la Maison commune de la décroissance https://ladecroissance.xyz La croissance, c'est le non-sens ; le bon sens, c'est la décroissance ! Wed, 07 Apr 2021 04:32:53 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.7 https://ladecroissance.xyz/wp-content/uploads/2018/01/cropped-ladecroissance-1-32x32.png la Maison commune de la décroissance https://ladecroissance.xyz 32 32 Jean-Claude Besson-Girard – Descrescendo cantabile https://ladecroissance.xyz/2021/03/28/jean-claude-besson-girard-descrescendo-cantabile/ https://ladecroissance.xyz/2021/03/28/jean-claude-besson-girard-descrescendo-cantabile/#comments Sun, 28 Mar 2021 17:17:01 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2167 Ce billet est l’occasion de faire, comme l’autorise l’expression populaire, « une pierre, deux coups ». Outre un aperçu de « Decrescendo cantabile », c’est d’abord le moment de proposer un hommage à son auteur, à savoir Jean-Claude Besson-Girard qui vient de nous quitter il y a à peine un mois. Précurseur dès les années 1970 de l’écologie politique autant en théorie qu’en pratique, un temps, comme il le raconte dans ce livre, proche de Fernand Deligny, mais aussi peintre et écrivain, fin gourmet et directeur de revue (Entropia), Jean-Claude Besson-Girard est devenu fort logiquement à l’apparition de ce mouvement, une figure incontournable de la décroissance au tournant du siècle. Son œil vif, sa grande qualité d’écoute, son empathie faisaient de lui un homme charmant, à la fois humble, alerte et entier. Un personnage que la famille de la décroissance se trouve maintenant bien triste de ne plus pouvoir rencontrer.

Pour qui ignorerait la trajectoire de Jean-Claude Besson-Girard et s’interrogerait au sujet du titre, énigmatique mais pas abscons, de ce livre, les autres éléments – préfacier (Serge Latouche), sous-titre (Petit manuel de décroissance harmonique), collection (L’après-développement) et éditeur (Parangon/VS) – ne peuvent laisser de place au doute : il s’agit bien d’un ouvrage traitant de décroissance. Normal, pensez-vous, cet article voit le jour à la Maison Commune de la Décroissance. Mais au lieu de traiter d’un sujet particulier (énergie, démocratie, salariat, etc.), ce recueil apporte bien une vue d’ensemble sur la décroissance.

Après un vibrant plaidoyer contre la croissance de la part de Serge Latouche et toute l’estime formulée par celui-ci auprès de l’auteur de ce « Petit manuel », ce sont dix chapitres, entrecoupés de huit « textes brefs et de circonstance » comme autant de respirations et billets d’humeur datés de 2000 à 2003 (histoire de faire travailler notre mémoire), qui composent ce « Decrescendo cantabile » paru en 2005.

En partant de considérations générales et en évoquant, de façon autobiographique, une expérience de l’auteur dans les Cévennes, en interrogeant coût social et coût écologique, en abordant la désormais classique critique du progrès, en égratignant l’occidentalisation du monde, en blâmant la société de consommation et l’individu massifié (qu’il regroupe dans le terme de « décivilisation mercantile »), en discutant de l’artisanat et de l’industrie, en émettant des réserves à l’égard de la post-modernité, en évoquant la place que pourraient prendre l’érotisme et l’art dans une société décroissante, Jean-Claude Besson-Girard balaie une série de thèmes devenus récurrents tout en déroulant, tel un fil d’Ariane traversant tout le volume, un appel lancinant à davantage de poésie.

Jean-Claude besson-Girard, 1943-2021

Mis à part quelques rares paragraphes, l’ensemble des propos sont très clairs et compréhensibles par le plus grand nombre, certains n’ayant pas pris une ride même une quinzaine d’année après leur mise au jour. Page 106, on lira : « Pour la classe politique, scientifique ou économique, comme pour la majorité de l’opinion, la crise climatique, la « vache folle », Bhopal ou Tchernobyl sont des événements perçus comme des erreurs toujours rectifiables et non pas comme la vérification d’une erreur globale inscrite dans les fondations mêmes de la société industrielle. » Il suffirait, par exemple, d’ajouter « l’apparition du coronavirus » à l’énumération de Jean-Claude Besson-Girard pour penser que ces lignes ont été écrites il y a seulement quelques mois.

Qualifié de « petit livre » par l’auteur lui-même, « Decrescendo cantabile » est un livre de taille pour l’ensemble des décroissants, et en particulier auprès des néophytes pour lesquels sa lecture est hautement recommandée.

Jean-Claude Besson-Girard, Decrescendo cantabile. Petit manuel pour une décroissance harmonique.

Parangon/VS – 2005

ISBN : 2-84190-147-5

12 euros

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Abondance (rareté) https://ladecroissance.xyz/2021/03/17/abondance/ https://ladecroissance.xyz/2021/03/17/abondance/#respond Wed, 17 Mar 2021 18:37:29 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2155 La croissance n’est pas qu’une notion économique qui enfermerait ceux qui la critiquent dans l’économie ; la croissance est un « monde ». Cela veut dire que la croissance est une idéologie qui porte une anthropologie, une éthique, une sociologie… C’est ce monde que la décroissance doit déconstruire.

Cette déconstruction peut commencer par s’opposer au récit standard qui justifie économiquement et anthropologiquement la croissance : à l’origine serait la rareté (des ressources) confrontée à l’insatiable désir humain du toujours plus (la pleonexia) ; la croissance serait alors le seul moyen d’apaiser – pour un temps – notre frustration permanente. Beaucoup de manuels d’économie de base reprennent alors la définition de l’économiste français François Perroux : « L’économie est la lutte contre la rareté » 1Il résume là la définition plus savante de l’économie fournie par Lionel Robbins, « L’économie est la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages alternatifs », Essai sur la nature et la signification de la science économique (1932)..

Pourtant chacun peut constater que si la décroissance se définit d’abord par la limitation des « ressources » alors elle reste prisonnière du monde de la rareté, qui est celui de la croissance ; comment sortir de ce piège ? En repensant l’économie à partir de l’abondance plutôt que de la rareté.

On peut suivre cette piste du côté de ce que George Bataille dans La part maudite nomme « économie générale ». Car la Terre est un système ouvert qui reçoit du Soleil une abondance d’énergie que la vie terrestre se charge de dissiper. Selon lui, une part de cette dissipation est « servile » et sert à garantir la survie (pour passer au-delà de la misère). L’autre part est  la « part souveraine » dont une partie sera toujours excédentaire (au-delà du plafond de la « sobriété »). « Toujours dans l’ensemble une société produit plus qu’il n’est nécessaire à sa subsistance, elle dispose d’un excédent. C’est précisément l’usage qu’elle en fait qui la détermine » 2George Bataille, La part maudite (1949), réédition au Points-Seuil n°20 (1974), page 155..

Voilà pourquoi les coordinateurs du récent ouvrage Vocabulaire de la décroissance écrivent avec tellement de justesse : « Même dans une société de sujets frugaux dotée d’un métabolisme réduit, il y aura toujours un excédent, qui devra être dépensé si l’on veut éviter de réactiver la croissance », alors « le binôme sobriété personnelle/dépense sociale doit remplacer le binôme austérité sociale/excès individuel » 3Vocabulaire de la décroissance, ouvrage coordonné par Giacomo D’Alisa, Frederico Demaria, GiorgioKalis, Le passage clandestin (2015), pages 459 et 462.. Si l’existence de la « rareté » est le produit de l’organisation sociale alors de deux choses l’une, soit la part d’excédent reste le privilège de quelques-uns, soit le Commun se la réapproprie. C’est cette dernière voie du Commun que doit suivre la décroissance.

Quand l’économie s’occupe de l’excédent alors il ne s’agit ni de chercher à passer de la rareté à l’abondance (c’est la voie de la croissance et du productivisme, de gauche comme de droite) ni de s’accommoder de la rareté (c’est la voie quelquefois empruntée par les antiproductivistes ou les catastrophistes). Mais il s’agit de poser la question de la répartition : entre garantie de l’indispensable et dépense de l’excédent.

On peut consulter :

  • Marshall Sahlins, Âge de pierre, âge de l’abondance. L’économie des sociétés primitives, (titre original anglais : Stone Age Economics, 1972), Gallimard (1976).
  • Et écouter :

Références[+]

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La servitude électrique, de Gérard Dubey et Alain Gras https://ladecroissance.xyz/2021/03/17/servitude-electrique/ https://ladecroissance.xyz/2021/03/17/servitude-electrique/#respond Wed, 17 Mar 2021 18:18:33 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2152 Gérard Dubey & Alain Gras – La servitude électrique. Du rêve de liberté à la prison numérique.

Alors que la catastrophe nucléaire de Fukushima a eu lieu il y a tout juste 10 ans, voilà un livre qui tombe à pic, même si son thème central n’est pas le nucléaire mais tout simplement l’électricité quelque soit sa source de production.

Prenez un peu d’histoire, ajoutez-y des explications techniques, accordez une place de choix à de la philosophie et à de la sociologie, organisez le tout de façon à agiter la réflexion (plutôt que les électrons) et vous obtenez « La servitude électrique ». « Du rêve de liberté à la prison numérique », le sous-titre du livre, pourrait faire passer Gérard Dubeyt et Alain Gras pour de simples pamphlétaires. Sauf que les auteurs, universitaires de leur état, préfèrent pousser une critique constructive et très argumentée de la « fée électricité ».

Depuis la découverte du phénomène électrique jusqu’aux confinements contemporains, les auteurs balaient, à l’aide de références diverses mais jamais avariées (Hannah Arendt, Jean Baudrillard, Jean-Baptiste Fressoz, Hartmut Rosa, …), une diversité de thèmes connexes. On nous rappelle à notre bon souvenir les différentes origines de l’électricité (uranium, gaz, charbon, pétrole, soleil, vent, eau) ; les applications de celle-ci (éclairage, mobilité, informatique et numérique dont la 5G, …) ; ainsi que ses répercussions sociales (nouvelles pathologies psychiques, rapport au temps, vie sans contact, …). Outre des remontrances vis-à-vis des barrages hydroélectriques tout comme des voitures électriques, le binôme n’oublie pas non plus de critiquer vertement l’encastrement récent de nos modes de vie dans « le numérique », lequel est impossible sans électricité, ni d’adresser quelques judicieuses piques aux tenants du « Green New Deal » en les confrontant aux incohérences que ceux-ci formulent.

Ce nouveau tome (en attendant le prochain) de la prolifique collection Anthropocène du Seuil offre, dans sa première partie, des données et des informations tandis que la seconde est dévolue au commentaire et à la réflexion. Ce recueil très complet et d’actualité permet d’avoir un autre regard (que celui ébahi) sur l’électricité. Bref, un ouvrage que tout décroissant se doit, au moins, de consulter.

Gérard Dubey et Alain Gras, La servitude électrique. Du rêve de liberté à la prison numérique.

Éditions du Seuil – 2021

ISBN : 9782021432800

23 euros

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Lazy le surfeur de Malibu, par Jean-Yves Renouf https://ladecroissance.xyz/2021/03/07/lazy-le-surfeur-de-malibu-par-jean-yves-renouf/ https://ladecroissance.xyz/2021/03/07/lazy-le-surfeur-de-malibu-par-jean-yves-renouf/#respond Sun, 07 Mar 2021 17:46:43 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2147 Dans Inconditionnel, l’anthologie du revenu universel, Michel Lepesant et Baptiste Mylondo, reprennent, dans un article signé de Philippe Van Parijs (Pourquoi faut-il nourrir les surfeurs ?), les propos de John Rawls : « Le surcroît de temps libre dont jouissent ceux qui ne veulent pas travailler serait considéré comme équivalent du panier de biens premiers des plus démunis. Ainsi ceux qui surfent toute la journée à Malibu devraient trouver un moyen de subvenir seuls à leurs besoins et ne pourraient pas bénéficier de fonds publics. » Et se trouveraient ainsi privés du revenu universel.

Michel et Baptiste concluent : « ainsi débute l’une de ces controverses académiques dont la philosophie politique a le secret, portant sur le sort qu’une société juste, équitable et libérale, devrait réserver aux surfeurs californiens. »

Ce qui est savoureux dans cette polémique, sur le sort que doit réserver la société au surfeur, est qu’elle n’est pas nouvelle, elle a déjà existé. Dans l’émission La Série Documentaire diffusée sur France Culture le 15 janvier, l’historien Jérémy Lemarié nous raconte qu’au début du XIXème siècle, quand les missionnaires évangélistes débarquent à Hawaï, ils s’empressent d’exiger des rois des différentes îles de l’archipel, l’interdiction du surf, pratique traditionnelle des Hawaïens, au prétexte que pendant qu’ils s’amusent avec la vague ils ne produisent pas leur nourriture, ils délaissent les travaux des champs. De plus, ajoutent ces puritains, la quasi-nudité des femmes et des hommes s’employant au surf, est indécente. Le surf aurait certainement disparu sans l’arrivée quelques années plus tard des hygiénistes français qui ont vanté cette pratique bénéfique à la santé des habitants, enfin, des survivants qui avaient échappé aux maladies apportées par les nouveaux venus. Par la suite le surf fut loué par Marc Twain et un plus tard par Melville et Jack London, qui par leurs écrits favorisèrent l’adoption du surf et de son art de vivre par les Californiens.

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(f)estives de la décroissance, août 2021, à Montferrier (09) https://ladecroissance.xyz/2021/03/06/festives-aout-2021/ https://ladecroissance.xyz/2021/03/06/festives-aout-2021/#respond Sat, 06 Mar 2021 10:49:19 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2136

Réservez dès à présent sur votre agenda la semaine du 9 au 15 août 2021, les inscriptions seront ouvertes le 1er mai…

Ces (f)estives 2021 de la décroissance sont organisées par notre Maison commune de la décroissance (la MCD) :

  • Les 3 années précédentes (2017-2018 et 2019) nous avions parcouru le « cycle du sens » : sens de la vie, sens de la technique et sens de l’histoire comme questions politiques. Nous comptons cette année entamer un nouveau cycle, le « cycle des relations » : relations à la nature, à la société, à la Cité comme questions politiques. Pourquoi un tel cycle des relations ? Parce que la décroissance que la Maison commune défend – en tant que philosophie politique – est une philosophie relationnelle. Il s’agit toujours de poursuivre notre critique systémique de l’individualisme : non, au commencement, il n’y a pas des individus isolés et indépendants qu’il s’agirait de relier ; au commencement, il y a des relations et des interdépendances.

 

  • Relations entre humains
    • Nos relations à la nature sont solidaires de nos relations aux humains.
  • Relations avec les animaux
    • Comment accorder une digne considération aux animaux ? Animaux de compagnie, d’alimentation et sauvages…
  • Relations avec la nature
    • Quelles relations soutenables pouvons-nous entretenir avec la nature ? Comment cohabiter avec le vivant ?

Voilà certaines des questions qui seront abordées dans une série d’interventions, débats et ateliers.

  • Les temps forts de ces (f)estives 2021 :
    Nous essaierons que le « comment » soit le plus cohérent possible avec le « quoi » : c’est-à-dire un plaidoyer en faveur d’une conception relationnelle du Commun.
    → Sans oublier évidemment la dimension festive de ces (f)estives : partager ensemble des moments de fête, c’est tout aussi essentiel que de partager des moments de discussion. Place donc aussi à la musique, au théâtre et aux images. D’autant que cette année, les (f)estives sont précédées d’une rencontre de la MCD.

→ Télécharger le « flyer » des (f)estives 2021 de la décroissance en cliquant sur le lien ci-dessous

Flyer A5 recto-verso de présentation des (f)Estives 2021 de la décroissance

Avant les (f)estives, il y a des rencontres de la MCD

  • D’abord des balades et des temps conviviaux…
  • Des discussions sur les propositions politiques portées par certains d’entre nous (mais hors de la MCD) lors des élections territoriales de juin…
  • des discussions pour prévoir de futures publications : abécédaire, Manifeste, idées reçues/propositions…
  • enregistrements de très courtes vidéos (1 mn) sur des propositions politiques
  • le jeudi après-midi : AG de la MCD
  • Repas en autogestion ; logement comme pour les (f)estives (dans le bâtiment ou en tente)

Informations pratiques

  • Où : à Montferrier (Ariège). Au Centre de vacances de La Freychède, 09300 Montferrier
    C’est ici.
  • Par route :
    • de Toulouse (1h15) A66 jusqu’à Pamiers puis RN 20 jusqu’à Foix – Attention! à la sortie de l’A66, lorsqu’on prend la voie rapide, on rencontre un panneau  qui indique  une  sortie Lavelanet à droite, il ne faut pas la prendre, mais aller jusqu’à  Foix et passer le tunnel,  puis D117 jusqu’à Lavelanet et D9
    • de Carcassonne (1h) D625 jusqu’à Lavelanet et D109
  • Par train-bus : par Lavelanet (on organisera une navette)
  • Une fois que vous êtes arrivés à Montferrier, pour trouver la Freychède…
    Il vous suffit de rentrer dans le village, passer devant l’épicerie, emprunter la route du col de la Lauze (en biais sur la droite). Au bout de 200 mètres, une fois que vous êtes passés devant l’école du village, tournez à droite dans la rue de la fréchède. Vous allez jusqu’au bout, vous y êtes

 

  • Covoiturage : il y aura un tableau qui récapitule les propositions de covoiturage →
  • La participation financière :
    Inscription :
    15 € (Gratuit pour les moins de 14 ans et aussi pour les adhérents de la MDC).
    Paiement en ligne avec HellAsso : bientôt en ligne

    Paiement par chèque : à l’ordre de Maison commune de la décroissance, envoyé à festives/Jean-Yves Renouf, 13 rue Nicolas Rapin 85200 Fontenay-le-Comte:
  • Centre de vacances la Freychède

    Le logement :
    Nous disposons de 56 lits dans le bâtiment (vous devez apporter votre sac de couchage), et nous avons obtenu l’autorisation pour des tentes.
    Dans le bâtiment (12€), ou en tente personnelle (6€ – prix indicatif mais déjà calculé au plus près) la nuitée par personne.

    Le petit déjeuner est inclus dans la nuitée (nous comptons sur vos confitures).

  • Le repas pour les (f)estives (du jeudi soir au dimanche midi :
    4,50 € par repas de midi et du soir (prix indicatif mais déjà calculé au plus près).
  • Le repas pour les rencontres (du lundi matin au jeudi midi) : nous disposerons de la cuisine et nous devrons nous autogérer pour prévoir et préparer les repas.
  • Les contributions :
    Envoyez vos textes, contributions à : festives@listes.ladecroissance.xyz. Indiquez si possible une adresse mail de contact pour recevoir les infos détaillées ou consultez la page en cours.
  • Pour tout contact et informations complémentaires, contactez :
    Jean-Yves Renouf
    13 rue Nicolas Rapin
    85200 FONTENAY-LE-COMTE
    02 51 52 14 15
    ou : festives@listes.ladecroissance.xyz
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Merci de changer de métier. Lettres aux humains qui robotisent le monde, de Célia Izoard. https://ladecroissance.xyz/2021/03/05/merci-de-changer-de-metier-celia-izoard/ https://ladecroissance.xyz/2021/03/05/merci-de-changer-de-metier-celia-izoard/#respond Fri, 05 Mar 2021 17:30:04 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2145 Quitte à adapter un graffiti vu sur un mur de l’agglomération iséroise indiquant que « Grenoble ne peut pas accueillir tous les ingénieurs du monde », ce livre pourrait être sous-titré de la sorte en remplaçant Grenoble par Toulouse étant donné que la plupart des protagonistes figurants dans les textes le composant ont un lien fort avec la mégapole occitane. Célia Izoard a préféré « Lettres aux humains qui robotisent le monde » puisque ce sont effectivement cinq lettres qui constituent le volume paru fin 2020 aux Éditions de la Dernière Lettre, liées de près à la revue itinérante de critique sociale Z. C’est aussi l’occasion, dès le survol de la couverture du livre, de porter l’attention sur la place grandissante actuellement prise par les automates, robots et autres bots.

L’autrice, rompue à l’exercice de la critique de la technocratie en solitaire (« La tyrannie technologique », « Le progrès m’a tuer ») ou parmi des collectifs (« Un futur sans avenir », « La liberté dans le coma »), interroge avec « Merci de changer de métier » la place des nouvelles technologies et plus particulièrement celle de ceux qui en assurent le développement : en premier lieu les ingénieurs et la limite entre ce qu’ils font de leur plein gré et ce qu’on leur fait faire contre rémunération.

À l’heure de la conception et de la potentielle dissémination prochaine de véhicules autonomes (voitures, autobus, camions), cette fausse-bonne idée du moment qui constitue le centre des préoccupations de ce recueil, la question se doit d’être reprise par les décroissants. Et ce pour au moins deux motifs : alors que l’ensemble des besoins vitaux minimums ne sont toujours pas satisfaits pour l’ensemble de la population, c’est un domaine où la croissance risque d’être exacerbée, et ce sont des enjeux dont le débat public est quasiment éludé, face auxquels nous nous retrouvons dépossédés, mis devant le fait accompli. Car l’autrice ne se focalise pas uniquement sur les enjeux strictement écologiques et les conséquences sociales, pourtant bien réelles, de l’élaboration de véhicules autonomes et des infrastructures idoines (capteurs, caméras, antennes, etc.). Elle n’oublie pas de pointer, à juste titre, la place occupée par ceux qui les mettent en place, en comparant le poids des conséquences de leurs actes à ceux des politiciens (fascinés de facto par la technologie) de la population (qui n’a pas voix au chapitre). Et soulève donc le problème inhérent de démocratie ou de souveraineté face à cette fuite en avant technicienne.

Si la critique et la réflexion de Célia Izoard se concentrent majoritairement dans le premier texte (« Lettre aux ingénieurs du véhicule autonome »), des pièces à conviction figurent aussi dans les courriers envoyés, suite à un entretien préalable avec chacun d’eux, à deux directeurs de recherche du LAAS (Laboratoire d’Analyse et d’Architecture des Systèmes) basé à Toulouse. En guise d’ouverture et de piste (à suivre ?), Célia Izoard place en fin de volume un entretien avec un ex-ingénieur, ancien du même LAAS, retraçant sa vie depuis sa scolarité jusqu’à un burn-out et à la remise en question de sa fonction dans la société ultra-technologisée et productiviste contemporaine. On trouvera aussi un courrier du controversé Norbert Wiener, « père » de la cybernétique, adressé en 1949 à un responsable syndical lui indiquant ne pas vouloir « contribuer à liquider les droits des travailleurs ».

C’est à la fois avec un regard acéré, des exemples concrets et une écriture limpide que Célia Izoard propose un état des lieux éclairé de la situation vis-à-vis de la robotisation du monde, ici dans le domaine du véhicule autonome. Reste à la famille des décroissants d’en prendre connaissance et d’en saisir tous les enjeux, tous aussi cruciaux les uns que les autres…

Célia Izoard, Merci de changer de métier. Lettres aux humains qui robotisent le monde.

Éditions de La Dernière Lettre – 2020

ISBN : 978 2 4911 0902 8

136 pages – 9 euros

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L’art et l’artisanat, de William Morris https://ladecroissance.xyz/2021/03/01/lart-et-lartisanat-de-william-morris/ https://ladecroissance.xyz/2021/03/01/lart-et-lartisanat-de-william-morris/#respond Mon, 01 Mar 2021 17:23:12 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2142 Pas de chiffre, pas de graphique, ni de statistique effrayante. Pas vraiment de paragraphes dévolus à l’écologie mais des idées touchant à l’économie, à la politique, à la philosophie et, plus simplement, à la vie et à son sens. On pourrait s’étonner de la présence d’un billet autour de ce recueil de William Morris à la Maison Commune de la Décroissance. Mais ce serait oublier que les décroissants ne font pas que râler, contester ou s’opposer au productivisme et à la croissance. Tout utopistes que nous sommes, les décroissants se permettent de proposer des pistes, de déposer des balises à l’aide de penseurs et philosophes. Parmi ceux dont nous pouvons revendiquer l’héritage, se trouve William Morris, « socialiste libertaire » et « épicurien » selon les mots de Thierry Gillyboeuf, auteur de la préface de « L’art et l’artisanat ».

Comme son titre l’indique, cet assemblage de textes (deux conférences et un article dévoilés au public britannique initialement entre 1883 et 1891), dont « L’art en ploutocratie » est sans doute le plus complet et le plus pertinent, traite des liens entre art, apprentissage, création et la société dans laquelle les expressions artistique et artisanale voient le jour. Ce sont des thèmes croisés dans chaque texte que l’auteur traite avec passion : critique de l’utilitarisme, du machinisme et de la « fabrique d’ersatz », de la concurrence, du mercantilisme et du commerce d’une part, et d’autre part, promotion de l’esthétique et de l’art populaire, et espérance de la venue d’une société moins inégalitaire et plus solidaire, favorisant l’union et l’entente libre de créateurs, permettant l’avènement de communautés afin de se répartir le fardeau du quotidien à assurer. Après avoir interrogé la récente séparation de la sphère artistique des autres moments de l’existence, William Morris fait aussi siennes les questions de la préservation, du progrès, de la civilisation et se demande comment lier la beauté, le plaisir et le bonheur au travail lequel ne serait plus une tâche ingrate mais deviendrait partie prenante de la vie elle-même.

Émises à la fin du XIXème siècle, la plupart des idées de William Morris peuvent trouver un écho avec la période actuelle, coincée entre chambardements technologiques et multiples incertitudes, comme en atteste ces quelques lignes : « Si la machine était destinée à réduire ce travail, il aurait fallu y dépenser des trésors d’ingéniosité. Mais est-ce bien le cas ? Il suffit de regarder le monde pour être d’accord avec John Stuart Mill quand il se demande si toutes les machines des temps modernes ont jamais allégé la besogne quotidienne d’un seul travailleur. Pourquoi nos espoirs naturels ont-il été à ce point déçus ? Sûrement parce que ces derniers temps, lors desquels on a effectivement inventé les machines, le but n’était absolument pas de s’épargner les affres du travail. Quand on parle de machine permettant d’épargner la main-d’œuvre, c’est une ellipse. Cela signifie que les machines permettent de faire des économies sur le coût de la main-d’œuvre, et que la main-d’œuvre, à peine soulagée d’un coté sera reversée de l’autre pour s’occuper d’autres machines. ».

Pour qui voudrait avoir un point de vue original et garni d’espérance sur des sujets toujours d’actualité, on ne peut que conseiller la lecture de ce petit ensemble d’interventions revigorantes.

William Morris, L’art et l’artisanat

Éditions Payot & Rivages – 2011

ISBN : 9782743622350

6,60 euros

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Propos sur la décroissance https://ladecroissance.xyz/2021/02/24/propos-sur-la-decroissance/ https://ladecroissance.xyz/2021/02/24/propos-sur-la-decroissance/#respond Wed, 24 Feb 2021 11:56:39 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2112

Une série de 10 entretiens enregistrés par Sofian Achabe le samedi 23 janvier 2021. Michel Lepesant, porte-parole de la MCD répond aux questions de William De Witte.

Propos #1 : Sur la différence entre décroissance et objection de croissance

Mis en ligne le 24 février 2021
  1. Dans quel cas et pourquoi est-il pertinent de distinguer la décroissance de l’objection de croissance ? (0:00)
  2. Trois époques de critique de la croissance : objection de croissance, décroissance et effondrement : (4:02)
  3. La (fausse ?) question de la décroissance démographique : (9:27)
  4. La « décroissance » reste-t-elle limitée à la critique de la croissance économique : (12:21)
    • la fausse échappatoire de la décroissance sélective
    • la croissance économique produit une société de croissance
    • la décroissance est une philosophie générale
  5. Les décroissances du rejet, du projet et du trajet : (21:02)

Propos #2 : L’idéologie de la croissance et ses origines

Mis en ligne le 3 mars
  1. La croissance n’est pas qu’un « monde », c’est aussi une idéologie (0:00)
    • L’idéologie comme mystification
    • L’idéologie comme imaginaire social (intégration, légitimation et mystification)
  2. Depuis les temps modernes, la croissance est l’idéologie de la bourgeoisie (5:20)
  3. La croissance est à elle-même sa propre fin (croître pour croître) (13:10)
    • La sortie de la religion
    • L’individualisation des fins privées (ou la privatisation des fins individuelles)
  4. La décroissance est juste une parenthèse (16:17)
    • Pas de décroissance pour décroître
    • Pour une décroissance sereine, conviviale, démocratique

Propos #3 : Transition écologique ou trajet de décroissance ?

Mis en ligne le 10 mars
  1. Le problème politique de ce que peut être une transition (0:00)
    • Le problème du « changement » dans l’exemple des MLC (monnaies locales complémentaires)
    • Les décroissants veulent changer la société du changement
    • Tout changement est un entrelacs de continuité et de rupture
  2. Les décroissants sont des conservateurs (3:55)
    • sortir d’un monde tout en voulant le conserver
  3. On ne peut partir d’un monde qu’à partir de ce monde (6:41)
    • Fausse transformation 1 : le faux-départ (tout changer pour ne rien changer)
    • Fausse transformation 2 : la fable du grand Soir (tout changer pour ne rien conserver)
  4. Fausse transformation 3 : la fable des petits matins (10:13)
    • Les décroissants et les « alternatives concrètes »
    • Utilité (éthique) et insuffisance (politique) de ces expérimentations minoritaires
  5. Les décroissants doivent porter un projet désirable (13:13)
    • L’espoir comme croyance et l’espoir comme désir
    • Un projet totalement politique et pas seulement une politique des confettis

Propos # 4 : Le commun de la Maison commune de la décroissance

Mis en ligne le 17 mars
  1. Pourquoi la MCD s’appelle-t-elle « Maison commune » ? (0:00)
    • La MCD est née d’un « processus » qui faisait le constat de l’invisibilité de la décroissance
    • Le commun de la MCD n’est pas un pôle d’attraction mais un pôle de diffusion
  2. La MCD propose un fonds commun idéologique (2:21)
    • La question des élections
    • Les 3 pieds politiques de la décroissance : les alternatives concrètes, la visibilité politique classique, le travail de la théorie
    • Le pied de la théorie est aujourd’hui le plus fragile : c’est lui qu’il faut consolider
  3. Ce fonds commun idéologique repose sur un noyau idéologique (15:03)
    • Pour faire du commun, pourquoi a-t-on besoin d’un noyau et pas simplement d’un plus petit dénominateur ?
    • Ce qu’est un noyau, avec des rayons qui peuvent être diamétralement opposés
    • Les 4 conditions d’une discussion réussie : une définition claire, un fondement juste, un objectif désirable, un mobile engageant
  4. Le noyau idéologique proposé par la MCD (24:13)
    • Une définition claire : la décroissance ≠ l’objection de croissance
    • Un fondement juste : le goût pour les limites
    • Un objectif désirable : une vie humaine revenue à une échelle humaine, la vie sociale (critique radicale de l’individualisme)
    • Un mobile engageant : l’exercice spirituel du « même si »

Propos # 5 : Pour un décroissant, les limites ne sont pas des contraintes

  1. La conception libérale de la liberté (0:00)
    • Une conception de « propriétaire »
    • Être libre, ce serait (s’af-)franchir des limites
  2. Les décroissants définissent des limites hautes (plafonds) et basses (planchers) (2:21)
    • La notion d’espace écologique
    • Le plancher du nécessaire et le plafond du superflu
    • En-deçà du plancher ou au-delà du plafond : hors du commun
    • Entre plancher et plafond : le commun
  3. La conception sociale de la liberté (7:58)
    • La conception libérale de la liberté est individualiste et concurrentielle
    • La conception décroissante est coopérativiste et partageuse
    • Être libre pour et avec (les autres) ≠ Être libre contre et sans (les autres)

Propos # 6 : La décroissance est un socialisme sans croissance

  1. La question écologique comprise socialement (0:00)
    • Les inégalités globales mesurées par l’empreinte écologique
  2. Passer du binôme austérité collective/excès individuels au binôme sobriété personnelle/dépense collective (3:11)
    • Penser les surplus dans une économie définie non par la rareté mais par l’abondance
    • Dépenser les surplus : qui, comment ?
  3. La décroissance comme socialisme du 21ème siècle (9:37)
    • Le socialisme (au sens originel) versus l’individualisme
    • L’individualisme n’est pas une psychologie individuelle mais une conception (erronée) de la société
    • Vie en société ≠ Vie sociale
  4. Société et Nature sont des communs préalables (17:03)
    • La conception coopérativiste de la société
    • Vouloir que les conditions écologiques et sociales soient des objectifs politiques

Propos # 7 : Territoire, institutions & violence

  1. La question de la violence est une « question difficile » (0:00)
    • Parce que la violence ne naît pas des individus mais entre les individus
    • Parce que, même dans une société post-décroissance, il y aura encore de la violence
    • Avant de prétendre résoudre cette question de la violence, repérons deux axes d’intervention
  2. Repérage 1 de la violence suivant l’axe des territoires (4:56)
    • Critique de la métropolisation (la territorialisation dans une logique de croissance)
    • L’écueil des « communautés terribles »
    • Les échelons de l’interdépendance territoriale : commune, bassin de vie, biorégion, …
  3. Repérage 2 de la violence suivant l’axe des institutions (10:04)
    • Objectif : anticiper la violence pour qu’elle ne soit pas socialement désintégratrice (et donc individualisante)
    • Toute vie sociale suppose une « organisation », et donc des « règles »
    • Remise en cause de de l’administration (et des fonctionnaires)

Propos # 8 : Pour une critique radicale du travaillisme

Mis en ligne le 14 avril

Propos # 9 : La décroissance est un féminisme

Mis en ligne le 21 avril

Propos # 10 : Les valeurs de la MCD

Mis en ligne le 28 avril

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https://ladecroissance.xyz/2021/02/24/propos-sur-la-decroissance/feed/ 0
La chasse doit faire débat, par Jean-Yves Renouf https://ladecroissance.xyz/2021/02/12/la-chasse-doit-faire-debat/ https://ladecroissance.xyz/2021/02/12/la-chasse-doit-faire-debat/#respond Fri, 12 Feb 2021 21:05:43 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2106 La chasse est un sujet qui n’a, à ma connaissance jamais fait débat au sein de la Maison commune de la décroissance, et de ce fait j’ignore quelle est la position des décroissants sur le sujet. Il semble pourtant urgent de sortir de notre mutisme tant l’actualité nous rattrape.

Rapide état des lieux

Une mission parlementaire diligentée par LREM et les Républicains, demande de renforcer l’arsenal pénal contre les militants anti-chasse, mais pas seulement car sont aussi visés les véganes et tous ceux qui s’opposent à l’utilisation des pesticides. Les rapporteurs du projet de loi, Xavier Breton (LR), Martine Leguille-Balloy, députée LREM de Vendée et grande avocate de l’élevage intensif, et Alain Péra, député LREM qui s’est déjà distingué en demandant l’interdiction du VTT durant la période de chasse après qu’un vététiste a été tué par un chasseur, proposent que la diffusion sur les réseaux sociaux d’images de maltraitance animale (abattoirs, fermes usines, massacres d’animaux sauvages,…) devienne un délit passible de poursuites. Un an après la création de la cellule Déméter, une nouvelle étape est franchie dans la répression du mouvement écologiste. Ce rapport, qui répond à la demande du Sénat majoritairement pro-chasse, s’en prend à ceux qui stigmatisent «les activités légales comme la chasse, la corrida,… » et juge que la réponse pénale aux entraves de la chasse est trop faible. Ainsi le délit d’entrave à la chasse deviendra passible de 6 mois d’emprisonnement et 5000 € d’amende et toute diffamation commise à l’encontre d’une personne en raison de ses activités professionnelles (agriculture) ou de loisir (chasse) sera punie de 1 an de prison et 45000 € d’amende. Mazette… Mais quelle considération ces députés de la majorité si prompts à protéger les chasseurs, ont-ils pour les victimes de ces mêmes chasseurs ? Quelle logique commande qu’un militant fasse de la prison après être intervenu avec sa pancarte face à une chasse à coure, alors  qu’un chasseur qui a tué un particulier puisse continuer à se balader avec une arme à feu ?

Morgan Keane la victime de trop ?

Le 2 décembre dernier, à Calvignac, près de Figeac, Morgan Keane est tué par un chasseur participant à une battue au sanglier. Pas de quoi s’émouvoir, il n’est que la 400ème victime de la chasse en 20 ans, la 20ème cette année. Mourir à 25 ans devant chez soit alors qu’on coupe son bois n’a pas trop ému la justice qui a laissé en liberté le chasseur sans même lui suspendre son permis de chasse. Les amis de Morgan, eux, se sont émus et ont ouvert un site pour recueillir des centaines de témoignages sur les pratiques des chasseurs. En vrac : maltraitance animale ; non assistance à personne en danger ; violation de la propriété privée ; chasse en dehors des horaires réglementaires ; menaces de mort ; intimidation ; coups et blessures ; violation du droit de voisinage domestique ; tirs sur espèces protégées ; blessures mortelles par balle d’animaux domestiques, etc… Pourquoi tout ça n’aboutit à aucun procès ? Parce que les chasseurs sont protégés par les institutions. Même Macron avance main dans la main avec Willy Schraen, président de la très influente fédération nationale des chasseurs 1Willy Schraen, auteur d’un lapsus si révélateur à l’occasion d’un courrier envoyé aux parlementaires : « Bien sûr la maltraitance animale doit rester une priorité ». . Et puis les chasseurs sont partout, dans les mairies, les gendarmeries, les préfectures, les tribunaux, le parlement, alors que risquent-ils 2Rappelons aussi ce sondage Ipsos de 2018 qui montre que les français sont largement hostiles à la chasse.  ?

Les (f)estives de la décroissance

La question épineuse que nous prévoyons de traiter aux cours des (f)estives de la Maison commune de l’été prochain (du 13 au 15 août 2021) est notre rapport à la nature. Vaste sujet qui ne manquera pas de susciter des débats. Espérons que la chasse n’en soit pas absente.

Références[+]

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Pluriverse : a post-development dictionary, présentation générale et traduction française de la préface par Thierry Uso https://ladecroissance.xyz/2021/02/12/pluriverse/ https://ladecroissance.xyz/2021/02/12/pluriverse/#respond Fri, 12 Feb 2021 12:06:55 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2101 Publication d’un nouveau dictionnaire critique sur le développement

Plus de 25 ans après la publication de « The development dictionary », vient de paraître « Pluriverse : a post-development dictionary ». Pourquoi un nouveau livre faisant une analyse critique du concept de développement, qui plus est sous la forme d’un dictionnaire ? Wolfgang Sachs qui a dirigé la rédaction de « The development dictionary » en donne l’explication dans la préface de « Pluriverse » intitulée « le développement revisité » (voir ci-dessous la traduction en français de la préface). Depuis l’émergence du concept à la sortie de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours, le développement a subi plusieurs mutations, tout en conservant ses fondements les plus néfastes pour l’humanité et l’environnement. Le développement reste porté par l’idée qu’il n’y a qu’une seule forme d’évolution sociale. La « pensée du développement » nie la diversité des sociétés et des territoires et au contraire les soumet à ce que Wolfgang Sachs appelle la dictature de la comparaison quantitative. Le développement désormais affublé du qualificatif de durable est mesuré par des indices économiques mais aussi sociaux. C’est pour prendre en compte ces mutations, analyser leurs effets et proposer des alternatives pour sortir du développement une bonne fois pour toutes, que « Pluriverse » a vu le jour. « Pluriverse » est un dictionnaire sur ce que pourrait être un après développement plus qu’un dictionnaire sur le développement. Et l’après développement ne peut être que pluriel pour la centaine d’auteurs de « Pluriverse » originaires de tous les continents. Le plurivers, « un monde où beaucoup de mondes existent » selon les zapatistes, incarne cette vision plurielle de l’après développement. Le Plurivers est un ensemble d’alternatives au « monde unique » que veulent imposer les puissances impérialistes occidentales. A l’ontologie dualiste du monde unique (une culture universelle agissant sur une nature inerte), s’oppose l’ontologie relationnelle du plurivers (formes diverses de relation des humains entre eux et avec leur environnement dans le respect mutuel). Le plurivers rompt les dualités culture/nature, humain/non humain, homme/femme etc. à l’origine de la crise environnementale et offre par là même des possibilités d’en sortir.

Le livre est composé de 3 parties. Dans la 1ère partie, un auteur de chaque continent fournit une analyse critique des impacts du développement dans sa région. La 2ème partie passe en revue une série d’innovations techniques et financières présentées à tort comme la solution pour sortir de la crise mondiale : économie verte, marché de services écosystémiques, géo-ingénierie, villes intelligentes, transhumanisme… Enfin, la 3ème et principale partie de « Pluriverse » est un recueil des visions du monde et des pratiques, anciennes et nouvelles, locales et mondiales qui émergent des communautés indigènes et paysannes, des périphéries urbaines, des mouvements environnementaux, féministes et sociaux, en marge de la modernité capitaliste : agroécologie, buen vivir, institution des communs, convivialité, décroissance, démocratie directe, droits de l’homme et de la nature, écoféminisme, écosocialisme, souveraineté énergétique et alimentaire, swaraj… Il ne s’agit plus d’appliquer des politiques s’appuyant sur les mêmes mesures et indices de développement partout dans le monde, mais de reconnaître qu’il existe plusieurs chemins pour aller vers un monde durable et juste.

Après l’anglais et l’espagnol, les co-éditeurs de « Pluriverse » (Alberto Acosta, économiste et ancien ministre équatorien de l’énergie et des mines; Federico Demaria, économiste de l’environnement à l’université autonome de Barcelone; Pablo Escobar, anthropologiste à l’université de Caroline du Nord; Ashish Kothari, écologue et co-fondateur de l’ONG indienne Kalpavriksh; Ariel Saleh, sociologue et militante écoféministe) espèrent qu’il sera bientôt publié également en français 1Un éditeur a accepté de publier la version française et la traduction coordonnée par Fabrice Flipo va être faite collectivement par des bénévoles. et dans de nombreuses autres langues.

 

Le développement revisité

Wolfgang Sachs

« L’idée de développement se dresse comme une ruine dans le paysage intellectuel ». C’est ce que nous avons écrit il y a environ vingt-cinq ans, en 1993, dans l’introduction de « The Development Dictionary ». Heureux et un peu naïfs, assis sous le porche de la maison de Barbara Duden près de la Pennsylvania State University à l’automne 1988, nous avons proclamé la fin de « l’ère du développement ». Entre les pâtes, le vin rouge et les rondelles d’oignon, entre les sacs de couchage, un ou deux ordinateurs personnels et de nombreuses rangées de livres, nous avons commencé à élaborer les grandes lignes d’un manuel qui allait exposer l’idée du développement.

Rappelons-nous : dans la seconde moitié du XXe siècle, la notion de développement était comme un puissant souverain sur les nations. C’était le programme géopolitique de l’ère post-coloniale. Comme les dix-sept auteurs, venant de quatre continents, avaient tous grandi avec le concept de développement, nous voulions nous débarrasser des convictions profondément ancrées de nos pères de l’après-guerre. Nous avons compris que le concept avait préparé le terrain pour le pouvoir impérialiste occidental sur le monde. De plus, nous avons senti – plus que pensé de manière rationnelle – que le développement conduisait à un cul-de-sac, dont les conséquences nous toucheraient sous forme d’injustice, de bouleversements culturels et de déclin écologique. En somme, nous nous étions rendu compte que l’idée de développement avait pris une direction qui n’était pas inhabituelle dans l’histoire des idées : ce qui était autrefois une innovation historique est devenue une convention au fil du temps, une convention qui allait se terminer par une frustration générale. Notre mentor spirituel, Ivan Illich, qui était parmi nous, a fait remarquer que cette idée s’inscrirait à merveille dans une archéologie de la modernité qu’il avait l’intention d’écrire. Déjà à l’époque, il était d’avis qu’il fallait parler du développement par le biais d’une notice nécrologique.

Flashback

Quand l’ère du développement a-t-elle commencé ? Dans notre dictionnaire du développement, nous avons identifié le président Harry S. Truman comme le méchant. En effet, le 20 janvier 1949, dans son discours d’investiture, il déclarait que plus de la moitié de la population mondiale venait de « régions sous-développées ». C’était la première fois que le terme « sous-développement », qui allait devenir plus tard une catégorie clé pour la justification du pouvoir, tant international que national, était employé lors d’un évènement politique important. Ce discours a ouvert l’ère du développement – une période de l’histoire du monde, qui a suivi l’ère coloniale, pour être remplacée quelque quarante ans plus tard par l’ère de la mondialisation. Et aujourd’hui, il y a des signes clairs que la mondialisation pourrait être à son tour remplacée par une ère de nationalismes populistes.

Qu’est-ce qui constitue l’idée de développement ? Nous devrions considérer quatre aspects. Sur le plan chrono-politique, toutes les nations semblent avancer dans la même direction. Le temps imaginé est linéaire, ne se déplaçant que vers l’avant ou vers l’arrière ; mais l’objectif de progrès technique et économique est éphémère. Sur le plan géopolitique, les adeptes du développement, les nations développées, montrent aux pays en difficulté la voie à suivre. La diversité étonnante des peuples du monde est ainsi réduite de façon simpliste en nations riches et pauvres. Sur le plan sociopolitique, le développement d’une nation se mesure à sa performance économique, en fonction de son produit intérieur brut. Les sociétés qui viennent de sortir de la domination coloniale sont tenues de se placer sous la tutelle de « l’économie ». Enfin, les acteurs qui font pression pour le développement sont principalement des experts au sein des gouvernements, des banques multinationales et des entreprises. Auparavant, à l’époque de Marx ou de Schumpeter, le terme de développement était utilisé de façon intransitive, comme une fleur qui cherche à éclore. Aujourd’hui, le terme est utilisé de façon transitive comme une réorganisation active de la société qui doit être achevée dans des décennies, voire des années.

Alors que nous étions prêts à chanter l’adieu à l’ère du développement, l’histoire du monde ne nous a pas suivi. Au contraire, l’idée a reçu un nouvel élan. Alors que les premières ébauches de notre dictionnaire étaient prêtes, en novembre 1989, le mur de Berlin est tombé. La guerre froide était terminée et l’époque de la mondialisation a commencé. Les portes pour les forces du marché transnational qui s’étendent jusqu’aux recoins les plus reculés de la planète ont été grandes ouvertes. L’État-nation est devenu poreux ; l’économie et la culture étaient de plus en plus déterminées par les forces mondiales. Le développement, qui était autrefois une tâche de l’État, est maintenant dé-territorialisé. Les sociétés transnationales s’étendent sur tous les continents et les modes de vie sont alignés les uns sur les autres : Les 4×4 ont remplacé les pousse-pousse, les téléphones cellulaires ont remplacé les rassemblements communautaires, la climatisation a remplacé la sieste. La mondialisation peut être comprise comme un développement sans les États-nations. Les classes moyennes mondiales – blanches ou noires, jaunes ou brunes – en ont le plus profité. Elles consomment dans des centres commerciaux similaires, achètent des produits électroniques de haute technologie, regardent les mêmes films et séries télévisées. En tant que touristes, elles disposent librement du moyen décisif de l’alignement : l’argent. En gros, déjà en 2010, la moitié de la classe moyenne mondiale vivait dans le Nord et l’autre moitié dans le Sud. C’est sans aucun doute le grand succès de la « pensée du développement », mais c’est un échec qui se profile à l’horizon.

Effondrement

« Développement » est un mot malléable, un terme vide de signification positive. Néanmoins, il a conservé son statut de perspective, car il est inscrit dans un réseau international d’institutions qui va des Nations Unies aux ONG. Après tout, des milliards de personnes ont fait usage de ce « droit au développement », comme il est dit en 1986 dans la résolution de l’assemblée plénière de l’ONU. Nous, les auteurs du dictionnaire du développement, étions impatients de proclamer la fin de l’ère du développement ; nous n’avions pas anticipé que le coma politique durerait des décennies. Pourtant, nous avions raison – même si nous avions imaginé que cela se déroulerait différemment.

L’effondrement de l’idée de développement est maintenant évident dans le programme de l’Agenda 2030 des Nations Unies pour les objectifs du développement durable (ODD). L’époque où le développement signifiait « promesse » est révolue depuis longtemps. À l’époque, on parlait de jeunes nations aspirant à se lancer sur la voie du progrès. En effet, le discours du développement est porteur d’une promesse historique monumentale : qu’à terme, toutes les sociétés finiront par combler le fossé qui les sépare des sociétés les plus riches et se partageront les fruits de la civilisation industrielle. Cette époque est révolue : la vie quotidienne est désormais plus souvent une question de survie que de progrès. Si la politique de lutte contre la pauvreté a été couronnée de succès à certains endroits, cela fut au prix d’inégalités encore plus grandes ailleurs, et au prix de dommages environnementaux irréparables. Le réchauffement de la planète et l’érosion de la biodiversité ont jeté le doute sur le fait que les nations développées soient le pinacle de l’évolution sociale. Au contraire, le progrès s’est avéré être une régression, car la logique capitaliste à l’oeuvre dans les pays développés ne peut qu’exploiter la nature. Des « Limites de la croissance » en 1972 aux « Limites planétaires » en 2009, l’analyse est claire : le développement en tant que croissance conduit à une insoutenabilité de la planète Terre pour les humains. Les ODD – qui portent le développement dans leur titre – sont une tromperie sémantique. Les objectifs de développement durable devraient vraiment s’appeler OSD – objectifs de survie durable.

Il convient ici de citer un passage du document qui annonçait les ODD : « Il s’agit d’un programme d’une portée et d’une importance sans précédent […]. Il s’agit d’objectifs et de cibles universels qui impliquent le monde entier, les pays développés comme les pays en développement ». Vous ne pouvez pas exprimer plus clairement le changement de mentalité : « la géopolitique du développement », selon laquelle les nations industrielles seraient l’exemple à suivre pour les pays les plus pauvres, a été éliminée. Tout comme l’ère de la guerre froide s’est estompée en 1989, le mythe du rattrapage s’est évaporé en 2015. Rarement un mythe n’a été enterré aussi tranquillement. Quel est l’intérêt du développement s’il n’y a pas de pays que l’on peut qualifier de « développé durablement » ? En dehors de cela, la géographie économique du monde a changé. D’un point de vue géopolitique, l’ascension rapide de la Chine en tant que plus grande puissance économique de la planète a été spectaculaire. Les sept pays nouvellement industrialisés les plus importants sont maintenant économiquement plus forts que les États industriels traditionnels, bien que le G-7 prétende toujours être hégémonique. La mondialisation a presque dissous le schéma Nord-Sud en place.

De plus, le développement a toujours été une construction statistique. Sans le chiffre magique, le produit intérieur brut (PIB), il était impossible de classer les nations du monde. La comparaison des revenus était le point de départ de la réflexion sur le développement. Ce n’est que de cette façon que l’on peut relativiser la pauvreté ou que la richesse d’un pays est déterminée. Depuis les années 1970, cependant, une dichotomie est apparue dans le discours sur le développement, juxtaposant l’idée de développement en tant que croissance à l’idée de développement en tant que politique sociale. Des institutions telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont continué à ne considérer que l’idée de développement en tant que croissance, tandis que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), et la plupart des ONG ont mis l’accent sur l’idée du développement en tant que politique sociale. Ainsi le terme « développement » est devenu une expression fourre-tout. Les ODD sont issus de cette tradition. La croissance économique n’est plus l’objectif, mais le réductionnisme de la pensée du développement ne disparaît pas si facilement. Au lieu des chiffres du PIB, nous disposons désormais d’indicateurs sociaux – nutrition, santé, éducation, environnement – afin de cartographier la performance d’un pays. Les données permettent la comparaison, et la comparaison permet de calculer des déficits le long d’un axe du temps, tout comme entre les groupes et les nations. La réduction des déficits dans le monde a été l’objectif du développement durant ces 70 dernières années. En ce sens, l’indice de développement humain, à l’instar du PIB, est un indice de déficit ; il classe les pays de manière hiérarchique et part ainsi de l’hypothèse qu’il n’y a qu’une seule forme d’évolution sociale. C’est ainsi que la pensée du développement révèle son secret : elle vit de la dictature de la comparaison quantitative.

Perspective

L’année même de la publication de notre dictionnaire du développement, un autre livre faisait fureur : La fin de l’histoire de Francis Fukuyama. C’est ce qui a marqué l’atmosphère de l’époque : le triomphe de l’Occident avec sa démocratie et ses conditions de vie industrialisées. Vingt-cinq ans plus tard, en 2018, aucune de ses promesses ne s’est concrétisée. Au contraire, le désarroi, voire le chaos, la peur et la colère se sont largement répandus et contrastent fortement avec le triomphalisme des années 1990. Si l’on devait trouver un mot pour décrire l’atmosphère actuelle dans l’hémisphère nord et dans certaines parties de l’hémisphère sud, ce serait : la peur de l’avenir, la peur que les perspectives de vie se réduisent et que nos enfants et petits-enfants soient moins bien lotis que nous. La suspicion que les attentes suscitées par le développement ne seront pas satisfaites se répand parmi la classe moyenne mondiale. Exclus de leurs traditions, conscients des styles de vie occidentaux à travers leurs smartphones, mais aussi exclus du monde moderne, c’est le sort de trop de gens, et pas seulement dans les pays pauvres. Ainsi, la confusion culturelle et les crises écologiques alimentent la peur de l’avenir.

Quoiqu’il en soit, l’âge moderne expansif s’est enlisé et il est temps d’en sortir. En un coup d’œil, on peut identifier trois récits qui répondent à la peur de l’avenir : les récits de la « forteresse », du « mondialisme » et de la « solidarité ». La « pensée de la forteresse », exprimée par le néo-nationalisme, fait renaître le passé glorieux d’un peuple imaginaire. Les dirigeants autoritaires redonnent de la fierté ; tandis que les autres sont des boucs émissaires – des musulmans à l’ONU. Cela conduit à la haine envers les étrangers, parfois couplés à un fondamentalisme religieux. Une sorte de « chauvinisme d’abondance » s’est largement répandu, en particulier dans les nouvelles classes moyennes dont les biens matériels doivent être défendus contre les pauvres. En revanche, dans le « mondialisme », nous trouvons l’image de la planète comme un symbole archétypique. Au lieu du mercantilisme de la forteresse de « América first », les mondialistes promeuvent un monde de libre-échange idéalement déréglementé, qui a pour but d’apporter la richesse et le bien-être aux entreprises et aux consommateurs du monde entier. L’élite libérale mondialisée peut aussi avoir peur de l’avenir, mais de telles difficultés peuvent apparemment être dépassées grâce à la « croissance verte et inclusive » et aux technologies intelligentes.

Le troisième récit – la « solidarité » – est différent. La peur de l’avenir appelle à la résistance contre les puissants, les garants d’une société du chacun pour soi et la poursuite capitaliste du profit. Au contraire, les droits de l’homme – collectifs et individuels – et les principes écologiques sont valorisés ; les forces du marché ne sont pas une fin en soi, mais des moyens d’atteindre une fin. Comme l’exprime le slogan « penser global, agir local », un localisme cosmopolite se nourrit d’une politique locale qui doit aussi prendre en compte des besoins plus larges. Cela signifie l’élimination progressive du mode de vie impérialiste qu’exige la civilisation industrielle et la redéfinition de formes de prospérité frugale. Selon les mots du Pape François, actuellement l’un des plus importants hérauts de la solidarité avec son encyclique « Laudato Si » :

Nous savons à quel point le comportement de ceux qui consomment et détruisent constamment est insoutenable, alors que d’autres ne sont pas encore capables de vivre d’une manière qui soit conforme à leur dignité humaine. C’est pourquoi le moment est venu d’accepter la décroissance dans certaines parties du monde, afin de fournir des ressources pour que d’autres endroits puissent connaître une croissance saine (§193 du Laudato Si).

J’ai le sentiment que ce dictionnaire de l’après-développement s’enracine profondément dans le récit de la solidarité. Les cent entrées élucident de nombreux chemins vers une transformation sociale qui place l’empathie avec les humains et les non humains au premier plan. Ces visions s’opposent fermement au nationalisme xénophobe et au mondialisme technocratique. Il est très encourageant de constater que la théorie et la pratique de la solidarité, comme en témoigne déjà la diversité géographique des auteurs du dictionnaire, semblent avoir a atteint tous les coins du monde.

Autres ressources

Sa Sainteté, le pape François (2015), Laudato Si’

Illich, Ivan (1993), Tools for Conviviality. New York: Harper & Row.

Mishra, Pankaj (2017), Age of Anger: A History of the Present. London: Allen Lane.

Raskin, Paul (2016), Journey to Earthland: The Great Transition to Planetary Civilization. Boston: Tellus.

Sachs, Wolfgang (ed.) (2010 [1992]), The Development Dictionary: A Guide to Knowledge as Power. London: Zed Books.

Speich-Chassè, Daniel (2013), Die Erfindung des Bruttosozialprodukts: Globale Ungleichheit in der Wissensgeschichte der Ökonomie. Göttingen: Vandenhoeck & Ruprecht.

Références[+]

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