
Si on reprend l’image classique de l’iceberg, l’économie constitue la partie émergée de la croissance. Mais Serge Latouche a eu raison de nous avertir : quand, dans une société, l’économie devient une économie de croissance, alors nous ne vivons pas dans une société avec la croissance comme boussole économique, nous vivons dans une société de croissance. La partie immergée de la croissance, c’est ce monde, qui est aussi celui de l’aéroport, du portable, de la voiture, du tourisme, du nucléaire, des métropoles, de la publicité…

Mais alors, suffirait-il de changer d’indicateurs économiques ou de produire de nouveaux récits ou de nouveaux imaginaires pour rompre avec l’emprise de la croissance ? Pour le croire il faudrait réduire l’hégémonie de la croissance au seul encastrement de nos sociétés modernes dans l’économie. Mais dans ce cas-là, comment expliquer pourquoi la croissance a réussi à imposer son hégémonie ?
Si on revient à l’image de l’iceberg, ne faut-il pas chercher cette explication en se demandant dans quel milieu flotte l’iceberg de la croissance ?
L’hypothèse posée par Onofrio Romano d’un régime de croissance fournit-elle cette explication ? Ce régime politique de croissance est-il le milieu dans lequel baignent la croissance économique et son monde ?
A manquer de (ce) cran politique dans la critique de la croissance, et donc à en rester à réduire la décroissance à une décrue (économique) et une décolonisation (de nos imaginaires), les décroissant.e.s ne s’enferment-ils pas à chérir les causes dont ils déplorent les effets ?
C’est à partir de ce faisceau d’interrogations que ces deux jours de rencontre seront consacrés à échanger et discuter avec Onofrio Romano. La rencontre va s’organiser autour de 4 séances pendant lesquelles le temps et la parole seront donnés à O. Romano pour exposer ses réflexions. A la fin des 3 premières séances, nous nous réunirons en sous-groupes (1/2 heure) pour échanger sur ce que nous avons compris de son l’intervention (1heure 30) et quelles questions nous aimerions lui poser. Questions auxquelles il répondra au début de la séance suivante (1/2 heure).
| Mardi 19 août | Mercredi 20 août | |
|---|---|---|
| Critique du régime de croissance | Quelle décroissance, politiquement, anthropologiquement ? | |
| 9h30 – 10h00 | Au cœur de la définition, par la MCD, de la décroissance comme opposition politique à la croissance, il y a la critique du « régime de croissance » (M. Lepesant). | Réponses par O. Romano aux questions de la séance 2 |
| 10h00 – 11h30 | Présentation par Onofrio Romano du « régime de croissance » par ses effets, économiques, politiques, anthropologiques et psychosociaux | Pour sauver nos valeurs du brouillard de l’horizontalisme, quelles verticalités, et quelles horizontalités ? a) Les paradoxes de la décroissance mainstream b) Reconstruire la démocratie par « la liberté verticale » ? Comment envisager une certaine verticalité compatible avec les valeurs qui portent la décroissance |
| 11h30 – 12h00 | En sous-groupes : réception, explication, discussion de l’intervention 1 → 1 ou 2 questions/groupe adressées à O. Romano | En sous-groupes : réception, explication, discussion de l’intervention 3 → 1 ou 2 questions/groupe adressées à O. Romano |
| 14h00 – 14h30 | Réponses par O. Romano aux questions de la séance 1 | Réponses par O. Romano aux questions de la séance 3 |
| 14h30 – 16h00 | Le régime de croissance comme « institution imaginaire de l’individu » → critique du libéralisme comme horizontalisme, neutralisme. Comment intégrer à l’hypothèse du régime de croissance les évolutions idéologiques de ce libéralisme : néolibéralisme, hyperlibéralisme, libertarisme ? | Le sens de la vie comme Bataille a- Sortir de la dépense servile (M. Lepesant : 1/2 heure) b- Pour une décroissance du sujet moderne (O. Romano : 1 heure) |
| 16h00 – 16h30 | En sous-groupes : réception, explication, discussion de l’intervention 2 → 1 ou 2 questions/groupe adressées à O. Romano | Discussion finale sur la séance 4 et sur l’ensemble de la rencontre |
Pour creuser

Une présentation du livre d’Onofrio Romano, Towards a Society of Degrowth (Routledge, 2020, la traduction française, Critique du régime de croissance, est parue en 2024 chez Liber) : https://decroissances.ouvaton.org/2024/02/24/jai-lu-towards-a-society-of-degrowth-donofrio-romano/
Une interview d’Onofrio Romano parue dans le n°3 de la revue Mondes en décroissance : http://revues-msh.uca.fr/revue-opcd/index.php?id=412
Une conférence de Michel Lepesant aux rencontres « Décroissance, le Festival », en juillet 2024 : Pourquoi faut-il renverser le régime de croissance ?
Onofrio Romano se revendique de la pensée de George Bataille. Une présentation de La part maudite (1949) : https://decroissances.ouvaton.org/2017/08/12/jai-relu-la-part-maudite-de-georges-bataille/
