Retour de la conférence Pollen : plutôt Prof qu’Atchoum !

0. Un concentré de gamétophytes (bref, un résumé)

À texte (très) long, résumé (très) court.

Un retour d’une conférence universitaire sur l’écologie politique, qui comporte bien plus de questions que de réponses. Pour commencer à dessiner quelle pourrait être la contribution de la Maison commune de la décroissance à la recherche universitaire.

L’identification d’un sujet central, la question lexicale. Non, les vessies ne sont pas des lanternes. La décroissance n’est pas la post-croissance. La décroissance n’est pas l’écosocialisme. Serait-il venu le temps de siffler la fin de la récré ?

Des lanternes pour nourrir notre réflexion, en vrac : La nécessité du volontarisme en politique, L’importance d’œuvrer sans attendre, L’étendue de la croissance économique, La place des relations Nord/Suds, N’oublier ni le poids ni la complexité des mots, L’erreur de se penser hors du monde, Comparer ce qui est comparable, et Se (ré)inscrire dans la continuité.

Une certitude qui se dessine, décroissance ou degrowth, ne pas être dans le même bateau n’aurait aucun sens. Ne nous trompons pas de critique, préférons celle des degrowth studies à celle de degrowth, et rejoignons l’arène de la recherche.

Et des pistes pour y contribuer : Défendre la figure du militant-chercheur[1], Accorder une priorité à la recherche sur la décroissance à celle sur la post-croissance, et Œuvrer à la décroissantologie.

À partir de travaux de la Maison commune de la décroissance, mis en avant tout au long de ce retour, pour l’essentiel en note de bas de page, que nous vous conseillons chaudement de consulter. Ci-après une liste non exhaustive des apports théoriques – concepts et méthodes – de la MCD mobilisés en écho aux contenus et personnes rencontrés lors de cette conférence, avec quelques ressources, là-encore non exhaustives :

  • La figure du militant-chercheur (ici et )
  • La distinction rejet-trajet-projet (ici et )
  • Les quatre 4 images de la décroissance (ici et là en vidéo) :
    • L’image du noyau (et ses rayons) de la décroissance (ici et là en vidéo) :
      • Quoi ? La définition (ici) : l’opposition politique à la croissance
      • Pour quoi ? Le fondement (ici) : la double autolimitation plancher-plafond
      • Vers quoi ? L’objectif (ici) : le soin de la vye sociale
      • Comment ? Le mobile (ici) : l’économie politique de l’abondance
    • L’image de l’iceberg (ici et là en vidéo) : l’extension de la critique décroissante de la croissance
    • L’image de l’arbre politique (ici et là en vidéo) : la politisation de la décroissance
    • L’image de la permapolitique (ici et là en vidéo) : la coordination de la décroissance
  • Le régime politique de croissance (ici et là en vidéos)
  • Les freins à la décroissance (ici et )
  • La cartographie systémique des trajectoires de décroissance (ici et )
  • La contingence et le buisson (ici et )

1. Par pistil, où donc étais-je ?

La conférence Pollen n’a lieu que tous les deux ans : faut-il s’en réjouir, s’en désoler ou s’en moquer ? Notre première participation nous permettra peut-être d’y répondre.

Avant toute chose, Pollen, quésaco ? Political Ecology Network chez Shakespeare ou Réseau d’écologie politique chez Molière. Il s’agit donc d’un réseau, articulé en nœuds autonomes dont la gouvernance est aussi horizontale et non-hiérarchique que possible. Quid des têtes ? « Principalement des universitaires, mais aussi des militants et autres ». Pour quel objet ? Favoriser l’essor et la vitalité de l’écologie politique, définie « comme un large champ de recherches et de pratiques qui considèrent que la politique et l’écologie ne peuvent être dissociées, et qui doivent être étudiées et pratiquées conjointement. »

Et dont l’un des objectifs, depuis sa création, est l’organisation d’une conférence bisannuelle, dont la première édition se tint en 2016 à Wageningen (Pays-Bas). Objectif rempli jusqu’à lors : Oslo 2018 (Norvège), l’Internet en 2020, Durban 2023 (Afrique du Sud), puis Lima (Pérou), Dodoma (Tanzanie) et Lund (Suède) en 2024, puis Barcelone (Espagne), en 2026.

Édition 2026 à laquelle nous avons décidé de participer (en l’occurrence l’auteur de ces lignes) en cohérence avec le troisième axe directeur de notre feuille de route 2026-2030 (section Des liens et du grand large)[2], et en raison de l’absence cette année de la conférence internationale de la décroissance, à laquelle la MCD participe depuis 2023.

Pour quels objectifs ? A priori, pour établir de nouveaux contacts et mieux se découvrir. Plus précisément, identifier ce que pourrait être l’apport de la MCD à la recherche universitaire.


2. Promis, on ne juge pas (que) sur le pétale !

La croissance, nous nous y opposons politiquement, nous accordons donc une attention particulière à chacune de ses manifestations. Non pas dans un rejet systématique dogmatique, bien au contraire, ce serait d’ailleurs aussi bête que triste. Celles des végétaux, des enfants, ou encore de la vye sociale nous sont douces. Mais dans un rejet systémique, lorsqu’elle prétend être à elle-même sa propre fin, d’où une inévitable méfiance lorsque le discours inaugural célèbre la croissance de la conférence Pollen : de 3 jours et 400 personnes en 2016 à 5 jours et presque 1900 personnes en 2026. Les organisateurs n’en sont d’ailleurs pas complètement dupes (« bigger is not better ») but à la fin c’est great quand même…

Cette volonté de faire nombre transpire par tous les pores. Des conférences plénières où s’enchaînent quatre intervenants, avec, excusez du peu, cinq minutes chacun ! Après il est vrai, une première intervention de quinze minutes…  Jusqu’à vingt sessions parallèles : toute ma sympathie pour les décidophobes et autres FOBO (Fear Of a Better Option). Fort heureusement, au sein de ses panels, un temps plus long est accordé aux intervenants, typiquement de 10 à 15 minutes. Ouf, nous voilà sauvés !

L’écologie politique est certes « un large champ de recherches », mais il nous est impossible de ne pas questionner ce qui peut ressortir d’une telle rencontre. Qu’attendre lorsque chaque expérience est à ce point individualisée, que chacun a son propre chemin ? Il serait d’ailleurs intéressant de savoir si un seul participant a effectué le même parcours…

Cela dit, nous pourrions nous dire, qu’en raison de la nature de l’écologie politique, l’objectif serait de réaliser une conférence de conférences, afin de créer des liens entre les différentes disciplines et pans de l’écologie politique. Et donc d’espérer qu’au sein de chacun de ses sous-conférences puisse exister une expérience partagée, condition de possibilité selon nous de toute émulation intellectuelle. L’organisation des panels (134 tout de même) en courants[3] pourrait le laisser à penser. Mais alors, pourquoi, alors que le courant « degrowth » comporte seulement 6 panels (sur 134, rappelons-le), quatre d’entre eux (2 x 2) ont été planifiés en parallèle ?

Quant à l’ouverture à la société civile, c’est-à-dire « aux militants et autres » telle que professée sur le site de Pollen, elle semble rester un vœu pieux. L’ensemble des personnes rencontrées, et des intervenants écoutés, appartenaient à la sphère universitaire. Le format de cette conférence, somme toute tout à fait classique, l’explique sans nul doute, nous conduisant à nous questionner : ce souhait d’ouverture ne serait-il pas qu’une formule incantatoire ? Le strict minimum ne serait-il pas d’avoir un village des associations ? Comme cela se fait tant par ailleurs, en dehors des rencontres universitaires. Nul besoin d’une créativité débordante, s’inspirer de l’existant serait déjà bien.  Néanmoins, cela serait-il suffisant ? Probablement pas. Serait-il déraisonnable de viser une réelle inclusion ? Et non seulement parmi les participants, le savoir n’est pas réservé aux universitaires, de nombreux militants ont tant à partager.  Par exemple la présence a minima d’au moins un intervenant non-universitaire par panel, à défaut d’une stricte parité ? Ce qui nous conduit à un autre frein probable, le coût qu’une participation représente. Des tarifs réduits sont ouverts aux étudiants et aux pays à « faible revenu, à revenu intermédiaire inférieur ou à revenu intermédiaire supérieur ». Ne pourrait-il en être de même pour les acteurs de la société civile ?

Enfin, sans surprise et avec une légère déception, l’auteur de ces lignes ne s’est absolument pas trouvé dépaysé, par rapport aux conférences scientifiques de chimie qu’il avait l’habitude de fréquenter, à l’exception d’un formalisme vestimentaire bien moins marqué, et d’une audience plus jeune et féminine. Quant au reste, là encore sur la forme, blanc bonnet et bonnet blanc : son lot de ténors et de divas, universitaires du monde entier, déroulés de CV à rallonge (NDLR : lorsque que quelqu’un a réussi, il est toujours important de le rappeler avec insistance, voire obséquiosité), flûtes et vins pétillants…

La décroissance du monde de la recherche ne semble guère plus avancée que celle du reste de la société. Pour découvrir ce sujet, le livre Décroiscience (2025, Éditions Agone), de Nicolas Chevassus-au-Louis est une bonne porte d’entrée. Une recension devrait être publiée sur notre site dans les prochains mois.


3. De retour de quatre jours de butinage

a. Des instants partagés

Notre retour n’a bien évidemment pas la prétention d’être exhaustif, simplement de relater notre chemin. Avec objectivité, et bien évidemment sans aucune illusion de neutralité. Mythe qui n’a du reste pas manqué d’être démonté, sans aucune ambiguïté, lors de la dernière conférence plénière. À ce titre, il s’agit bel et bien d’écologie politique, discipline qui aurait, selon l’un des participants rencontrés, trois piliers : la justice sociale comme cadre normatif, un engagement pour les données quantitatives, et un attachement à l’intégrité scientifique. Ou encore, selon un autre participant, l’écologie politique serait avant tout une méthode, qui consisterait principalement à ne pas considérer les crises environnementales comme externes à notre société mais comme des symptômes historiques.

Cette dernière plénière, consacrée à la réflexion sur cette édition 2026, a d’ailleurs été l’occasion de discussions sur l’université. Entre inquiétude pour son avenir – nourrie entre autres par la mise au pas de la recherche aux États-Unis d’Amérique par Trump depuis sa réélection, l’emballement de la course à l’intelligence artificielle, et la restructuration néoréactionnaire du monde de la tech qui l’accompagne   – et critique de son présent  – en particulier celle d’un manque de militantisme du monde universitaire, à la fois dans son action directe et dans le soutien qu’elle pourrait offrir aux mouvements militants  –, cette dernière semble émaner en particulier de la nouvelle génération. Les réponses à cette critique, de la part des panellistes, s’inscrivaient majoritairement en faux, notamment en défendant une préférence pour le soutien en coulisses et non en pleine lumière, en particulier envers les mouvements sociaux dans les pays autoritaires, ou encore l’ampleur du travail militant que représente d’ores et déjà la transformation de l’université elle-même, depuis l’intérieur.

Le choix de la thématique des deux premières plénières démontre également la dimension politique de ce réseau – non pas les limites planétaires ou autres sujets environnementaux, mais l’autoritarisme – et fut l’opportunité de rappeler l’importance cruciale pour l’écologie politique d’intégrer l’ensemble de la structure d’État dans son cadre analytique. Au travers de plusieurs présentations, nourries de nombreux exemples, le caractère intrinsèquement antiécologique des régimes autoritaires fut rappelé – la répression des luttes environnementales arrive inévitablement – tout comme leur caractère dépolitisant, via une approche technocratique des enjeux environnementaux. Approche qui n’est malheureusement pas l’apanage des régimes autoritaires, à moins qu’ils soient plus nombreux que ce que l’on veut bien admettre… La résilience de la structure capitaliste fut également soulignée : elle sait tout à fait s’adapter aux changements de régime.

Le cas de la Hongrie, abordé par Péter Bori (doctorant à l’université d’Europe centrale), est particulièrement instructif, à la suite des 16 années du régime de Vitkor Orbán, revendiqué comme illibéral. Après dix premières années à démanteler les institutions et à faire taire les voix discordantes, fut venu le temps des politiques vertes, celle d’une (soi-disant) écologie rationnelle, animée par le triptyque technologies vertes, compétitivité et croissance, en réponse aux enjeux, respectivement, de gestion responsable, de souveraineté et de patriotisme. Pour quels résultats ? Une suppression du suivi environnemental – et les dommages qui en découlent – l’enrichissement de l’oligarchie via les investissements (dits) verts et une délégitimation de tous les opposants, qui seraient antipatriotiques, voire même antiécologiques… la boucle est bouclée. Et il est à craindre, que là encore le changement de régime (suite à la chute d’Orban) soit insuffisant, que les structures demeurent. Péter Magyar renoncera-t-il à cette vision de l’écologie ? Rien n’est moins sûr…


b. Dans une prairie nommée degrowth

Fort logiquement, notre principal intérêt s’est porté sur les panels du courant degrowth, porté principalement par l’Université autonome de Barcelone (UAB), et en particulier son Institut des sciences et technologies environnementales (ICTA). Notons d’emblée une observation cocasse, en particulier pour qui est au fait des débats en cours entre la décroissance et l’écosocialisme[4] : le premier de ces panels était intitulé « Theorising the ecosocialist transition ».


i. Quelques battements d’ailes sémantiques

L’écosocialisme et la décroissance ne sont pas la même chose, ils divergent entre autres dans leurs rapports à la technique, au travail, à la nature, et à l’histoire. Et plus fondamentalement une divergence dans l’identification du principal moteur de nos sociétés modernes : le capitalisme pour l’écosocialisme, la croissance pour la décroissance. Quitte à caricaturer quelque peu, quant à la croissance, l’écosocialisme la critique car une croissance infinie dans un monde fini est impossible, à reculons donc. Tandis que la décroissance la critique car elle est absurde, quand bien même donc. Sans rentrer plus en avant dans ces considérations, rappelons que nous ne confondons pas nos ennemis ou adversaires politiques, avec nos alliés et camarades, et qu’une communauté certaine existe entre la décroissance et l’écosocialisme. Notamment en cela que tous deux sont un trajet, vers la post-croissance (ou post-décroissance pour être plus exact) d’un côté et l’(éco)communisme de l’autre. Nous pourrions même aller plus loin, en défendant que la décroissance conduirait au communisme du XXIème siècle, voire en serait la condition de possibilité.  Tout en rappelant l’importance de les différencier, et donc en déplorant l’utilisation indifférenciée de la décroissance et de l’écosocialisme, toujours au profit de ce dernier du reste, soulignons-le.

Nous ne pouvons que nous féliciter du discours introductif de ce panel, soulignant la relative faible occurrence du mot « transition » dans les titres des panels (après vérification, 10 % le contenaient, ce qui n’est pas négligeable). En effet, la MCD défend depuis plus d’une dizaine d’années[5] l’importance de la distinction rejet/trajet/projet – popularisée depuis par sa reprise explicite par Timothée Parrique pour articuler les chapitres forts de son livre[6] – qui se superpose avec une autre distinction : objection de croissance, décroissance et post-croissance[7]. Et plus encore, l’importance fondamentale du trajet, tant il est fréquent que les expressions d’objection de croissance et de post-croissance ne soient que des dispositifs rhétoriques pour éviter de poser la question directement politique des trajectoires pour décroître.

Qu’en est-il ici ? Deux termes reviennent principalement degrowth et post-growth, l’objection de croissance semble suffisamment établie pour qu’elle ne soit plus un sujet de discussion, et moins encore un étendard sous lequel se regrouper. À l’inverse, le terme de post-growth semble avoir le vent en poupe, et ce pour plusieurs raisons, citons-en deux.

Premièrement, il est plus englobant (an umbrella word, en français un mot-parapluie). En effet, contrairement à la décroissance (laissons de côté pour l’instant une éventuelle différence entre décroissance et degrowth), il ne s’oppose pas à la croissance – la MCD définit d’ailleurs la décroissance comme l’opposition politique à la croissance – mais s’en affranchit, ou en d’autres mots une indifférence à la croissance, qui n’est plus nécessaire, elle est contingente.  Il est d’ailleurs symptomatique qu’une participante, lors d’une question, se reprenne spontanément, après avoir dit : « l’économie du doughnut[8], un autre type de degrowth. Non, plutôt un autre type de post-growth ». Exemple particulièrement intéressant, tant il est légitime de se questionner à propos de l’économie du doughnut, et non seulement à cause de l’intérêt et de la sympathie qu’elle peut inspirer dans des sphères capitalistes, celle de la Silicon Valley pour n’en citer qu’une. En quoi cette économie serait-elle décroissante ? Pourrait-elle ne pas l’être ? Ou plus prosaïquement, se demander quels mécanismes de réduction contiendrait-elle ? Notamment lorsqu’elle ne définit que des planchers pour les aspects sociaux… Pas de plafond social à la richesse donc par exemple ? Pas de plancher écologique ? Vers l’infini et au-delà pour les inégalités et vers le zéro et en-deçà pour l’habitabilité ? Tout à l’inverse, la MCD considère qu’un pilier de la décroissance est la double autolimitation plancher-plafond[9] : en-deçà, ce n’est pas suffisant ; au-delà, ça suffit !

Deuxièmement, le terme post-growth semblerait plus consensuel, notamment car moins politique, en cela qu’il peut traduire d’autre futurs sans nécessairement acter l’opposition frontale à la croissance que la décroissance ne peut manquer d’incarner. Mais aussi qu’il serait plus facilement acceptable, en particulier par les pays des Suds, car moins à même d’être perçu comme un nouveau projet de colonisation, qui viserait à maintenir ces pays dans le sous-développement. Nous nous permettons une critique de cette crainte, non pas en ce qu’elle serait infondée, car qui a déjà discuté avec des personnes des pays du Suds, fussent-elles décroissantes, connaît cette réalité. En revanche, nous pensons que la validité de cette crainte tient à un manquement de la décroissance, auquel il faut pallier. Celui de n’avoir pas réussi à établir solidement l’extension de son domaine. En effet, il est apparaît clairement qu’il est n’est ici question que de la croissance économique, et non du volet culturel (ou cultural à la suite de Serge Latouche), et moins encore du volet politique (à la suite des travaux d’Onofrio Romano sur le régime de croissance[10], devenu régime politique de croissance à la MCD). Travail qu’effectue la MCD notamment à travers son image de l’iceberg[11].

L’utilisation du terme post-growth, plutôt que degrowth, ne reviendrait-elle pas à nourrir plusieurs écueils ? Celui d’entretenir le mythe d’un changement en un claquement de doigts ? Celui d’éviter la question de la transition, à savoir le travail de définition de ce qu’est la réellement la croissance et les conditions de possibilité à toute réelle opposition à cette dernière ? Celui de renouer avec la fable de la priorité du faire « nombre » sur le « faire sens » ? L’utilisation du terme post-growth, plutôt que degrowth, ne serait-ce que pour des raisons stratégiques, n’induirait-il donc pas un risque ? Celui de ne pas réaliser que l’accord ne pourrait qu’être vide de sens ? Tomber d’accord sur l’étiquette à défaut de tomber d’accord sur le contenu ? À minima sur un noyau commun, sur les invariants, et nous nous inscrivons ici dans les pas de Bernard Lahire[12] : pas de variations sans invariant.

Et donc ? L’utilisation indifférente de l’un ou de l’autre semble convenir au plus grand nombre. Reconnaissons que cette question n’intéresse peut-être que nous, mais quand bien même ce serait le cas, cela ne la disqualifierait pas pour autant. Au contraire, cela ne renforcerait que plus encore l’importance du travail de définition et d’expliciter en quoi cette distinction est centrale. En outre, partageons un point satisfaction : fort heureusement la question – peut-être plus francophone d’ailleurs, et déjà ancienne – du rejet du mot décroissance[13], car il serait négatif, n’a été évoquée à aucun moment. À moins, qu’en creux, elle explique aussi la préférence accordée à la post-croissance…

Bien évidemment ces termes ne sont pas étrangers, ils s’inscrivent dans une continuité : l’objection de croissance mène à la décroissance, qui quant à elle  mènera à la post-croissance. Et ce qui les lie en premier lieu, ce sont les valeurs ! Plus encore, nous pensons qu’il est primordial que ce soient les mêmes valeurs à chaque moment de la transition. Pour critiquer quand on objecte à la croissance ; pour mobiliser quand on est sur une trajectoire de décroissance ; pour espérer quand on se projette en post-croissance. Ce point est important[14].

Cela dit, cette continuité axiologique, en termes de valeurs, n’est pas une excuse pour se moquer de la distinction politique de ces trois termes : un rejet, un trajet et un projet. Sans tomber non plus dans l’illusion d’une stricte succession chronologique ; ces moments que sont l’objection, la décroissance et la post-croissance sont imbriqués.

N’oublions donc ni la continuité axiologique ni la rupture politique. Malheureusement, la seconde est particulièrement maltraitée. Les exemples sont nombreux. Prenons-en deux. En premier lieu la description du panel Real-Existing Degrowth (RED) – How to study degrowth in real life and why it matters (trad. La décroissance déjà-là – Comment étudier la décroissance dans la vie réelle et pourquoi c’est important), qui illustre parfaitement cette confusion : « des alternatives provisoires » – degrowth comme transition donc – qui sont des « transitions vers la décroissance », – degrowth comme arrivée donc. En deuxième lieu, le projet de recherche européen REAL[15],dans lequel de nombreuses études présentées lors de cette conférence s’inscrivent. L’objectif de ce projet de recherche est d’élaborer « des cadres pour les accords de l’ère post-croissance grâce à des recherches empiriques et à des applications pratiques.[16] », et pour ce faire vise à étudier « les instruments, stratégies politiques, et les systèmes d’approvisionnement nécessaires à une transition post-croissance juste, qui permettrait le bien-être de tous·tes au sein des limites planétaires.[17] ». Tout est décliné à la sauce post-growth : possibilités, instruments politiques, approvisionnement, stratégies politiques et la pratique. Post-growth comme transition et comme arrivée donc. À en perdre son latin… Choix stratégique, pour amadouer la Commission européenne ? Manquement théorique, animé par l’urgence d’avancer, quitte à faire croire que demain est aujourd’hui ?

Que faut-il en penser ? Pourquoi le terme post-growth semble-t-il remporter les suffrages ? Pourquoi la distinction entre les deux semble-t-elle accessoire pour beaucoup ? Une impression et une certitude, deux faces d’une même pièce et toutes deux comme des réponses au même sentiment d’urgence :

  • Une impression : prouver que cela est faisable, et si possible plus encore, que la décroissance ou la post-croissance existe déjà. Une importance supérieure accordée à la faisabilité donc – par rapport à la visibilité, et plus encore la crédibilité – qui conduit à l’entretien des vieilles fables de la militance de gauche : de la préfiguration puis de l’essaimage et ensuite de la bifurcation. Reprenons à notre compte le constat de l’Atelier Paysan[18] : « La doxa d’un « changement positif en marche », d’une transition « inéluctablement en route » est tenace et nous étouffe de son apolitisme assourdissant. »
  • Une certitude : prouver que cela peut marcher, et si possible plus encore, que les possibilités pour ce faire sont infinies. Une importance supérieure accordée à l’action donc – par rapport à la construction idéologique, ou en mots plus savants, la domination du teukein surle legein[19]. Pourquoi se préoccuper des fondements si nos objectifs sont identiques ? Plus encore si cela marche. Cette injonction au pratico-pratique conduit aussi à l’entretien de la fable de l’unitude : multiplions les ingrédients, faudrait-il absolument une recette après tout ? Ne s’additionneront-ils pas nécessairement s’ils partagent le même objectif et qu’ils fonctionnent ? Quid d’éventuelles contradictions fondamentales entre les différents ingrédients, ou outils, que sont les politiques publiques ? À ce titre, reprenons à notre compte le sévère, mais juste, constat de Fitzpatrick et al.[20] à la suite de leur inventaire des propositions de politique publique proposées dans la littérature universitaire décroissante : profusion de propositions « imprécises », peu « pertinentes », « négligentes », diverses plus par « agglutination » que par vue d’ensemble. Le constat est sévère : « le programme actuel de décroissance est plus proche d’une liste disparate d’ingrédients que d’une recette bien organisée ».

Comment ne pas désespérer lorsque l’on voit ce que le mot-parapluie de post-growth peut englober ? En se remobilisant, du travail peut encore être fait pour dissiper ce brouillard[21], et en reconnaissant notre part de responsabilité.

La présentation intitulée Co-creating global transformative narratives for post-growth future scenarios (trad. Co-créer des récits transformateurs à l’échelle mondiale pour des scénarios d’avenir post-croissance) illustre tristement l’ampleur du travail à effectuer. Il s’agit d’un réseau naissant (Post-growth Modelling Community) qui vise à fournir des scenarios alternatifs, de post-croissance, pouvant être utilisés dans les rapports d’évaluations mondiaux (e.g. GIEC, IPBES…). De la modélisation donc, est-ce vraiment ce dont nous avons besoin ? La question est ouverte – nous ne développerons pas plus avant ici – car ce n’est pas là que le bât blesse. Mais bien la nature des scenarios – qui ne font pas d’ailleurs pas consensus au sein des universitaires actifs dans ce réseau –, et nous vous en laissons seuls juges face à l’impossibilité d’un développement court.

Scenarios[22]Multi-level CoordinationAutomated SufficiencyConvivial CommonsBalanced ReformPluralist Delinking
Processus de transitionLes troubles civils propulsent les partis de masse progressistes au pouvoir.Les bouleversements du marché du travail induits par la technologie entraînent une résistance sociale organisée.La résistance populaire mondiale renverse les régimes et instaure la démocratie directe.Un compromis de l’élite qui cède du pouvoir et de la richesse face à un bouleversement imminent.Les mouvements du Sud s’unissent sous diverses formes pour restructurer les relations économiques mondiales.
Caractéristiques du systèmeUne planification dirigée par l’État, des investissements publics massifs, des systèmes de prestation de services non marchands, un accès universel aux biens et services publics.Démocratisation et déprivatisation des technologies, propriété publique des dispositifs d’approvisionnementMise en commun des ressources collectives, (re)ruralisation dans les biorégions, technologies simples et simplicité volontaire.Des réformes en profondeur, une accumulation de richesse limitée, une fiscalité progressive et des réglementations.Décolonisation et déconnexion, coopération Sud-Sud, priorité aux enjeux nationaux, souveraineté financière et en matière de ressources.
Vision du monde et éthiqueUne approche écosocialiste de la post-croissance coordonnée à l’échelle mondiale.Une post-croissance post-travail hautement automatisée.L’entraide et la diversité ancrées dans le territoire, une gestion renouvelée de la nature.Un changement post-croissant minimal dans une vision du monde anthropocentrique.Un monde pluriversel et décentralisé basé sur la coexistence et la justice.

Tout ça ne devrait-il pas nous conduire à nous requestionner sérieusement sur l’intérêt de défendre, comme souhaité initialement par la MCD, l’utilisation du terme post-décroissance et non celui de la post-croissance ? Ne serait-ce pas le moyen le plus simple de dissiper, au moins en partie, ce brouillard ?


ii. Une (courte) plongée en jabot social

Qu’espérer d’une conférence de 10 à 15 minutes ? A minima d’identifier l’objet de l’étude et d’évaluer la résonnance avec ses propres intérêts et travaux, en l’occurrence ceux de la MCD. Et au mieux, réussir à déceler la substantifique moelle de ces travaux. Nous nous contenterons donc d’un survol des principaux enseignements, pour l’essentiel issu du courant degrowth, sans exclusive. Avec pour objectif de dessiner des lignes de tension susceptibles de nourrir le travail de la MCD, en particulier pour son lien, en construction, avec le monde universitaire. Plus de questions, d’ouvertures, et quelques réponses donc.

La nécessité du volontarisme en politique, à la suite de Gorz[23] qui dans l’Éloge du suffisant (2019, PUF) écrit explicitement qu’on ne peut pas fonder la politique sur la nécessité. Constat rappelé par Feroz Khan lors de son intervention (Degrowth by, through & against disaster: notes on a degrowth disaster strategy, trad. La décroissance par, à travers et contre la catastrophe : notes sur une stratégie de décroissance face à la catastrophe), il est impossible de baser une politique sur l’effondrement[24]. La collapsologie est d’ailleurs à notre sens une dépolitisation, au mieux un mépolitisation[25], et offre un boulevard à l’autoritarisme – et ce quel que soit son nom : réalisme climatique, écologie rationnelle (cf. supra), catastrophisme capitaliste, écomodernisme, ou autres. Comme il le rappelle, nous pouvons d’ores et déjà constater comment le capitalisme s’adapte face aux catastrophes (e.g. impérialisme mercantiliste, sécession des ultra-riches dans leurs bunkers, éco-apartheid, pensée néoréactionnaire…), tandis qu’à l’inverse, nulle part n’existe une expérience fruit du désastre pouvant être considérée comme décroissante (ou post-croissante, ou écosocialiste, là encore la confusion règne). Rappelons ici une distinction importante, et courante dans la recherche anglophone, reprise explicitement ici par l’intervenant : l’opposition entre degrowth by disaster et degrowth by design, dont la traduction littérale serait décroissance par désastre et décroissance par conception. Permettons-nous néanmoins d’émettre une crainte, d’entretenir la confusion sur le fait que la décroissance puisse advenir malgré nous. Et donc d’aller un peu plus loin, d’être encore plus explicite, en préférant opposer une soi-disant décroissance par catastrophe (ou effondriste) – qui n’est rien d’autre qu’une variante de l’effondrement – et la décroissance, qui ne nécessite pas d’être qualifiée. Elle ne peut être que le fruit d’un volontarisme politique, et à ce titre peut tout autant arriver que jamais ne se produire.

L’importance d’œuvrer sans attendre, en premier lieu sans attendre la prise de pouvoir préalable. Les lieux de transformation propres à toute transition, décroissance ou écosocialisme, sont multiples. À partir du cas de la Colombie, Vaclav Masek Sánchez identifie trois registres où les logiques capitalistes peuvent être contestées par les mouvements sociaux – ceux du sens commun, des institutions et de l’accumulation – et souligne l’importance d’une réelle articulation entre ces registres et les acteurs qui œuvrent à leur transformation, face aux alliances qui se contentent souvent d’être une simple superposition. D’autant plus que ces transformations – de natures différentes, respectivement idéologique, procédurale et matérielle – s’inscrivent dans des temporalités différentes, respectivement celles d’une génération, d’une mandature, et d’un trimestre (fiscal). Cette analyse fait parfaitement écho à l’initiative portée par la MCD : une cartographie systémique des trajectoires de décroissance[26]. L’intervenant a par ailleurs rappelé que certaines de ces transformations peuvent tout à faire survivre à un changement à la tête de l’État, quand bien même il souhaiterait les défaire.

L’étendue de la croissance économique, discutée lors de plusieurs présentations, à partir des travaux de Schmelzer et al.[27] sur les dépendances et les impératifs de la croissance économique, et les mécanismes qui les animent. Les auteurs les regroupent en six catégories :  la structure économique fondamentale (e.g. accumulation, économie monétaire), le marché concurrentiel (e.g. l’avantage de la taille, la maximisation des profits), le système financier (e.g. la dette privée portant intérêt et la création monétaire), la culture et l’idéologie (e.g. la culture consumériste, l’idéologie croissanciste), l’État (e.g. le pouvoir et la domination) et autres (e.g. la structure démographique). La croissance économique s’infiltre partout, d’ailleurs n’entend-on pas continuellement, politiques et acteurs économiques défendre des mesures car elle serait bonne pour la croissance. Pas pour le capitalisme du reste, criante démonstration que la croissance est bien plus pervasive et structurant que le capitalisme. Il serait d’ailleurs injuste de faire un procès aux auteurs cités – en particulier à Matthias Schmelzer – un procès en réductionnisme économique. Ce dernier distingue d’ailleurs l’esprit de croissance (une forme de politique axée sur la poursuite de la croissance économique) du paradigme de la croissance (une vision du monde institutionnalisée dans des systèmes sociaux qui proclame que la croissance économique est nécessaire, bonne et impérative.) Cependant, l’hégémonie de la pensée croissanciste n’est pas encore perçue par les décroissants dans toute son ampleur. Pourtant, le sujet est ancien, déjà Serge Latouche[28] expliquait que la croissance à laquelle la décroissance s’oppose ne peut pas être réduite à la croissance économique, il faut l’étendre à nos imaginaires (la dimension « culturale », avec la fameuse « décolonisation de nos imaginaires » de Latouche). Plus récemment, un de ses élèves, Onofrio Romano a poursuivi cette extension, face à l’aporie qu’identifiait Serge Latouche lui-même : « La société de la décroissance décolonise l’imaginaire, mais la décolonisation qu’elle engendre est requise au préalable pour la construire »[29], en portant la critique de la croissance dans sa dimension politique, plus précisément le régime de croissance. La MCD défend depuis de nombreuses années déjà l’importance de l’extension du domaine de la critique décroissante : de la sphère économique (une économie à réduire), à la sphère culturelle (un monde à décoloniser) puis à la sphère politique (un régime politique à renverser) – à travers l’image de l’iceberg[30].

La place des relations Nord/Suds, dont la décroissance ne fait bien évidemment absolument pas l’économie, sauf à la limiter à sa dimension de décrue économique –  et là encore ce serait très discutable – et ce faisant conduisant à de multiples maux. En effet, à vouloir réserver la décroissance aux pays du Nord[31], et la déconnexion (delinking) aux pays des Suds, n’entretiendrait-on pas entre autres la pensée économiciste et le mythe du développement ? Comme si le paradigme de la croissance n’était présent que dans les pays riches, ce qui est l’occasion parfaite de rappeler le « sortir de l’économie »[32] de Serge Latouche, et l’origine de sa réflexion : son activité dans les Suds… Risque rappelé par Ekaterina Chertkovskaya[33] lors de son intervention, à partir des travaux de Alvear et Vandana[34] : « Nous nous concentrons sur deux problèmes qui découlent du fait de limiter la décroissance au Nord : premièrement, l’occultation des inégalités en matière d’émissions de carbone et de revenus au sein des nations – tant dans le Nord que dans le Sud – et, deuxièmement, la manière dont cette limitation implique la perpétuation des relations coloniales, le récit téléologique de la croissance – ou du « progrès » – étant imposé comme une étape nécessaire au « développement » de toutes les nations. ».  Chertkovskaya et Côte proposent un nouveau concept, caring interdependencies[35], qui articulerait la décroissance (degrowth), l’écoféminisme et la déconnexion (delinking), à la suite des récents rapprochements entre la théorie de la dépendance, de la décroissance (degrowth) et de la déconnexion (delinking), par exemple par Feliz[36]. Besoin que nous pourrions comprendre tant la décroissance est souvent réduite, même dans le milieu universitaire, à sa dimension économique et matérielle – en particulier par les héritiers du marxisme, dont les écosocialistes –, sans néanmoins le questionner. La décroissance ne contient-elle pas déjà tout cela ? Critique quelque peu injuste, tant la littérature, en particulier francophone, mais peut-être pas universitaire, est suffisamment riche. La décroissance est pour tous et toutes[37]. Peut-être une première piste de distinction entre décroissance et degrowth ?

N’oublier ni le poids ni la complexité des mots, et de la différence de réception et signification possibles suivant, entre autres, le contexte historique et culturel. L’extension du sens du mot décolonisation au sein de la décroissance en est un bon exemple, utilisé en premier lieu par Serge Latouche et son « décoloniser l’imaginaire ». Question ancienne, rappelée par Riina Bhatia lors de son intervention (Everyday degrowth and decoloniality: resistance and re-existence in Imambura, Ecuador, trad. Décroissance au quotidien et décolonialité : résistance et ré-existence à Imambura, en Équateur), en renvoyant à l’article de Tuck et Yang « La décolonisation n’est pas une métaphore (trad.) »[38], qui considèrent que « « décoloniser » (verbe) et « décolonisation » (nom) ne peuvent pas être facilement greffés sur des discours ou des cadres préexistants, même s’ils sont critiques, même s’ils sont antiracistes, même s’il s’agit de cadres axés sur la justice. L’assimilation, l’adoption et la transposition faciles de la décolonisation constituent une forme supplémentaire d’appropriation par les colons. Lorsque nous écrivons sur la décolonisation, nous ne la présentons pas comme une métaphore ; il ne s’agit pas d’une approximation d’autres expériences d’oppression. » Un point de vue à entendre et considérer, non pas pour en interdire toute autre utilisation, mais le faire avec la responsabilité et la profondeur qui incombent. Un article de blog[39], revient sur ce sujet, non sans écho avec le point précédent. En outre, même dans son acceptation première, le terme de colonisation recouvre plusieurs réalités, des variétés de colonisation[40] : colonisation par les compagnies (colonialism by corporation), colonisation étatiste (state-led colonialism) et colonisation par l’émigration (emigrationist colonialism) ; qui ne concerneraient pas tous les empires (deux types d’empires sont proposés par Bhambra : d’incorporation et d’extraction). Sans s’aventurer bien plus avant, retenons ici que pour Bhambra[41] la colonisation est spécifique au second type d’empire, ceux européens d’Outre-mer modernes. Les empires d’incorporation ont pu être démantelés par des mouvements nationalistes (pour l’autonomie politique), conduisant à un réel État-nation, la domination n’était que politique. Tandis que le démantèlement des empires d’extraction n’a conduit qu’à l’émergence d’États postcoloniaux – la domination n’était pas que politique, mais également économique – faute d’une transformation de l’économie politique coloniale, notamment car prise à tort comme conséquence du capitalisme. « Le colonialisme ne se contente pas de préparer le terrain pour les pulsions expansionnistes du capitalisme à la recherche de débouchés pour ses produits ; l’exploitation coloniale reste partie intégrante de cette expansion. Cette dernière n’est pas une conséquence de l’impératif économique du capitalisme, mais bien une conséquence de la logique du colonialisme et de son économie politique.[42] »

L’erreur de se penser hors du monde, et là nous touchons à une faiblesse typique de la pensée décroissante, celle de ne pas défendre un idéal d’ordre politique global[43]. Question à ne surtout ne pas abandonner à nos ennemis et à nos adversaires, néolibéraux et néoréactionnaires en tête. Le penser, ou en d’autres mots s’intéresser à la géopolitique, est à la fois une responsabilité et une opportunité. Sujet développé par Gastal et Gilbert lors de leur présentation (Fractures, Contestations, and Zones of Storms: geopolitics towards a planetary post-growth transition, trad. Fractures, contestations et zones de tempête : une géopolitique en vue d’une transition planétaire post-croissance). Selon eux, il n’est pas suffisant de penser que la décroissance serait une condition préalable à un ordre géopolitique juste. Ils se demandent, à l’inverse, si un changement d’ordre géopolitique ne serait-il pas plutôt le préalable à la décroissance ? La responsabilité en premier lieu de mettre fin à un ordre mondial colonial, impérialiste, qui repose sur l’exploitation des pays des Suds par les pays du Nord, afin de permettre aux Suds « de répondre à leurs nombreux besoins sociaux non satisfaits sans conduire la planète de manière irréversible vers un effondrement écologique ». L’opportunité que la naissance d’un ordre géopolitique multipolaire, déjà en cours, peut représenter « pour de nouvelles transitions post-croissantes ». Une matrice d’analyse pensée à travers des fractures dans le centre (the Core) – des ouvertures pour la décroissance, comme la hausse des conflits sociaux engendrée par le déclin de la suprématie occidentale –, des contestations (de l’ordre mondial) dans la semi-périphérie – par exemple la hausse des capacités productives permettant l’essor d’une déconnexion (delinking) avec l’Occident/le centre –, et des zones de tempête dans la périphérie – comme grain de sable dans les rouages de l’ordre mondial, par exemple l’essor des luttes contre l’extractivisme –.

Comparer ce qui est comparable, il est important de le rappeler. Ne faisons pas de détours inutiles : non le municipalisme n’a en aucun cas la dimension systémique de la décroissance. Comme l’a souligné un participant à nos dernières (f)estives, non sans esprit : faisons attention au municipalo-solutionnisme[44] ! Précision nécessaire, non pas au vu du titre du panel (Post-growth municipalism: challlenging the city as growth machine, trad. Le municipalisme post-croissance : remettre en question la ville en tant que machine à croissance) dont l’ambition – celle « d’un municipalisme radical comme projet contre-hégémonique visant à remettre en cause le développement urbain axé sur la croissance » – semble raisonnable, mais au vu de la teneur de certaines interventions. Par exemple, Participatory local urban plan revision in Saillans (France, 2014-2020) – a municipalism-inspired experiment navigating democratic-ecological tensions and growth dependency[45]. En bref, en s’appuyant sur deux prémisses (le municipalisme politise la transformation écologique » et « la décroissance écologise la démocratie »), qui semblent plutôt être de l’ordre de la formule incantatoire que fruit d’une construction logique, l’intervenante en arrive à la conclusion suivante : « le municipalisme démocratise la décroissance ». Pas de faux semblant, nous n’avons absolument pas été convaincus, mais nous y voyons tout de même un mérite : celui de souligner la vision réductrice, voire étriquée de la politique, de nombreux mouvements localistes (ici municipaliste) : la réduction d’échelle serait une condition nécessaire et suffisante pour revendiquer la démocratie, la dimension démocratique de toute autre approche lui serait déniée d’emblée.  Peut-on vraiment croire qu’il suffirait de relocaliser, de réhabiter, de remunicipaliser, de biorégionaliser… pour retrouver une démocratie du quotidien ? Par ailleurs, les grandes limites de l’échelon municipal (ne soyons pas injustes, en particulier dans la configuration actuelle) – notamment à partir de la comparaison des cas de Milan, Barcelone, Paris, Berlin et Prague[46] – ont été soulignées à de multiples reprises.

Se (ré)inscrire dans la continuité, voilà un point qui se rapproche tout particulièrement du travail de la MCD, actuel qui plus est : penser la relation entre rupture et continuité. Contentons-nous de citer deux points de contact rencontrés lors de cette conférence. L’intervention d’Onofrio Romano[47], compagnon de la MCD, qui à travers la figure d’Ulysse questionne les implications qui découleraient de le considérer plutôt comme Personne (noman or nobody) (en référence à sa rencontre avec Polyphème, le Cyclope) que comme le voyageur –   figure du Nostos – enrichi par les épreuves qu’il eut à traverser. Quelles leçons en tirer ? Une piste, ne pourrait-on réellement se libérer qu’en dépassant l’impérieux besoin de devenir quelqu’un ? En d’autres mots, faire l’éloge d’une anthropologie de l’absence, en opposition à la modernité : refuser l’anthropologie de la présence, le besoin de s’identifier comme un sujet (jusqu’à l’individu), de devenir plus… Autre point, la mention à plusieurs reprises du concept de postfiguring (postfiguration en français, en opposition à la préfiguration)[48], notamment inspiré des travaux d’Antonio Gramsci sur le folklore. En bref et grossièrement, ne pourrait-on pas s’inspirer de ce qui était déjà-là avant la modernité ? Ces « pratiques populaires réelles et existantes qui comportent des éléments qui perturbent le sens commun apparent de la croissance hégémonique. » Tout un chantier. Que faut-il garder de la modernité ? Ne faudrait-il pas renouer avec les sagesses universelles prémodernes ? Archaïques peut-être même ?


iii. Mr. Hive et Dr. Ruche, ou bien l’inverse ?

Premier constat, la France, patrie historique de la décroissance, est cruellement absente des travaux universitaires sur la décroissance. Une rapide analyse du programme et des participants permet d’étendre le constat à l’écologie politique. De mon parcours, seulement deux intervenants français, un doctorant dans une université espagnole et une chercheuse de l’INRAE. Là aussi, l’expliquer représenterait tout un travail de recherche, permettons nous néanmoins d’avancer une première piste : le cloisonnement disciplinaire de la recherche française.

La question lexicale, déjà bien développée précédemment, à propos de la différence entre degrowth/post-growth (ou décroissance/post-croissance), ne sera pas reprise ici, mais elle nourrit bien évidemment également cette discussion. Tout comme l’historique des termes décroissance et degrowth, si ce n’est rappeler que le terme décroissance est pour la première fois prononcé en 1972 par André Gorz[49] lors d’un colloque organisé par Le Nouvel Observateur, à propos du rapport Meadows, tandis qu’il fallut attendre la fin des années 2000 pour la création du mot degrowth, comme traduction en langue anglaise[50] du mot français décroissance.

Enfin, la discussion quant à l’éventuelle différence entre décroissance et degrowth n’est pas de notre fait, et nous n’en ferons pas la généalogie. Nous nous contenterons de pointer les éléments qui nous semblent les plus pertinents au vu de notre participation à la conférence Pollen.

Commençons par une précision, les critiques envers le terme degrowth, dont Serge Latouche a été un des fers de lance[51], recouvrent selon nous a minima deux dimensions. Nous vous invitons d’ailleurs à consulter le blog de Timothée Parrique[52], qui fut nommément attaqué par Serge Latouche, et lui a répondu.

Une première critique, sémantique, donc la critique de l’utilisation du mot anglais degrowth, plutôt que conserver le mot, historique, de décroissance. Une deuxième qui n’est pas sémantique, mais vise plutôt la mue universitaire de la décroissance. Plus précisément celle de degrowth en degrowth studies – car comme évoqué précédemment la recherche universitaire sur la décroissance est dorénavant quasi-exclusivement anglophone, et bourgeonnante depuis le milieu des années 2010.  Disons-le encore plus clairement, la recherche universitaire francophone sur la décroissance semble particulièrement atone.

Comment articuler ces deux volets ? En commençant par le deuxième, qui est central : quels sont les risques et les opportunités de l’institutionnalisation – universitaire ici – d’un mouvement militant, plus encore lorsqu’il se veut subversif ? Et ainsi nous conduisant au premier, le cas du mot degrowth. Son émergence fut universitaire, tout comme son essor (essentiellement) universitaire. Il semble donc légitime de se questionner : serait-il raisonnable de vouloir séparer le mot degrowth du champ universitaire des degrowth studies ? Probablement une piste pour la défense de l’utilisation du mot décroissance, quelle que soit la langue de travail, a minima pour définir le mouvement politique. En cela nous rejoignons Serge Latouche. Accordons aussi à Serge Latouche que sans nul doute toute institutionnalisation représente une menace quant à la radicalité. Les faits semblent le démontrer, les exemples au sein même de cet article ne manquent pas. Rappelons quelques écueils : invisibilisation de la transition qu’est la décroissance au profit de la post-croissance, économicisation de la décroissance, renforcement du teukein au détriment du legein

En revanche, ne faudrait-il pas aussi saluer tous ces chercheurs et chercheuses qui par leur travail sérieux contribuent à la consolidation de la décroissance ? Aussi bien en termes de faisabilité, que de visibilité, et même de crédibilité. Notamment en multipliant les regards sur la décroissance[53], la recherche n’est pas qu’économique, mais également historique[54], écologique, anthropologique, sociologique, ou encore sur la technologie et les sciences politiques. Et ils permettent d’étendre la question de la décroissance à de nombreux domaines, en vrac : le tourisme, la mode, le management…

Et donc opter pour une critique méthodique et constructive, qui demande de commencer par son auto-critique, ou a minima de ne pas l’oublier. À l’exception de quelques îlots – en France celui de la MCD et plus récemment celui d’Alter Kapitae[55], et au Québec nos camarades de Polémos[56] – la décroissance francophone est en perte de vitesse. Le rétrécissement n’est-il jamais une solution ? La sclérose ne menacerait-elle pas ? Pis encore, de nombreux décroissants historiques se sont égarés en chemin, notamment en oubliant qu’il existe des lignes rouges à ne pas franchir, avec l’extrême-droite, avec la réaction[57].

Et là nous ne pouvons donc que donner tort à Serge Latouche, les bénéfices du travail universitaire anglophone des degrowth studies l’emportent sans nul doute sur les problématiques que cette institutionnalisation a engendrées. Nous devrions donc être avant tout reconnaissants, en particulier au pôle barcelonais, et à son think-tank Research & Degrowth. Plutôt que de critiquer de l’extérieur, avec le risque de succomber à l’acrimonie, ne devrions-nous pas rejoindre l’arène, avec le risque peut-être de se salir les mains ?


iv. Produire du miel, oui, mais lequel ?

N’ayons pas la prétention de présenter une réforme systémique de la recherche, et contenons-nous de nous demander comment la MCD pourrait-elle contribuer ? Il ne s’agit pas encore d’un programme – il faudrait bien plus le détailler – ni d’un engagement – nous devons composer avec nos ressources limitées – mais plutôt d’une ébauche de réflexion que nous espérons enthousiasmante, à même de mobiliser.

Rejoindre l’arène donc, mais pour quoi faire ? Trois premières pistes se dessinent :

  • Défendre la figure du militant-chercheur[58], l’étude de la décroissance ne devrait-elle pas systématiquement s’articuler avec une activité militante, ou a minima un lien fort avec le milieu militant ?
    • La MCD essaye d’ailleurs d’ores et déjà de défendre un monde de la recherche différent via son implication dans la revue française Mondes en décroissance[59], une autre recherche est possible, le régime épistémique de croissance est un obstacle à surmonter.
  • Questionner si une priorité ne devrait-elle pas être accordée à la recherche sur la décroissance par rapport à celle sur la post-croissance ?
    • Notre premier objectif, en tant que militant, ne serait-il pas tant de la rendre possible que d’œuvrer à ne pas la rendre impossible. En évitant de répéter les mêmes erreurs, dont celle de jouer les prophètes, quel que soit le déterminisme. Embrassons plutôt la contingence et le buisson[60] : nous pensons que ce ne sera qu’après coup, quand les voies auront été tracées que nous saurons que tel embranchement était une bifurcation, mais pas avant !
  • Nous demander quel pourrait être le principal apport de la MCD ?
    • Contribuer via l’apport théorique de la Maison commune de la décroissance, en particulier les travaux de Michel Lepesant, à la consolidation théorique (concepts et méthodes) de la décroissance. En particulier la philosophie politique, qui semble être une branche quelque peu moribonde, en particulier le travail transcendantal – sur les conditions de possibilités –, de la méta-décroissance en quelque sorte, peut-être pourrait-on appeler cela de la décroissantologie[61] ou degrowthology ? Car après tout, peut-on se permettre de ne pas être dans le même bateau ? Cela pourrait-il même avoir un sens ?

[1] Michel LEPESANT, « Portrait du décroissant en militant-chercheur », Mondes en décroissance [En ligne], 1 | 2023, mis en ligne le 21 avril 2023, URL : http://revues-msh.uca.fr/revue-opcd/index.php?id=218

[2] Disponible sur notre site : https://ladecroissance.xyz/2025/12/11/la-mcd-saison-2-notre-feuille-de-route/#_Des_liens_et_du_grand_large

[3] Les panels étaient regroupés en 20 streams : agriculture, villes, changement climatique, conservation, degrowth, désastres, énergie, écologie, extractivisme, nourriture, forêts, géopolitique, économie verte, infrastructures, intersectionnalité, plus qu’humain, tourisme, transition, eau, et autres.

[4] À la suite d’une interview de Jason Hickel pour Break–Down Journal, où il reléguait la décroissance à une passerelle pour l’écosocialisme, en lui déniant même sa qualité de mouvement, un débat a été entamé sur degrowth.info, la première réponse étant celle de V. Liegey, A. Nelson et T. Leahy. La Maison commune de la décroissance contribuera à ce débat dans les prochains mois. Un point de réassurance cela dit, la position de Jason Hickel serait minoritaire au sein de Research & Degrowth, association qui est le laboratoire d’idées, essentiellement universitaire, de la décroissance barcelonaise.

[5] Michel Lepesant, Politique(s) de la décroissance, pour penser et faire la transition (2013), éditions Utopia, p.23.

[6] Timothée Parrique, Ralentir ou périr, L’économie de la décroissance (2022), Seuil, voir la dernière note de son introduction.

[7] Une courte vidéo, sur le blog de Michel Lepesant, aborde ce sujet, et plus largement présente synthétiquement la décroissance : https://decroissances.ouvaton.org/2026/01/26/decroissance-presentations-synthetiques/#2_En_resume

[8] Nous ne pouvons que vous renvoyer vers l’excellent article d’Yves-Marie Abraham à propos de l’économie du doughnut (ou de la beigne en bon français), publié sur le site de Polémos, le mouvement québécois de la décroissance : https://polemos-decroissance.org/beigne-perdu/.

[9] Il s’agit d’un des piliers, en l’occurrence le fondement, du noyau de la décroissance que la Maison commune de la décroissance cherche à découvrir, à partir de quatre questions. Quoi ? La définition (https://ladecroissance.xyz/definition-claire-lopposition-politique-a-la-croissance/), Pour quoi ? Le fondement (https://ladecroissance.xyz/fondement-juste-plancher-plafond/), Vers quoi ? L’objectif (https://ladecroissance.xyz/obectif-desirable-vye-sociale/) et Comment ? Le mobile (https://ladecroissance.xyz/mobile-acceptable-depense/). À découvrir également en vidéo sur notre chaîne Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=AbDS3WyI0GA

[10] Plus d’information sur notre site : https://ladecroissance.xyz/2023/01/24/regime-de-croissance/

[11] À découvrir sur notre site (https://ladecroissance.xyz/image-iceberg/) et en vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=eOWzbBMOxZk).

[12] Vous pouvez commencer à découvrir ses travaux via la recension de son livre Vers une science sociale du vivant (2025, La découverte) de Michel Lepesant sur son blog : https://decroissances.ouvaton.org/2025/12/24/lire-vers-une-science-sociale-du-vivant-de-bernard-lahire/

[13] Il s’agit d’ailleurs du premier malentendu traité dans le livre de la MCD, La décroissance et ses déclinaisons (2022, Utopia), dont un aperçu est accessible en ligne : https://ladecroissance.xyz/2022/04/05/sortie-le-10-juin/

[14] Il est notamment abordé dans une Fresque de la décroissance, en cours de développement par la Maison commune de la décroissance.

[15] Un projet financé par l’Union européenne sur l’exercice 2023-2029, dirigé par Julia Steinberger (UNIL Lausanne), Jason Hickel et Giorgos Kallis (UAB Barcelona), à hauteur de 9 994 960 €.

[16] Plus d’information sur la page projet du site de la Commission européenne : https://cordis.europa.eu/project/id/101071647/fr

[17] Plus d’information sur le site du projet : https://www.realpostgrowth.eu/about/ 

[18] Pour aller plus loin, la recension du livre de L’Atelier Paysan, Reprendre la terre aux machines, manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire (Seuil Anthropocène, 2021) : https://ladecroissance.xyz/2022/07/02/il-faut-lire-reprendre-la-terre-aux-machines-par-latelier-paysan/

[19] Pour en savoir plus, découvrez la Rencontre avec Onofrio Romano de nos (f)estives 2025 : https://ladecroissance.xyz/2025/09/10/la-rencontre-avec-onofrio-romano-mardi-et-mercredi/#_ftn22

[20] Fitzpatrick N., Parrique T., Cosme I., « Exploring degrowth policy proposals: A systematic mapping with thematic synthesis », Journal of Cleaner Production, vol. 365.

[21] L’exemple de l’ADEME, bien que ne se réclamant pas de la post-croissance, est également l’illustration de l’impasse à laquelle le brouillard peut conduire (https://ladecroissance.xyz/2026/05/05/defendre-lademe-malgre-tout/). Ou plus récemment, spécifiquement à propos de la décroissance, un article qui identifie quatre variétés de la décroissance dont pour deux d’entre elles l’objectif serait « une croissance progressive et plus durable » (Kirchherr, J., Jansen, D. & Hartley, K. Varieties of degrowth: an analysis of archetypes. J. Ind. Ecol. (2026)).

[22] Ils pourraient être traduits en : Coordination multi-niveaux, Suffisance automatisée, Communs conviviaux, Réforme équilibrée et Déconnexion pluraliste. L’ensemble des traductions sont par l’auteur.

[23] La Rencontre des (F)estives 2026 de la MCD a été consacré à Gorz, un compte rendu est disponible en ligne : https://ladecroissance.xyz/2026/07/20/apports-gorz-decroissance-politique/.

[24] Une intervention de la MCD, par Michel Lepesant, lors de Décroissance, le Festival (édition 2025) aborde ce sujet : https://decroissances.ouvaton.org/2025/07/30/la-decroissance-solution-politique/

[25] Mépolitiser, ce n’est pas dépolitiser, ce qui serait injuste et exagéré. Mépolitiser , ce serait plutôt : risquer de tomber dans la dépolitisation, prendre le risque de devoir subir un retour de bâton dépolitisant.

[26] Michel LEPESANT, « Pourquoi une cartographie systémique des trajectoires de décroissance », Mondes en décroissance [En ligne], 2 | 2023, mis en ligne le 25 janvier 2024, consulté le 27 juillet 2026. URL : http://revues-msh.uca.fr/revue-opcd/index.php?id=344

[27] Lorenz Keyßer, Julia Steinberger, Matthias Schmelzer, Economic growth dependencies and imperatives: A review of key theories and their conflicts, Ecological Economics, Volume 238, 2025.

[28] Pour se pencher plus avant dans la pensée de Serge Latouche, une récente contribution de Michel Lepesant sur son blog, à la suite d’une intervention dans le cadre de rencontres universitaires sur l’écosophie : https://decroissances.ouvaton.org/2026/04/20/apport-de-la-decroissance-a-lecosophie/

[29] Serge Latouche, Le pari de la décroissance (2006), Fayard, p. 180

[30] À découvrir sur notre site (https://ladecroissance.xyz/image-iceberg/) et en vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=eOWzbBMOxZk).

[31] Position notamment défendue, avec des variations, par Dengler et Seebacher (What About the Global South? Towards a Feminist Decolonial Degrowth Approach, Ecological Economics, Volume 157, 2019) ou Jason Hickel (What Does Degrowth Mean? A Few Points of Clarification. Globalizations 18 (7): 1105-11)

[32] Un bulletin critique, compose seulement de quatre numéros, au tournant des années 2000/2010, porte sur ce sujet, avec des contributions de grande qualité. À découvrir ici : https://sortirdeleconomie.ouvaton.org/

[33] Chertkovskaya, Ekaterina and Côte, Muriel. « North–South Relations from a Degrowth Perspective: From Destructive Dependencies to Caring Interdependencies » New Global Studies

[34] Only for the Global North? Questioning the ‘who should degrow’ issue. (2023). In Degrowth Journal (Vol. 1).

[35] La traduction n’est pas aisée, tentons les interdépendances du soin.

[36] Féliz, M. 2024. Dependency, Delinking and Degrowth in a New Developmental Era: Debates From Argentina. In De Gruyter Handbook of Degrowth, edited by L. Eastwood, and K. Heron. Berlin: De Gruyter.

[37] Un court billet sur notre site à ce propos : https://ladecroissance.xyz/2019/06/24/la-decroissance-concerne-t-elle-le-sud/

[38] Tuck, E., & Yang, K. W. (2012). Decolonization is not a metaphor. Decolonization: Indigeneity, Education & Society, 1(1), 1-40.

[39] À lire sur le blog degrowth.info, Decolonisation and Degrowth, 2018 de Claire Deschner et Elliot Hurst : https://degrowth.info/blog/decolonisation-and-degrowth

[40] Bhambra, G. K. (2024). Empires and Colonialism: An Essay in Historiographic Reconstruction. Tidsskrift for samfunnsforskning, 65(3), 192–205.

[41] Son travail a été évoqué dans le cadre de la présentation de Christos Zografos, intitulée Decoloniality and green sacrifice in the Spanish Ecological Transition (trad. Décolonialité et sacrifice écologique dans la transition écologique espagnole).

[42] Bhambra, G. K., & Newell, P. (2023). More than a metaphor: ‘climate colonialism’ in perspective. Global Social Challenges Journal2(2), 179-187.

[43] Il s’agit d’un des champs de repolitisation identifiés par la MCD – le moins fréquenté par les décroissants d’ailleurs – avec ceux des dispositifs démocratiques de politisation (plutôt très fréquenté) et des institutions démocratiques (bien moins fréquenté) plus d’information dans cet article : https://ladecroissance.xyz/2026/06/05/politique-depolitisation-repolitisation/

[44] Plus précisément, le municipalo-solutionnisme a été identifié comme un frein à la décroissance. Plus d’information dans ce compte rendu de nos (F)estives 2026 : https://ladecroissance.xyz/2026/07/25/freins-de-la-soumission/ 

[45] Ou en français : Révision participative du plan d’urbanisme local à Saillans (France, 2014-2020) : une expérience inspirée du municipalisme qui navigue entre les tensions entre démocratie et écologie et la dépendance à la croissance. Et là d’ailleurs fut d’ailleurs la seule intervention d’un.e français.e (Sabine Girard) au nom d’une institution française, l’INRAE (nous y reviendrons plus tard), en lien avec son activité d’élue locale à Saillans (mandat municipal de 2014 à 2020).

[46] Présentation de Pablo Núñez Yebra, intitulée Governing urban climate in the EU: insider perspectives from five major cities, trad. La gestion du climat urbain dans l’UE : points de vue depuis cinq grandes villes)

[47] Il pourrait nous faire l’honneur de publier un article sur notre site, ou a minima le verbatim de son intervention.

[48] Muñoz-Sueiro, L. & Kallis, G., (2024) “Postfiguring degrowth: How traditional popular culture challenges growth-oriented common senses”, Journal of Political Ecology 31(1), 951–971

[49] La citation exacte : « L’équilibre global, dont la non-croissance – voire la décroissance – de la production matérielle est une condition, cet équilibre global est-il compatible avec la survie du système (capitaliste) »

[50] Le mot decline fut également envisagé à cette époque, auquel fut préféré le néologisme degrowth, afin d’acter clairement la dimension politique volontaire de la décroissance.

[51] Une des dernières occurrences est son article « Transmission, triomphe, ou trahison : de la décroissance aux degrowth studies » dans le n° 219 du mensuel papier La décroissance, juillet-août 2025, pp. 16-17.

[52] Réponse à Serge Latouche : L’étrange cas du docteur décroissance et de mister degrowth, juillet 2025 (https://timotheeparrique.com/reponse-a-serge-latouche-letrange-cas-du-docteur-decroissance-et-de-mister-degrowth/)

[53] Giorgos Kallis, Vasilis Kostakis, Steffen Lange, Barbara Muraca, Susan Paulson, Matthias Schmelzer. 2018. Research On Degrowth. Annual Review of Environment and Resources 43:291-316.

[54] Par exemple l’excellent travail de Matthias Schmelzer, et le non moins excellent livre The future is degrowth (2022, Verso)auquel il a contribué, et dont une recension est disponible (en langue anglaise) sur le blog de Timothée Parrique : https://timotheeparrique.com/book-review-the-future-is-degrowth/

[55] https://www.alterkapitae.com/

[56] https://polemos-decroissance.org/

[57] Quelques articles à lire sur notre site pour s’y pencher plus avant : ED : de quelques décroissants en dégringolade (https://ladecroissance.xyz/2024/09/03/de-quelques-decroissants-en-degringolade/), Notre décroissance n’est ni de droite ni d’extrême-droite (https://ladecroissance.xyz/2024/06/29/notre-decroissance-nest-ni-de-droite-ni-dextreme-droite/) et Grand remplacer les hidées d’extrême-droite grâce à la décroissance (https://ladecroissance.xyz/2025/02/21/grand-remplacer-les-hidees-dextreme-droite-grace-a-la-decroissance/).

[58] Michel LEPESANT, « Portrait du décroissant en militant-chercheur », Mondes en décroissance, 1, 2023

[59] https://polen.uca.fr/revue-opcd/

[60] Un avant-goût dans cet article sur notre site (https://ladecroissance.xyz/2019/02/10/1271/) et sur le blog de Michel Lepesant (https://decroissances.ouvaton.org/2012/11/21/histoire-decroissance/)

[61] À la MCD, nous proposons de visionner la décroissance à l’aide de l’image d’un arbre politique (https://ladecroissance.xyz/image-arbre/). Ce que j’appelle « décroissantologie » fait référence aux racines (conceptuelles et méthodologiques) d’un arbre dont le tronc est la décroissance politique – dont la décroissance prospère est une déclinaison – et les branches sont les propositions universitaires et les alternatives concrètes. Finalement, notre naïveté, c’est de croire que ce sont les racines qui font la robustesse du tronc et la fécondité des fruits. À découvrir ici également : https://decroissances.ouvaton.org/2026/05/30/retour-de-paris-19-20-21-mai-lecons-strategiques/

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