A l’issue de la COP30, faut-il se réjouir de l’accord obtenu entre les délégations de 194 pays – en l’absence des USA de Trump – ou bien faut-il déplorer l’absurdité dans laquelle semble s’enfoncer, COP après COP, un agenda mondial censé affronter prioritairement l’urgence climatique ?
Avec cet accord, on ne cesse t’entendre que « le pire a été évité ». Super, mais de quel « pire » est-il ici question ? Là, on croit rêver quand on s’aperçoit que ce pire aurait été la validation de la ligne trumpienne d’une remise en cause de la réalité du changement climatique.
A partir d’un tel effondrement des exigences, on comprend mieux pourquoi la COP30 a été un gigantesque recul sur la question cruciale d’une sortie des énergies fossiles. Et là on peut être précis : les combustibles fossiles ne sont évoqués qu’implicitement par le biais d’une « référence au consensus des Emirats arabes unis » : lors de la COP28 de Dubaï, en 2023, les parties s’étaient engagées à « une transition hors des énergies fossiles ».
Autrement dit, à la COP30, c’est retour en deçà de la COP28 !
Se pose alors la question politique : comment un tel « accord » est-il possible ? Parce que la règle de la décision se fait au consensus et que, dans ce cas, il n’y a plus que 2 options possibles : l’absence d’accord ou bien un accord sous le joug de la partie prenante la plus égoïste, la plus intransigeante. Et dans le cas de la COP30, il s’agissait des pays pétroliers, menés par l’Arabie saoudite, mais aussi de l’Inde ou de la Russie.
Les Européens ont plusieurs fois menacé de quitter Belém sans accord. Mais au final, ils ont signé l’accord.
Ils ont fait le choix de « rester ensemble en désaccord » plutôt que celui de « rester en accord avec soi-même ». Ils ont donné la priorité au « faire nombre » sur le « faire sens ».
Quiconque s’est déjà un peu engagé dans l’organisation collective d’une alternative concrète, même au niveau le plus local, s’est déjà retrouvé devant ce hiatus entre le sens et le nombre. L’enjeu n’est pas de renoncer à l’un au profit de l’autre. L’enjeu est de se demander auquel donner priorité. Au nom d’un critère simple : des 2 façons de prioriser, laquelle a le plus de risque d’aboutir au sacrifice de l’une des 2 exigences ?
- L’argumentaire du « faire nombre » repose sur l’efficacité et l’urgence du présent.
- L’argumentaire du « faire sens » repose sur la cohérence et l’urgence du futur.
Car tel est le hiatus porté par toute urgence : c’est que la catastrophe annoncée pour le futur ne peut être affrontée qu’ici et maintenant.
Alors comment trancher ? D’expérience :
- La priorité accordée au « faire sens » sur le « faire nombre » ne peut pas garantir le succès ; car une stratégie n’est pas une prophétie. Mais si succès il y a, il sera sensé.
- La priorité accordée au « faire nombre » est d’emblée un renoncement au « faire sens » et comme seul le « sens » peut faire « lien » alors l’alternative finit toujours, à terme, par retourner dans le as usual, c’est-à-dire l’éparpillement et le repli sur ses positions.
Et en attendant ?
Comme de toutes les façons, nos alternatives n’en sont pas encore à prétendre « faire nombre », prenons le temps de « faire sens ».
C’est ce genre de pari qui nous anime quand nous portons un projet tel celui de la Fresque de la décroissance (Prochaine visiodiscussion : le samedi 6 décembre à 10h ). C’est ce que Serge Latouche appelait le pari de la décroissance.
