Propos sur le revenu inconditionnel

Entretien enregistré par Sofian Achabe le mercredi 10 novembre 2021. Michel Lepesant, porte-parole de la MCD répond aux questions de William De Witte.

1. Définition du revenu inconditionnel, une variante du revenu de base ou revenu universel

  • Doublement inconditionnel : à toutes et tous, sans contrepartie (1:11)
  • Doublement suffisant : par le bas (plancher décent), par le haut (plafond défini par un RMA, revenu maximum acceptable) (3:06)
  • Alloué en 3 parts : en gratuités (services publics étatisés et/ou relocalisés), en monnaie locale, en monnaie officielle (avec un horizon de « monnaie publique ») (5:42)
  • Les variations de ces 3 caractéristiques donnent les variantes du revenu de base (8:06)

2. En quoi cette variante est-elle décroissante ? (9:18)

  • Parce qu’elle est fondée, justifiée, juste (10:40) : si la production de richesse est une production sociale alors son allocation (distribution) doit être socialisée
  • Parce que son objectif est désirable (21:42) : mettre fin à l’exploitation et à l’exclusion justifiée par l’individualisme propriétariste et méritocratique

3. Cette proposition juste et désirable est aussi mobilisatrice (23:08)

  • 3.1. Une proposition désirable doit aussi être faisable et acceptable, et donc proposer des étapes intermédiaires (23 :22)
    • Le panier des 3 parts peut permettre des adaptations (échéances, territoires…) (24:34)
    • Un principe de déconnexion entre activité et revenu (27:23) :
      • Un droit inconditionnel au temps partiel
      • Une retraite inconditionnelle d’un montant unique et égale pour tou.te.s
  • 3.2. Le RI, un levier fort pour démocratiser l’économie et émanciper (33:35)
    • Une force contre la subordination patronale
    • Une force contre la domination patriarcale
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4 commentaires

  1. Pour accéder à un logement, en France, 2000 € sont nécessaire et suffisants, si l’on inclut toutes les « allocations » dans un revenu, sans plus de soutiens ou caution. Sinon l’urgence serait aussi d’appliquer « la loi de réquisition » sur l’immobilier existant afin de ne pas poursuivre en surenchère de construction de bâtiments collectifs invasifs (lotissements et HLM)…

  2. Ne sont-ce les marchandises qui ne devraient pas dépendre de leur prix ? accéder à un logement maximal en terme de qualité environnementale ou en passe de le devenir (accès à la Terre) pour un prix « minimal » serait un réel changement de paradigme en terme de décroissance… ou bien ?

  3. Quelques réflexions sur le revenu inconditionnel.
    Les revenus proviennent du travail, c’est un fait. Le travail est vu ici dans son acceptation restrictive de l’économie, pas de la physique. Le travail est validé socialement, soit par le marché, soit par la décision politique. Le revenu de base (RdB) échappe à ces deux modes de validation, ce qui fait dire à J-M Harribey, de façon logique, que le RdB relève du créationnisme, cad que le RdB présuppose que l’argent tomberait du ciel comme par enchantement. Toutefois, il n’a échappé à personne que ni le marché ni la politique ni les deux réunis ne réussissent à procurer assez de places pour tout le monde. Ils sont déficients.

    Il est assez goûteux de prendre acte de l’aveux des libéraux quant à la déficience du marché à allouer au mieux les ressources, dès lors qu’ils militent pour le RdB. Il est aussi goûteux de faire le même constat de l’aveux d’échec de la politique de la part des tenants de l’état providence favorables au RdB. Le marché ne peut pas tout, l’état ne peut pas tout et les deux réunis non plus. Dès lors, le RdB apparaît comme l’aveu de cet échec à allouer les ressources et à fournir assez de places aux membres d’une communauté politique et économique.

    La question de la validation sociale est au cœur du débat sur le RdB. Les opposants, comme J-M Harribey, soutiennent mordicus que le RdB, c’est du créationnisme, et les tenants du RdB, comme J-B Mylondo, soutiennent que même quand tu joues aux cartes tu participes à l’économie, que quoi que tu fasses, tu ne peux échapper à faire partie de la communauté économique, ce qui justifie et fonde une validation sociale du RdB.

    Un point, qui me semble pourtant incontournable, est absent du débat. Il s’agit de l’éventualité d’une redistribution du RdB par le bas, de ceux qui estiment pouvoir s’en passer vers ceux qui en auraient besoin. Cette éventualité me semble inévitable, c’est à dire que cette question va se poser. J’y vois le moyen de résoudre d’un seul coup deux des problèmes principaux que soulève le RdB: son montant minimum pour être efficace et sa validation sociale. Imaginons que nous favorisions cette redistribution, par exemple vers la précarité et vers les projets (ceux qui ne trouvent pas à se faire financer dans le cadre actuel). Le favoriser n’est pas très difficile, c’est une simple question fiscale. Labelliser les projets et la précarité vers lesquels rediriger ce RdB ne me semble pas non plus hors de portée. Nous aurions alors construit un mode de validation sociale qui ne soit ni le marché ni la politique du haut, mais par un mode de décision politique décentralisé, une sorte d’outil de démocratie participative en somme. Un tel dispositif a un impact important sur le montant, puisque qu’avec 1/3 ou 1/4 (ou?, proportion à affiner) du montant jugé aujourd’hui minimum, les bénéficiaires du RdB (le leur + ceux redirigés vers eux) se retrouveraient avec un montant acceptable (par exemple avec un RdB unitaire de 200€, chaque bénéficiaire réel pourrait alors toucher 3 à 4 fois ou plus cette somme, soit 600€, 800€ ou plus). Par exemple, des organismes comme les coopératives municipales de Jean Zin pourraient être éligibles à recevoir les RdB redirigés, les FabLab seraient en bonnes places, des collectifs d’aidants (autour des personnes atteintes d’Alzheimer ou Parkinson etc…) pourraient enfin disposer d’assez de fonds.

  4. Remarque sur la validation sociale. Il me semble que nous nous co-éduquons de la naissance à la mort. Nous indiquons en permanence et on nous indique en permanence, si ce que nous faisons est bon ou mauvais pour la société dans laquelle nous vivons. Nous donnons et nous recevons des signaux d’encouragement et des signaux négatifs avec tous ceux avec qui nous sommes en contact. Je crois que la validation sociale est un phénomène social qui nous caractérise et qui caractérise le vivant, en particulier dans les espèces sociales. Il ne me semble pas que ce soit une fable, mais bien une réalité indéniable.
    Faire de la politique, c’est essayer de convaincre, c’est encourager un certain comportement et en décourager un autre (définir le bien et le mal pour faire court). C’est essayer de faire valider socialement des convictions.

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