la Maison commune de la décroissance http://ladecroissance.xyz La croissance, c'est le non-sens ; le bon sens, c'est la décroissance ! Mon, 12 Aug 2019 08:00:47 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.2.2 http://ladecroissance.xyz/wp-content/uploads/2018/01/cropped-ladecroissance-1-32x32.png la Maison commune de la décroissance http://ladecroissance.xyz 32 32 (f)estives 2017 de la décroissance : un survol http://ladecroissance.xyz/2019/08/12/festives-2017-de-la-decroissance-un-survol/ http://ladecroissance.xyz/2019/08/12/festives-2017-de-la-decroissance-un-survol/#respond Mon, 12 Aug 2019 07:53:46 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1551 Lire la suite →]]> Le contenu de ces(f)estives était ambitieux → articuler une question existentielle profonde (celle du sens de la vie) et une critique politique radicale (celle de l’individualisme) : l’apport d’Onofrio Romano, fortement basé sur une lecture anthropologique de George Bataille, sera, nous l’espérons, un moment décisif dans l’histoire de la pensée de la décroissance en France : la décroissance ne doit pas proposer la pénurie pour chacun.e.s mais proposer (politiquement) une organisation sociale telle que la question du « sens de la vie » (re-)trouve une réponse commune, celle de la « dépense » par la fête (à ne pas confondre avec le spectacle), par des moments communautaires qui permettent d’entretenir le lien social, de conserver des solidarités, de protéger la vie commune. Car aujourd’hui, si la marchandisation généralisée de la vie peut paradoxalement étendre son emprise, c’est bien parce qu’il existe encore, à la base, une vie sociale fondée sur les valeurs que les décroissant.e.s défendent : la convivialité, la mesure, la décence. Cette vie sociale existe encore, mais combien de temps…

Pour un CR complet : http://ladecroissance.xyz/2017/08/21/cr-des-festives-2107-de-la-decroissance/

festives final from Sofian Achabe on Vimeo.

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(Pré)visions d’hier sur l’avenir : une morale de l’histoire ? http://ladecroissance.xyz/2019/08/06/previsions-dhier-sur-lavenir-une-morale-de-lhistoire/ http://ladecroissance.xyz/2019/08/06/previsions-dhier-sur-lavenir-une-morale-de-lhistoire/#respond Tue, 06 Aug 2019 18:03:17 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1548 Lire la suite →]]> A l’époque du présentisme, quel est l’intérêt sinon l’utilité de faire de l’histoire ?

  1. L’histoire est un savoir gratuit, et c’est déjà ça.
  2. L’histoire, comme l’ethnographie, est un savoir fondé sur le décentrement : d’où sa force d’autant plus critique que l’écart sera maximal.
  3. L’histoire possède une « force explicative » et c’est ainsi que le passé donne de la profondeur à la compréhension du présent.

En déconstruisant l’histoire des vainqueurs, l’historien procure dès à présent des ressources pour l’avenir.


François Jarrige

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Les 6 principaux scénarios écologiques pour le futur de l’humanité de la planète http://ladecroissance.xyz/2019/08/06/les-6-principaux-scenarios-ecologiques-pour-le-futur-de-lhumanite-de-la-planete/ http://ladecroissance.xyz/2019/08/06/les-6-principaux-scenarios-ecologiques-pour-le-futur-de-lhumanite-de-la-planete/#respond Tue, 06 Aug 2019 17:04:55 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1544 Lire la suite →]]> La crise des gilets jaunes a débuté avec la hausse du prix du carburant. Le prix des carburants évolue en fonction de différents facteurs, tels le cours du pétrole, le taux de change euro-dollar, le niveau des stocks de produits pétroliers, de l’évolution de la demande et bien sûr aussi des taxes. Or, concernant les facteurs des stocks et du niveau de la demande, dans 40 à 80 ans, les réserves terrestres de pétrole seront épuisées. Plus on se rapprochera de cette échéance, plus la courbe montante de la demande, se rapprochera de la courbe descendante de l’offre et plus la tension sur les prix sera forte, donc plus ils vont augmenter. Et ce, même s’il n’y avait plus de taxe incluse dans les prix. Les facteurs de la fin des ressources, du réchauffement climatique et de la justice fiscale sont pris en compte dans les revendications des gilets verts. Mais dans celles de certains gilets jaunes au sein de plus d’une quinzaine de pays en Europe et d’une vingtaine d’autres dans le monde. En fonction, de la justesse des revendications, mais surtout de l’efficacité de leur mise en œuvre par les différents gouvernements, nous verrons se dessiner différents scénarios pour toute l’humanité.

Dans le cadre d’une perspective futurologique, il y aurait ainsi trois scénarios principaux : l’effondrement de la société, sa décroissance (ou sa récession) et sa stabilisation (voire une légère croissance à long terme). Chacun de ces trois scénarios peut se différencier entre un scénario avec un usage important de la technologie, ou sans technologie. Ce qui génère 6 principaux futurs possibles. Ils pourraient advenir entre aujourd’hui et la fin du XXIe siècle. On pourrait y ajouter trois autres scénarios qui sont des hypothèses intermédiaires entre les scénarios avec ou sans technologie. C’est à dire qu’il y aurait un usage limité, mais réel de la technologie. Nous les présentons en les classant du plus probable, ou moins probable. Cependant, ce classement, reste bien sûr assez subjectif et aléatoire, de même que la futurologie généralement.

1) Le 1er scénario est celui de l’effondrement, avec des ilots de technologies de pointe.

La société mondiale s’est effondrée à cause de la fin des ressources renouvelables et surtout du réchauffement climatique. Ce dernier a généré un dérèglement climatique, des cyclones et surtout des sécheresses générant des famines, des migrations et donc des guerres. La démographie humaine s’est donc effondrée. Seulement quelques centaines de millions d’humains survivent dans les zones les plus fertiles situées au nord de la planète et continuent à user de technologie de pointes, telle l’informatique pour organiser des cités-États. Les humains y parviennent en réparant et recyclant les anciennes technologies ou en recréant à petites échelles, l’ensemble du cycle de production industriel (création de plans, production de pièces, assemblages). Ces cités Etats sont des cités bunkers, qui tentent de repousser les quelques migrants qui sont parvenus à survivre et qui migrent du Sud désertifié.

2) Le 2e scénario est celui de l’effondrement, avec l’impossibilité d’utiliser la technologie de pointe. Il reprend le scénario précédent, mais compte tenu, qu’il n’existe que le système industriel global s’est effondré avec l’épuisement des métaux et des énergies non renouvelables, telle le pétrole et l’uranium, la technologie de pointe ne parvient plus à perdurer. En effet, réparer un ordinateur, suppose des pièces de rechange, qui nécessite toute une infrastructure complexe en amont. Les cités-Etats sont donc revenues à un niveau de développement technologique proche du moyen âge. Il y a encore moins d’humains qui ont survécu que dans le 1er scénario. C’est principalement autour des oasis au Sud et dans les régions plus humides et fraiches située autour du pôle Nord de la planète qu’ils survivent. 

3) Le 3e est un scénario de récession (donc décroissance involontaire) avec l’usage de la technologie. Il fait l’hypothèse que la société, grâce à la technologie parvient à limiter complètement ou majoritairement les dégâts du réchauffement climatique en récupérant le CO2, avec par exemple des puits à carbone. Cependant, l’économie fonctionne au ralenti, car les ressources non renouvelables, tel le pétrole, le gaz, l’uranium et les métaux ayant disparus. L’économie subit donc une récession généralisée. Cependant, l’usage généralisé du charbon pourrait permettre de repousser ce scénario d’un siècle ou deux. 

4) Le 4e scénario est celui d’une décroissance volontaire, mais sans la possibilité d’utiliser les technologies de pointes. Les ressources non renouvelables ont majoritairement disparues comme dans le 3e scénario, mais cette fois, la technologie n’est pas parvenue à réduire le réchauffement climatique. Par contre, la société ne s’est pas effondrée, comme dans les deux premiers scénarios, grâce à la réorganisation écosocialiste de la société mondiale. Elles redistribuent les richesses économiques et environnementales. Mais surtout elle est parvenue à limiter le réchauffement climatique suffisamment tôt avant un dérèglement et un emballement inexorable, grâce à la limitation de la croissance et la régulation de la démographie. Cette dernière s’opérant principalement par l’éducation des filles et la professionnalisation des femmes, donc à leur émancipation, principalement grâce à la redistribution des richesses.

5) Le 5e scénario est celui de la stabilisation, voire d’une légère croissance durant des dizaines d’années, grâce à la technologie. De même que dans le 3e scénario, la technologie a permis d’éviter la catastrophe climatique, grâce à la captation du gaz carbonique (CO2) dans les puits à carbone. Mais cette fois, l’humanité a résolu le problème de la fin des métaux, notamment grâce au Graphen (le graphite) par la création un composant plus dur que le métal. Ce composant existe réellement depuis 2004. Sa résistance s’avère deux cents fois supérieure à celle de l’acier (tout en étant six fois plus léger) 1Le Monde, « Distingué par le comité Nobel, le graphène va révolutionner l’industrie électronique », 7 octobre 2010, p. 6.. Il est composé d’atome de carbone qui seront récupérés notamment dans les puits à carbone. Actuellement, la principale limite du graphen réside dans son coût énergétique. Cependant, l’énergie sera devenue quasiment illimitée sur la terre, grâce aux énergies renouvelables solaires, éoliennes, thermiques. En effet, les technologies fondés sur l’énergie renouvelable ne sont plus limitées par la fin des métaux, grâce à la production du graphen. Mais surtout les scientifiques sont parvenus à capter de l’énergie électromagnétique terrestre qui est illimitée à l’échelle terrestre. C’est l’énergie à l’origine des éclairs.

Ce sera peut être cette voie qui sera peut-être là solution la plus efficace contre le changement climatique. Cependant, les militants, les écologistes, les psychosociologues devraient en priorité sensibiliser les personnes les citoyens la population au principe de précaution c’est à dire à la prudence, à la sagesse,  plutôt que rechercher la solution à nos problèmes écologiques et sociaux, par la voie technologique, qui ne peut résoudre qu’une partie du problème en plus. Les solutions techniques les ingénieurs les développent les recherchent ce n’est pas vraiment la fonction des militants, et des psychosociologues contribuer au développement de cette voie, par exemple par un travail de sensibilisation, de formation, de communication. 

6) Le 6e scénario envisage une société future stabilisée, grâce à la technologie, mais aussi grâce à une redistribution des ressources économiques et environnementales. Cette fois, il s’agit d’une société qui combine les transformations écosocialistes du 4e scénario, mais qui en évite les limites autour de la fin des ressources et du réchauffement climatique, grâce à la technologie à l’instar dans le 5e scénario. Ce scénario est plus improbable, car il suppose, en plus d’une révolution technologique du 5e scénario, qui plus est, une révolution socioéconomique et démocratique.

On le voit, les manifestations et les revendications des écologistes, des gilets verts, des gilets jaunes dans le monde, de mêmes que les manifestations de lycéens en Europe pour le protection du climat, ne sont donc pas à prendre à la légère. En fonction, des choix politiques des gouvernements et de leur la mise en œuvre, cela conduira vers un des 6 scénarios principaux pour l’avenir de l’humanité sur la terre et certains sont peu recommandables…

Thierry Brugvin

Publié dans le journal l’humanité, le 26 avril 2019.

 

 

 

LES 6 PRINCIPAUX SCENARIOS ECOLOGIQUES

POUR LE FUTUR DE L’HUMANITE SUR LA PLANETE

 

 SCENARIOS ECOLOGIQUES  AVEC OU SANS TECHNOLOGIES  SYSTEMES POLITIQUES :
EFFONDREMENT  Avec  ou sans technologie :                                                                                        Ilots de taille variées (locale, régionale, nationale, continentale) et de systèmes divers qui cohabitent et/ou s’affrontent  Survivalisme familial
 Survivalisme communautaire
 Municipalisme libertaire
 Capitalisme libéral ou social démocrate
  Ecosocialisme ou écocommunisme
 DECROISSANCE INVOLONTAIRE  Sans technologie par insuffisance de métaux et d’énergie  Divers systèmes politiques
 CROISSANCE OU STABILISATION  Technologie et Capitalisme  Libéral ou libertarien
 Ordo libéral (sans le social)
 Autoritaire
 Social démocrate
 DECROISSANCE VOLONTAIRE  Avec technologie appropriée           ( Law tech)  Ecosocialisme autogestionnaire
 Divers systèmes décroissants

 

[1] Le Monde, « Distingué par le comité Nobel, le graphène va révolutionner l’industrie électronique », 7 octobre 2010, p. 6.

Références   [ + ]

1. Le Monde, « Distingué par le comité Nobel, le graphène va révolutionner l’industrie électronique », 7 octobre 2010, p. 6.
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Les robinsonnades du roi Midas http://ladecroissance.xyz/2019/08/06/les-robinsonnades-du-roi-midas/ http://ladecroissance.xyz/2019/08/06/les-robinsonnades-du-roi-midas/#respond Tue, 06 Aug 2019 16:45:26 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1539 Lire la suite →]]> J’étais au Festival Chalon dans la rue et j’ai vu avec beaucoup de plaisir un spectacle que je qualifierai de décroissant : « Les robinsonnades du roi Midas » par la compagnie toulousaine La famille Goldini.

Le titre ne serait-il pas déjà une critique de l’économisme ?

En effet le roi de Phrygie Midas à qui Dionysos accordat un vœu qui fut que tout ce qu’il touche se transforme en or et qui finit par se jeter dans le fleuve Pactole dont l’électrum servira à fabriquer les premières pièces de monnaie par le roi Crésus.

Cette  comédie musicale acrobatique, se déroule dans un décor monumental constitué d’un monceau de déchets, les entrées et sorties de scène se font par des hublots de machines à laver ou des  frigidaires, c’est beau, c’est drôle, c’est intelligent et ça questionne…

Les Dieux de l’Olympe en ont assez de voir le paradis se couvrir d’ordures : chaque humain à sa mort les rejoint avec tous ses objets et détritus qui sont listés à son arrivée, une vie de consommation…Benoit Coulomb, le dernier mort du jour, arrive dans l’Olympe après un accident de vélo et lorsqu’il doit expliquer pourquoi il faisait du vélo il explique que c’est pour se déstresser de son nouveau travail qu’il a pris pour gagner plus d’argent, pour… pouvoir avoir plus de loisirs et faire du vélo!

Des citations de Günther Anders, Ivan Illich, Raoul Vaneigen ou Paul Valéry sont intelligemment glissées dans le spectacle qui ne se contente pas d’aborder les conséquences de la crise écologique mais bien ses causes : l’abandon de toute considération morale, esthétique ou politique au profit d’une unique logique technicienne.

La question n’est pas de savoir ce que nous faisons de la Technique mais ce que la Technique fait de nous. Comme le chante Benoit Coulomb, la machine m’a transformé en machin

S’ils passent près de chez vous, courrez-y. Près de 300 personnes à chacune des 4 représentations à Chalon où les gens se lèvent pour applaudir. Un spectacle intelligent et drôle dont beaucoup de décroissants de la Maison Commune rêvent.

Annie Vital

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Banalité bienvenue de la décroissance http://ladecroissance.xyz/2019/07/10/banalite-de-la-decroissance/ http://ladecroissance.xyz/2019/07/10/banalite-de-la-decroissance/#respond Wed, 10 Jul 2019 05:30:50 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1525 Lire la suite →]]> Trop souvent, les décroissants « se la racontent » en avançant que les idées de la décroissance progressent dans le débat public ; là où en réalité il n’y a le plus souvent et au mieux que l’utilisation du mot « décroissance » dans son sens le plus pauvre de « retour à des temps primitifs ». Bien sûr, les plus « purs » parmi les décroissants s’en félicitent mais il faut reconnaître qu’il n’y a là qu’une confusion regrettable entre visibilité et provocation.

Depuis quelques années, les décroissants de la Maison commune mettent en avant une signification claire : la décroissance, c’est tout simplement le retour démocratique sous les plafonds de la soutenabilité écologique. Ces plafonds sont dépassés et par conséquent l’organisation actuelle des sociétés n’est pas soutenable. N’importe quel enfant peut comprendre que si son sac est trop lourd alors il faut en diminuer le poids.

Il faut reconnaître que cette signification claire permet au débat de progresser et le livre d’Aurélien Barrau 1Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité, Michel Lafon, 2019 en est une manifestation lumineuse 2Rien ne dit que l’auteur connaisse directement nos travaux mais là n’est pas la question..

Pas de jargon mais une langue claire et sereine, pas de grande déclaration pontifiant sur la « Décroissance » mais un emploi régulier du terme juste quand il faut, pas de revendications au vocabulaire réservé aux initiés mais des listes impressionnantes de propositions de bon sens, pas de morgue pamphlétaire mais le juste ton de la conviction : éloquence sans rhétorique.

Bien sûr, on pourrait faire la fine bouche et regretter un manque de radicalité – en particulier sur le nucléaire et aussi sur la question du Pouvoir – mais ce serait passer à côté de l’essentiel (de ce que, lui, écrit, pas de ce que, nous, nous aurions écrit à sa place).

Tout d’abord, un plan vraiment habile : après les constats (chapitre 1), le deuxième chapitre expose ce qu’Aurélien Barrau qualifie lui-même de « rustines » et qui ne peuvent provoquer au mieux qu’une « évolution », sans nécessiter « un chamboulement drastique de notre système économico-politique » (page 64). L’auteur voit bien les limites et ce qu’il écrit à propos du pouvoir politique peut en réalité être étendu à toutes les « rustines » : « Pensant être raisonnable dans sa lenteur et sa tempérance apparentes, il précipite en réalité l’effondrement et l’advenue de catastrophes irréversibles » page 48). Il n’empêche que ce qu’il propose tant au niveau des « petits gestes » du quotidien (pages 57-58) qu’au niveau politique (pages 59-61) constitue une première liste nécessaire (mais insuffisante) pour opérer « un virage à 180 degrés » (page 56).

D’où un deuxième chapitre plus « révolutionnaire » ; à la fois décevant et bienvenu. Décevant parce qu’il faut bien avouer que les « révolutions fondamentales » proposées sont plus esquissées que construites. Mais bienvenu à cause de la méthode que l’auteur préconise : « Pour une fois, je crois qu’il faut renverser l’ordre usuel et s’attaquer aux conséquences – la négation de la vie et de l’avenir – avant de s’attaquer aux causes » (page 66). « Bien sûr, il faudra changer aussi le coeur du système, mais je crois que cela viendra par la suite. On ne peut plus se permettre d’attendre qu’il s’agisse d’un préalable » (pages 74-75). « Chacun peut avoir son analyse, mais si on attend une révolution politico-économique pour commencer à agir, il sera tout simplement trop tard » (page 108).

Cette voie – par les effets avant les causes – peut sembler à beaucoup d’entre nous manquer de radicalité mais n’est-elle pas pas la seule manière raisonnable de réconcilier « les gens » et la décroissance ? Nous devons nous poser la question.

Cela ne veut pas dire que la Maison commune doit abandonner son idéal philosophique de cohérence (conceptuelle et idéologique) mais qu’il faudrait pouvoir envisager jusqu’au bout que les idées que nous défendons seront portés par d’autres que nous et que nous devons juste continuer à creuser des idées, des propositions, non pas pour les exposer comme dans un temple sacré mais pour les offrir à tout.e.s : encore une fois, le commun de la « Maison commune » ne signifie pas que tous les décroissants doivent y habiter mais que c’est à tout.e.s qu’elle est destinée.

Le livre finit par un « Épilogue presque philosophique » dans lequel Aurélien Barrau reconnaît une certaine « ingénuité », mais n’est-ce pas celle dont les puristes de la décroissance manque trop souvent : « La solution évidente (et unique) serait à la portée d’un enfant de cinq ans, mais nous n’osons pas la voir en face : le « partage » (page 137). Nous adhérons.

Références   [ + ]

1. Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité, Michel Lafon, 2019
2. Rien ne dit que l’auteur connaisse directement nos travaux mais là n’est pas la question.
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Privatisons ! Privatisons ! C’est bon pour le pognon ! http://ladecroissance.xyz/2019/07/06/privatisons-privatisons-cest-bon-pour-le-pognon/ http://ladecroissance.xyz/2019/07/06/privatisons-privatisons-cest-bon-pour-le-pognon/#comments Sat, 06 Jul 2019 09:02:44 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1521 Lire la suite →]]>

Il est temps de se révolter… On ne peut en même temps, se serrer la ceinture et baisser le pantalon.

Texte lu à la Bastille, sur le socle de la colonne, durant une manifestation des gilets jaunes.

Il faut que des jeunes aient envie de devenir milliardaires, c’est le souhait et le projet exprimé par Monsieur Emmanuel Macron 1L’interview est relativement passée inaperçue, c’était le matin des attentats de Charlie hebdo. Pour les réfractaires on met en place diverses mesures disciplinaires. Les privatisations qui vont amputer l’État-Providence de ses capacités d’agir pour tempérer les inégalités. Les chômeurs manquant d’allant et de capacités d’initiatives seront affamés un peu pour augmenter la vélocité de la traversée de rue. L’étatisation/tatchérisation des débris de l’Unedic est sans doute le premier pas vers la « titrisation » de la dette. Les banques prêteuses vont faire du gros pognon sur la détresse et les misères des chômeurs.  Mais on attend des miracles du « ruissellement »… 

La dame de fer doit frétiller dans sa tombe ! Les privatisations vont à train d’enfer conduite par Monsieur Macron, ses ministres, ses affidés, thuriféraires et amis milliardaires.

Conformément aux exigences de l’union européenne qui fermement préconise l’instauration d’une « économie de marché non entravée » (les français ont majoritairement votés contre,… des retardataires frileux crispés sur la France moisie…).

Les derniers vestiges de l’État social, encore nommé État-Providence sont démantelés avec une remarquable obstination, une célérité permise par le peu de résistance organisée. Les gilets jaunes peinent à se constituer en alternative politique crédible.

Libéral cynique, Tatchérien sadique, M. Macron, incarnation de l’homo oeconomicus calculateur rationnel,  par l’odeur du pognon alléché embrasse large pour ne rien manquer. Le terrain (la dévastation ?) avait été préparé par quelques prédécesseurs, dont certains se prétendaient socialistes… Présentement en terrain dégagé la goinfrerie est sans limite.

Inventaire, non exhaustif.

La sécu, c’est foutu ! Au téléphone, par internet et lettres postales, les mutuelles et autres complémentaires généreuses (bien qu’onéreuses) désirent remédier aux déremboursements de la sécu – dont la profondeur du trou donne depuis des lustres le vertige.

La SNCF (mérite-t-elle encore son nom?), c’est râpé. De puissants ordinateurs dotés d’algorithmes subtils font varier le prix du billet selon le jour, l’heure, l’affluence prévue, la vitesse du vent et l’âge du chef de gare. Pour les nécessiteux « les cars Macron » sont accessibles. Pour un Paris-Lyon compter 6 h, au moins. C’est bien assez rapide pour les non compétitifs qui s’essoufflent en essayant de suivre le rythme de la globalisation. La concurrence va accélérer la sélection entre entreprises ferroviaires françaises et étrangères…

EDF est éclaté en nombre d’entreprises privées qui rivalisent d’offres soit disant économiques pour le client (l’usager est enterré depuis un certain temps). La lecture des contrats, leur étude comparative ne sont accessibles qu’aux classes urbaines, supérieures diplômées pour autant qu’elles veulent bien y consacrer une partie de leurs loisirs. La résistance au Linky est également chronophage.

GDF c’est dépassé, Engie fait des offres mathématiquement redoutables « les offres à prix de marché », c’est tout bon, il n’y a pas mieux m’explique une brochure de 35 pages. Anticipant sur mes souhaits, ENGIE conclue : « Vous êtes conquis ? Changer pour ENGIE ! » Suis-je tenté d’opter pour « l’offre de marché Duo Ajust pour 2 ans ». Le marché ! Le marché ! Hors marché point de salut. Les prix ça varient inévitablement autant payer pour se protéger des variations. Élémentaire.

L’ONF est en sursis. Le bois c’est bon, les arbres c’est de la thune potentielle, il faut privatiser sans tarder. Les futaies ça fait rêver les investisseurs. Un promenade en forêt ne peut se faire qu’avec calculette, le décompte des arbres ça donne le frisson.

La houille blanche. L’Europe (l’union libérale européenne), réprimande la France :  les barrages hydro-électriques ne sont pas encore privatisés ! C’est mal, pour le bien des actionnaires futurs il importe de casser cet inadmissible monopole « nationaloïde ». Il y a encore beaucoup d’eau derrière les barrages. Avec le changement climatique, l’eau peut de venir rare, donc chère…

Les autoroutes, c’est fait depuis quelques années. Ça rapporte gros : 27 milliards de dividendes entre 2005 et 2017. Chiffrage incontestable : c’est écrit dans Fakir (n°89, p.11), le canard dont François Ruffin est le rédac chef, c’est dire si c’est sérieux !

→ Les routes nationales ne rapportent rien (au contraire…). Pour combler le déficit chronique, des offres généreuses vont se faire voir et valoir. Quant on a des dettes on vend les meubles, les immeubles et les routes. Elémentaire du point de vue d’une « saine » économie.

→ L’eau. Le conseil municipal de ma commune envisage depuis plusieurs années le retour en régie publique. Ce n’est pas gagné. Veolia a les moyens de résister.

→ La française des jeux, les jeux de hasard pour certains un improbable espoir de s’enrichir, pour les plus malins de bonnes recettes assurées. Assurément il fallait privatiser.

… En privatisation partielle ou rampante : les hôpitaux, les EHPAD, l’université,… (ADP, c’est en cours, la résistance s’organise : avez-vous voté au référendum ?)

→ L’air, fort nocif, pollué que nous respirons dans les grandes métropoles est provisoirement gratuit. Le bon air aura un coût de (re)production… La climatisation, c’est déjà une production d’air frais…

Ayant vendu tout ce qui rapportait, l’État se trouva fort marri lorsque qu’advint le déficit ! La dette, est là il faut se serrer la ceinture.   Mais…

Le meilleur,… façon de dire, reste à venir. 

La privatisation totale de l’Unedic. Titrisation de la dette

Un gros et bon morceau dans un secteur politiquement, idéologiquement stratégique est en cours de privatisation : l’Unedic. L’organisme qui verse de maigres indemnités aux demandeurs d’emplois, les chômeurs dit-on couramment 2Pour compléter cet insuffisant article, on peut se procurer le livre d’AC ! (Agir ensemble contre le Chômage !: Pour une sécurité sociale du chômage, éd. Syllepse en le commandant sur le site (8 euros port compris). Disponible dans quelques bonnes librairies.. Privatisation précédée d’une « étatisation/tatchérisation », de l’État mis au service des ploutocrates apatrides. M. Macron a plusieurs fois exprimé son admiration pour la Dame de fer, alors qu’il n’était « que » ministre à Bercy. 

L’Unedic se porte mal. Le déficit est chronique, structurel, nous en sommes à 36,2 milliards cumulés. Prévisions pour fin 2019, sur le site Unedic.

Ce ne sont pas les chômeurs qui coûtent chers, c’est le patronat qui cotise mal 3Sur la « dette » de l’Unedic : un démontage sérieux, argumenté : GACDAC. Groupe d’audit citoyen de la dette de l’assurance-chômage. Disponible in extenso sur http://gacdac.canalblog.com/. Version papier sur demande..

Les Macroniens et autres tatchéristes associés ont donc décidés de faire des économies.  Comment, sur quoi va-t-on économiser ? Sur les allocations des demandeurs d’emplois, bien sûr. On les soupçonne de s’installer dans un farniente longue durée, largement sustentés par de copieuses allocs… Mouais … à peine plus de 1000 euros mensuels en moyenne pour, les chanceux qui grèvent le budget de l’Unedic, chanceux, mais peu nombreux: moins de 50 % des chômeurs sont indemnisés par l’Unedic.

Malgré un chômage croissant depuis des décennies (chômage et précarité c’est le – mauvais – lot de plus de 6 millions de personnes, plus de 20 % de la population active). Avec quelques infimes variations le taux de cotisation patronal n’a pas augmenté. Le déficit était prévisible, stratégiquement indispensable…

Les cotisations salariales ont été supprimées récemment. Les « partenaires sociaux » n’ayant pu trouver un accord, le gouvernement a pris l’affaire (l’enfer?) en main. La CSG modulée remplace les cotisations salariales. La fiscalisation est actée. Le paritarisme n’est plus.

Les syndicats vont-ils être réduits à faire de la figuration en marmonnant des revendications auxquelles ils ne croient pas eux mêmes ?

D’ores et déjà une partie du placement des chômeurs est sous traité par des opérateurs privés.

Ces officines sont régulièrement évaluées. Il faut du chiffre, du rendement. Les « mauvais chômeurs » pas présentables, pas vendables demeurent à la charge de Pôle emploi. Logique, réaliste.

A l’horizon de quelques années, nous pouvons prévoir une probable privatisation de l’Unedic.

Le cahier des modalités concrètes de cette privatisation calculée n’est pas encore disponible.

Restons-en aux grandes lignes, à la « philosophie » du projet. Après le placement privatisé, le paiement privatisé, c’est « libéralistiquement » imparable. La dette sera évidemment « titrisée » et les Paribas et autres financiers insatiables feront du chiffre sur le désarroi organisé des chômeurs.

Chapeau ! Pour faire du (gros) pognon tous les moyens sont bons.

Le RUA (revenu universel d’activité) doit, sur cette hypothèse, être pensé comme mesure complémentaire destinée aux recalés définitifs, inaptes au salariat standard. Nous y reviendrons.

Il faut s’y faire : le public c’est lent, long, pas efficace, coûteux : les employés sont des fonctionnaires, la sécurité de l’emploi dont ils ont le privilège, les poussent à en faire peu, c’est à dire presque rien. Le privé c’est mieux : avec petite carotte et gros bâton, souvent ça file droit.

La future officine privée, largement complémentaire à Pôle emploi : EFP (Emploi, Formation, Promotion), sera rétribuée au rendement  (x chômeurs recasés en 3 /6/9mois ?), verra son contrat renouvelé si les chiffres sont satisfaisants. Précarité disciplinaire. C’est l’État qui affecte tout ou partie de la CSG à leur rétribution, les cotisations patronales abondent les sommes versées à EFP (EFP… pure invention à visée démonstrative, on l’aura compris). Qui paie l’orchestre choisit la musique,… air connu. Nombre de salariés de Pôle emploi sont déjà sous statuts privés, les faire « glisser » vers EFP ne sera pas trop difficile.

Avec les nouvelles règles régissant les revenus des chômeurs, 250 000 voire 300 000 personnes seraient privées de toutes allocations. Il faudra avoir travaillé 6 mois sur les 14 derniers mois. Compte tenu de la multiplication des CDD forts courts, la sélection va être féroce ! C’est étudié pour.

Nombre de demandeurs d’emploi deviendront des quémandeurs d’emplois. C’est étudié pour (bis) : quand on est dans le besoin, on n’a plus les moyens de faire la fine bouche. C’est allégé, voire amaigri que le quémandeur pourra avec vélocité traverser la rue … pour faire le trottoir.

L’accès ou le maintien des allocations va devenir de plus en plus problématique, difficile. L’ultime ressource accessible, le maigre lot de résignation sera le RUA (Revenu Universel d’Activité). Le montant, les conditions précises n’ont pas encore été clairement énoncées par le gouvernement.

Il n’est pas exclu que le revenu minimum de survie ne soit accessible que par le bénévolat obligatoire, une contribution nécessaire à l’idéologie du travail.

Les retraités vont devoir travailler plus longtemps ? L’âge d’équilibre se situerait à 64 ans, dit-on. Mouais… qui sont les équilibristes ?

La retraite à 60 ans cela date de 1981, les capacités productives du pays ont-elles décrues en plus de 30 années ? Avec plus de 6 millions de chômeurs et précaires pourquoi faut-il faire travailler les vieux plus longtemps ? Les gains de productivité confisqués pour grossir les dividendes des actionnaires, ça va durer longtemps ? Mouais… les retraites,… il faudrait un autre article…

L’idéologie du travail fait un retour en force avec les « tatchéro-macronistes », qui craignent pour leurs privilèges au moment historique où les gains de productivité pourraient permettre à tous et à chacune de travailler beaucoup moins. La robotique, l’intelligence artificielle chaque jour remplacent des salariés et ce, à des niveaux de compétences élevées. Les travailleurs à la chaîne ne sont pas les seuls à être « licenciés » par les robots.

La répression qui s’abat sur les chômeurs qui doivent être maintenus dans la nécessité vitale de demeurer force de travail corvéable et disponible, a pour fonction culturelle, idéologique de masquer, décrédibiliser toutes les expériences sociales, politiques consistant à imaginer et vivre autrement en marge du salariat avec un rejet explicite de la normalité du consumérisme capitaliste. 

Misères du présent…

L’allergie au travail (salariat), c’était les années 68/70.

La contre offensive « tatchéro-reaganienne » mis de gros moyens financiers et idéologiques pour rendre impossible toute vie en dehors de la « normalité » libérale.

Cette allergie au travail qui incita nombre de «  babacools » à vivre en marginaux entre Katmandou, San Francisco et le Larzac,  n’est plus d’époque. Tout est fait pour qu’il en soit ainsi.

Il faut instituer les misères du présent pour occulter les richesses du possible (André Gorz).

La décroissance ?  Oui, sans doute. Mais elle doit être impérativement précédée, rendue possible, crédible et désirable par une forte décroissance des inégalités.

 

Nous sommes à un tournant de civilisation. Les gains de productivité actuellement confisqués par les actionnaires pourraient (devraient ?) être mis aux services d’une économie économe, tant du travail humain que des matières premières et de l’énergie. Il faut remettre en question les « bénéfices » de l’abondance jetable pour privilégier la production de valeurs d’usages durables.

L’on pourrait vivre mieux en consomment moins (et mieux), en conséquence sur une logique de partage du travail passant par une réduction féroce du temps de travail (Serge Latouche) , les ploutocrates le savent ou le pressentent, ils mettent en œuvre une répression d’une violence à peine contenue, les idéologues « intellectoïdes » sont mobilisés,  aux chiens de garde on sert une soupe bien grasse.

On le voit, pour autant que l’on regarde au dessus des quotidiennetés aliénées, la question du chômage, donc du travail et de l’emploi ouvre de nouveaux horizons sociaux et politiques.

Avec ou sans emploi les chômeurs ont droit à, un revenu décent (pour AC !, c’est le Smic minimum) pour faire face aux dépenses de la vie quotidienne, bien sûr, mais aussi pour garder les moyens et les capacités de dire : nous voulons de l’argent pour inventer un nouvel usage du temps.

Difficile à vivre à une époque où, plus que jamais : le temps, c’est de l’argent. Contrôler le temps de travail (et non le travail des chômeurs), c’est la raison d’être et la façon de faire de tous les Macron de France et de Navarre. Nous avons de fortes motivations pour vouloir défaire le monde auquel ils veulent nous condamner.

Juin 2019.

Références   [ + ]

1. L’interview est relativement passée inaperçue, c’était le matin des attentats de Charlie hebdo
2. Pour compléter cet insuffisant article, on peut se procurer le livre d’AC ! (Agir ensemble contre le Chômage !: Pour une sécurité sociale du chômage, éd. Syllepse en le commandant sur le site (8 euros port compris). Disponible dans quelques bonnes librairies.
3. Sur la « dette » de l’Unedic : un démontage sérieux, argumenté : GACDAC. Groupe d’audit citoyen de la dette de l’assurance-chômage. Disponible in extenso sur http://gacdac.canalblog.com/. Version papier sur demande.
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Espace écologique http://ladecroissance.xyz/2019/07/06/espace-ecologique/ http://ladecroissance.xyz/2019/07/06/espace-ecologique/#respond Sat, 06 Jul 2019 04:25:34 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1475 Lire la suite →]]> 1-     De l’espace environnemental à l’espace écologique

Le concept d’espace écologique provient d’une réflexion qui s’est approfondie à partir d’une autre notion, celle d’espace environnemental, notion construite il y a une quinzaine d’années dans le but de combiner les questions d’environnement et d’équité. Et pour cela, elle reposait sur deux « principes » 1De l’espace environnemental vers la dette écologique – une perspective européenne ; discours présenté par Dr Martin Rocholl, Directeur des Amis de la Terre Europe (FoEE), lors de la conférence « Globalisation, Ecological Debt, Climate Change and Sustainability », République du Bénin, 27-30 novembre 2001. http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/mrocholl.pdf :

  1. un principe de « limitation de la capacité de notre terre de pouvoir supporter un certain degré d’utilisation de ressources et de pollution »
  2. un principe d’équité selon lequel « chaque personne sur la terre devrait avoir le même droit d’utiliser les ressources terrestres ».

Toutefois la réception en dehors de l’Europe de cet « espace environnemental » suscita deux objections.

  1. La première : « Pour beaucoup de gens dans le Sud la question d’accès aux ressources est bien plus importante que le calcul de l’espace environnemental » ».
  2. La seconde : Pourquoi le Sud ne devrait-il pas avoir le droit de dépasser les limites de l’espace environnemental jusqu’à ce qu’il ait atteint un niveau de vie similaire à celui des pays du Nord ?

Deux réponses :

  1. Pour répondre à la première objection, fut donc ajouté à l’espace environnemental le concept de « borne inférieure » (« bottom line»). L’espace environnemental se définissait alors entre un plancher (celui de la qualité de la vie) et un plafond (celui de la surconsommation) → dépasser le plancher mais ne pas dépasser le plafond.
  2. Pour répondre à la seconde objection, fut proposée la notion de « dette écologique » qui « devrait être payée par le Nord pour permettre au Sud de prendre sa propre voie vers un développement durable ». Le Nord pourrait/devrait rembourser sa dette écologique par des transferts financiers et techniques.

Ces propositions restaient encore bien timides :

  • Il s’agissait encore de favoriser un « développement durable ».
  • La gratuité des transferts de technologies était évoquée seulement comme une possibilité, pas comme un impératif.
  • Les transferts financiers visaient un « allégement de la dette économique », pas son annulation pure et simple.
  • Surtout, la justification idéologique d’un plancher et d’un plafond par la « qualité de la vie » et la « surconsommation » semblait bien fragile. Quant à la « qualité de la vie » : y aurait-il un « modèle » ? Viser la « qualité de la vie », c’est généreux mais aussi très « général ». Quant à la « surconsommation » : n’est-ce pas du « consumérisme » en tant que tel dont il fallait sortir, et pas seulement de ses excès.

Mais au printemps 2011, beaucoup de ces réticences sont traitées dans la « position des Amis de la terre » qui expose pour la première fois le concept d’espace écologique, c’est-à-dire le principe d’une double limitation, par un plancher et par un plafond : Position pour des sociétés soutenables. Par rapport au concept précurseur d’espace environnemental, les avancées sont nettes :

  • D’une société « durable » à des sociétés « soutenables » (satisfaction des besoins et préservation des écosystèmes : « en tant que tels » ou comme « ressources » ?).
  • De 2 « principes » (principe de limitation de la capacité de la terre à supporter utilisation des ressources et déchets + principe d’équité) à 2  « impératifs » (sobriété et équité).
  • Prise en compte de la difficile question politique de la Transition : et affirmation sans aucune ambiguïté de la décroissance.

2- La fécondité de l’espace écologique

ENJEU : Les limites de l’espace écologique ne sont pas des entraves mais les conditions écosystémiques (naturelles & sociales) d’une vie sereine dans une société juste et démocratique.

Une manière non pas de placer l’écologie au cœur de la politique mais exactement l’inverse, replacer la politique au cœur de l’écologie.

  • Dans une société de la brutalisation généralisée : quelle tolérance ? → entre l’acceptable et l’intolérable : tolérer, c’est plus qu’accepter mais c’est rester en-deçà du plafond de l’intolérable.

EE_tolérance

  • Dans une société tyrannisée par l’argent : quelle monnaie ? → Entre la gratuité et la chrématistique (la spéculation), les monnaies locales (MLCC) peuvent expérimenter des façons différentes d’échanger et de partager, mais à proximité.

EE_monnaie

  • Dans une société où les inégalités explosent : quelle décence, comment retrouver un monde commun ? → entre RI et RMA

  • Dans une société du Désir (infantilisée et non pas rajeunie par le Désir), quelle position adopter ? → entre la faim et la gourmandise, l’appétit peut fournir un modèle décroissant du désir : ne débutant pas par la souffrance (alors que la faim vient en ne mangeant pas), se poursuivant par des plaisirs sobres et naturels partagés dans un repas convivial, l’appétit sait que, passé un certain plafond, le plus devient un trop.

EE_appétit

 

Références   [ + ]

1. De l’espace environnemental vers la dette écologique – une perspective européenne ; discours présenté par Dr Martin Rocholl, Directeur des Amis de la Terre Europe (FoEE), lors de la conférence « Globalisation, Ecological Debt, Climate Change and Sustainability », République du Bénin, 27-30 novembre 2001. http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/mrocholl.pdf
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Quelques attitudes possibles face aux enjeux climatiques et environnementaux http://ladecroissance.xyz/2019/06/24/quelques-attitudes-possibles-face-aux-enjeux-climatiques-et-environnementaux/ http://ladecroissance.xyz/2019/06/24/quelques-attitudes-possibles-face-aux-enjeux-climatiques-et-environnementaux/#comments Mon, 24 Jun 2019 10:24:10 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1514 Lire la suite →]]> Petit jeu → Replacer dans l’une des 5 catégories suivantes
  • Le président des États-Unis
  • Un objecteur de croissance optimiste
  • La plupart des « écologistes » médiatiques
  • Un décroissant
  • Le chef des « insoumis »
  • Le conducteur d’un gros 4X4 qui va prendre son jet privé pour un week-end à Cannes

1) Je ne change rien à mon comportement, car ce n’est pas mon problème

Cette attitude consiste, le plus souvent consciemment, de ne se préoccuper que de son intérêt ou de son plaisir propre au détriment ou au mépris de celui d’autrui. Que se soit par cynisme, égoïsme, ignorance ou nihilisme le résultat est le même…

2) Je ne change rien à mon comportement car tout est exagéré voire faux

  • C’est typiquement le cas du « climato-sceptique » qui remet en cause la validité du consensus scientifique instauré ou bien conteste la fiabilité des modèles scientifiques prévoyant un avenir menaçant.
  • Il est important de faire la distinction entre l’infime minorité de climato-sceptiques «sincères» et l’immense majorité des faux climato-sceptiques qui sont rétribués (argent, pouvoir, notoriété, …) par certains lobbies industriels ( pétrole en particulier) pour propager le doute chez les décideurs ( gouvernements, parlements, …) et dans l’opinion publique.

3) Inutile de s’inquiéter, la science trouvera des solutions

  • Cette attitude est à mettre en lien avec le courant philosophique positiviste et sa déclinaison scientiste. Le progrès nous sauvera…
  • Elle est très courante car elle permet de continuer de surconsommer sans culpabiliser.
  • Comme les précédentes elle favorise l’immobilisme et conduit donc à ne rien changer à son comportement tout en donnant l’impression de s’intéresser au problème.

4) Consommer mieux

  • Cette attitude considère qu’il y a effectivement des problèmes importants à résoudre pour créer les conditions à : «un développement qui répond aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs » (le fameux développement dit « durable »)
  • Il s’agit dans ce cas de contribuer à adapter la société de consommation à ces nouveaux enjeux sans en remettre en cause les fondements.
  • La consommation doit être « maîtrisée », non pas quantitativement, on ne parle toujours pas de « limite », mais qualitativement (d’où le « consommer mieux »).
  • Ainsi je peux toujours me permettre d’acquérir un 4X4 surpuissant, pourvu qu’il soit doté d’un moteur hybride (rappelons que l’énergie grise – celle nécessaire à la construction du véhicule – n’est pas prise en compte dans cette approche).
  • Je peux utiliser l’avion, il suffit que je « compense carbone » mon trajet.
  • Je prends des douches à la place des bains, j’utilise des ampoules à diode et j’autorise l’hôtel dans lequel je suis à ne pas laver mes serviettes de toilettes tous les jours…

5) Consommer moins

  • Il s’agit cette fois d’aller à l’encontre de l’un des piliers de la société de consommation, à savoir la réalisation de soi par une consommation sans limite.
  • Je considère que mon «train de vie» ne doit pas me conduire à avoir une empreinte écologique trop supérieure à une planète pour permette au milliard d’humains qui vivent avec moins d’un dollar/jour d’accroître le leur.
  • Je fixe des limites à ma consommation, si possible en deçà de mon pouvoir d’achat.
  • Cette attitude est aussi très souvent combinée à la précédente (consommer mieux) avec un prélèvement global sur les ressources encore plus réduit.
  • Ainsi, je m’engage dans l’économie «circulaire» et j’utilise des produits recyclés ou déjà utilisés (ressourcerie, friperie etc.) ou des services partagés (covoiturage, …).
  • Je produis moi même une partie de ma consommation, j’achète local et si possible bio, voire «éthique».
  • Je zappe les pubs
  • Je partage également mon travail en me mettant à temps partiel, je prends le temps de vivre et je m’épanouis dans la création de liens et non la consommation de biens.
  • Les plus optimistes des tenants de cette attitude pensent que l’effet « boule de neige » lui permettra de se développer.

6) Repenser une société basée sur d’autres valeurs

  • Je remets en cause, de manière radicale, la société de consommation.
  • Je ne me contente pas seulement de consommer moins, dans une logique de responsabilité individuelle, mais je contribue à diffuser des idées nouvelles qui visent à construire une nouvelle société à partir de nouvelles valeurs.
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La décroissance concerne-t-elle le Sud ? http://ladecroissance.xyz/2019/06/24/la-decroissance-concerne-t-elle-le-sud/ http://ladecroissance.xyz/2019/06/24/la-decroissance-concerne-t-elle-le-sud/#comments Mon, 24 Jun 2019 10:13:35 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1512 Lire la suite →]]> Lors de controverses politiques, quand nous défendons la décroissance, inévitablement nous avons à répondre à la question de la décroissance dans les pays du Sud: ceux qui sont démunis doivent-ils aussi décroître ? La question n’est pas innocente et elle nous est bien souvent posée pour nous mettre en difficulté. Et nous voilà, nous décroissants, en venir à convenir d’une croissance dans les pays pauvres, conformément en apparence à l’exigence de ce que nous appelons « espace écologique » : décroissance de ceux qui dépassent le plafond et croissance pour ceux qui sont en dessous du plancher. Beaucoup pensent même que la décroissance est valable pour les pays industrialisés et non pour ceux qui n’ont pas accédé à la consommation de masse et le Sud devrait continuer dans la voie de la croissance. Ainsi pour Paul Ariès « la décroissance équitable n’est pas la décroissance de tout pour tous : elle s’applique aux surdéveloppés et à des sociétés boulimiques. » Or dans le dernier numéro (avril-juin 2019) de la revue L’écologiste, Serge Latouche nous offre une réponse intéressante à cette question de la décroissance des pays pauvres.

Tout d’abord il rappelle que le projet de la décroissance n’est ni celui d’une autre croissance, ni celui d’un autre développement, mais bien la construction d’une société sans croissance. Pour lui les « oc » qui répètent que la décroissance ne concerne que le Nord, nourrissent le malentendu. Il importe de revenir sur l’ethnocentrisme de la croissance, dont il faut démystifier les fameux « bienfaits ». Les méfaits du développement ont été largement dénoncés par Majid Rahnema : « la destruction de l’autoproduction familiale traditionnelle des populations vivant frugalement transforme la pauvreté en misère. » (Quand la misère chasse la pauvreté) et par Ivan Illich. Et de citer Hervé René Martin (Éloge de la simplicité volontaire) : « Pourtant que pourrait-il arriver de mieux aux habitants des pays pauvres que de voir leur PIB baisser ? Plus celui-ci augmente, plus la nature est détruite, les hommes aliénés, les techniques simples mais efficaces et les savoir-faire ancestraux jetés aux oubliettes. Décroître pour les habitants des pays pauvres signifierait donc préserver leur patrimoine naturel et culturel, quitter les usines à sueur pour renouer avec l’agriculture vivrière, l’artisanat et le petit commerce, reprendre en main leur destinée commune. » En fait une auto-organisation de sociétés et d’économies vernaculaires proches du projet de la décroissance.

Il ne faut plus se laisser piéger et oser, ce qui peut paraître indécent aux yeux de certains, défendre la décroissance pour tous.

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Vient de paraître : LE TRANSHUMANISME, la technologie, une manipulation au service des puissants, par Christian Araud http://ladecroissance.xyz/2019/06/11/vient-de-paraitre-le-transhumanisme-la-technologie-une-manipulation-au-service-des-puissants-par-christian-araud/ http://ladecroissance.xyz/2019/06/11/vient-de-paraitre-le-transhumanisme-la-technologie-une-manipulation-au-service-des-puissants-par-christian-araud/#respond Tue, 11 Jun 2019 10:06:51 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1508 Lire la suite →]]> Le transhumanisme est un mouvement en vogue, se donnant pour objectif de transformer l’homme et de créer un être nouveau aux capacités supérieures à celles des individus actuels. Cette transformation s’envisage aussi bien au niveau personnel que collectif, conduisant alors à une forme d’humanité supérieure. Différentes facultés de l’être humain seraient concernées : physiques, mentales et cognitives. Mais ce rêve d’un être supérieur basé entre autres sur l’intelligence artificielle ne serait-il pas une manière de permettre aux plus puissants d’accentuer leur domination ?

Cet ouvrage est un véritable réquisitoire contre ce rêve de domination et de pouvoir portés par certains individus très haut placés dans l’échelle sociale qui se désignent volontiers comme transhumanistes. On les retrouve souvent à la tête de grandes sociétés à la pointe de la technologie. Cette super élite, immensément riche, promeut le mythe de l’explosion technologique, avec une reprise fantastique de la croissance économique. Elle ne s’inquiète guère de tous les avertissements catastrophistes, car toutes les menaces seront annihilées par la technoscience ! Pour faire partager cette vue radieuse à ceux qui en sont naturellement les premières victimes, les puissants ont trouvé quelques philosophes savants qui ont bâti le mythe du transhumanisme : édifice séduisant et fascinant, mais véritable imposture.

Sommaire____________________________________
Prologue : attention aux GAFA !
I. Le transhumanisme et sa généalogie
II. Au-delà des limites
Épilogue : L’avenir sans silicone

EXTRAITS
Les milliardaires dépensent massivement dans la voie transhumaniste et y placent beaucoup d’espoir, mais d’autres personnages jouent aussi un rôle important. Ce sont ceux qui pensent, étudient, théorisent, diffusent, organisent des conférences, publient des livres et des articles pour faire avancer la technoscience comme le transhumanisme.

D’après certains transhumanistes, d’ici vingt ou trente ans, l’intelligence artificielle peut dépasser (sûrement) l’intelligence humaine, mais surtout (probablement ou possiblement) la supplanter. Ce risque serait analogue à celui encouru dans les laboratoires biogénétiques. En effet, certaines formes modifiées de virus ou de bactérie pourraient échapper au laboratoire et se répandre dans la nature et devenir incontrôlables.

Le transhumanisme transgresse toutes les évidences biologiques, tant en ce qui concerne l’individu (en voie d’augmentation et voué à devenir immortel) que la société (à devenir parfaite, ou presque). Il n’est évidemment pas précisé dans les discours transhumanistes correspondants que l’individu, c’est le transhumaniste qui le mérite bien, ne serait-ce qu’au nom de sa fortune. L’homme « moyen » (donc non transhumain) ne compte pas ou si peu.

Ne craignez pas les transhumanistes, ils disparaîtront avant même d’être réellement apparus. Craignez plutôt votre incapacité à constituer des territoires résilients low-tech, démocratiques, libres et solidaires. Construisez vos canots de sauvetage avant que les transhumanistes ne s’attaquent à l’humanité !

Christian Araud, polytechnicien, spécialisé en économie du développement, ancien consultant international, a construit au cours de sa vie professionnelle une réflexion originale. Installé dans les quartiers nord de Marseille, conscient des dégâts de notre modèle de développement, il a entrepris un travail sur la décroissance en militant dans de nombreuses associations et en publiant de nombreux articles et ouvrages sur le sujet.

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