Plus de 6 années se sont écoulées depuis la conclusion de la convention citoyenne pour le Climat (CCC), constatons que nos dirigeants ont choisi le chemin du business as usual, tout au plus teinté en vert.
À l’aube du lancement de l’initiative « Un commun accord » de Jean-Marc Jancovici (une assemblée citoyenne de « 150 citoyens tirés au sort [qui] se retroussent les manches pour s’attaquer aux grands dilemmes de notre époque »), n’y aurait-il pas des leçons à en tirer ?
En particulier des leçons de méthode, pertinentes pour toute nouvelle convention citoyenne, et indispensables pour ne pas se condamner inévitablement à l’échec. Soulignons en trois, générales :
- Questionner le paradigme dans lequel on s’inscrit : car il y en a nécessairement un, et oser le remettre en cause, non seulement l’identifier. La CCC s’était sans surprise enlisée dans celui de la croissance (et dans l’économicisme qui en découle), jusqu’à appeler dans sa synthèse à « exiger de considérer l’enjeu écologique comme un enjeu économique (au sens classique et restrictif du PIB) ».
- Ne pas se penser hors du monde : la CCC semble avoir oubliée que la France n’est pas un système fermé. Se contenter de la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre n’est pas acceptable. Quid de la dette écologique ? Quid des échanges inégaux ? Plus encore lorsqu’une ambition de justice est revendiquée.
- Ne pas s’enfermer dans un silo : il n’est pas raisonnable de penser qu’une approche en silo puisse fonctionner (le changement climatique pour la CCC, et plus précisément la réduction des émissions des gaz à effet de serre). Les enjeux sont interconnectés, et issues des mêmes causes, du même système. S’y attaquer est une condition sine qua non à tout succès. Un regard systémique s’impose à qui veut véritablement œuvrer à un changement, mais encore faut-il être prêt à changer de système…
Et deux autres, spécifiquement adressées à cette initiative, qui émane d’un thuriféraire de l’expertise, et qui promeut « un accès à l’information sur les grands enjeux abordés […] sous la forme d’auditions de scientifiques et d’experts, avec une approche factuelle » :
- Ne pas se limiter à la technique, au regard de l’ingénieur : la dimension politique est centrale, elle ne doit pas être oubliée. Ce n’est pas parce que « ça marche » que cela est nécessaire, il est indispensable de questionner collectivement, via nos valeurs, le monde que l’on souhaite, pour le bien commun.
- Ne pas confondre neutralité et impartialité : non les faits ne sont pas neutres, et ne parlent pas d’eux même. (Re)lire notre lettre de mars dernier « Où est passée l’impartialité ? » à ce sujet serait une bonne idée.
Sur ce, nos meilleurs vœux à cette convention citoyenne ! Puisse-t-elle aller puiser jusqu’aux apports de la décroissance…
