la Maison commune de la décroissance https://ladecroissance.xyz La croissance, c'est le non-sens ; le bon sens, c'est la décroissance ! Tue, 07 Sep 2021 20:41:30 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.8.1 https://ladecroissance.xyz/wp-content/uploads/2018/01/cropped-ladecroissance-1-32x32.png la Maison commune de la décroissance https://ladecroissance.xyz 32 32 Prendre ses responsabilités politiques sans renier ses convictions idéologiques https://ladecroissance.xyz/2021/09/07/prendre-ses-responsabilites-politiques-sans-renier-ses-convictions-ideologiques/ https://ladecroissance.xyz/2021/09/07/prendre-ses-responsabilites-politiques-sans-renier-ses-convictions-ideologiques/#respond Tue, 07 Sep 2021 17:29:53 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2457 La Maison commune de la décroissance n’est pas un parti politique mais un lieu commun mis à la disposition de tous les décroissants.

C’est pourquoi nos statuts nous interdisent de présenter des candidats à des élections mais nous permettent parfaitement d’intervenir dans les débats électoraux, en allant même jusqu’à soutenir certaines candidatures. Ce que nous avons fait lors des dernières élections territoriales.

Et voilà qu’arrivent l’élection présidentielle suivie des législatives.

Et voilà surtout qu’à la primaire des écologistes d’EELV la candidate de Génération Écologie (GE), Delphine Batho, se revendique de la décroissance.

Et voilà que la décroissance ainsi défendue est bien explicitement a/ non seulement une rupture avec le paradigme dominant de la croissance économique mais b/ surtout une décroissance vraiment défendue comme une baisse des productions et des consommations. Nous pouvons même lire, lors de la convention de GE : « Alors j’entends dire, et c’est normal, « mais quand même, elle exagère… c’est vrai quoi, d’accord il faut réduire la voilure, mais mieux vaudrait parler de post-croissance, de projet ni croissant ni décroissant, mieux vaudrait parler de croissance sélective, de croissance de ceci mais de décroissance de cela, mieux vaudrait se dire a-croissant… ». Et que sais-je encore ! Et plein d’autres termes très compliqués auxquels personne ne comprend rien, et qui, en fait, conviennent si bien au reste du monde politique qui fondamentalement est dans le déni du danger. « 

Nous savons bien que les promesses politiques n’engagent que ceux qui y croient mais quand même pour une fois, c’est explicitement dit. Évidemment, GE ce n’est pas la MCD ! Ne cachons pas que nous reprenons sans effort la formule du divin marquis : « GE, si vous voulez être décroissants, encore un effort ! » En particulier sur vos réticences à assumer la décroissance comme récession durable ; mais aussi sur vos promesses encore « travaillistes » de sauver l’emploi par le « réemploi » ; mais aussi… etc.

Bref, certains d’entre nous pourront participer à la primaire d’EELV (date limite d’inscription le 12 septembre) en sachant quelle pourrait être leur préférence.

Mais pas question de réduire la politique aux élections et surtout de se laisser imposer le rythme du calendrier électoral. Préférons toujours la lenteur et la patience des critiques politiquement revendiquées et surtout historiquement alimentées.

C’est pourquoi l’oeuvre de la MCD, c’est d’abord et avant tout la participation à des chantiers à la fois radicalement critiques et communs :

  Et beaucoup d’autres projets encore plus ambitieux (ouvrages, colloque…) pour faire vivre cette philosophie politique de la décroissance…

Pour lire la lettre, cliquer sur ce lien.

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Le revers de la médaille du néolibéralisme, entre productivisme et abrutissement… https://ladecroissance.xyz/2021/09/02/le-revers-de-la-medaille-du-neoliberalisme-entre-productivisme-et-abrutissement/ https://ladecroissance.xyz/2021/09/02/le-revers-de-la-medaille-du-neoliberalisme-entre-productivisme-et-abrutissement/#respond Thu, 02 Sep 2021 07:58:31 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2430 Nous relayons ici la critique du film En attendant le carnaval car le propos du film nous semble tellement caractéristique du "monde à l'envers" telle que nous le vivons. Merci à Benoit Renger pour son autorisation. Dans une société de consommation, il y a quelque irréalité politique à croire que la propriété des moyens de production serait émancipatoire : quand la question du "produit" (de son utilité, de son usage, de son sens) n'est pas posée, la propriété des moyens de production ne renverse en rien les rapports (aliénés et dominés) de production. "Perdre sa vie à la gagner" : même pas à Toritama ; même pas gagner assez pour se payer des moments de non-travail. Déjà qu'il y a quelque absurdité à travailler pour ne pas travailler (le repos, les loisirs, pour reproduire la force de travail), mais là l'absurdité est au carré : travailler pour rester dans la misère. Enfin, on voit bien quelle différence il ne faut jamais manquer de faire entre "le travail" et "l'activité". Le "travail" n'est jamais une fin en soi, mais juste un moyen pour se procurer un résultat, un intermédiaire entre l'activité réelle et le résultat (la plupart du temps, dans le travail salarié, c'est le revenu qui fournit le but). D'où le paradoxe - sinon la contradiction - de tout travail : le travail est une activité dans laquelle l'activité est secondaire. Et c'est pourquoi, travailler est toujours une souffrance ; et c'est pourquoi, le travailleur veut toujours réduire le "temps de travail" (s'il le pouvait, avec une baguette magique, il préférerait obtenir immédiatement le résultat) alors que celui qui "oeuvre" prend plaisir au fur et à mesure de la durée d'activité. A Toritama, le travail continue d'exploiter.

Contrairement aux usines chinoises qui exploitent de la main d’œuvre, ici, la main d’œuvre est maître ! Ils décident de leurs horaires, décident de travailler ou non, à quelle cadence, … et pour cause, ils travaillent tous à leur propre compte. Des micros-usines (des factions) qui ont vues le jour dans d’anciennes maisons ou garages. Des installations brinquebalantes et où le système D est devenue monnaie courante. La chaleur omniprésente, le bruit assourdissant et la vie grouillante de ces milliers de petites mains ont radicalement changé la vie de Toritama, c’est ce qu’a voulu nous montrer le réalisateur, à quelle point la ville de son enfance était devenue non pas la capitale du jean mais celle du capitalisme. Les ouvriers n’ont yeux que pour « l’or bleu », ils s’abrutissent à la tâche et ne prennent des congés qu’une fois par an, pour le fameux carnaval.

Le néolibéralisme à deux vitesses, voilà ce qui frappe le spectateur à la fin de la projection. Marcelo Gomes nous fait découvrir la ville de Toritama, une « ville usine » située au nord-est du Brésil qui se vante d’être « la capitale du jeans ». Et pour preuve, ces milliers d’habitants ne vivent que du jean, de la conception à la fabrication en passant par la vente, ces milliers de petites mains vont jusqu’à travailler 17h/jour pour confectionner des jeans afin de fournir jusqu’à plus de 20 millions d’unités chaque année.

Mais comment assister au carnaval lorsque l’on n’a pas un sou ? Les ouvriers ont beau se tuer à la tâche, ils vivent toujours sous le seuil de pauvreté et doivent (comble de l’ironie) vendre ce qui leur appartient (télévision, frigidaire, …) pour pouvoir se permettre de se payer le voyage jusqu’à la plage, là où ils pourront assister au carnaval. Tout ça pour… ça.

Le productivisme et l’abrutissement à longueur de journée les ont totalement déconnectés de la réalité.

Avis sur En attendant le carnaval, par Benoit RENGER, https://www.senscritique.com/film/En_attendant_le_carnaval/critique/231217589

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Les (f)estives 2021 étaient festives https://ladecroissance.xyz/2021/08/24/les-festives-2021-etaient-festives/ https://ladecroissance.xyz/2021/08/24/les-festives-2021-etaient-festives/#respond Tue, 24 Aug 2021 16:32:32 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2426 On s’est bien amusé, on a beaucoup réfléchi et discuté, on s’est régalé, on s’est reposé, on s’est baladé. Ainsi pourrait se résumer ces (f)estives 2021.

Mais on ne pourra pas s’empêcher de mettre au fur et à mesure de nos disponibilités les comptes-rendus des multiples interventions et ateliers :

  • Analyse du décroissance bashing par Fleur Bertrand-Montembault
  • Ateliers sur les propositions du collectif décroissance-élections
  • Inventaire de ce qui devrait disparaître dans une société post-décroissance
  • En quoi la décroissance serait une récession durable : https://ladecroissance.xyz/2021/08/21/recession/
  • Plaidoyer décroissant pour un élevage en relation avec l’animal, par Louise Boulard
  • Présentation des anarchistes naturiens par Thierry Sallantin
  • Les fins de la nature sont impénétrables par Michel Lepesant
  • Ateliers sur le post-urbain : défendre le choix de l’exode urbain, ne valoriser que les villes à taille humaine et pratiquer une discrimination négative contre les grandes villes, favoriser le maintien et l’installation de toute vie sociale « à la campagne », reprendre la question du foncier, repenser l’administration des territoires à partir des « voisinages » et des communes, récupérer la souveraineté alimentaire, retracer les réseaux de mobilité, abolir tout espace de relégation et d’exclusion…
  • Les paroles de nos goguettes
  • Des écosystèmes au territoires de l’autonomie et de la coopération, par Christian Sunt
  • Présentation et arpentage du livre de Françoise d’Eaubonne, Écologie, féminisme : Révolution ou mutation ? (1978), par Florence Benoît

(f)estives 2021 à La Freychède (Montferrier, Ariège)
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Récession https://ladecroissance.xyz/2021/08/21/recession/ https://ladecroissance.xyz/2021/08/21/recession/#respond Sat, 21 Aug 2021 05:48:50 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2416 Une définition précise de la récession a un triple intérêt pour la décroissance :

  1. Montrer que l’on ne peut pas se contenter pour définir la décroissance d’un vague « mot-obus » surtout quand il va s’agir d’éviter de se le tirer dans le pied.
  2. Valider que la décroissance est bien le contraire de la croissance et ajouter aussitôt que, dans un monde où l’économie prend (presque) toute la place (et pas que la première), la croissance (économique, mesurée par le PIB) qui – au départ – est un concept économique désigne aussi une idéologie, celle du « monde de la croissance ».
  3. Ne pas se priver de rappeler que, quand on veut avoir raison, il n’est pas inutile de rester logique.

La récession est le contraire de la croissance. La croissance est la progression de l’activité économique, qui est mesurée par le PIB 1qui est un agrégat comptable de flux monétaires, certes incomplet et donc très critiquable mais ce qui importe pour un décroissant c’est sa corrélation forte avec un autre indicateur, écologique, l’empreinte écologique, tout aussi critiquable certes mais encore une fois il faut rappeler qu’un indicateur ne donne qu’une… indication.. Une récession est le recul du PIB pendant au moins 2 trimestres consécutifs : c’est un taux de croissance négatif.

Une dépression est une forme grave et durable de récession.

La décroissance est-elle bien un recul de la croissance ? Oui.

Quelle doit être la durée de ce recul ? Le temps de revenir à une empreinte écologique (EE) soutenable va évidemment dépendre du taux de décroissance et du niveau de départ.

  • En France, l’empreinte écologique est de 2,9 (par rapport à la biocapacité mondiale, et de 1,8 par rapport à la biocapacité française). Avec un taux de décroissance de 10%/an, il faut plus de 20 trimestres de récession si on part d’une EE de 1,8. Et plus de 40 trimestres consécutifs si on part d’une EE de 2,9.
  • Ce sont certes des calculs grossiers, « à la louche », mais ils donnent un ordre d’idées suffisant pour voir que la décroissance sera une récession, et une récession durable.

Pour autant, si la décroissance est une récession, est-elle une dépression c’est-à-dire une récession grave et durable ? Durable, oui. Mais grave ?

C’est là qu’il est décisif de critiquer la croissance (économique) non comme un concept (économique) mais comme une idéologie (politique).

Car, pour la décroissance, ce qui est « grave », c’est l’encastrement de toute la société dans la seule forme de la domination économique.

Alors certes économiquement la décroissance durable du PIB sera grave mais cette « gravité » sera en réalité (sociale) un allégement du poids que l’économie fait peser sur la vie sociale.

Autrement dit, la gravité réelle, vécue, ne doit pas s’estimer économiquement mais socialement.

Quand, il y a quelques années, certains d’entre nous ont participé au livre Décroissance ou récession (2011), nous aurions dû faire davantage attention à la première phrase de la quatrième de couverture : « La décroissance n’est pas la récession économique avec son cortège de misères sociales et psychiques ».

Car ce à quoi un décroissant conséquent doit s’opposer ce n’est pas à la récession mais au « cortège de misères sociales et psychiques ».

Rejeter en tant que telle la définition de la décroissance par la récession, c’est rester prisonnier des cadres conceptuels de la croissance et donc de l’économie : c’est seulement dans ces cadres qu’une récession économique est grave… pour l’économie.

Si nous voulons nous décoloniser de ce cadre alors nous devons assumer que la décroissance sera bien une décroissance (économique) durable mais que ce ne sera pas « grave » pour la seule gravité qui compte, non pas celle de la comptabilité économique, mais celle de la vie sociale.

Bref, plutôt que de se gargariser d’une posture d’intransigeance, préférons la cohérence :

  1. La décroissance n’est pas seulement un « mot », et surtout pas seulement un « mot-obus », c’est une critique intégrale de « la croissance et son monde ». La décroissance est une idéologie.
  2. La décroissance est bien une récession de plusieurs trimestres consécutifs : c’est bien une « récession », durable. Elle ne sera pas une « dépression » si et seulement si elle réussit à s’émanciper de la colonisation économistique et pour cela elle devra être démocratique, donc volontaire.
  3. Ce n’est pas parce que toute récession n’est pas la décroissance que la décroissance n’est pas une récession.
La décroissance est une (forme de) récession ; la récession est le contraire de la croissance ; donc il faut arrêter de se contredire en affirmant que la décroissance n'est pas le contraire de la croissance. La décroissance est bien le contraire de la croissance.

C'est-à-dire a/ une baisse durable des indicateurs de la croissance économique mais surtout b/ là où la croissance est une croissance sans limites - "vers l'infini et au-delà" - la décroissance n'est pas une décroissance vers le zéro. La décroissance est juste la parenthèse (une épokhè) démocratique pour sortir du monde de la croissance. Après la décroissance - et il faudrait cesser aussi d'évoquer une "post-croissance", alors que c'est bien de "post-décroissance" dont il s'agit - nous pourrons redevenir des "objecteurs de croissance".

Dans le monde de l'objection de croissance, la production de richesse est encadrée entre un plancher (on ne tend pas vers zéro) et un plafond (on ne tend pas vers l'infini) 2Manière pour la décroissance de rendre hommage au titre français du roman d'Arthur Koestler, le Zéro et l'Infini..

Notes et références

Notes et références
1 qui est un agrégat comptable de flux monétaires, certes incomplet et donc très critiquable mais ce qui importe pour un décroissant c’est sa corrélation forte avec un autre indicateur, écologique, l’empreinte écologique, tout aussi critiquable certes mais encore une fois il faut rappeler qu’un indicateur ne donne qu’une… indication.
2 Manière pour la décroissance de rendre hommage au titre français du roman d'Arthur Koestler, le Zéro et l'Infini.
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Le Pass ou la vie https://ladecroissance.xyz/2021/08/17/le-pass-ou-la-vie/ https://ladecroissance.xyz/2021/08/17/le-pass-ou-la-vie/#respond Tue, 17 Aug 2021 09:55:07 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2410

S’écrier contre la « dictature », c’est ne pas voir que l’État moderne ne s’intéresse à la santé (biopouvoir) que pour remettre au travail 1http://www.palim-psao.fr/2021/07/la-vie-normale-par-clement-lacroute.html, il n’y a donc pas là de « crise » dictatoriale, juste la pente naturelle de l’État au service du Marché (c’est l’ordo-libéralisme). A ne pas voir cela, on peut entendre certains se perdre dans le creux débat pour savoir quelles seraient les « intentions » réelles du gouvernement dans cette affaire ; cela donne : « mais le gouvernement ne s’intéresse pas à la santé, ce n’est qu’un prétexte pour lui pour instaurer une société de surveillance et de contrôle ». Dans le monde de la technologie, un gouvernement n’a pas besoin d’avoir des intentions de contrôle et de surveillance technologiques : l’affirmer, c’est perpétuer la fable d’un Sujet pour qui la technique ne serait qu’un moyen. L’argument clef pour expliquer cela, c’est la thèse de Günther Anders qui explique que c’est la technique qui est le Sujet et non plus l’Homme (ou l’un de ses « gouvernements »). Dans ce monde où la technique est Sujet (et où c’est elle qui réussit sa révolution permanente), c’est illusion de prêter la moindre intention efficiente aux utilisateurs de la technique 2Comme il l’écrit dans L’Obsolescence de l’homme, II (2011), page 63, nous ne vivons plus dans un monde d’humains où il y a aussi des choses et d’appareils mais dans dans un monde de choses et d’appareils dans lequel il y a aussi des humains.. Pour que des gouvernements utilisent des techniques de contrôle, il suffit juste que ces techniques soient disponibles ; ce qui est le cas, avec les drones, les QRcode… Pas besoin de chercher une intention, c’est juste une aubaine telle que la technologie fournit sans cesse aux pouvoirs les moyens de s’exercer. Le QR (quick response) code, c’est en réalité l’irresponsabilité précisément parce que la responsabilité demande un délai de response que le quick interdit.

C’est dans l’esprit de cette analyse que nous publions le texte suivant.

Le Pass sanitaire n’est rien. Ou plutôt il n’est que l’une des manifestations visibles de la machinerie de domination technologique totale qui s’est mise en place depuis les années 90 et la généralisation progressive d’Internet et des NTIC.

S’en prendre au seul Pass ou à l’application StopCovid c’est presque ne rien dire et ne rien faire. Car c’est l’ensemble des technologies numériques qui par nature sont totalitaires et liberticides. Par leur conception même et leurs technologies ces joujoux permettent le flicage, le traçage, le profilage, la géolocalisation, donc il est dans leur fonctionnement normal (et non exceptionnel ou extraordinaire) de fliquer, de tracer, de profiler, de géolocaliser. Un couteau coupe. Un ordinateur ou un téléphone portable espionne. Il n’y a pas de NTIC confidentielles ou démocratiques.

L’espionnage dans un mouchard de poche

On l’avait toujours su, remisé quelque part au fond de notre mémoire, à tel point qu’on ne s’en souciait plus : nous avions un espion (étatique ou privé, commercial, social, politique…) dans la poche (ou sur le bureau). On nous demande simplement aujourd’hui de le reconnaître officiellement et de le remercier pour sa vigilance de tous les instants.

En réalité, ce n’est pas nouveau. Les cookies étaient là depuis l’origine du réseau qui enregistraient nos recherches, nos visites, nos clics, nos téléchargements. Couplés aux algorithmes, ils permettaient de dresser notre portrait de consommateur et de citoyen, et enfin d’anticiper et d’influencer nos comportements. Quand il est devenu trop voyant que les entreprises privées et les états collectaient nos données, les marchandaient, les recoupaient afin de servir à leurs propres objectifs, toute la clique des démocrates professionnels (politiciens, ONG, alter-technophiles…) nous ont fait croire que nous restions les seuls maîtres de notre vie privée. A grand bruit, les institutions étatiques et transnationales ont accouché partout de souris démocratiques : maintenant, nous étions simplement obligés de cliquer pour valider notre filature. Les GAFAM et tous les autres nous laissent le choix : accepter leurs règles de non confidentialité ou ne pas accéder à leurs services (ou pas entièrement). Oui ou oui.

Tout opérateur Internet nous suit à la trace (l’actualité le prouve à chaque arrestation : du simple contrevenant au pire des poseurs de bombes, du militant des droits de l’Homme à l’employé indélicat, toute enquête permet d’accéder à l’historique des navigations, aux profils Facebook personnels, aux boîtes mails, à toutes les interactions sur Internet, à toutes les transactions bancaires etc.).

Le portable, c’est la même chose mais avec la cerise sur le réseau: il donne aussi votre position en temps réels et peut tracer l’historique de vos déplacements, dans la vraie vie. L’intermédiaire entre l’ordinateur de bureau et le smartphone, c’est la carte bancaire qui ne vous suit qu’en pointillé. Un peu comme les caméras de vidéos surveillance : le filet a des mailles serrées mais il y a quand même des angles morts.

En conjuguant ces technologies convergentes (ordi, téléphone portable, carte bancaire, borne biométrique, caméras, puces RFID…), l’État, les entreprises privées ou les hackers, peuvent tout savoir de vous. Et c’est ce qu’ils font.

On ne vous apprend rien. C’est bien là le problème. Nous savons tout ça depuis longtemps et nous l’avons accepté, en bloc ou par paliers. Et ceux qui emploient ces technologies savent que nous savons et que nous acceptons.

Quant aux zécolos, ils mettent en place la « mobilité connectée » (donc tracée) jusque dans notre techno-vallée : du Vélib’ à la voiture à hydrogène partagée (par carte bleue interposée) quand ils ne sont pas occupés comme à Grenoble à bichonner les entreprises chinoises ou tricolores de la Tech, ou à pucer les poubelles comme à Lille. D’autres, candidats au pouvoir, planifient tranquillement la colonisation des fonds marins et la conquête spatiale anticapitaliste. Pourrir la Terre ne suffisait pas. Pollutions et soumission d’avant-garde pour tou-te-s.

Bientôt 30 ans de soumission numérique volontaire

30 ans qu’on essaie d’oublier qu’on a validé il y a longtemps le principe de ces bracelets électroniques généralisés. Alors pourquoi se gêneraient-ils aujourd’hui comme en France avec le Pass sanitaire qui va servir à trier le bon grain de l’ivraie, le bon citoyen vacciné du mauvais ? La Chine n’est pas notre avenir, mais le présent de tous les pays suffisamment équipés en prothèses technologiques. Face aux catastrophes en chaîne, notre survie serait à ce prix. Voire. Mais la survie, est une sous-vie et ce n’est déjà plus la vie. La crise du Covid aura au moins servi à ouvrir les yeux à ceux qui trouvaient que les techno-critiques en faisaient un peu trop. Volontairement ou à marche forcée, il faudra bien progresser.

Bien sûr, le Pass ne doit pas passer.

fera flores, collectif diois.

Notes et références

Notes et références
1 http://www.palim-psao.fr/2021/07/la-vie-normale-par-clement-lacroute.html
2 Comme il l’écrit dans L’Obsolescence de l’homme, II (2011), page 63, nous ne vivons plus dans un monde d’humains où il y a aussi des choses et d’appareils mais dans dans un monde de choses et d’appareils dans lequel il y a aussi des humains.
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En quoi la décroissance porte bien son nom https://ladecroissance.xyz/2021/08/07/en-quoi-la-decroissance-porte-bien-son-nom/ https://ladecroissance.xyz/2021/08/07/en-quoi-la-decroissance-porte-bien-son-nom/#respond Sat, 07 Aug 2021 17:05:38 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2404 Chacun a évidemment le droit de ne pas être « décroissant ». Mais cela devient plus difficile quand celui qui vient de se dire décroissant rajoute que « décroissance » n’est pas le mot adéquat. Il faudrait savoir !

Souvent dans ce cas, le décroissant qui est décroissant mais sans vouloir le dire précise qu’il est d’accord pour une décroissance économique – ouf, c’est déjà ça – mais qu’il y a des domaines où la croissance serait souhaitable. Bref, il essaie de faire le tri entre ce qui pourrait croître et ce qui devrait décroître.

Ce qu’il omet de voir c’est que la critique décroissante porte sur le fait que quand l’économie est dominée par la croissance alors c’est toute la société qui est dominée par l’économie, et c’est alors toute la société qui devient non pas « une société avec une économie de croissance » mais une « société de croissance ». La croissance n’est pas simplement un concept économique, c’est un concept qui, quand il est à ce point colonisateur, devient une idéologie entière : la croissance est un « monde ». C’est même « le » monde, le monde de la colonisation par l’imaginaire de la croissance.

L’extension du domaine idéologique de la croissance est sans limite.

On peut le voir particulièrement à propos du bonheur, cette « idée neuve en Europe » selon la dernière phrase du fameux discours de Saint-Just du 3 mars 1794.

Car aujourd’hui, le décroissant qui ne veut pas porter son nom défend souvent l’idée que le bonheur pourrait ou même devrait croître. Comme si le bonheur qui est de l’ordre de l’être devrait lui aussi succomber à la démesure et à la quantification par l’avoir. C’est en effet vraiment une idée moderne car il serait bien difficile de trouver dans les sagesses passées du monde entier le moindre sage qui n’aurait pas défini le bonheur précisément par la stabilité, la constance et l’équilibre. Tout sauf la croissance !

Alors oui, le bonheur n’est pas un domaine que la croissance devrait coloniser. Oui une croissance du bonheur serait un oxymore.

Et voilà pourquoi la décroissance peut être sinon heureuse, du moins être une recherche (sereine) du bonheur.

Pour lire la lettre, cliquer sur ce lien.

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« Comme par hasard ! » https://ladecroissance.xyz/2021/07/31/comme-par-hasard/ https://ladecroissance.xyz/2021/07/31/comme-par-hasard/#respond Sat, 31 Jul 2021 16:41:58 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2385 Il y a trente ans, Albert O. Hirschman publiait son fameux essai sur Deux siècles de rhétorique réactionnaire (1991) dans lequel il repérait les trois grandes figures de l’argumentation réactionnaire.

  • La thèse de l’effet pervers (perversity) selon laquelle les effets d’une réforme peuvent être pires que la situation de départ.
  • La thèse de l’inanité (futility) selon laquelle les effets d’une réforme seraient nuls et que donc la réforme serait inutile.
  • La thèse de la mise en péril (jeopardy) selon laquelle toute nouvelle réforme mettrait en danger les bienfaits de la réforme précédente.

Chacun d’entre nous, surtout s’il s’est laissé embarquer dans une tentative de dialogue avec quelqu’un qui en réalité ne veut pas discuter, a déjà rencontré cette rhétorique. Et a pu constater qu’alors même que ces arguments se contredisent entre eux – la mise en péril contredit l’inanité qui contredit la perversité qui contredit la mise en péril –, un même sophiste n’hésite pas à les enchaîner.

Il est facile de repérer aujourd’hui le réemploi de chacun des 3 types d’argument :

  • Le masque, le confinement, le couvre-feu et même le vaccin seraient pires que le mal qu’ils prétendraient guérir. Le masque provoquerait hypoxie et excès de dioxyde de carbone. Le couvre-feu inciterait aux fêtes privées plus dangereuses encore qu’une nuit en boîte. Le vaccin serait plus dangereux qu’une pandémie qui n’existerait d’ailleurs pas.
  • Les gestes barrières, le confinement, le couvre-feu et même le vaccin ne seraient pas des protections absolument efficaces contre la propagation du virus : ils ne servent à rien d’un point de vue sanitaire (donc leur utilité est seulement d’instaurer une société de contrôle et de biopouvoir).
  • Si je mets un masque et que je respecte les gestes barrières, pourquoi m’empêcher de me divertir dans les fabriques du loisir marchandisé que sont devenus ce qui étaient – à une époque, ah oui, laquelle ? – des lieux de culture ?

L’intention d’Albert O. Hirschman était de remettre les années Reagan en perspective d’une rhétorique réactionnaire qui depuis les révolutions française et américaine s’opposait à tout « progressisme ». Et dans nos années trumpistes, celle des « faits alternatifs » et des fake news, que devient cette rhétorique réactionnaire ? Et particulièrement à l’occasion de la pandémie actuelle et de son déferlement de complotisme ?

Le principal changement me semble l’apparition vedette du fameux « comme par hasard ! ».

Commençons par signaler :

  1. Que corrélation n’est pas cause. Ce qui fait une « cause » n’est pas la coïncidence mais la répétition corroborée de la séquence cause → effet. Au départ, cette séquence est juste une hypothèse qui est alors soumise à des procédures de réfutation et par la suite, tant que cette hypothèse n’est pas invalidée, alors elle est tenue pour une loi « vraie » qui permet donc des prédictions du type si telle cause alors tel effet.
  2. Que le hasard n’est pas une explication tout simplement parce qu’il ne fait que constater l’absence d’explication. Le hasard est une non-explication ; vouloir l’utiliser comme explication est juste au mieux une contradiction, sinon une manipulation intellectuelle. J’avais bien lu que, dans La société du spectacle (1967), Guy Debord nous avertissait que « dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux », mais les progrès de cette antidialectique 1Car dans la dialectique hégélienne, c’est le faux qui est un moment du vrai, mais ce moment est dépassé, aufheben. semblent aujourd’hui faire des pas de géants.

La rhétorique du hasard semble donc plutôt tenir de la pensée magique (des effets sans causes, des inversions entre cause et effet, des causes confondues avec des intentions) que de la raison commune. Et voilà pourquoi elle peut, en même temps, provoquer un effet de renforcement quand elle est utilisée dans les milieux de la dissociété et de l’archipélisation (ces milieux de l’entre-soi où on ne rencontre plus que des « mêmes »), et empêcher tout débat contradictoire (dans lequel l’échange des arguments opposés n’est possible qu’à la condition préalable et tacite d’un fond commun rationnel 2Dans une conversation de ce genre, quelqu’un m’a même récemment reproché de discuter en voulant avoir raison ! Ah bon, parce qu’on pourrait discuter en s’appuyant sur des arguments que l’on sait explicitement faux ?.

Que faire si ce fond commun qui rend possible toute discussion est lui-même d’avance sapé par les partisans de l’explication par le hasard ?

Depuis Socrate – mais Vladimir Jankélévitch l’a rappelé plus récemment – l’ironie est la dernière pédagogie à la disposition de celui qui ne veut pas désespérer de la possibilité même de faire vivre les trois conditions de réussite d’une discussion, à savoir la tolérance, la conviction et la cohérence 3https://decroissances.ouvaton.org/2021/07/14/ce-que-parler-ne-veut-plus-rien-dire/.

Alors ironisons.

Le Covid-19 est apparu au même moment où le projet de réforme des retraites battait de l’aile, il tue principalement ceux qui ont l’âge de partir en retraite, et ceux qui, déjà à la retraite, plombent les comptes de l’assurance retraite. COMME PAR HASARD !

On sait que l’aluminium peut être dangereux pour la santé et qu’il est utilisé comme adjuvant dans les vaccins classiques. Et voilà que les vaccins développés par Pfizer/BioNTechn et Moderna et qui reposent sur l’ARN messager n’utilisent pas d’aluminium. COMME PAR HASARD !

Il n’y a que les gogos qui s’informent sur le site CovidTracker car les vraies informations se trouvent d’abord sur le site ReinfoCovid dont le nom est un rappel à l’un des ancêtres des sites complotistes, le fameux ReOpen9/11 (Site qui réclamait à propos des attentats du 11 septembre toute la vérité la plus absolue sinon rien)). COMME PAR HASARD !

A cause de la pandémie, il est devenu quasiment interdit de voyager et d’aller au bout du monde, juste au moment où l’on allait enfin pouvoir vérifier la vérité des thèses platistes. COMME PAR HASARD !

Les anti passe sanitaire appellent à manifester un 31 juillet alors que lendemain les prix du gaz et de l’électricité vont augmenter. COMME PAR HASARD !

Les coronasceptiques reprennent formellement la rhétorique des climatosceptiques, exactement comme le font Donald Trump et Jair Bolsonaro. COMME PAR HASARD !

Alors que les gouvernements occidentaux, qui depuis des années pratiquent des politiques de déflation du personnel dans les services publics de santé, ne savaient plus comment poursuivre cette réduction des coûts, voilà que surgit une pandémie qui épuise les personnels et provoque la plus grande vague de démission. COMME PAR HASARD !

Alors que le mouvement des gilets jaunes semblait s’éteindre dans quelques soubresauts de violence, voilà que les mesures des gouvernements libéraux-autoritaires remettent dans la rue des manifestants. COMME PAR HASARD !

Quand des lanceurs d’alerte affirment que c’est pendant une vaccination qu’un virus aurait le plus de probabilité de muter, voilà que c’est pendant la quatrième vague de la pandémie que les gouvernements relancent la vaccination, sans parler d’Israël ou de l’Angleterre qui lancent même une troisième dose. COMME PAR HASARD !

A 1 an d’une élection présidentielle où l’extrême-droite maintient toutes ses chances de gagner le premier tour, sinon le second, la plupart des appels à organiser la « résistance » contre la « dictature » sanitaire émanent de ces organisations où l’ordre a toujours pris le pas sur le respect des libertés individuelles. COMME PAR HASARD !

Les antivaccins ont concentré leurs attaques contre les risques de l’AstraZeneca, vaccin à vecteur viral, alors que c’est le seul vaccin distribué à prix coûtant. COMME PAR HASARD !

Alors qu’il semblerait tellement provocateur et maladroit de s’affirmer pro-pandémie, plutôt qu’anti-vax ou anti-masque, voilà que le gouvernement continue sa propagande faite d’autoritarisme bravache et de communication à la  fois martiale et tâtonnante, comme pour n’encourager que des critiques biaisées. COMME PAR HASARD !

Alors que le film Hold-Up a eu le succès que l’on sait, voilà que les lettres à chaque bout de son titre, le H et le P, évoquent l’Hôpital Psychiatrique 4Variante : Hewlett Packard.. COMME PAR HASARD !

Alors que je pourrais reprendre 1 à 1 chacun de ces sophismes et montrer comment consolider et fonder des critiques sans les abimer par ce simulacre d’explication qu’est le « comme par hasard », voilà que je me contente d’ironiser. COMME PAR HASARD !

Finalement, l’ironie, comme le rire, peut être jaune.

La rhétorique du « comme par hasard » alimente une critique tronquée des mesures libérales-autoritaires du gouvernement, dont le principal danger est de faire diversion – sinon écran – sur les critiques radicales qui devaient lui être adressées.

Notes et références

Notes et références
1 Car dans la dialectique hégélienne, c’est le faux qui est un moment du vrai, mais ce moment est dépassé, aufheben.
2 Dans une conversation de ce genre, quelqu’un m’a même récemment reproché de discuter en voulant avoir raison ! Ah bon, parce qu’on pourrait discuter en s’appuyant sur des arguments que l’on sait explicitement faux ?
3 https://decroissances.ouvaton.org/2021/07/14/ce-que-parler-ne-veut-plus-rien-dire/
4 Variante : Hewlett Packard.
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https://ladecroissance.xyz/2021/07/31/comme-par-hasard/feed/ 0
Almanach d’un comté des sables, de Aldo Leopold https://ladecroissance.xyz/2021/07/21/almanach-dun-comte-des-sables-de-aldo-leopold/ https://ladecroissance.xyz/2021/07/21/almanach-dun-comte-des-sables-de-aldo-leopold/#respond Wed, 21 Jul 2021 11:06:13 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2373 Présentation de J.M.G. Le Clézio, Traduction d’Anna Gibson, Éditions Garnier-Flammarion. 2000.

Un livre célèbre, souvent célébré et cité dans les textes écologiques et écrits de « nature writings » nord-américains. L’Almanach est publié en 1949 aux États-Unis, l’examen auquel il conduit, les prémonitions qu’il induit demeurent – plus que jamais – d’actualité.

Il bénéficie d’une notoriété approchant celle du « Printemps silencieux » de Rachel Carson. La quatrrième de couverture considère l’ouvrage de l’importance de « Walden » de Henri David Thoreau.

Dans l’hexagone, il amplifie une sensibilité « rousseauiste », que l’on peut effleurer dans « La Nouvelle Héloïse », et « Les rêveries du promeneur solitaire » de J-J Rousseau.

Éloges faites et méritées, il me faut confesser que j’ai lu ce livre il y a quelques semaines seulement et sur les conseils d’une bibliothécaire officiant (fort bien) dans ma commune…

La préface de J.M. Le Clézio est bienvenue pour inciter à une lecture poétique-politique.

« Voici un livre que chacun devrait avoir avec soi, amoureux de la nature ou simple promeneur du dimanche, aventurier du retour à la terre ou sympathisant du mouvement écologiste dans sons sac ou sa bibliothèque […].

Que dit-il ? Très simplement (mai non de façon simpliste) la nécessité de faire,une révolution.

Et c’est la force première de l’Almanach; il y a dans ces pages l’expérience d’un homme, toute sa vie : durant ce demi-siècle, Aldo Leopold a vécu le passage du monde ancien à l’âge nucléaire, il a expérimenté tous les progrès et tous les échecs de l’époque moderne. » […].

Plus loin, quelques lignes de tonalité quasi décroissante.

« Voilà le sens révolutionnaire de l’Almanach, la raison pour laquelle, au milieu de tant de traités et d’un tel bruissement d’idées, il a pris cette importance, car tout de qu’il dit est simple et clair : que dans notre monde d’abondance de biens et d’appauvrissement de la vie, nous ne pouvons plus ignorer la valeur de l’échange et de la nécessité de l’appartenance – ce fragile équilibre qu’il résume dans le motif de « l’éthique de la nature » et qui sera le souci du siècle à venir. »

Programme motivant, non ?

Morceaux choisis entre janvier et décembre, Almanach oblige

Dégel de janvier.

« Chaque année, après les tempêtes de neige du cœur de l’hiver, survient une nuit de dégel où le tintement de l’eau qui goutte traverse le pays réveillent sur son passage les créatures assoupies pour la nuit et d’autres qui dormaient depuis le début de l’hiver. »

Le retour des oies. Le Printemps.

« Une hirondelle ne fait pas le printemps, dit-on. Mais un vol d’hirondelle fendant l’obscurité d’un dégel de mars, c’est le printemps même.

Grace au commerce international des oies, le maïs abandonné de l’Illinois traverse les nuages jusqu’à la toundra arctique, il se combine au soleil abandonné d’un mois de juin sans nuit afin de fabriquer des oisons pour tous les pays intermédiaires. Et ce troc annuel, nourriture cotre lumière, chaleur d’hiver contre solitude d’été, le continent entier retire le bénéfice net d’un poème sauvage balancé du haut d’un ciel noir sur les boues de mars. »

Superbe, non ? Et, félicitations à la traductrice, Anna Gibson pour la restitution poétiquement exacte.

Au mois de juin, on peut voir fleurir… En juillet une pensée sévère…

Sa ferme dans le Wisconsin

« D’avril à septembre, il y a en moyenne dix plantes sauvages qui entrent en floraison chaque semaine. Au mois de juin, on peut voir fleurir jusqu’ à une douzaine d’espèces en une seule journée.

Une pensée sévère en été :  L’homme mécanisé, oublieux des fleurs est fier des progrès accomplis dans le nettoyage du paysage dans lequel il doit,, bon gré, mal gré passer ses jours. »

Automne. Septembre.

«Viens septembre, le jour commence à se lever sans le secours des oiseaux. Un moineau chantera peut-être sans conviction, une bécasse égrènera quelques notes dans le ciel, en route vers son fourré diurne. Une chouette rayée clora l’argument de la nuit par un dernier appel tremblant mais, pour les autres, c’est à peine s’ils ont encore quelque chose à dire ou à célébrer. »

Hiver. Décembre. Pins sur la neige. Les poètes et les dieux…

« Les actes de créations sont ordinairement réservés aux dieux et aux poètes, mais des gens normaux peuvent contourner leur handicap. Pour planter un pin par exemple, il n’est pas nécessaire d’être un dieu ni un poète, seulement de posséder une bêche. En vertu de cette curieuse lacune dans les règlements, n’importe quelle peut dire : « que cet arbre soit » – et voilà qu’il y a un arbre. Bientôt vous pourrez admirer votre pin sur la neige… »

*

L’almanach est enrichi de quelques croquis, textes circonstanciés et dessins.

A la page 172, nous croisons rapidement un vieil ami : « C’est peut-être cela l’idée contenue dans la proposition de Thoreau : le salut du monde passe par l’état sauvage. C’est peut-être cela, le sens caché du hurlement du loup, bien connu des montagnes, mais rarement perçu par les humains. »

*

Petite bio

Aldo Leopold est né à Burlington dans l’Iowa le 11 janvier 1887. Il obtient sa maîtrise de sylviculture et rejoint l’office américain des forêts.

Leopold a été tout au long de sa vie, aux avants-postes du mouvement pour la protection de la nature. S’il est devenu célèbre en tant qu’auteur de l’Almanach d’un comté des sables, c’était aussi un scientifique de réputation internationale.

Il est mort d’une crise cardiaque le 21 avril 1948.

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Dossier : sur le revenu inconditionnel https://ladecroissance.xyz/2021/06/26/dossier-sur-le-revenu-inconditionnel/ https://ladecroissance.xyz/2021/06/26/dossier-sur-le-revenu-inconditionnel/#respond Sat, 26 Jun 2021 04:49:43 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2278

Pourquoi consacrer un dossier à la défense du revenu inconditionnel alors que cette proposition est loin de faire consensus même parmi les décroissants ?

  1. Parce que cette proposition de revenu inconditionnel est conforme à l’objectif du « noyau philosophique » de la MCD, à savoir une critique radicale de l’individualisme.
  2. Parce que cette proposition de revenu inconditionnel est conforme au fondement du « noyau philosophique » de la MCD, à savoir un choix politique pour les limites, et tout particulièrement pour la double limite plancher-plafond.
  3. Parce que cette proposition de revenu inconditionnel fournit un mobile conforme au « noyau philosophique » de la MCD, à savoir un mobile capable de nourrir de l’espoir-désir (et non pas de l’espoir-croyance), et surtout capable de se décliner suivant les « étapes » de la décroissance et de la post-croissance.
  4. Parce que la proposition que Baptiste (Mylondo) et Michel (Lepesant) proposent est construite pour éviter (presque ?) toutes les objections adressées aux autres variantes du revenu universel.

Le revenu inconditionnel, variante Mylondo-Lepesant

Quelles sont les caractéristiques principales de cette proposition du revenu inconditionnel ?

  • Il est doublement inconditionnel : non seulement il est accordé à tout membre de la société 1N’oublions qu’au dessus d’un certain plafond, les revenus seront imposés à 100 %, et à la source., sans aucune exclusion mais il est accordé sans contrepartie « laborieuse ».
  • Il est doublement suffisant : son montant est suffisant pour permettre une vie décente (socialement) et responsable (écologiquement). Il est articulé avec un plafonnement des revenus et des patrimoines : au-delà du plafond, ça suffit !
  • Il est accordé en 3 parts qui, suivant les « époques » peuvent être différemment réparties : monnaie locale, gratuités et monnaie commune.

Quelques premières explications

  1. L’inconditionnalité signifie bien l’exclusion de l’exclusion de tout membre d’une société ; pourquoi ? Parce que le RI reconnaît l’utilité sociale de tous les membres d’une société : ce principe est évidemment totalement opposé à l’un des piliers de la société de croissance, à savoir la méritocratie (individualisante). Toute personne, quelle que soit son activité, participe de la vie sociale et mérite reconnaissance. « Un revenu, c’est un dû ». Il n’y a donc pas à exiger une contrepartie en échange du versement du RI, parce que c’est le RI qui est déjà la contrepartie de l’utilité sociale de toute activité (nous excluons quand même les activités jugées socialement illicites). Pour réfuter cette inconditionnalité, il faudrait a/ fournir une condition qui soit compatible avec les « valeurs » de la décroissance et b/ refuser le principe d’une production sociale – et non pas individuelle – de la richesse. Ce qui reviendrait à justifier le mythe du self made man, ce type qui s’est éduqué tout seul, sous les pas duquel la route se bitume automatiquement, qui a construit l’hôpital où il se fait soigner, qui a vendangé la vigne dont il boit le vin… Le RI est accordé à tous ceux qui participent à la reproduction de la vie sociale ; or tout le monde y participe ; donc le RI revient à toutes et tous, inconditionnellement.
  2. Pas de revenu inconditionnel sans revenu maximum, pas de plancher sans plafond, et réciproquement. Cet « espace écologique » des revenus permet d’articuler les combats contre la misère et contre les inégalités. Pour le RI, non seulement la question de la justice n’est pas un « phlogiston social » (Marx) mais le combat contre les inégalités est également celui contre la misère, que nous ne confondons surtout pas avec la pauvreté : manquer du superflu, ce n’est pas exactement la même chose que manquer du nécessaire.
  3. La proposition du RI peut se décliner tout au long du trajet de décroissance qui ferait sortir du monde de la croissance, non seulement à l’époque de la décroissance mais aussi dans un monde post-décroissance. Dès aujourd’hui, sous la forme d’une retraite inconditionnelle d’un montant unique accordée à toute personne de plus de 60 ans. Mais à terme post-décroissant, sous la forme de gratuités, de monnaie locale et de monnaie publique, le RI serait un bon moyen de partager avec justice la totalité de la valeur ajoutée par les activités : à ce terme, l’économie aurait été remise à sa place et ne serait plus ce système injuste d’allocation des surplus à une minorité de privilégiés mais un système sachant articuler sobriété personnelle et dépenses collectives.

La défense du RI ainsi défini n’est donc pas indigne d’un point de vue décroissant.

  • Rupture avec la vieille dualité libérale-bourgeoise entre activités productives et activités improductives. Pour les défenseurs du RI, il faut accorder a/ non seulement priorité à la sphère de la reproduction sociale sur la sphère de la production économique, mais b/ reconnaissance à tous les membres d’une société pour leur participation : et pour participer, il suffit d’appartenir. C’est sur cette rupture que pourra se fonder le féminisme de la décroissance.
  • Rupture avec la fable libérale-bourgeoise d’une origine individuelle de la création de valeur-richesse. C’est cette fable qui validerait le principe méritocratique et propriétariste par le travail : le travail justifierait a/ la propriété privée (John Locke) et b/ les inégalités primitives. Tout au contraire, d’un point de vue décroissant, ne faut-il pas plutôt a/ porter une critique radicale contre la valeur-travail et b/ défendre, quant à la propriété, la priorité du commun sur le privé ?
  • Reste une question décisive adressée aux adversaires du RI : si vous validez le principe d’une origine sociale de toute production, comment faire autrement que de rendre à ceux qui ont donné, compte évidemment tenu de ce qui revient au commun en tant que tel ?

Des polémiques

Pour un survol des objections adressées au revenu universel et plus particulièrement au revenu inconditionnel, on peut lire le verbatim de l’audition de Baptiste Mylondo au Sénat, le jeudi 30 juin 2016 : https://www.senat.fr/rap/r16-035/r16-03520.html.

Les mondes fantômes des adversaires de l’égalité
Le site A l'encontre publiait fin décembre 2016, une critique par Michel Husson contre le revenu universel. Il publie aujourd'hui ma réponse à cet article ; article …
Trêve de paternalisme. Les classes populaires réfléchissent aussi !
Le revenu inconditionnel signifie bien plus qu’un droit au revenu et au temps libre pour les classes populaires, c’est aussi un droit à l’autonomie et la reconnaissance …
Qui n’a droit à rien ?
Soit le revenu (universel) est inconditionnel, soit il ne l'est pas. Et dans ce cas, il y a ceux qui y ont droit et ceux qui n'y …
Le faux problème du financement
Le revenu inconditionnel à cette vertu particulière d’interpeller notre société, de mettre en lumière ses injustices, ses incohérences et ses aberrations. Il est salutaire de passer notre …
Arrêtez de caricaturer le revenu inconditionnel
Reporterre a repris une tribune de son partenaire Silence posant des questions critiques sur l’idée du revenu de base. D’où cette réponse, mi-courroucée, mi-ironique. Le débat continue. …
Réponse à la Décroissance de l’été 2013
Un article du numéro d'été du journal La Décroissance interpelle les défenseurs décroissants du revenu inconditionnel, dont je suis. Naïf, j'ai cru y voir une invitation au …

Une critique du travail

Travail
Le travail jouit d'un tel prestige dans nos mondes modernes que même certains de leurs critiques les plus virulents sont prêts à lui faire une place dans la décroissance alors que le travail, avec …
Mais qui fera les « sales boulots » (à ma place…)?
L'objection adressée aux défenseurs de gauche du revenu inconditionnel se renverse en fait en sévère critique adressée à notre société, ici, et maintenant. Qui fera les « sales boulots » si l'on introduit un …
Le salaire du labeur
En marge de la souffrance au travail, voilà donc la souffrance du travail. Une souffrance ordinaire, largement répandue mais trop souvent ignorée par la sociologie du travail. Qui se soucie de savoir si les …

Une question de justice sociale

Pourquoi Macron n’aura pas besoin de battre en retraite sur l’essentiel de la réforme des retraites ?
Critique de la réforme des retraites et proposition en faveur d'une retraite inconditionnelle
L’inconditionnel et le gratuit
Cet article s’articule autour de 2 axes : l’un, polémique, consiste à refuser la tendance chez certains décroissants à défendre une proposition contre une …
Pas de revenu inconditionnel suffisant sans revenu maximum suffisant
Pourquoi est-il tout aussi illogique de proposer un RU sans RM qu’un RM sans RU. Comment, en-deçà du plancher de la misère et au-delà …
Pour une politique décroissante des revenus
Le RI au cœur de 8 autres propositions qui pourraient constituer une Politique générale des revenus : la déspécialisation de l’activité (indivision sociale de …
Revenir à la société : la question du revenu inconditionnel
Pour une conception ATTACquante et non pas défensive de la protection sociale : acquérir de nouveaux avantages en faveur de la société. Publié dans …
Réclamons mieux que 1700 euros
Article co-écrit avec Baptiste Mylondo et publié dans le numéro 4 des Z'IndignéEs de novembre 2012 Au nom de leurs « valeurs », les décroissants peuvent-ils …

Notes et références

Notes et références
1 N’oublions qu’au dessus d’un certain plafond, les revenus seront imposés à 100 %, et à la source.
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Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIème siècle https://ladecroissance.xyz/2021/06/24/vivre-avec-les-animaux-une-utopie-pour-le-xxieme-siecle/ https://ladecroissance.xyz/2021/06/24/vivre-avec-les-animaux-une-utopie-pour-le-xxieme-siecle/#respond Thu, 24 Jun 2021 18:52:57 +0000 https://ladecroissance.xyz/?p=2280 Jocelyne Porcher est chercheuse à l’INRAE en sociologie, spécialisée sur les questions de relation humain/animaux d’élevage et sur le travail animal en élevage.

Elle a publié un grand nombre d’articles scientifiques, et écrit plusieurs ouvrages dont Éleveurs, réinventer le lien, La mort n’est pas notre métier, Manifeste pour une mort digne des animaux ou encore Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIème siècle.

Écrit en 2011, ce livre est plus que jamais d’actualité. Devant les inquiétudes soulevées par la montée en force du véganisme et des mouvements visant à libérer les animaux d’une prétendue domination humaine, la lecture de cet ouvrage permet aux éleveurs et propriétaires d’animaux de poser des mots sur leur intuition : après 10 000 ans d’histoire, l’élevage n’est pas à mettre à la poubelle !

Les productions animales ne sont pas de l’élevage !

La première partie du livre insiste beaucoup sur cette idée que l’on retrouve dans tout le travail de Jocelyne Porcher : la grande différence entre les productions animales et l’élevage. Les productions animales, nées avec la zootechnie dans la seconde moitié du XIXème siècle, correspondent à une industrialisation du rapport à l’animal, considéré comme une machine à produire.

« L’élevage est une relation de travail avec les animaux. […] C’est pourquoi, précisément, l’élevage n’est pas seulement une activité de production, il ouvre sur des enjeux qui dépassent les cadres alimentaires et environnementaux auxquels il est trop souvent cantonné. »

« Cet « être ensemble » avec les animaux est fondé, chez la majorité des éleveurs, non sur des bases contractuelles mais sur l’affectivité et sur le sens moral. »

L’auteure met également en exergue l’écueil qui voudrait que les bêtes aient une vie la plus proche possible de la « nature ».

« La vie bonne d’un animal d’élevage n’est pas celle d’un animal « sauvage ». Ce qui fait la différence, c’est la relation aux humains et le fait que la vie bonne s’inscrit dans un rapport de don. La vie bonne, c’est la reconnaissance des animaux, ce n’est pas le détachement. »

« Or il n’y a pas d’élevage industriel. Ces deux mots sont antinomiques. Là où est l’industrie, l’élevage n’est plus possible. »

Les promesses du travail/les productions animales

Jocelyne Porcher s’appuie sur son expérience personnelle en porcherie industrielle pour dénoncer la condition des éleveurs dans ce contexte qui veut faire prendre les vessies de l’industrie pour les lanternes de l’élevage. Elle insiste sur leur désespoir, et sur les confusions actuelles qui pèsent sur l’élevage.

« Pour les éleveurs eux-mêmes, l’absence de discernement collectif brouille le sens du travail et du métier. »

« […] les consommateurs se voient vivement conseillés de « végétaliser leur assiette », voire de devenir végétariens. Or, les éleveurs sont des consommateurs comme les autres. Ils sont pris entre le rapport aux animaux et à l’alimentation construit par leur métier et ce qui est porté dans l’espace public : manger des produits animaux nuit gravement à l’environnement, à la santé, et aux animaux eux-mêmes. Élever les animaux relève donc d’un spécisme caractérisé et les tuer est un crime. »

Elle étend ensuite à toute la société cette perte de repères du rapport aux animaux.

« Notre relation aux animaux d’élevage et, plus largement, aux animaux domestiques est donc aujourd’hui fort confuse. […] Les animaux d’élevage, l’élevage lui-même, sont en voie de disparition. […] La perte reste inaperçue car nous ne savons pas ce que nous sommes en train de perdre. […] L’élevage ne se résume pas à sa rationalité productive. L’élevage est un pan de notre culture, un pan de notre histoire. De l’histoire des hommes et des animaux. […] C’est un bien commun. »

Et propose une analyse des différentes raisons de la méconnaissance de l’élevage, phagocyté par les productions animales. Le chapitre suivant est consacrée spécifiquement à ces productions, et à la souffrance éthique qu’elles entraînent pour les éleveurs et les animaux.

La mort des animaux

« La mort des animaux d’élevage n’est pas un sujet facile et son importance, en tant que question scientifique, est très sous-estimée. »

L’auteure présente son travail d’enquêtes en abattoir industriel, explique la souffrance des travailleurs de ces chaînes absurdes de la mort, et celle des éleveurs qui n’ont pas d’autres alternatives pour mettre fin à la vie de leurs bêtes. Elle insiste sur le rapport à la mort de notre société et sur l’image violente de l’abattoir, « preuve, au fond, du rapport d’exploitation que les éleveurs entretiennent avec leurs animaux ».

« A mon sens, et en dehors de tout cadre religieux spécifique, l’abattage des animaux d’élevage doit effectivement être « ritualisé » car il possède un sens qui dépasse la pratique du travailleur de l’abattoir. Tuer un animal, ce n’est pas rien, et il importe collectivement de s’en souvenir. »

Le vivant sans la vie

Cette partie du livre attaque sans concession la mise en place des règles de « bien-être animal », ainsi que la production industrielle de viande in vitro sans animaux, à partir de masses cellulaires (si, si, ça existe !).

« La problématique du « bien-être animal » ne vise pas à comprendre les animaux et à donner des outils pour changer leur vie mais à rendre socialement acceptable leur exploitation industrielle en améliorant ce qui peut être amélioré sans remettre en cause la productivité des systèmes, leur compétitivité et leurs finalités productivistes. […] Le consensus scientifique et politique qui cautionne cette problématique est en effet très surprenant et mérite vraiment réflexion. »

Sur la libération des animaux, Jocelyne Porcher revient sur le désarroi ressenti par de nombreux citoyens « qui ont perdu tout repère dans la relation aux animaux d’élevage et en sont rendus profondément malheureux. ». Elle insiste sur le mythe de la libération, car « toute relation aux animaux est pensée comme un rapport d’appropriation qu’il faudrait rompre ».

« Non seulement donc, à mon sens, la philosophie de ces libérateurs n’aide pas à comprendre comment vivre avec les animaux, […] mais elle n’aide pas non plus à savoir comment vivre sans eux, à supposer qu’on prenne les assertions des libérateurs au sérieux et qu’on « libère » effectivement les animaux. »

« Il faut défendre les promesses du travail en élevage, c’est-à-dire l’accomplissement de soi, du potentiel que nous avons en nous, et non le condamner au nom de son avatar industriel. »

« La libération animale, au contraire, sert les intérêts de l’agroalimentaire industriel et agit contre l’intérêt premier des animaux, qui est d’exister. »

« Dans le cas de la viande in vitro, il n’y a pas de mort, mais il n’y a pas non plus de vie. Il n’y a rien qui circule. Pas de vie, pas de mort, pas de don. Du mort-vivant. »

La dernière partie et la conclusion du livre portent sur le rapport au travail avec les animaux d’élevage, ainsi que le rapport des animaux à ce travail. C’est un axe de recherche qu’à suivi l’auteure ces dernières années.

« Nous le constatons déjà, vivre avec les animaux n’a plus rien d’une évidence. C’est devenu une utopie et une utopie révolutionnaire car, pour continuer à vivre avec les bêtes, il faut changer les fondations du monde. »

Et pour finir, elle nous invite à écouter les bêtes…

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