la Maison commune de la décroissance https://ladecroissance.xyz La croissance, c'est un non-sens ; la décroissance, c'est du bon sens ! Wed, 29 Jun 2022 21:00:10 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.0 https://ladecroissance.xyz/wp-content/uploads/2018/01/cropped-ladecroissance-1-32x32.png la Maison commune de la décroissance https://ladecroissance.xyz 32 32 Les chroniques de la MCD sur le média Demain en mains ! https://ladecroissance.xyz/2022/06/29/les-chroniques-de-la-mcd-sur-le-media-demain-en-mains/ https://ladecroissance.xyz/2022/06/29/les-chroniques-de-la-mcd-sur-le-media-demain-en-mains/#respond Wed, 29 Jun 2022 08:24:23 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=3024  

La Maison commune de la décroissance a été sollicitée par Alain Duez, fondateur du média indépendant Demain en mains 1Le média Demain en mains est pour l’instant en ligne, mais bientôt en papier si la participation citoyenne le permet., et avant ça de L’âge de Faire, pour rédiger une chronique mensuelle sur la décroissance, en plus de celles déjà réalisées par Paul Ariès et Vincent Liegey.

Demain en mains, journal « frontal et jovial », fait le pari de construire sa ligne éditoriale autour de la « déconsommation » : face au consumérisme omniprésent, la communauté autour de ce média veut se donner les moyens de répandre à grande échelle la perspective d’une autre société viable et enviable.

Déconsommation : quoi de plus compatible avec la décroissance de la MCD ? Déconsommer, c’est une mise en pratique concrète de la décroissance au niveau politique. En effet, des multitudes de manières de décroître sont à explorer comme autant de « déclinaisons de la décroissance » : partager, ré-ensauvager la nature, écoféminiser, déconsommer, ralentir… C’est l’objet du nouveau livre de la MCD « LA DÉCROISSANCE ET SES DÉCLINAISONS. Pour sortir des clichés et des généralités », aux éditions Utopia, 10 euros. Préface de Timothée Parrique. Illustrations de Jean-Luc Coudray (en vente ou commandable depuis le 20 juin dans toutes les bonnes librairies et sur le site Internet de la MCD)

Autant de fenêtres vers de nouveaux horizons politiques, pour s’ouvrir à des imaginaires et à des perspectives enthousiasmantes, qu’il nous tarde d’explorer avec tous les compagnons de route qui les défrichent déjà, comme ici à Demain en mains, ou ailleurs… Ensemble, tout reste à construire !

La MCD en profite pour remercier ici Alain et Marion, qui rendent cela possible à travers cette collaboration, qui nous l’espérons durera le plus longtemps possible.

N’hésitez pas à vous inscrire à leur newsletter pour recevoir les textes directement dans votre boîte mail : https://www.demain-en-mains.info/fr/contact/newsletter

LES CHRONQIUES DE LA MCD A DEMAIN EN MAINS

Notes et références

Notes et références
1 Le média Demain en mains est pour l’instant en ligne, mais bientôt en papier si la participation citoyenne le permet.
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Programme des (f)estives, 15-21 août 2022 (Vosges) https://ladecroissance.xyz/2022/06/11/programme-des-festives-aout-2022-vosges/ https://ladecroissance.xyz/2022/06/11/programme-des-festives-aout-2022-vosges/#respond Sat, 11 Jun 2022 17:20:48 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2967 La semaine se divise en 2 moments :

  1. Les « rencontres », du lundi 15 au jeudi 18 (arrivée possible dès le dimanche 14) : la décroissance en est le thème général → cette année, il est prévu que les matinées soient en partenariat avec l’OPCD.
  2. Les (f)estives, du vendredi 19 au dimanche 21 (vers midi) : là, il y a un thème particulier qui, cette année, est celui de « la vie sociale ».

Programme des rencontres

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Programme des (f)estives

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L’enjeu politique de « la vie sociale »

L’idée générale de la distinction entre « vie sociale » et « vie en société » est que dans le second cas, on répète la fable libérale qu’une société apparaît à partir des individus (c’est la fable d’un état de nature où les hommes vivent isolés, comme des robinsons, et où ils ne vivent ensemble qu’après avoir passé volontairement un contrat) alors que dans le premier cas, c’est l’inverse : un individu n’apparaît qu’à partir de la société, ou comme le dit F. Flahault : « la coexistence précède l’existence ».

Le « socialisme de la vie sociale », c’est la volonté politique de faire dans le « bon sens » : la société précède les individus, ainsi quand je nais il y a déjà une société, une langue, des techniques, des traditions, des habitats…

Politiquement, cela veut dire que l’objectif politique d’un tel socialisme, c’est de préserver, de conserver, d’entretenir ce qui est la base d’une vie humaine sensée ← c’est donc une rupture radicale avec le socialisme industrialiste, technologiste, prométhéen (marxiste) qui voulait faire un « homme nouveau » ; et qui, par les « alternatives », prétend aujourd’hui « faire société » (comme si même la société ne devait pas échapper au mythe de la fabrication, comme si c’était un objet alors que c’est la condition préalable à toute fabrication, à toute activité…)

En politique concrète, cela veut dire que quand une proposition programmatique est avancée, on ne se contente pas de se demander si elle est écologiquement soutenable, on se demande d’abord si elle est socialement soutenable. Voilà ce que nous écrivons dans le livre de la MCD qui vient de sortir : « une communauté amish n’introduit jamais une innovation technologique sans organiser au préalable une délibération pour évaluer ses effets sociaux. Si être amish, c’est être averti qu’un mode d’emploi, c’est un mode de vie, alors nous voulons être des amish ! ».

Donnons un exemple encore plus concret : l’introduction de la 5G :

  • quand on juge du point de vue de « la vie en société » : ce qu’on se demande, c’est si cela va faciliter les communications entre individus (au nom d’un « principe de commodité ») ← et là évidemment que la réponse est oui.
  • quand on juge du point de vue de « la vie sociale » : on commence par constater qu’il n’est besoin de « faciliter » des relations qu’à condition que les individus soient déjà isolés, séparés, atomisés (par leurs modes de vie) et que donc, toute solution pour « rapprocher des individus isolés » n’est qu’une solution technologique en aval du problème, qui ne va rien changer à leur isolement, mais juste leur permettre de communiquer entre individus isolés. On s’oppose de ce point de vue là à la 5G parce qu’elle n’est que la poursuite de la destruction de la vie sociale, de la vie en commun (rq : les opposants à la 5G se sont la plupart du temps mobilisés au nom de considérations sanitaires ou démocratiques mais ils ont rarement vu que la 5G est juste une arme de destruction massive de « la vie sociale », et donc le renforcement massif de « la vie en société »).

Les invité.es

Aude Vidal

Aude Vidal a animé la revue écologiste L’An 02, elle est l’auteur de reportages sur les mondes malais, d’essais critiques sur le libéralisme et l'individualisme. Son blog : https://blog.ecologie-politique.eu/

Pour ces (f)estives consacrées à la vie sociale et à la critique de l'individualisme, elle pourra s'appuyer sur :

  • Égologie. Écologie, individualisme et course au bonheur (Le Monde à l’envers, 2017) → Développement personnel, habitats groupés, jardins partagés... : face au désastre capitaliste, l'écologie se présente comme une réponse globale et positive, un changement de rapport au monde appuyé par des gestes au quotidien. Comme dans la fable du colibri, « chacun fait sa part ». Mais en considérant la société comme un agrégat d'individus, et le changement social comme une somme de gestes individuels, cette vision de l'écologie ne succombe-t-elle pas à la logique libérale dominante, signant le triomphe de l'individualisme ?
  • La conjuration des Ego, Féminismes et individualisme (Syllepse, 2019). Et si l’individualisme et le libéralisme, qui déterminent si fortement nos manières de considérer le monde, façonnaient aussi les mouvements politiques engagés pour la justice sociale et l’émancipation? Aude Vidal interroge les nouveaux féminismes radicaux. Le renouveau que connaît aujourd’hui le mouvement semble également le déborder sur ses marges : prostitution, inclusion des femmes trans et des personnes non-binaires, difficile articulation avec les pensées queer et décoloniales sont l’occasion d’autant de frottements/conflits. L'auto-définition/identification et la reconnaissance d'un troisième genre, non-binaire, ne nieraient-elles pas le genre comme rapports sociaux de sexe, en en faisant une caractéristique individuelle ? Le féminisme du choix, en postulant que tous les choix effectués librement par des femmes sont des choix féministes, n’est-il pas devenu le point de rencontre entre féministes libérales et nouvelles féministes radicales?
Timothée Parrique

Timothée Parrique est chercheur en économie écologique à la School of Economics de l’Université de Lund en Suède.

Docteur en sciences économiques, il est spécialiste du lien entre économie et environnement. Sa thèse de doctorat (The political economy of degrowth, 2019) porte sur le lien entre croissance économique et soutenabilité sociale et écologique, et explore le concept de « décroissance ».

Timothée est aussi l’auteur de “Decoupling debunked – Evidence and arguments against green growth”, un rapport sur la croissance verte publié par le European Environmental Bureau en 2019.

Plus d’informations sur https://timotheeparrique.com et @timparrique.

Michel Lepesant

Michel Lepesant, porte-parole de la MCD, anime depuis sa création en 2017 la Maison commune de la décroissance.

Après s’être investi pendant des années dans les alternatives concrètes – coopérative de producteurs-consommateurs, café citoyen, amap, monnaie locale – il se consacre maintenant en priorité au travail de réflexion idéologique et théorique, et particulièrement sur la définition de la décroissance comme philosophie politique.

Il est l’auteur de Politique(s) de la décroissance, Paris, Utopia, 2013 et avec Baptiste Mylondo, Inconditionnel, une anthologie du revenu universel, Paris, Éditions du Détour, 2018.
Son blog : https://decroissances.ouvaton.org. C’est de théorie et d'histoire, c'est-à-dire d’un corpus idéologique animé non pas par l'intransigeance mais par la cohérence conceptuelle, dont manque terriblement la politique. Dans une société dominée depuis longtemps par la résignation ou l'adaptation, avec quelques intermèdes de stupéfaction, où toutes les forces de la domination veulent la poursuite de la croissance et de son spectacle, il devrait être évident que ce que nous devons accomplir aujourd'hui est la critique radicale de tout ce qui existe, comme si tout était pour le pire dans le pire des mondes possibles.

La MCD

La MCD a été créée en 2017 : son objet est de coproduire du commun idéologique clair et solide pour le mettre à disposition de toutes et tous ceux qui rêvent d’une transition vers des sociétés écologiques, soutenables, frugales, conviviales, sereines et démocratiques : comment s’organiser pour repasser sous les plafonds de l’insoutenabilité écologique ?

Pour cela, nous nous dotons des outils de la discussion collective : nos débats politiques sont l'occasion de construire un langage commun et une pensée décroissante, qui puisse être à la fois portée et défendue collectivement, et argumentée et nuancée individuellement. Ce qui fait la singularité de la MCD dans le paysage politique actuel, c'est à la fois ce travail idéologique radical et cohérent de définition de « l'ovni politique et philosophique» que représente la décroissance, et sa forme, qui fait porter les idées par un collectif (de militants-chercheurs et de militantes-chercheuses, comme nous aimons pompeusement à nous qualifier) plutôt que par une personnalité médiatique ou charismatique.

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Pour une astronomie décroissante https://ladecroissance.xyz/2022/06/07/pour-une-astronomie-decroissante/ https://ladecroissance.xyz/2022/06/07/pour-une-astronomie-decroissante/#respond Tue, 07 Jun 2022 16:50:09 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2960

Nous remercions nos amis de S!lence pour leur autorisation de reprendre cet entretien qui montre à quel point le monde de la croissance est un monde de conquête, pas seulement terrestre mais extraterrestre.

Entretien avec Frédéric Boone, un astronome qui rêve d’une science plus sobre et de rapports au monde plus poétiques.

Les tribunes de scientifiques se multiplient pour rappeler la responsabilité humaine dans le désastre écologique en cours. En février 2020, près de 1 000 scientifiques de toutes disciplines appelaient dans Le Monde à la désobéissance civile, estimant que « notre mode de vie actuel et la croissance économique ne sont pas compatibles avec la limitation du dérèglement climatique à des niveaux acceptables ». Cette critique oublie trop souvent le domaine du spatial, dont l’utilité serait prouvée grâce aux données récoltées sur le dérèglement climatique. Quelques astrophysiciens interrogent cependant le bien-fondé de la conquête spatiale, comme Aurélien Barrau : « Alors que la crise écologique majeure qui nous menace plaide aujourd’hui — en particulier pour notre propre survie — en faveur d’une redécouverte rapide de la sobriété, quel sens y a-t-il à se ruer sur une constellation satellitaire, course opérée par une société privée, permettant de décupler l’usage, terriblement énergivore et désocialisant, des technologies numériques ? » 1«SpaceX et la nouvelle conquête spatiale : la démonstration de notre incohérence», Aurélien Barrau, 02 juin 2020, www.goodplanet.info.

Silence : Où va la recherche ?

Frédéric Boone : Ce qui motive la recherche aujourd’hui, c’est la curiosité mais aussi toutes les applications possibles : militaires, etc. Certains chercheurs croient encore que la conquête spatiale pourrait permettre à l’humanité de sortir du berceau terrestre pour coloniser d’autres planètes. Je n’y crois pas du tout, c’est un vaste conte de fée. On est très loin même d’aller sur Mars, planète hostile. Et surtout, vu la situation sur Terre, il est évident que l’urgence n’est pas d’aller coloniser Mars ni de développer plus de technologies pour aller sur Mars : il faudrait plutôt mettre tous les moyens possibles pour améliorer la situation sur Terre.

Quelle pourrait être une position acceptable du chercheur ?

Frédéric Boone : Je n’ai pas la réponse mais, déjà, il faudrait renoncer à contribuer directement à ces développements-là, et le faire publiquement. C’est ce qu’on essaie de faire un peu à l’Atécopol.
Je suis admiratif de la démarche d’Alexandre Grothendieck, un des plus grands mathématiciens de tous les temps, qui, dans les années 1970, a eu une prise de conscience et a fini par démissionner. Écologiste convaincu, il a essayé de convaincre les chercheurs et les chercheuses d’arrêter les travaux dont les applications détruisent le vivant. Ce n’est donc pas une question nouvelle. Les chercheurs doivent se positionner car la neutralité de la science est une chimère. Faire notre travail de scientifique comme on nous le demande, ce n’est pas rester neutre.

Comment faire une science de basse technologie ?

Frédéric Boone : Ça questionne la définition de la recherche. Qu’est-ce qu’on veut faire comme recherche ? Si on passe aux low techs, on ne pourra plus mener la recherche qu’on fait actuellement en astrophysique, c’est-à-dire développer de grands instruments, de gros télescopes qui ont besoin de très hautes technologies et de quantités d’énergie pharamineuses pour traiter les données qu’ils accumulent. Il faudra oublier ce type de projet, revenir à de petits télescopes. Il est possible de faire son télescope à la main, de polir un miroir. Ce n’est plus la même science, mais on n’est pas obligé d’aller chercher les galaxies les plus lointaines. Il faut aussi revenir à une forme d’émerveillement, de contemplation. Je ne suis pas sûr qu’il faille absolument chercher à tout comprendre, ce qui est un peu le moteur de notre civilisation.

Quel rapport au cosmos pour l’avenir ?

Frédéric Boone : Paradoxalement, on a perdu ce lien au cosmos. La plupart des gens habitent en ville et ne peuvent plus observer, le soir, la voie lactée à l’œil nu. C’est paradoxal, alors qu’on est capable d’observer des galaxies très lointaines, de remonter presque au big bang. Donc on se réfère aux astrophysiciens pour se faire raconter l’univers et pour se faire rêver. Mais il y a quelques décennies encore, on pouvait regarder en l’air et, en ouvrant les yeux, faire lien avec l’espace. J’ai envie de dire : arrêtons de chercher les réponses à nos questions métaphysiques avec de grands télescopes et allongeons-nous dans l’herbe, le soir, pour contempler l’immensité du cosmos et son mystère (après avoir éteint les lumières des villes). C’est un mélange de conscience collective, de ne plus aller vers des projets pharaoniques et de mettre des limites à notre soif de comprendre et, en même temps, à un niveau individuel, de lâcher, de se contenter.
Bien sûr, il y a d’autres rêves possibles que la conquête spatiale ou les connaissances de l’univers lointain. Les jeunes, aujourd’hui, rêvent de Thomas Pesquet mais ils sont aussi très angoissés par la situation, et il y a de quoi ! Ils ont aussi besoin de perspectives On peut imaginer d’autres rêves qui permettent de tenir compte de la réalité pour sortir de cette schizophrénie. Il y a moyen de faire rêver sur un monde plus solidaire, plus humain, plus attentif à ce qui nous entoure sur Terre, qui ne soit plus dans le culte de la croissance économique et de la compétition à tous les niveaux.
L’astrophysique m’a aussi fait rêver, bien sûr. Notre galaxie fait 100 000 années-lumière de diamètre. On a du mal à l’imaginer mais on peut l’étudier avec les équations de la physique, c’est fascinant. Nous sommes de la poussière d’étoile, c’est-à-dire que les atomes qui nous composent, pour la plupart, ont été formés, un jour, au cœur d’une étoile. C’est presque de la biologie à grande échelle. Dans les années 1970, des astronomes ont proposé de considérer les galaxies comme des êtres vivants. C’est passionnant. Et puis c’est beau ! Aujourd’hui, j’ai simplement envie de partager ces connaissances et l’émerveillement qu’elles suscitent tout en questionnant notre désir d’en vouloir toujours plus. Dans mes conférences, j’essaie de transmettre ce que je comprends de la singularité de notre situation, des limites de nos connaissances et des enjeux de notre époque. L’avenir à court terme du vivant sur Terre échappe au déterminisme astrophysique. L’habitabilité de notre planète est devenue un problème éthique.

Propos recueillis par Martha Gilson

Frédéric Boone, astronome adjoint, Institut de recherche en astrophysique et planétologie (Irap), CNRS – UT3.


S’évader grâce au ciel étoilé
La résistance passe aussi par la défense du ciel étoilé, en voie de disparition du fait de le multiplication des satellites. Agir pour l’environnement porte la campagne « Le ciel étoilé : un espace en voie de disparition ? » pour dénoncer la croissance vertigineuse des points lumineux dans l’espace public depuis les années 1990. « Il est temps d’obtenir le classement du ciel étoilé au patrimoine mondial de l’Humanité, et que sa protection ne demeure pas confinée à de vaines paroles. La pollution lumineuse doit faire l’objet de mesures fortes aux niveaux local, national, européen et international ». Ces revendications rejoignent celles de l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (NPCEN) ou, au niveau mondial, de la Dark Sky Association, qui militent l’une et l’autre en faveur d’une législation mondiale. Aujourd’hui, à peine 2 % du territoire français est exempt de pollution lumineuse. Plus de 80 % de la population mondiale vit sous un ciel pollué par la lumière, et près de 99 % de la population européenne. Un tiers de la population mondiale ne voit plus la Voie lactée. Au-delà des pollutions lumineuses terrestres, les flottes de satellites dénaturent chaque nuit un peu plus le ciel étoilé. Envie de vacances ? La 31e série de Nuits des étoiles, les 5, 6 et 7 août 2022, sera l’occasion d’observer le ciel à la recherche d’étoiles filantes. Partout en France, des événements sont organisés par l’Association française d’astronomie (AFA), association d’éducation populaire pour l’accès à la culture scientifique. Grâce à une lunette ou un télescope, il est possible d’observer Jupiter, Saturne, mais aussi Uranus et Neptune. Et, que ce soit en août ou à un autre moment de l’année, plus on s’éloigne des sources de pollutions lumineuses, plus le ciel révèle ses secrets : un projet d’escapade alléchant !
Association française d’astronomie, 17 rue Émile-Deutsch-de-la-Meurthe, 75014 Paris, tél. : 01 45 89 81 44, contact@afastronomie.fr, www.afastronomie.fr
ANPCEN, 3 rue Beethoven, 75016 Paris, www.anpcen.fr
International Dark-Sky Association, 5049 East Broadway Blvd, #105, Tucson, AZ 85711, États-Unis https://www.darksky.org/
Voir aussi « Retiens la nuit », Silence no 475, février 2019

L’astronomie pour tou·tes
En France, il y a environ 1 000 astronomes profesionnel·les et à peu près 100 000 personnes qui s’intéressent à l’astronomie : contemplation poétique du ciel, reconnaissance des constellations, astrophotographie, etc. 2«Les astronomes amateurs face à la pollution lumineuse du ciel», Fabrice Mottez, 16 décembre 2021. La connaissance des étoiles n’est pas forcément l’apanage des astronomes, et l’association Éphémérides, par exemple, a pour but de partager l’univers de l’astronomie avec plus grand nombre. Créée en 2014 par l’astronome Fatoumata Kébé, elle veut rendre l’apprentissage des sciences accessible à tout·es. Elle se tourne particulièrement vers les quartiers populaires et les établissements scolaires. Des soirées d’observations des étoiles sont organisées chaque mois en Île-de-France, des ateliers manuels de réalisation de maquette du système solaire ou de la création du ciel sont proposés régulièrement. L’association défend particulièrement l’accessibilité de ces savoirs aux femmes, qui en sont plus souvent exclues. Avec le programme Claudie Haigneré (première et seule femme française à être allée dans l’espace), elle combat les clichés sexistes.

Éphémérides, 35 rue de la Chapelle, 75018 Paris, www.asso-ephemerides.fr


Drôles de découvertes

Dans le monde politique, on s’interroge régulièrement sur la nécessité de continuer à financer des programmes spatiaux. On peut remarquer dans les médias que la Nasa annonce régulièrement des découvertes spectaculaires. Un examen attentif des dates de ces annonces montre qu’elles ont toujours lieu quelques semaines avant le vote du budget des États-Unis. Les principales découvertes sont donc les astuces de communication pour continuer à profiter de l’argent public.

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Notes et références

Notes et références
1 «SpaceX et la nouvelle conquête spatiale : la démonstration de notre incohérence», Aurélien Barrau, 02 juin 2020, www.goodplanet.info
2 «Les astronomes amateurs face à la pollution lumineuse du ciel», Fabrice Mottez, 16 décembre 2021
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https://ladecroissance.xyz/2022/06/07/pour-une-astronomie-decroissante/feed/ 0
Décolonisation (de l’imaginaire) https://ladecroissance.xyz/2022/05/31/decolonisation-de-limaginaire/ https://ladecroissance.xyz/2022/05/31/decolonisation-de-limaginaire/#respond Tue, 31 May 2022 15:25:50 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2941 Dans la galaxie décroissante, certaines formules ont toujours plus attrapé la lumière que d’autres : « moins de biens, plus de liens », « une croissance infinie dans un monde fini est impossible »… Intéressons-nous ici à la fameuse « décolonisation de l’imaginaire ».

La compréhension de cette expression pourrait éviter ce qu’on lit parfois : que la décroissance ne devrait concerner que les « pays riches ». Cela sous-entend que la décroissance ne serait que la décroissance « économique » et que ne seraient concernés que les pays économiquement défavorisés. Mais si l’on comprend (enfin) que la « croissance » n’est pas qu’une conception économique mais une conception du monde – avec son idéologie – alors il suffit d’aller dans n’importe quelle partie du monde pour voir les dégâts de cette idéologie.

Qu’est-ce que « décoloniser » ?

  • La colonisation est une espèce d’aliénation ; la décolonisation est une espèce d’émancipation.
  • En tant qu’aliénation, quelle est la spécificité de la colonisation ? Coloniser, ce n’est pas simplement envahir un territoire et imposer sa domination par l’installation de colons (la deductio romaine). Il suffit, encore aujourd’hui, de visiter d’anciennes colonies françaises ou anglaises pour constater en quoi ces 2 colonisations différaient : elles n’imposaient pas le même monde ni ne se justifiaient par la même vision du monde 1La colonisation française se veut une variante de la civilisation par l’école au nom de valeurs universalistes – d’où Jules Ferry qui fût ministre de l’Instruction publique et ardent défenseur du colonialisme : « c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question », dit-il de la colonisation. Tout au contraire la colonisation anglaise est une forme de différentialisme : il s’agit moins d‘intégrer que de ségréger.. Autrement dit, la colonisation est une domination accompagnée d’un monde (imposant des « modes de vie ») et d’une vision d’une monde, d’une idéologie (imposant des modes de penser et de dire).
  • On comprend alors pourquoi, si on définit la croissance comme ce concept économique qui a réussi à imposer un monde (des modes de vie) et une idéologie (des récits, des éléments de langage), alors il semble logique de définir la décroissance comme décolonisation. Ceux qui réduisent la croissance à n’être qu’un concept économique ne peuvent pas voir que la critique décroissante de l’économie ne se résume pas à celle de la domination économique ; et réciproquement, réduire la décroissance à la décroissance économique (du PIB) c’est passer à côté de l’extension du domaine de la croissance : aux modes de vie et aux récits.
  • En 2004, Bernard Guibert empruntait à Serge Latouche l’expression de « décolonisation de l’imaginaire » pour montrer à quel point même certains de ceux qui critiquent la croissance comme concept économique n’ont pas réussi à s’émanciper de son idéologie 2GUIBERT Bernard, « Décoloniser notre imaginaire de croissance ? Ça urge ! », Mouvements, 2004/3-4 (no33-34), p. 241-244. https://www.cairn.info/revue-mouvements-2004-3-page-241.htm.
  • En 2011, au livre qui résume une grande partie de sa pensée, S. Latouche donne le titre Décoloniser l’imaginaire. Et dans le dernier chapitre, il pointe peut-être la plus grande difficulté de cette entreprise : « Faire sortir le marteau économique de sa tête ». Il renvoyait là à la célèbre phrase de Maslow : « Si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou ».

Quels imaginaires ?

Et sans même nous demander « comment » une telle décolonisation pourrait s’opérer, ni même si elle est possible, interrogeons-nous plus bêtement : au fait, quel est l’imaginaire qu’il faudrait décoloniser ? Plus exactement, quelles sont les notions qui sont colonisées par l’imaginaire de la croissance, et qu’il faudrait « décoloniser » ?

Interrogeons-nous en ayant en perspective un soupçon : c’est que la colonisation, si elle est aussi un monde et une idéologie, ne colonise pas seulement les colonisés, pas seulement les colonisateurs, mais aussi les décolonisateurs 3Je renvoie là à mon expérience personnelle : quand celui devant qui je défendais les combats en faveur de l’émancipation et de la décolonisation au nom de valeurs universelles m’a retourné que c’étaient des valeurs de « blanc »..

Jusqu’à quel point celui qui prétend critiquer la croissance a-t-il décolonisé son propre imaginaire des modes de vie et des récits favorables à la croissance ? Jusqu’à quel point a-t-il déconceptualisé (déconstruit) sa propre conception de la décroissance ?

  • On trouve sur le site des amis canadiens, un article consacré à cette décolonisation des imaginaires et qui dresse une liste : la richesse, le travail, le progrès, les besoins.
  • Je me contente d’évoquer quelques pistes de discussion, déjà explorées par la MCD. Sans entrer dans la discussion, juste pointer à chaque fois l’appartenance d’une notion au paradigme de la croissance :
    • La liberté → C’est certainement la notion qui a le mieux réussi à étendre sa domination idéologique jusque chez ceux qui s’affirment pourtant les critiques les plus radicaux du système. Récemment Aurélien Berlan a très bien analysé la filiation libérale de cette conception de la liberté comme « délivrance », dans Terre et Liberté. Ce qu’il faut voir c’est que cette conception libérale de la liberté est foncièrement une conception individualiste (antisociale au sens où la clef c’est de réussir à faire faire.) : mais quand la liberté est définie individuellement, alors la seule limite qu’une telle liberté individuelle peut rencontrer, c’est dans une autre liberté individuelle et cette rencontre est alors a minima une rivalité, mais le plus souvent une confrontation, un conflit ; c’est alors le modèle de la concurrence économique qui s’impose à la vie en société.
    • La créativité → Bien sûr qu’il existe une critique « artiste » du capitalisme. Mais ne faudrait-il pas s’interroger sur l’invention, à l’aube de la révolution industrielle, de la figure romantique de l’artiste comme parangon du self made man, de l’auto-entrepreneur ? Quand on voit à quel point une société de croissance valorise le nouveau pour le nouveau, l’innovation pour l’innovation 4Cet « ascendant de la création » est « typique des métaphysiques de la production » suivant les expressions d’Emmanuel Monnin., ne faudrait-il pas s’inquiéter de voir la créativité devenir la valeur cardinale de ceux qui s’affichent critiques ? C’est ce genre de questionnement qui peut permettre aux décroissants de pousser jusqu’au bout leur critique du « progrès » et de réinterroger en quel sens ils pourraient être des révolutionnaires et/ou des conservateurs. « Ce qui importe aujourd’hui, pour la première fois, c’est de conserver le monde absolument comme il est. D’abord, nous pouvons regarder s’il est possible de l’améliorer. Il y a la célèbre formule de Marx : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières, ce qui importe, c’est de le transformer.» Mais maintenant elle est dépassée. Aujourd’hui, il ne suffit plus de transformer le monde; avant tout, il faut le préserver. Ensuite, nous pourrons le transformer, beaucoup, et même d’une façon révolutionnaire. Mais avant tout, nous devons être conservateurs au sens authentique, conservateurs dans un sens qu’aucun homme qui s’affiche comme conservateur n’accepterait » 5Günther Anders, Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse ? (Alia, 2001), page 76..

Sur l’horizontalité, sur la valeur vie, sur la démocratie directe, sur la rareté, sur l’essaimage… Il y a de quoi discuter…

Notes et références

Notes et références
1 La colonisation française se veut une variante de la civilisation par l’école au nom de valeurs universalistes – d’où Jules Ferry qui fût ministre de l’Instruction publique et ardent défenseur du colonialisme : « c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question », dit-il de la colonisation. Tout au contraire la colonisation anglaise est une forme de différentialisme : il s’agit moins d‘intégrer que de ségréger.
2 GUIBERT Bernard, « Décoloniser notre imaginaire de croissance ? Ça urge ! », Mouvements, 2004/3-4 (no33-34), p. 241-244. https://www.cairn.info/revue-mouvements-2004-3-page-241.htm
3 Je renvoie là à mon expérience personnelle : quand celui devant qui je défendais les combats en faveur de l’émancipation et de la décolonisation au nom de valeurs universelles m’a retourné que c’étaient des valeurs de « blanc ».
4 Cet « ascendant de la création » est « typique des métaphysiques de la production » suivant les expressions d’Emmanuel Monnin.
5 Günther Anders, Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse ? (Alia, 2001), page 76.
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https://ladecroissance.xyz/2022/05/31/decolonisation-de-limaginaire/feed/ 0
Comment définir la décroissance ? https://ladecroissance.xyz/2022/05/21/comment-definir-la-decroissance/ https://ladecroissance.xyz/2022/05/21/comment-definir-la-decroissance/#respond Sat, 21 May 2022 17:10:21 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2921

Voici un relevé de toutes les définitions de la décroissance que l’on pourra retrouver dans le livre de la MCD, La décroissance et ses déclinaisons.

La décroissance [apparaît] comme une décrue (économique), une décolonisation (idéologique) et même une utopie (politique).

La décroissance pourrait se définir comme un « socialisme du XXIème siècle »

Ce n’est pas la crise écologique qui fait de nous des  décroissant-e-s, car même si nous étions dans un monde aux ressources infinies et aux richesses illimitées, nous défendrions une société à la production plafonnée et sans « exploitation », ni de la nature ni des humains.

Vastes chantiers pour la décroissance : resocialiser la liberté au lieu de l’individualiser, étendre la démocratie au lieu de la restreindre.

La décroissance est une récession, mais toute récession n’est pas la décroissance et surtout la décroissance n’est pas qu’une récession

La décroissance désigne la période qui va planifier la réduction de nos utilisations des matières et des énergies, au moins dans le Nord Global, pour viser une économie stable et en équilibre avec la nature.

Revenir durablement à une capacité soutenable de charge écologique, c’est la décroissance.

La décroissance préconise la pauvreté volontaire et renvoie dos à dos tant la misère que la richesse.

Le trajet de la décroissance consiste donc à faire passer et/ou revenir dans l’espace du Commun – celui de la vie sociale – tous ceux qui aujourd’hui, de façon subie pour les uns, de façon choisie pour les autres, sont en dehors : la décroissance est la décroissance des inégalités.

Technophobe la décroissance ? Non, simplement technocritique. Arrêter de s’en remettre à un techno-pouvoir bureaucratique pour vivre, oui. Démanteler les systèmes technologiques contreproductifs, oui. Contrôler socialement et écologiquement les innovations, oui.

La décroissance dans le Sud global pourra être une rupture avec la croissance globalisée tout en prenant des chemins de décroissance différents de ceux du Nord global.

Être décroissant c’est s’opposer à cette fausse nécessité de la croissance continue et à l’absurdité de ce désir d’illimité et de démesure.

C’est donc la décroissance comme trajet que nous défendons, entre le monde rejeté et le monde désiré, un trajet défini comme l’ensemble des mesures politiques permettant d’organiser la décrue économique, c’est à dire la baisse de l’ensemble des éléments de la chaîne économique : l’extraction, la production, la consommation et l’excrétion (les déchets), pour revenir à des modes de vie écologiquement soutenables et socialement décents.

La décroissance devient non pas l’opposée de l’objection de croissance mais un cran supplémentaire. Car alors il ne s’agit plus de freiner ou de s’arrêter mais de revenir en arrière, pour repasser sous les plafonds dépassés.

Pour revenir sous les plafonds il va falloir une transition. Si cette transition est démocratique, c’est la décroissance.

Si la simplicité volontaire est importante, elle n’est pas suffisante pour faire basculer la société vers la décroissance.

Si donc les  décroissant-e-s veulent réellement rêver une société fondée sur le partage, il faudrait qu’ils approfondissent davantage le « lâcher-prise de soi ».

« Empreinter » le trajet de la décroissance, c’est certes reconnaitre l’intérêt et la nécessité des alternatives concrètes mais en les passant par l’analyse des pratiques tout en les inscrivant dans une perspective politique, idéologique, systémique.

Jusqu’en 1979, il aurait suffit d’objecter à la croissance. Mais ensuite, quand les plafonds sont dépassés, c’est de décroissance qu’il s’agit.

Parmi les limitations qui sont franchissables, certaines sont réversibles, d’autres non. La décroissance c’est de repasser à rebours toutes les limites déjà franchies.

Ce n’est ni par contrainte ni par frustration que les  décroissant-e-s défendent un monde décent (socialement) et responsable (écologiquement), c’est par choix politique : nous sommes  décroissant-e-s volontairement, et pas « malgré nous ».

Au sens strict, la décroissance n’est pas en soi un projet de société mais une transition, un trajet : celui qui libérerait l’humanité de l’emprise de l’économie.

Pour suspendre cette addiction de nos sociétés pour la croissance, la décroissance sera une sorte de sevrage. Pas plus qu’un sevrage ne peut être présenté comme un « projet de vie », pas plus la décroissance ne peut se confondre avec un « projet de société ».

On ne peut pas dire que la décroissance porte un projet car il y aurait là une prétention mensongère à définir l’avenir. Il serait peut-être plus précis de dire que la décroissance est portée par un projet : celui d’ouvrir des perspectives, et pas n’importe lesquelles.

Rien ne garantit malheureusement qu’un jour la décroissance choisie constituera la politique générale d’une humanité apaisée, en harmonie avec elle-même et la nature.

L’histoire n’est pas une ligne droite qui avance dans un sens connu à l’avance ; la décroissance « choisie » n’est qu’une trajectoire de l’humanité parmi d’autres possibles, en buisson.

Voilà simplement en quoi le monde de la décroissance est bien le contraire de celui de la croissance : le projet qui nous porte est celui d’une stabilisation non pas dynamique mais équilibrée. Avec pour objectif, la préservation, l’entretien et la conservation des conditions d’existence, de la société comme de la nature. Tel est notre Principe responsabilité vis-à-vis des générations suivantes.

Le projet qui porte la décroissance, celui d’une stabilisation équilibrée, est celui d’une civilisation du repos retrouvé.

La décroissance est une critique du capitalisme parce que l’accumulation du capital est l’un des aspects de l’illimitisme qu’elle combat. Mais, la réciproque, l’anticapitalisme comme critique de la croissance, n’est pas toujours vraie. Il y a donc deux sortes de d’anticapitalistes : ceux qui restent productivistes, industrialistes, travaillistes et « progressistes » et des « compagnons de route » qui, déjà hostiles à la croissance, hésitent parfois à faire le pas de la décroissance.

Nous pouvons alors en tant que décroissants retourner le slogan du « travailler moins pour travailler tous » en « travailler tous pour travailler moins ».

Face à la dystopie d’un monde de plus en plus virtuel, la décroissance choisit le ralentissement, par la réévaluation et la revalorisation des métiers de la relation, du soin, du care.

La décroissance est le temps – une époque – qu’une société prendra pour repasser sous les plafonds de l’insoutenabilité écologique.

L’objectif de la décroissance est la protection des conditions naturelles et sociales.

La décroissance est un intermédiaire, pas plus, pas moins. C’est pourquoi la décroissance devra se présenter comme un programme de rééchelonnement généralisé : des temporalités, des territoires, des institutions, des attitudes…

La décroissance est bien affaire de diminutions. Une déclinaison de la décroissance est donc une manière concrète de décroître dans un domaine particulier.

Décroissance : L’ensemble des mesures démocratiques qui organisent la vie sociale pour que nous repassions sous les plafonds de l’insoutenabilité écologique, en planifiant la décrue de l’ensemble de la chaîne économique : extraction – production – consommation – excrétion (les déchets).

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Réhabiter la raison https://ladecroissance.xyz/2022/05/20/rehabiter-la-raison/ https://ladecroissance.xyz/2022/05/20/rehabiter-la-raison/#respond Fri, 20 May 2022 17:47:44 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2880 A propos de la raison, ne pourrait-on pas détourner la notion de « réhabitation » 1BERG Peter, DASMANN Raymond, ROLLOT Mathias, « Réhabiter la Californie », EcoRev’, 2019/1 (n° 47), p. 73-84. https://www.cairn.info/revue-ecorev-2019-1-page-73.htm au sens d’une réhabilitation de la raison ?

Réhabiter signifie apprendre à vivre in situ au sein d’une aire qui a précédemment été perturbée et endommagée par l’exploitation.

Une réhabitation de la raison reviendrait donc à reconsidérer la raison a) comme un « lieu », b) endommagé par son exploitation précédente. Apprendre à vivre in situ suppose enfin que la raison c) non seulement est un « lieu commun », d) mais aussi que ce lieu commun est le lieu où le commun a lieu.

Traiter la raison comme un lieu peut sembler incongru. Mais l’idée ici est de proposer une extension conceptuelle de la notion de « lieu », afin de ne pas réduire le lieu à n’être qu’un territoire. Au sens le plus large, un « lieu » est ce qui permet d’avoir lieu, c’est une condition de possibilité, de facilitation… Alors bien sûr un lieu peut être un territoire ; mais aussi un temps, une époque, un rythme ; mais aussi une « institution » (une association, une administration, une entreprise…) ; et pourquoi pas aussi une « attitude », une conduite, un comportement…

Traditionnellement, la raison est une « faculté » (de connaissance), c’est-à-dire une disposition pour rendre possible, pour faciliter. La raison, c’est la faculté de raisonner, de produire des raisonnements → ce qui donne lieu à des raisonnements.

a) La raison comme milieu

Aujourd’hui, beaucoup ne considèrent la raison que comme une faculté intellectuelle propre à chacun : comme si chacun avait sa raison particulière, comme si la raison était une faculté individuelle.

Pourtant en latin ratio ne signifie pas que « calcul » mais aussi « relation » : ce que l’on retrouve dans les nombre « rationnels » (parce qu’ils mettent en relation, « en rapport », deux entiers relatifs).

Mais alors, qu’est-ce qui est mis en relation à l’aide de la raison ?

C’est là que l’on peut encore rester dans le monde antique et s’apercevoir qu’en grec, la raison, le lógos (λόγος), s’exerce de façon prioritaire dans le dialogue, le diálogos (διάλογος). Le dialogue comme on le croit trop souvent n’est pas la conversation entre deux personnes (par différenciation avec le monologue) mais il est cet entretien qui se fait au milieu d’un terrain d’entente qui est la raison. En grec « dia« , c’est le latin « inter« , ce qui est au milieu.

Raisonner, ce n’est donc pas chercher la raison du plus fort, c’est chercher à s’entendre entre ceux qui dialoguent, c’est partager un terrain d’entente : d’ailleurs, chacun sait bien que quand ce terrain n’est pas cherché, alors il y a un « dialogue de sourds ».

« Le langage est le véritable milieu de l’être de l’homme, pour autant qu’on le considère uniquement dans le domaine qu’il est seul apte à remplir – le domaine des relations humaines, le domaine de l’accord, celui de l’entente. »

Hans-Georg Gadamer, L’art de comprendre (trad. française, Aubier, 1991), page 67.

Ce sont donc les humains que la raison relie dans le dialogue.

b) Le rationalisme tronqué des temps modernes et sa critique tout aussi tronquée

Les temps modernes sont souvent présentés comme l’époque du passage de la foi (des anciens) à la raison (des modernes). Mais, non seulement les temps anciens n’ignoraient rien de la raison mais la rationalité moderne peut être présentée comme une rationalité tronquée : la raison réduite à sa dimension instrumentale, comme calcul pour maximiser les moyens 2Contre un tel usage instrumental de la raison, les plus grands philosophes comme Kant et Hegel ont développé des philosophies dans lesquelles le champ de la raison avait toute son extension..

Ce dont nous avons besoin ici c’est juste d’une double perspective :

  1. La perspective ouverte par Adorno et Horkheimer dans la Dialectique de la raison (1947) : pour eux, le projet moderne des Lumières s’est retourné contre lui-même sous l’effet d’un usage seulement instrumental de la raison. Il s’agit alors pour eux de critiquer la raison au nom même de la raison. Leur critique n’est pas une critique irrationaliste de la raison : ils font juste remarquer que c’est le même processus d’une raison réduite à sa capacité de calcul qui à la fois assure la maîtrise de la nature et des rapports sociaux (par l’économie, qui est une double exploitation, des humains et de la nature) et les sacrifie ← Pour des décroissants, il y a là la thèse de la portée à la fois écocidaire et sociocidaire de la domination par la raison.
  2. La seconde perspective est moins « philosophique » : elle consiste à remarquer que l’on rencontre dans nos milieux « alternatifs », une critique irrationaliste et naïvement romantique de la raison. Au lieu de faire porter la critique contre le rationalisme réduit, c’est la raison en tant que telle qui est rejetée. Comme si raisonner était avoir tort en tant que tel. Cette critique irrationaliste se fait souvent au nom d’une promotion individuelle sinon individualiste du sentiment, de l’émotion, des affects. Le comble semble atteint quand, au nom d’une non-violence affichée, le refus de toute raison revient en fait à réduire violemment un être humain à ses seuls sentiments.

On se retrouve alors avec un choc entre un rationalisme tronqué et un irrationalisme tronqué, chacun se satisfaisant en réalité d’une réduction caricaturale de l’autre.

Or, être humain, ce n’est ni se réduire à ses ressentis, ni à ses raisonnements. Les deux réductions ont quand même en commun d’être des individualismes : « ma » raison, « mes » sentiments.

Comment les partisans les plus acharnés de la critique irrationaliste de la raison font-ils pour ne s’être jamais aperçus qu’un humain réduit à ses affects ne serait qu’une bulle d’incommunicabilité ? Car rien ne saurait jamais me garantir avec une absolue certitude que ce que je ressens puisse être communiqué en tant que tel : je peux savoir que l’autre ressent un affect et même être capable de le reconnaître (c’est l’empathie), je peux même devant le sentiment vécu par un autre ressentir à mon tour quelque chose (c’est la sympathie, ou la pitié) mais ce ne sera pas la même chose.

Mais alors, si ce n’est pas le même sentiment, qu’avons-nous en commun avec l’autre ?

c) Pour une extension du domaine de la raison

Si on ne réduit pas le rationalisme à sa version tronquée, alors on peut rendre à la raison sa portée de « faire du commun ».

  • Classiquement, la raison a d’emblée été caractérisée par sa double universalité : a) non seulement tous les hommes sont dotés de raison, mais b) c’est la même raison. C’est ce qui fait que quand quelqu’un raisonne, je n’ai pas besoin de rentrer dans sa tête, pour savoir ce qu’il pense : il suffit que je rentre dans la mienne. Toute la question classique était de savoir si cette double universalité ne portait que sur les connaissances scientifiques (5+7=12 ; le principe de l’attraction universelle…) ou si elle s’étendait au domaine pratique, c’est-à-dire politique et moral (la déclaration universelle des droits de l’homme, le sens moral)…
  • Actuellement, la juste critique contre les dévoiements modernes de la raison et de son universalité permet de dénoncer la confusion entre universalité et unicité. S’ouvre alors la possibilité d’une compatibilité entre universalité ouverte et reconnaissance de la pluralité : le pluriversalisme. On peut parfaitement voir dans l’humanisme des Lumières un universalisme en direction de tous les humains : l’exigence de reconnaître en tout être humain une égale dignité. Mais cela n’interdit en rien de faire droit à un autre universalisme, qui vient de la sagesse quechua et qui s’adresse à tous les êtres de notre planète : l’exigence de reconnaître la terre-mère comme Pachamama.

La reconnaissance de la portée universelle de la raison en chaque être humain n’est en rien incompatible avec la reconnaissance que tout être humain est aussi un être vivant.

La communauté de la raison entre humains n’interdit pas la communauté de tous les êtres vivants entre eux.

d) La discussion comme milieu commun

Pour bâtir une société convivialiste fondée sur le libre débat entre égaux, il ne suffit pas de s’en prendre au pouvoir des élites et de rendre la parole au peuple. La leçon de l’histoire récente est rude pour ceux qui espéraient qu’Internet, en donnant à tous la possibilité de s’exprimer librement, serait l’allié naturel de la démocratie. Les difficultés rencontrées pour promouvoir les pratiques délibératives illustrent les limites de la rationalité communicationnelle : les interactions langagières ne sont pas exemptes de violence et d’effets de domination. Un détour par la théorie de l’argumentation permet de préciser les conditions politiques et organisationnelles de pratiques délibératives équitables et productrices de rationalité. Cette réflexion pointe la nécessité d’instituer à tous les niveaux de décision des scènes d’argumentation régies par un ensemble de règles procédurales et méthodologiques s’inspirant de certaines pratiques existantes.

Bernard PERRET, « Pour réhabiliter la raison démocratique, instituer des scènes de débat », Revue du MAUSS, 2021/1 (n° 57), p. 155-160. https://www.cairn.info/revue-du-mauss1-2021-1-page-155.htm.

On peut même aller plus loin si on distingue entre 2 formes de dialogue : entre le débat qui repose sur le respect de procédures d’égalité dans la répartition de la parole et la discussion où c’est la chose même qui est discutée, et c’est elle qui fait l’objet de toutes les attentions.

A la limite pour réussir un débat, il suffit de contrôler les temps de paroles. Pour réussir une discussion, il faut autre chose qu’un égal partage du temps, il faut que chacun ressente que la rationalité des arguments, des objections ne peut être pratiquée que si chacun reconnaît qu’il est plus facile d’être en commun quand chacun fait cet effort de décentrement qui s’appelle un raisonnement.

Notes et références

Notes et références
1 BERG Peter, DASMANN Raymond, ROLLOT Mathias, « Réhabiter la Californie », EcoRev’, 2019/1 (n° 47), p. 73-84. https://www.cairn.info/revue-ecorev-2019-1-page-73.htm
2 Contre un tel usage instrumental de la raison, les plus grands philosophes comme Kant et Hegel ont développé des philosophies dans lesquelles le champ de la raison avait toute son extension.
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C’est de rencontres dont le mouvement de la décroissance a besoin https://ladecroissance.xyz/2022/05/09/cest-de-rencontres-dont-le-mouvement-de-la-decroissance-a-besoin/ https://ladecroissance.xyz/2022/05/09/cest-de-rencontres-dont-le-mouvement-de-la-decroissance-a-besoin/#respond Mon, 09 May 2022 14:01:00 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2886 Le mouvement politique de la décroissance essaie de se structurer depuis une bonne dizaine d’années ; avec des hauts et des bas ; avec son lot d’aventures humaines, ce qui signifie autant d’élans que de frottements. Il ne faut s’irriter ni des élans ni des frottements ; mais s’en nourrir et s’en servir de leçons.   Depuis une dizaine d’années, l’été est la période où ont lieu les (f)estives de la décroissance : moments de rencontres, de discussions, de découvertes et aussi moments de convivialité et de proximité.   Il y a 2 ans, les (f)estives n’avaient pu avoir lieu et l’an dernier elles s’étaient déroulés sous la contrainte de jauges.   Alors cette année, la MCD met les bouchées doubles : il y aura deux éditions des (f)estives :

  • En Suisse, à Vevey, où le « syndic » (le maire) de la ville est décroissant : du mercredi 20 juillet au dimanche 24 juillet. Cette édition suisse sera coorganisée avec des organisations suisses : Décroissance-Alternatives, Grrrrr…, le journal Moins!
  • Dans les Vosges, près de Saint-Dié : du lundi 15 au dimanche 21 août.Cette édition vosgienne sera coorganisée avec l’Observatoire de la Post-Croissance et de la décroissance (OPCD) créé début avril de cette année.

Le thème commun est celui de : la vie sociale.   On met souvent en avant le péril écocidaire que la croissance, avec son monde et son idéologie, fait peser sur le vivant et notre terre. Mais attention à ne pas écarter le péril qui pèse sur nos vies propres, que nous pourrions nommer « sociocidaire« . Car aujourd’hui le tragique, c’est que la croissance s’appuie sur les bases de la vie sociale qu’elle est pourtant, « en même temps », en train de saper.

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(f)estives de la décroissance, 15-21 août 2022, à Saint-Dié (Vosges) https://ladecroissance.xyz/2022/05/08/festives-aout-2022-vosges/ https://ladecroissance.xyz/2022/05/08/festives-aout-2022-vosges/#comments Sun, 08 May 2022 19:40:26 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2852 La semaine se divise en 2 moments :

  1. Les « rencontres », du lundi 15 au jeudi 18 (arrivée possible dès le dimanche 14) : la décroissance en est le thème général → cette année, il est prévu que les matinées soient en partenariat avec l’OPCD.
  2. Les (f)estives, du vendredi 19 au dimanche 21 (vers midi) : là, il y a un thème particulier qui, cette année, est celui de « la vie sociale ».

Les inscriptions sont ouvertes.

Pour ces (f)estives 2022 de la décroissance, nous poursuivons le « cycle des relations » entamé l’an dernier par « les relations avec la nature ». Cette année, les relations sociales seront analysées et discutées sous l’angle de la vie sociale. Pourquoi un tel cycle des relations ? Parce que la décroissance que la Maison commune défend – en tant que philosophie politique – est une philosophie relationnelle. Il s’agit toujours de poursuivre notre critique systémique de l’individualisme : non, au commencement, il n’y a pas des individus isolés et indépendants qu’il s’agirait de relier ; au commencement, il y a des relations et des interdépendances.

Les 3 jours de (f)estives sont précédés de 4 jours de rencontres

  • Par rapport aux (f)estives, il y a plusieurs différences :
    1. La décroissance y est le thème général
    2. L’accent est plus mis sur des formats de type ateliers participatifs
    3. une 1/2 journée pique-nique-ballade est prévue
    4. Nos repas sont en autogestion : nous prendrons en charge collectivement les repas (alors que pendant les (f)estives, nous bénéficierons des repas de Nathalie)
  • Les matinées sont prévues avec l’OPCD
  • Pendant ces 4 jours, nous pourrons enregistrer de courtes vidéos (1 mn) sur les propositions politiques de qui voudra
  • Repas en autogestion ; logement comme pour les (f)estives (dans le bâtiment ou en tente)

Informations pratiques

Y aller

  • Où : à Saint-Dié (Vosges). A la MFR du Grand-Est , 88490 PROVENCHERES ET COLROY
    C’est ici.

→ Voiture : axe Saint-Dié / Strasbourg par le col de Saâles

→ Bus ligne TER : Saint-Dié / Strasbourg

→ Train : gare de Saâles à 400m (ligne St-Dié / Strasbourg)

MFR de Saint-Dié (Vosges)

La participation financière

Inscription aux (f)estives : 15 € (Gratuit pour les moins de 14 ans et aussi pour les adhérents de la MDC).
Paiement : sur place, dès votre arrivée

ou
Paiement par chèque : à l’ordre de Maison commune de la décroissance, envoyé à Festives/Thierry Brulavoine La Madeleine 56350 BÉGANNE

Le logement

  • Nous disposons de 100 lits dans le bâtiment (vous devez apporter votre sac de couchage), et nous avons obtenu l’autorisation pour des tentes.
  • Dans le bâtiment (13€), ou en tente personnelle (6€ – prix indicatif mais déjà calculé au plus près) la nuitée par personne.

Les repas

  • Le repas pour les (f)estives (du jeudi soir au dimanche midi) :
    5,00 € par repas de midi et du soir (prix indicatif mais déjà calculé au plus près).
  • Le repas pour les rencontres (du lundi matin au jeudi midi) : nous disposerons de la cuisine et nous devrons nous autogérer pour prévoir et préparer les repas.

Pour tout contact et informations complémentaires, contactez :
Thierry Brulavoine : 06 77 89 09 35
ou : festives-vosges@liens.ladecroissance.xyz

Formulaire d’inscription

Vous pourrez vous inscrire en ligne (ci-dessous ou directement par framaform) ou nous envoyer par courrier le formulaire d’inscription (cliquer ici pour télécharger ce formulaire) à imprimer et à poster (Festives/Thierry Brulavoine).

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C’est de concret, donc de concepts, dont la décroissance a besoin https://ladecroissance.xyz/2022/04/20/cest-de-concret-donc-de-concepts-dont-la-decroissance-a-besoin/ https://ladecroissance.xyz/2022/04/20/cest-de-concret-donc-de-concepts-dont-la-decroissance-a-besoin/#respond Wed, 20 Apr 2022 15:39:53 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2849 En tant qu’héritière du socialisme utopique, la décroissance poursuit la piste des « expérimentations minoritaires » sous le nom d’alternatives concrètes dont le champ couvre les besoins humains essentiels, de « haute nécessité » : alimentation, habitation, santé, éducation, culture, toutes ces interdépendances qui conditionnent une autonomie généralisée de la vie sociale…

Mais en quoi une « alternative » est-elle « concrète ». La réponse la plus simple, la plus intuitive, c’est de prendre « concret » comme le contraire de « abstrait » (exactement comme la définition la plus intuitive de la décroissance, c’est de la définir comme le « contraire de la croissance »).

En français ordinaire, « faire abstraction de » c’est séparer un élément de l’ensemble auquel il appartient, c’est isoler par la pensée une partie de son tout.

Faire abstraction, ce n’est donc pas « penser » en tant que tel, c’est juste une façon de penser parmi d’autres ; une façon de penser qui s’oppose à une autre façon de penser, celle qui pense toujours une partie par rapport aux autres parties du même tout, en quoi consiste « penser concrètement ».

Le concret n’est donc pas l’absence ou le contraire de la pensée. C’est juste une façon de penser systémiquement.

Chacun peut alors voir les implications de cette réhabilitation de la pensée concrète pour la décroissance.

Ainsi une alternative sera concrète quand, au sens le plus littéral, elle ne fera abstraction ni du monde qu’elle critique ni du monde qu’elle esquisse.

Nous voilà ainsi armés pour répliquer à ceux qui opposent la pensée et le concret, qu’ils ne font là que répandre une abstraction.

Comment alors, concrètement, résister contre une telle abstraction ? Ce dont a besoin la pensée concrète, c’est d’outils pour rassembler tous ces éléments qui participent, qui appartiennent à un tout : pour les capter ensemble.

C’est ce qui s’appelle un con-cept (ce qui capte avec). La MCD défend la valorisation de ceux qu’elles appellent des « militants-chercheurs ». Un militant-chercheur n’est pas un chercheur qui serait engagé politiquement mais c’est celui qui produit des concepts si et seulement si il pense qu’ils peuvent aider à résoudre des contradictions entre des pratiques qui, faute d’une perspective commune, en sont venues à se perdre dans le faux-concret d’un « faire sans concevoir », d’un « agir sans conceptualiser ».

C’est cet état d’esprit qui a guidé les auteurs du livre collectif à paraître le 10 juin – La décroissance et ses déclinaisons. La première partie est consacrée à la réfutation des idées reçues parce que, en réalité, ce sont toujours des abstractions. La seconde partie examine sous le nom de « déclinaisons », 16 axes de mise en pratique concrète de la décroissance.

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Cause animale, cause paysanne https://ladecroissance.xyz/2022/04/20/cause-animale-cause-paysanne/ https://ladecroissance.xyz/2022/04/20/cause-animale-cause-paysanne/#respond Wed, 20 Apr 2022 12:55:55 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2846 « Qu’entend-on par cause animale et cause paysanne? En quoi sont-elles liées? Quelles différences y a-t-il entre élevage paysan et productions animales industrielles? Quelles complémentarités entre végétal et animal? Quels effets sur la santé et l’environnement?

Ce livre a pour objectif d’apporter des éléments de réponse à ces questions qui sont légitimement au cœur de l’actualité concernant notre agriculture et notre alimentation.Il a vocation à faire réfléchir, à enrichir la réflexion là où certains voudraient simplifier le débat à outrance.

La Confédération paysanne dénonce à travers ce livre les impasses et les dangers que représentent d’un coté l’agriculture et l’élevage industriels et de l’autre l’abolition de tout élevage prônée par le véganisme.

Le recueil de paroles de celles et ceux qui font et vivent la nature et l’élevage au quotidien est indispensable. Car les systèmes vertueux de polyculture-élevage et de pastoralisme sont trop souvent réduits au silence médiatique alors que leurs rôles sont majeurs pour l’équilibre des écosystèmes de notre planète, y compris dans la lutte contre le changement climatique.

La Confédération paysanne défend l’agroécologie et la complémentarité végétal/animal. Cela entraînera plus d’éleveurs et d’éleveuses qu’aujourd’hui, mais induira de fait une baisse de la consommation de produits animaux et une alimentation plus diversifiée. »

Voici un ouvrage de la Confédération Paysanne, syndicat agricole défendant l’agriculture paysanne depuis 1987. L’objectif est de montrer en quoi la paysannerie et l’élevage sont liés et ne vont pas l’un sans l’autre, et en quoi cet élevage n’a rien à voir avec les productions industrielles dont les effroyables images nous parviennent sans cesse.

La parole, ou plutôt les paroles, sont données aux éleveur-euse-s qui maintiennent envers et contre tout cet élevage de petite taille, à l’écoute des bêtes et des hommes. Paroles méconnues, souvent peu entendues, et enfin mis en avant, le tout avec un agréable graphisme.

Le livre est composé de 8 chapitres :

  1. Élevage paysan et industrialisation
  2. Élevage paysan et éthique
  3. Élevage paysan et bientraitance
  4. Élevage paysan et abattage
  5. Élevage paysan et territoires
  6. Élevage paysan, environnement et climat
  7. Élevage paysan et biodiversité
  8. Élevage paysan, alimentation et santé

Chaque chapitre, après une introduction, présente les témoignages et réflexion de paysan-ne-s réparti-e-s dans toute la France et sur des élevages très divers. Puis une partie « Défaire les idées reçues » en relation avec le thème et enfin les positions et propositions du syndicat :

« Ces propositions s’appuient sur les principes suivants :

  • Nourrir la population plutôt qu’être fournisseur de matière première sous la main-mise du système agroalimentaire.
  • Défendre une relation harmonieuse avec la nature plutôt qu’une séparation du monde entre zones artificialisées et zones sauvages.
  • Lutter contre l’industrialisation et les mouvements abolitionnistes : même combat.
  • Promouvoir le rôle de l’élevage paysan et bien le distinguer des productions animales industrielles.
  • Accompagner les éleveurs plutôt que trier les éleveurs en les culpabilisant sur leurs pratiques.
  • Relier agriculture et alimentation pour des territoires diversifiés et une alimentation diversifiée. »

Facile à lire, destiné aux néophytes comme aux experts, riche d’expériences et de vécus tout autant que d’idées et de pistes pour un respect de l’élevage et un élevage respectueux… A recommander à tous ceux qui s’interrogent sur les animaux aujourd’hui, et encore plus aux autres !

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