J’ai lu : Une écologie décoloniale, de Malcom Ferdinand ; par Jean-Luc Pasquinet

Ce livre commence très mal. Il est d’entrée de jeu question de races, de Blancs…alors qu’on sait que le monde est de plus en plus dominé par la Chine et un pays où les Blancs seront minoritaires vers 2045 : les USA…

On y trouve des choses auxquelles j’adhère et d’autres qui me semblent discutables et il est vrai qu’il précise que le terme de « Blanc » ne recouvre pas tous les Blancs, mais pourquoi employer ce terme alors ? Idem pour le mot « Noir », on apprend à la page 409 que les Nègres ont été « fabriqués », que ce sont d’abord des êtres humains, -bonne nouvelle- et bien pourquoi n’en serait-il pas de même des Blancs ? N’est-il pas préférable d’ insister sur ce qui unit les êtres humains plutôt que sur des apparences qui divisent et maintiennent dans un endroit fermé ?

L’auteur part de la mise en place d’une nouvelle relation au monde, structurée par une rupture entre l’humain et le non-humain, et aussi entre des humains (esclavagistes) et les Noirs au 16ème siècle, ce qu’il appelle «l’habiter colonial ». Cette rupture caractérise le « plantationocène », nouvelle façon de gérer le monde qui apparait avec la création de plantations sur lesquelles on fait travailler des esclaves Noirs. Pour l’auteur, les écologistes ont oublié de faire des luttes anticoloniales et antiracistes des éléments centraux de la crise écologique.

Je suis en tout cas d’accord avec une chose, c’est que la culture capitaliste a pris naissance non pas seulement grâce à l’apparition de l’utilitarisme, ni d’une volonté de maitrise totale de la nature mais aussi avec la disparition des « communs ». Traditionnellement on insiste sur la remise en cause des « enclosures » au Royaume Uni et en France. Je me suis intéressé au Premier Empire colonial français en Amérique. Et j’ai compris quel rôle a pu jouer la remise en cause des communs et le progrès de la propriété privée au détriment des autochtones en Amérique du Nord notamment, non seulement pour expliquer la conquète coloniale britannique, mais surtout la naissance du capitalisme. Par contre, l’esclavagisme n’explique pas la naissance du capitalisme.

Mais de là à faire de cet « habiter colonial » le coeur du système actuel, c’est faire l’impasse sur beaucoup de choses que nous évoquerons plus bas, outre le fait qu’on ne comprend pas bien en quoi consisterait l’écologie décoloniale, si ce n’est à décroître…

Il parle de « justice », de nos « richesses », sous entendant qu’on devrait partager nos voitures, etc… sans prendre conscience qu’un écologiste sait que notre mode de vie n’est pas généralisable à la terre entière et que l’enjeu c’est que justement nous réduisions notre mode de vie, (moins de voitures, moins de nucléaire etc…) que nous abandonnions nos « richesses ». Du côté du Sud l’enjeu n’est pas de rejoindre notre standard de vie (on ne peut pas critiquer le colonialisme occidental et vouloir le développement, vouloir faire pareil), mais d’abord de mettre en oeuvre la démocratie, la mise en place d’une démographie responsable et arrêter d’aider le Nord à croitre….

Il est vrai que Malcom Ferdinand ignore la décroissance, il oppose l’environnementalisme à l’écologie décoloniale, et derrière cela on trouve une sincère volonté de mettre fin au racisme, mais il semble ignorer que le système structuré autour de la création de la valeur est plus animé d’une volonté d’établir une équivalence entre tout ce qui vit sur Terre que de discriminations, d’ailleurs justement il parle de « fracture environnementale » sans voir ce qui est vraiment en cours : une égalisation de tout ce qui vit dans un même statut d’objet …

Est-ce que les personnes de couleur sont systématiquement discriminées en Occident : à l’école ? j’en doute… à l’embauche, dans le logement certainement, mais pas systématiquement, je ne crois pas que notre système soit basé sur le racisme, je ne crois pas à un racisme d’État. D’après Levi-Strauss il est normal qu’un groupe cherche à défendre ce qu’il considère son « identité », en critiquant le colonialisme et sans haine de l’Autre qui peut être inclus à la marge, et dont on ne doit pas s’interdire d’emprunter ce qui nous semble intéressant. On peut aussi noter l’existence de policiers racistes et une trop grande tolérance de la part de l’IGPN qui devrait s’inspirer de son homologue britannique.

Si on trouve plus de personnes de couleur dans certains postes c’est à cause de leur absence de qualification, au fait qu’elles viennent juste d’arriver ou récemment en France. Est-ce que Malcom Ferdinand est contre l’immigration, outil au service du capitalisme ?  Par ailleurs, il me semble normal d’exiger une adaptation à certains critères : laïcité, démocratie notamment, ou alors à quoi bon lutter pour la démocratie et la justice si on doit un jour avoir une minorité importante qui défende le théocratisme, la remise en cause de la laïcité et la liberté d’expression par exemple ?

Il existe un grand absent dans ce livre « écologiste », c’est la démographie. Or, désolé, mais l’écologie doit tenir compte de trois aspects : la Technologie, la Croissance dont les « richesses » produites et enfin la Démographie pour agir pour la biosphère. Si on dit qu’il n’est pas normal que les Françaises aient entre 7 et 8 enfants en France, que cela signe un régime machiste, car les femmes ne sont pas des poules pondeuses condamnées à la maternité, je passe pour un féministe, si je le dis des femmes du Niger (ce qui est le cas) que je précise que cela signifie un doublement de la pop tous les 20 ans cad que dans 20 ans ils seront 32 millions dans un désert, je suis un raciste. Si je conseille de lire Malthus, le livre de Michel Sourouille 1Arrêtez de faire des gosses ! Comment la surpopulation nous mène à notre perte, Michel Sourouilles, éd. Kiwi, déc 2020. qui vient d’être publié et qui montre qu’il n’était pas le monstre anti pauvres qu’on en a fait je passe pour un réactionnaire. Si je dis que la France est surpeuplée et que si elle doit relocaliser et arrêter de dépendre du Sud et de l’exploiter et donc qu’il faudra faire avec 70 millions d’hab ce qui n’est pas gagné, je passe pour un fou, etc…oui la décroissance c’est I=PAT, impact des hommes = (population) x (mode de vie, richesse) x (Technologie), il faut tenir compte des trois paramètres… mais Malcom Ferdinand l’ignore…

De plus on a l’impression que l’émigration est chose normale et que l’issue est dans l’émigration vers l’Europe, vers les Amériques (ce qui est encore du colonialisme).

Que l’on ne s’y méprenne pas, je suis pour qu’on accueille correctement les immigrants, mais émigrer n’est pas la solution. La solution c’est ce qu’ont fait les Français après la révolution de 1789, contrôler sa natalité (et remettre en cause la société industrielle), au lieu de déverser son surplus humain aux Amériques à l’instar des autres Européens…la France était un des trois pays les plus peuplés au monde sous Louis 14 aujourd’hui ce n’est plus que 0,83 % de la pop mondial : on peut le dire, malgré son second Empire colonial,  malgré sa bombe, le peuple français n’a pas fait que des choses stupides, en contrôlant notre démographie, pour la biosphère « on a fait le job » et avec 80 % d’analphabètes et 80 % de paysans miséreux jusqu’à la fin du 19ème siècles,…

En ce qui concerne les dernières colonies françaises, je soutiens la rétrocession par la France de Mayotte aux Comores (recommandation de l’ONU) mais alors cela se fera en contradiction avec la volonté des mahorais qui eux veulent rester en France. Il en est de même avec les POM et les DOM : doit on les obliger à devenir indépendants ?  Ferdinand, issu d’un DOM (la Martinique) métis Blanc ? Noir ? on ne sait, diplômé grâce à l’éducation nationale, couche supérieure « privilégiée » n’en parle pas, mais soutient il l’indépendance de la Martinique contre la volonté de ses concitoyens ? Et pourquoi ne critiquent-ils jamais ses concitoyens qui veulent rester dans la République française majoritairement ?

Reste la Guyane, là encore la majorité (Noire) veut rester française et lutte contre les immigrés venus du Surinam (manifestations de 2019, que je sache jamais on ne les a traité de racistes !), et surtout contre le lumpenproletariat brésilien (les garimpeiros) qui entre illégalement, et vole l’or après avoir pollué les rivières avec du mercure, tué des Amérindiens. Bientôt la majorité de la pop ne sera plus francophone mais lusophone et choisira démocratiquement de rejoindre le Brésil la colonie « qui a réussi » et pourra aller s’installer dans la forêt au détriment des Amérindiens…et imposer « l’habiter colonial » comme l’écrit Malcom Ferdinand…et comme ça se fait en Amazonie au Brésil et ailleurs en Amérique… Mais de cela Malcom Ferdinand n’en parle pas…

Par bonheur, bientôt la Nelle Calédonie va être indépendante (du moins, j’ai beaucoup d’attentes en ce qui concerne le troisième référendum), mais le résultat ne sera que la naissance du second pays indépendant dont la majorité de la population aura le français comme langue maternelle (après la France) et donc ce sera le premier cas de pays colonial francophone ayant « réussi », puisque bien qu’imposant la culture et la langue française à une minorité d’autochtones il sera respecté…comme les USA, le Canada, l’Australie, la Nelle Zélande, les pays d’Amérique latine, l’Afrique du Sud etc…bien que colonies elles sont acceptées dans le concert des Nations…ainsi en sera t’il de la Nelle Calédonie…

Un mot sur l’esclavagisme : il a été plus développé chez les Arabes, le mot « esclave » vient de Slaves qu’on achetait et vendait. Il y a eu de l’esclavage (non systémique à la différence de l’Antiquité) en France jusqu’au 18ème siècle, il a été interdit par une loi de 1315, dans le domaine royal en tout cas. A l’époque il ne concernait que des Blancs, puis vinrent les Noirs. On considère que 2 à 3 millions d’Européens ont été mis en esclavage par les Arabes qui faisaient des razzias jusqu’en Bretagne… certes, on est loin des 10 à 12 millions de Noirs victimes de leurs Rois Noirs -esclavagistes – qui les vendaient (différence des Rois européens qui ne pouvaient pas vendre leurs Sujets considérés comme libres) à des négriers européens, et sans doute des 19 millions d’Africains victimes des Arabes, c’est un fait… que l’esclavage arabe a été pire que celui des européens mais pourtant Ferdinand ne retient que l’esclavage des « Blancs » (cette minorité de marchands et banquiers qui armaient des bateaux dans les ports)…et l’esclavage arabes n’a pas donné naissance au capitalisme, ce qui prouverait qu’il y a eu autre chose que la mise en esclavage pour l’expliquer.

Bref, Ferdinand a raison de rappeler les horreurs commises par certains Européens, mais il oublie par contre que si l’Europe a commis de graves crimes (Shoah, colonialisme) elle a aussi légué à l’humanité l’idée de démocratie, la capacité autoréflexive sur elle-même et l’universalisme qui lui, ne tient pas compte de la couleur de la peau…

Notes et références

Notes et références
1 Arrêtez de faire des gosses ! Comment la surpopulation nous mène à notre perte, Michel Sourouilles, éd. Kiwi, déc 2020.
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Un commentaire

  1. Difficile de savoir si les critiques portées contre le livre sont justifiées et pertinentes, faute d’une présentation de l’organisation du livre et de ses idées générales.

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