marie Muller une préoccupation majeure, sans qu’il puisse voir de son vivant l’abandon par la France de la dissuasion nucléaire qu’il jugeait à la fois immorale, inefficace et dangereuse. Rendre hommage à Jean-Marie Muller consiste à poursuivre ce combat.

Le décès de Jean-Marie Muller plonge les membres du MAN dans une profonde tristesse.

Ils adressent à son épouse – qui lui fut un précieux soutien -, et à leurs enfants, l’expression de leurs meilleurs sentiments.

Pour lire une biographie complète de Jean-Marie Muller :
https://alainrefalo.blog/2016/10/18/jean-marie-muller-50-ans-dengagements-au-servicede-la-non-violence

P.-S.

Pour lire une biographie complète de Jean-Marie Muller :
https://alainrefalo.blog/2016/10/18/jean-marie-muller-50-ans-dengagements-au-servicede-la-non-violence

Livres de Jean-Marie Muller
1. L’Évangile de la non-violence, Paris, Fayard, juin 1969 (14000 exemplaires en français – quatrième édition en août 1977). Traduit en allemand, en espagnol, italien.
2. Stratégie de l’action non-violente, Paris, Fayard, juin 1971, réédité au Seuil, collection « Points – politique », 1981. Traduit en italien, espagnol, polonais, croate, traduit et publié en arabe sous le titre العمل اللاعنفي – استراتيجية , en 1986-1988, puis à Beyrouth en 1999.
3. Le Défi de la non-violence, Paris, Le Cerf, 1976.Traduit en espagnol.
4. César Chavez, un combat non-violent (en collaboration avec Jean Kalman), Paris, Fayard / Le Cerf, 1977.
5. Vous avez dit : « Pacifisme ? », de la menace nucléaire à la défense civile nonviolente, Paris, Le Cerf, 1984.
6. La Dissuasion civile, (en collaboration avec Christian Mellon et Jacques Sémelin), Fondation pour les Études de défense nationale, Paris, 1985. Traduit en serbe en 1989.
7. Lexique de la non-violence, Éd. ANV/IRNC, 1988. Traduit en portugais (1991) et en italien (1992).
8. Simone Weil, l’exigence de non-violence, Paris, Éd. Témoignage Chrétien, 1991 ; réédité en 1995 par Desclée de Brouwer. Traduit en italien.
9. La Nouvelle Donne de la paix, Paris, Éd. Témoignage Chrétien, 1992.
10.Désobéir à Vichy, la résistance civile des fonctionnaires de police, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1994.
11.Gandhi, la sagesse de la non-violence, Paris, Desclée de Brouwer, 1994. Traduit en espagnol.
12.Comprendre la non-violence (Jacques Sémelin co-auteur), Montargis, Éd. Non-Violence Actualité, 1995.
13.Le Principe de non-violence. Parcours philosophique, Paris, Desclée de Brouwer,
1995 ; réédité sous le titre Le principe de non-violence. Une philosophie de la paix, Paris, Marabout, 1999. Traduit en portugais (Lisbonne, 1995), réédité en portugais (Brésil, 2007) ; traduit en italien (2004) et en anglais (2014).
14.Guy Riobé et Jacques Gaillot. Portraits croisés, Paris, Desclée de Brouwer, 1996. Réédité aux éditions L’Harmattan, 1995.
15.Paroles de non-violence, Paris, Albin Michel, 1996.
16.Principes et méthodes de l’intervention civile, Paris, Desclée de Brouwer / Éditions Charles Léopold Mayer, 1997. Traduit en portugais et en italien.
17.Gandhi l’insurgé. L’épopée de la Marche du sel, Paris, Albin Michel, 1997. Traduit et publié en arabe sous le titre غاندي المتمرّد. ملحمة مسيرة الملح , Maaber – Damas, 2011.
18.Les moines de Tibhirine, ‘témoins’ de la non-violence, Paris, Éd. Témoignage Chrétien, 1998. Réédité aux Éditions du Signe, 2018.
19.Vers une culture de non-violence (en coll. avec Alain Refalo), Éd. Dangles, 1999.
20.Paroles de bonté, Paris, Albin Michel, 1999.
21.Le courage de la non-violence, Éd. du Relié, 2001. Traduit en espagnol (2004)
22.Charles de Foucauld : frère universel ou moine-soldat ?, Paris, La Découverte, 2002
23.De la non-violence en éducation, Paris, 2002, Unesco. Traduit en anglais, en arabe (Damas), portugais (Sao Paulo, 2006) ; traduit en catalan (Barcelone, 2015).
24.Dictionnaire de la non-violence, Gordes, Le Relié Poche, 2005, réédité en 2014. Traduit et publié en arabe sous le titre قاموس اللاعنف , par Maaber et LACR, à Beyrouth, 2007. Réédition en 2014.
25.La non-violence en action, Lyon, Les éditions du Mouvement pour une Alternative Non-violente, 2007.
26.Gandhi, sage et stratège de la non-violence, (en coll. avec Alain Refalo), Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées, Colomiers, 2007.
27.Désarmer les dieux. Le christianisme et l’islam, au regard de l’exigence de nonviolence, Gordes, Le Relié Poche, 2010. Traduit et publié en arabe sous le titre نزع
اللاعنف – سلاح الآلهة. المسيحية والإسلام من منظور فريضة , (Beyrouth, 2015).
28.Supplique à un prix Nobel en guerre, Éd. Des îlots de résistance, 2010.
29.Les Français peuvent-ils vouloir renoncer à l’arme nucléaire ?, Lyon, Les éditions du Mouvement pour une Alternative Non-violente, 2010.
30.L’impératif de désobéissance, Fondements philosophiques et stratégiques de la désobéissance civile, Le Pré Saint-Gervais, Le Passager clandestin, 2011. Réédition, 2017.
31.Le christianisme face au défi de l’arme nucléaire, Lyon, Éd. Golias, 2011.
32.Entrer dans l’âge de la non-violence, Gordes, Le Relié, 2011.Traduit en catalan (Barcelone, 2015).
33.Penser avec Albert Camus. Le meurtre est la question, Lyon, Chronique sociale, 2013.
34.Libérer la France des armes nucléaires. La préméditation d’un crime contre l’humanité, Lyon, Chronique sociale, 2014.
35.Nelson Mandela. Le choix de la lutte armée, Lyon, Chronique sociale, 2015.
36.La violence juste n’existe pas. Oser la non-violence, Paris, Le Relié, 2017.

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Où est le sens ? de Sébastien Bohler https://ladecroissance.xyz/2021/12/22/ou-est-le-sens-de-sebastien-bohler/ https://ladecroissance.xyz/2021/12/22/ou-est-le-sens-de-sebastien-bohler/#respond Wed, 22 Dec 2021 14:33:00 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2699 Où est le sens ? de Sébastien Bohler (Robert Laffont, 2020)

Comme la plupart des ouvrages dédiées à la réflexion sur les incertitudes quant à l’avenir de l’humanité, le livre de Sébastien Bohler, Où es le sens ?,  part d’un diagnostic très classique, c’est à dire très pessimiste quant à cet avenir : changements climatiques, perte de biodiversité, pénuries de matières premières, coût de l’énergie, pollution, migrations climatiques, nouvelles pandémies, etc.

Son intérêt réside dans le fait que le coupable désigné est moins « classique ». En effet ce n’est pas le système économique capitaliste et ses diverses déclinaisons productivistes, extractivistes etc. qui sont pointés du doigt, c’est à dire considérés comme les causes initiales.

C’est au niveau du cerveau humain que le neuroscientifique Sébastien Bohler recherche ces causes.

Dans son précédent livre (Le bug humain, Robert Laffont, 2020) il nous montrait comment le fonctionnement primitif de notre cerveau, celui même qui assurait notre survie, nous pousse maintenant dans un délire consumériste sans limite. Il laisse toutefois ouvertes des possibilités de reprise en main de notre destin.

Son dernier ouvrage s’attarde sur le rôle important du cortex cingulaire qui a un fort besoin de sens pour éviter de se trouver dans les situations quasi permanente de dissonance cognitive que génère une société qui s’est construite autour de la consommation mais qui nous met en garde « en même temps » sur ses impacts négatifs.

L’auteur nous propose une nouvelle transcendance en remplaçant l’adoration d’un dieu par l’émerveillement devant la nature.

«  Plus que l’alcool, les autres drogues, le consumérisme ou la crispation identitaire, l’émerveillement constitue un antidote puissant contre l’angoisse existentielle qui nous saisit tous à la gorge devant l’arrivée des grands cataclysmes » et nous pourrions rajouter également : face à notre mort.

Et de préciser que des personnes ayant cette capacité d’émerveillement ont un cortex cingulaire plus petit que la moyenne, ce qui indiquerait qu’il serait moins sollicité…

Les autres, largement majoritaires, redoutent toute forme d’incertitude et font travailler leur cortex cingulaire pour s’en protéger à coup de dénis, de croyances religieuses, de recherche d’ordre, de comportement moutonniers, de théorie du complot, bref, tout ce qui peut donner l’illusion rassurante d’une lisibilité dans un avenir qui ne l’est pas dans la réalité.

Les dernières lignes du livre sont éclairantes : « L’homme du troisième millénaire est placé face au choix entre le sens et la puissance. La puissance est un leurre, nous le savons, mais nous devons maintenant aller jusqu’au bout de son procès 1Ce processus est celui de la décolonisation de notre imaginaire.. Une fois que cela sera fait, nous pourrons nous tourner vers notre avenir » c’est à dire nous construire un nouvel imaginaire, un nouveau récit…

Cet essai s’appuie sur les dernières découvertes en matière de neurosciences, ses références nombreuses à des expériences dans ce domaine, mais également en psychologie rendent sa lecture accessible et agréable.

Les nationalistes, les complotistes, les techno-scientistes, les pseudos hédonistes adeptes du no limit sont dénoncés avec habilité. Même si le terme « décroissance » apparaît rarement, il transparaît tout au long de l’ouvrage comme la transition indispensable.

Cette transition ne pourra s’envisager qu’à partir d’un imaginaire décolonisé des valeurs consuméristes et qui aura ainsi permis à notre cortex cingulaire de s’apaiser et se dédier à la construction du nouveau récit de la société de l’a-croissance.

Pour un approfondissement sur le rôle du cortex cingulaire : https://www.insb.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/le-cortex-cingulaire-anterieur-entre-douleur-et-depression

Notes et références

Notes et références
1 Ce processus est celui de la décolonisation de notre imaginaire.
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Propos sur le revenu inconditionnel https://ladecroissance.xyz/2021/12/16/propos-sur-le-revenu-inconditionnel/ https://ladecroissance.xyz/2021/12/16/propos-sur-le-revenu-inconditionnel/#respond Thu, 16 Dec 2021 11:50:45 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2683

Entretien enregistré par Sofian Achabe le mercredi 10 novembre 2021. Michel Lepesant, porte-parole de la MCD répond aux questions de William De Witte.

1. Définition du revenu inconditionnel, une variante du revenu de base ou revenu universel

  • Doublement inconditionnel : à toutes et tous, sans contrepartie (1:11)
  • Doublement suffisant : par le bas (plancher décent), par le haut (plafond défini par un RMA, revenu maximum acceptable) (3:06)
  • Alloué en 3 parts : en gratuités (services publics étatisés et/ou relocalisés), en monnaie locale, en monnaie officielle (avec un horizon de « monnaie publique ») (5:42)
  • Les variations de ces 3 caractéristiques donnent les variantes du revenu de base (8:06)

2. En quoi cette variante est-elle décroissante ? (9:18)

  • Parce qu’elle est fondée, justifiée, juste (10:40) : si la production de richesse est une production sociale alors son allocation (distribution) doit être socialisée
  • Parce que son objectif est désirable (21:42) : mettre fin à l’exploitation et à l’exclusion justifiée par l’individualisme propriétariste et méritocratique

3. Cette proposition juste et désirable est aussi mobilisatrice (23:08)

  • 3.1. Une proposition désirable doit aussi être faisable et acceptable, et donc proposer des étapes intermédiaires (23 :22)
    • Le panier des 3 parts peut permettre des adaptations (échéances, territoires…) (24:34)
    • Un principe de déconnexion entre activité et revenu (27:23) :
      • Un droit inconditionnel au temps partiel
      • Une retraite inconditionnelle d’un montant unique et égale pour tou.te.s
  • 3.2. Le RI, un levier fort pour démocratiser l’économie et émanciper (33:35)
    • Une force contre la subordination patronale
    • Une force contre la domination patriarcale
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Le Grand Récit, par Johann Chapoutot https://ladecroissance.xyz/2021/12/14/le-grand-recit-par-johann-chapoutot/ https://ladecroissance.xyz/2021/12/14/le-grand-recit-par-johann-chapoutot/#respond Tue, 14 Dec 2021 19:07:46 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2675 Voilà un livre d’histoires sur l’histoire des temps modernes écrite par un historien. Il est beaucoup écrit comme on raconte une histoire : pas vraiment au fil de la plume, mais presque. Ce qui en fait un livre vraiment facile à lire.

Le fil conducteur est le devenir du récit à une époque qui a remplacé les Grands récits par ce que Chapoutot appelle les « isthmes du contemporain », c’est-à-dire ces petits récits à prétention totale : l’illimitisme, l’ignorantisme, le messianisme, le déclinisme, le djihadisme.

Il y a dans ces courtes et roboratives analyses de ces « isthmes » de quoi nourrir la réflexion décroissante dans la mesure où l’on peut interpréter tous ces « ismes » comme des dénis de la décroissance. Que ce soit par un appel au toujours plus ou par la nostalgie et la déception causées par des faux espoirs, on s’aperçoit du besoin intime à tout être humain de pouvoir donner sens à sa vie.

On ne peut pas vivre humainement sans récit.

D’où le plaisir à lire les 7 premiers chapitres qui font l’histoire des grands récits récents. A commencer par le premier, celui du providentialisme chrétien. Mais aussi le marxisme, le premier après-guerre, le nazisme et le fascisme, le second après-guerre, le complotisme, le post-moderne.

D’où surtout les chapitres de fin qui sont consacrés à faire non pas tant l’apologie de l’histoire ou du métier d’historien que de proposer un plaidoyer en faveur de l’histoire comme littérature.

Là aussi dans ce plaidoyer il y a de quoi alimenter une réflexion décroissante sur les récits qu’elle peut proposer ; en particulier sur l’usage de la contrefactualité. Par exemple, repartir d’un tournant historique mais en choisissant d’imaginer l’autre route, celle qui n’a pas été empruntée. Mais « il existe aussi une forme de contrefactuel qui ne serait pas rétrospectif (on revient à une point de divergence situé dans le passé), mais prospectif, qui consiste à projeter un scénario dans l’avenir (démarche classique de la prospective, précisément, ou de la science-fiction) tout en le narrant fictivement au passé, c’est-à-dire en historien du futur qui raconterait, au passé, notre présent et notre futur » (page 341).

Ce qui se lit tout au long de ce texte, c’est une belle défense de la littérature, de l’humanisme. Cela fait du bien.

Johan Chapoutot, Le Grand Récit, Introduction à l’histoire de notre temps (PUF, 2021).

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La MCD soutient la campagne « Soutenez décroissance-élections » https://ladecroissance.xyz/2021/12/07/la-mcd-soutient-la-campagne-soutenez-decroissance-elections/ https://ladecroissance.xyz/2021/12/07/la-mcd-soutient-la-campagne-soutenez-decroissance-elections/#respond Tue, 07 Dec 2021 16:08:13 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2670 APPEL A DONS – LÉGISLATIVES 2022
Chers décroissants et décroissantes,

Notre collectif citoyen s’engage chaque année en politique pour profiter du temps électoral pour rendre visible les idées de la décroissance. Après les Départementales de 2021, voilà les Législatives de 2022 qui se préparent ! Nos campagnes « à zéro euro » ont malgré tout un coût non négligeable (notamment pour les impressions du matériel électoral – bulletins, affiches, etc): pour soutenir nos idées et nos engagements, vous pouvez envoyer vos dons par courrier et bénéficier d’une réduction fiscale de 66%. Vous recevrez par courrier votre reçu fiscal en avril de l’année suivant votre don.

Merci pour votre soutien !
Vous souhaitez faire un don ? Envoyez un chèque à l’adresse suivante:

ADOC
Pallières
30140 – THOIRAS

 

Vous souhaitez nous rejoindre ? Envoyez un mail à decroissance-elections@laposte.net et nous serons ravis de vous accueillir pour travailler à nos côtés ! decroissance-elections@laposte.net

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Le préférable, le faisable et l’acceptable https://ladecroissance.xyz/2021/12/06/le-preferable-le-faisable-et-lacceptable/ https://ladecroissance.xyz/2021/12/06/le-preferable-le-faisable-et-lacceptable/#respond Mon, 06 Dec 2021 14:55:06 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2667 Si l’on réduit la critique de la croissance à sa seule impossibilité biophysique dans un monde fini alors on risque de piéger la décroissance au fond d’une impasse politique.

Si l’on veut au contraire faire de la décroissance le carrefour démocratique vers des mondes où la vie sociale retrouverait du temps, du repos, du partage, des rencontres… alors il faut a) remettre à sa juste place cette question des limites biophysiques et b) porter une autre critique contre la croissance, son monde et son idéologie.

a) Rester dans les limites biophysiques de la planète ne fait pas une politique mais fournit juste le cadre écologique d’une politique, son périmètre. Aujourd’hui, certaines limites sont dépassées (biodiversité, climat, cycles de l’azote et du phosphore), alors l’arbitre écologiste devrait siffler « touche »… mais non, il semble privé de sifflet.

D’autant que chacun peut aujourd’hui constater que le rappel de ce cadre ne fait toujours pas une politique. Qui ne s’est pas fait répliquer l’imparable objection : « on n’a pas assez de recul » ? C’est l’une des ruses rhétoriques les plus habiles du monde de la croissance : non plus faire miroiter les promesses du progrès mais juste instiller le doute, le soupçon contre toute précaution vis-à-vis de tout ce qui n’existe pas encore : l’avenir, les générations futures, la catastrophe… L’important c’est de continuer à avancer… quoi qu’il en coûte…

b) Ce n’est donc pas d’une décroissance inéluctable dont nous avons politiquement besoin mais d’une décroissance possible.

Ce qui veut déjà dire que la croissance reste, malheureusement, une politique possible.

Mais alors comment rendre possible la décroissance ? C’est là qu’il faut que les décroissants quand ils font des propositions sachent décliner le possible, en désirable, faisable et acceptable.

  • Est-ce désirable ? Et là c’est d’une perspective, d’un « point de fuite » dont on a besoin. Et ce n’est pas la nécessité qui va attirer !
  • Est-ce faisable ? Et là il ne faut pas rechigner à tirer les leçons des échecs des précédentes tentatives.
  • Est-ce acceptable ? Et là il faut même si c’est désirable et faisable proposer une souplesse dans la mise en place, il faut faire des distinctions, des étapes, proposer des échelons.

 Une proposition a priori désirable et faisable l’est-elle vraiment si on n’est pas capable de la rendre acceptable ?

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Dominique Méda, une décroissante masquée ? https://ladecroissance.xyz/2021/12/05/dominique-meda-une-decroissante-masquee/ https://ladecroissance.xyz/2021/12/05/dominique-meda-une-decroissante-masquee/#respond Sun, 05 Dec 2021 19:25:00 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2665 Ce jeudi 18 novembre à la Bellevilloise1La Bellevilloise, un lieu accueillant, où rôde, amical, le Spectre de Jean Jaurès., soirée d’ouverture du Festival des idées, 6ème édition. Une introduction très féminine : sur le plateau 4 femmes : avec Dominique Méda, Lucie Pinson, Juliette Rousseau et Iris Deroeux comme animatrice.

L’intervention de Dominique Méda a particulièrement retenu notre attention. Après une courte biographie intellectuelle, elle affirme à contrario de l’économiquement correct, être fort critique quant aux bienfaits de la croissance. Pourtant plutôt, que de parler de décroissance, elle préfère le terme post-croissance.

Intrigante formulation pour un décroissant militant. J’attendais Méda au tournant pour demander des précisions.

La dernière question me fut accordée. Ainsi, à peu près formulée : « Pourquoi refusez-vous de parler de décroissance, amoindrie en post-croissance ? »

Je justifie mon étonnement en faisant valoir la lecture de quelques livres de l’autrice dont la tonalité est de fait décroissante et fort critique quant à la religion du travail.

Il se trouve que j’ai dans ma sacoche le livre de Vincent Liegey et d’Isabelle Brokman « Décroissance. Fake ? Or Not » (Tana éditions), avec la permission de l’auditoire, je lis quelques lignes de cet ouvrage (p.23).

« Fonction exponentielle. Un petit 2 % de croissance atteint chaque année pendant 30 ans déboucherait en 2050 sur une économie multipliée par 2. Deux fois plus de tout : téléphones, ordinateurs, voitures, bâtiments,… c’est mathématique.

Et 2 % de croissance jusqu’en 2100, notre économie actuelle serait multipliée par 5 ! »

Alors, pourquoi refuser le terme décroissance, ce mot obus qui fait exploser les diktats de économiquement correct ?

Il est urgent de changer de direction, en appelant un chat un chat. Sinon, en reprenant le titre d’un journal des années 70, nous allons crever La gueule ouverte !

Réponse de Dominique Méda : «  C’est par prudence, tactique que j’emploie l’expression post-croissance. Le mot décroissance ne passe pas auprès de ceux qui ont peu. Dire aux pauvres qu’il faut décroître ça ne passe pas… Post-croissance, c’est prudent, tactique.»

Après cette réponse honnête le débat est clos. L’animatrice nous invite au buffet ou je peux me réconforter avec un punch fort aimablement offert.

*

Universitaire de renom, Dominique Méda est une alliée objective des décroissants, par prudence et tactique pédagogique elle avance masquée ? Précisons : c’est à visage découvert que se sont exprimées les intervenantes, c’est tout aussi dénudé que, d’en bas, j’ai questionné. La crise sanitaire contournée pour un moment.

Alain Véronèse.

.Dominique Méda, bio et biographie accessibles sur internet, a publié nombreux ouvrages, critiques de la croissance et du travail. M’ont spécialement séduit : «Le travail, une valeur en voie de disparition » et « Qu’est-ce que la richesse ». Le premier cité fut fort apprécié par André Gorz, c’est dire s’il est bon…

Le point de vue de la MCD sur la question

Éviter le mot décroissance, c’est éviter sa radicalité politique. Quand Dominique Méda parle de post-croissance, elle choisit de ne pas affronter de penser la transition à entamer entre le monde que nous rejetons : le monde de la croissance, du plus, de l’accélération permanente, des OGM, du capitalisme etc… et le monde que nous projetons : un monde relocalisé, de relations de proximité, un monde d’a-croissance. Or pour partir, il faut d’abord « partir de », d’un point de départ : à la fois un pied dedans et un pied dehors. C’est donc la décroissance comme trajet que nous défendons, entre le monde rejeté et le monde désiré, un trajet défini comme l’ensemble des mesures politiques permettant d’organiser la décrue économique, c’est à dire la baisse de l’ensemble des éléments de la chaîne économique : l’extraction, la production, la consommation et l’excrétion (les déchets), pour revenir à des modes de vie écologiquement soutenables et socialement décents. Ce n’est qu’une fois que nous aurons décru suffisamment pour revenir au sein des limites écologiques, que nous pourrons prôner l’a-croissance ou parler de société post-(dé)croissance. Éviter le mot, c’est sauter d’un monde à l’autre sans se poser la question du trajet et ses difficultés, c’est regarder ailleurs.

De plus, s’arrêter à la forme (bon mot ? pas bon mot ?) c’est refuser de se pencher sur le fond et de discuter les idées : les réserves sur le mot révèlent des réticences sur le fond. Ces réserves constituent des indicateurs forts des décolonisations à entreprendre même au sein des « proches idéologiques » : quand des objecteurs de croissance, se découvrent être en réalité des objecteurs de décroissance. On peut même aller plus loin : si la décroissance, c’est mathématique, alors en effet, ce serait une maladresse tactique que de se contredire en demandant une politique tout en la refusant au nom d’une nécessité mathématique. C’est pourquoi tant qu’à utiliser le mot, autant aller jusqu’au bout et en faire un choix volontaire…

Notes et références

Notes et références
1 La Bellevilloise, un lieu accueillant, où rôde, amical, le Spectre de Jean Jaurès.
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Travailler moins, travailler autrement ou ne pas travailler de tout, par Serge Latouche https://ladecroissance.xyz/2021/11/17/travailler-moins-travailler-autrement-ou-ne-pas-travailler-de-tout-par-serge-latouche/ https://ladecroissance.xyz/2021/11/17/travailler-moins-travailler-autrement-ou-ne-pas-travailler-de-tout-par-serge-latouche/#respond Wed, 17 Nov 2021 12:32:00 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2653 Un précédent ouvrage de Serge Latouche, « L’abondance frugale comme art de vivre. Bonheur, gastronomie et décroissance. »(éd. Rivages poche, 2020) nous avait déjà mis la puce à l’oreille : Latouche se radicalise, il tourne révolutionnaire !

Rien de moins. Qu’on en juge, dès la 4 de couv’ : « La décroissance, implique, en effet, à la fois une réduction quantitative et une transformation qualitative de l’activité laborieuse, aboutissant à terme à l’abolition de la servitude salariale » L’abolition du salariat ?! Renouer en 2021 avec l’utopie de la charte d’Amiens de 1905, c’est audacieux (et ça nous plaît bien…).

L’ouvrage est truffé de solides citations d’André Gorz, plusieurs fois appelé à la rescousse.

« Il faut saluer l’effort pionnier d’André Gorz qui a construit, dès les années 1980 des scénarios « réalistes » de décroissance de la production avec réduction du temps de travail et plein emploi. Pour Gorz aussi dans la transition tout le monde doit pouvoir gagner sa vie, mais en travaillant moins, et tout le monde doit assumer sa part du travail non payé qui, actuellement reste encore trop souvent à la charge exclusive des femmes. » A.Gorz dans Capitalisme , socialisme, écologie.( éd. Galilée, 1991.). (Citations p.72, 73.).

Latouche de poursuivre citant Gorz de nouveau : « la réduction du temps de travail est nécessaire dans la mesure où les progrès de la productivité permettent de produire plus avec moins de travail. Si tout le monde doir pouvoir trouver du travail, la quantité fournie par chacun doit progressivement diminuer ». Le livre cité Capitalisme… est publié en 1991, la pensée d’André Gorz, jamais figée, l’amènera à se rallier à la revendication du revenu de base en 1997 dans Misère du présent.Richesse du possible (éd. Galilée), avec en sous-titre « dépasser la société salariale », dépassement également programmé par Serge Latouche dans son dernier livre.

Bâtir la société du temps libéré. La fin du travail

Sur les traces d’André Gorz, Serge Latouche de continuer : «  La transition en douceur plus ou moins longue vers une société où le travail sera aboli comme signification imaginaire centrale doit être organisé dès maintenant » (p.75). Forte convergence de nouveau avec Bâtir la société du temps libéré d’André Gorz (éd. LLL et Monde diplo, 2013.).

« Restent pendantes les questions de la fin du travail comme aboutissement tendanciel de la réduction des horaires et de l’utilisation du temps libre […]. La réduction du temps de travail doit s’accompagner d’une transformation qualitative de l’activité laborieuse sous peine d’échec » (p.76).

La fin du travail, i.e . sa réduction significative, les 2 heures par jour du Collectif Adret sont un objectif atteignable et souhaitable. « Mais la nécessité de redonner du sens au temps libéré est un défi » (p.75).

Et Latouche de plaider pour l’otium du peuple.

« Il vaut mieux promouvoir l’otium (le loisir) plutôt que l’opium des médias et du numérique. (p.131).

Hannah Arendt fait une brève apparition p. 132, elle valorisait la vita contemplativa (soit le loisir au sens noble du terme, la scholè des anciens Grecs). La scholè des anciens grecs qui ne travaillaient pas était rendu possible par le travail des esclaves et des commerçants métèques. Les esclaves mécaniques d’aujourd’hui, robotique et agencements cybernétiques pilotés par de puissants algorithmes pourrait augurer de l’otium pour toutes et tous (l’otium du peuple) et de la scholè généralisée. Serge Latouche fait justement valoir la vision anticipatrice d’Aristote.

La dotation inconditionnelle

Serge Latouche nomme ainsi le revenu de base tel que préconisé par le Mouvement Français pour le Revenu de Base (MFRB), également nommée « Allocation universelle d’existence » par Guy Valette (éd. Utopia, 2021).

Argument: « La fin du travail, qu’elle soit totale ou partielle signifie aussi une transformation du mode d’attribution des revenus. Ceux-ci plus que jamais nécessaire pour éponger la masse des biens marchands, dont l’achat ne peut plus être directement lié à un travail en voie de disparition »(p.133).

L’auteur de préciser en sourçant la revendication : « C’est pourquoi les prophètes de la fin du travail, tout comme les partisans d’une réduction forte des horaires […] et de la place du travail préconisent généralement une forme d’allocation universelle pour palier la menace d’une perte substantielle de revenus et d’une fin de la consommation (p.133).

Prudence : « En réalité une dotation sérieuse d’autonomie est très probablement incompatible avec les fondamentaux d’une société de croissance. […] Elle ne peut aboutir sans une sortie du système. […] L’abolition du salariat, la démarchandisation du travail offrirait à tous la possibilité d’exercer une activité autonome rémunératrice assurant une vie décente » (p.139).

Séduisant programme dont la réalisation demandera beaucoup d’énergie. La « décolonisation des imaginaires » préconisée depuis longtemps par Serge Latouche est la difficulté principale.

Travailler moins, travailler autrement ou ne pas travailler du tout, ‎ Editions Payot & Rivages (25 août 2021)

Formidable de porter une critique du travail avec en point de fuite une abolition du salariat. Quand on voit à quel point aujourd’hui la critique du travail reste un pan quasi incritiquable pour toute une partie de la gauche de la gauche, même quand elle n’oublie pas d’accoler l’adjectif « écologique », même quand elle prétend s’inspirer de Gorz. Une grande partie de cet escamotage consiste à systématiquement utiliser le terme spécifique de « travail » comme s’il était le terme le plus général pour désigner ce qui est « activité ». Et pourtant dès que l’on se met à mettre la critique du « travail » en perspective d’une réévaluation de l’activité, on en vient facilement à rompre avec l’invisibilisation par la tradition marxiste de ce qu’on nomme aujourd’hui « sphère de la reproduction sociale ». Car c’est elle la véritable infrastructure « en dernière instance », et non pas la « sphère de la production économique ». Et, in fine, ce sont bien toutes ces activités de la sphère de la reproduction sociale qui « méritent » reconnaissance et à qui devrait revenir inconditionnellement sa part d’allocation de toute la richesse produite : telle est la promesse du revenu inconditionnel, tel que défendu par la MCD.

La MCD
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