la Maison commune de la décroissance http://ladecroissance.xyz La croissance, c'est le non-sens ; le bon sens, c'est la décroissance ! Fri, 27 Mar 2020 13:08:45 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.3.2 http://ladecroissance.xyz/wp-content/uploads/2018/01/cropped-ladecroissance-1-32x32.png la Maison commune de la décroissance http://ladecroissance.xyz 32 32 Le monde qui vient n’a rien d’une utopie, c’est un cauchemar http://ladecroissance.xyz/2020/03/27/le-monde-qui-vient-na-rien-dune-utopie/ http://ladecroissance.xyz/2020/03/27/le-monde-qui-vient-na-rien-dune-utopie/#comments Fri, 27 Mar 2020 09:12:15 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1770 Lire la suite →]]>

Tribune publiée le 27 mars 2020 dans une version légèrement modifiée, sur le site Reporterre.

A ce jour, les politiques menées contre la pandémie suscitent plus de sidération que d’indignation. Peut-il en être autrement quand le moindre calcul sur les effets à prévoir est tellement en contradiction avec les faux-fuyants et les bégaiements des discours officiels, pourtant tenus sur un ton de plus en plus martial : quand on entend que le virus pourrait contaminer jusqu’à 50 % de la population avec un taux minimal de létalité de 0,3 %, cela fait quand même pour la France près de 100 000 morts, c’est-à-dire environ 1000 morts/jour pendant 3 mois.

A ce jour, une analyse superficiellement écologiste pourrait même trouver dans cette pandémie des raisons d’espérer : réduction des transports inutiles (tout particulièrement aériens), prévision d’un ralentissement de la croissance et donc prévision d’une baisse des pollutions (par exemple, la chute de l’activité en Chine a diminué en février les émissions de gaz à effet de serre de l’équivalent de la production annuelle des Pays-Bas)…

A ce jour, une analyse superficiellement critique pourrait même se réjouir que le confinement va donner à chacun le temps et l’occasion de se poser la question du sens réel de la vie qualifiée « auparavant » d’ordinaire, au point peut-être de se mettre à espérer déboucher sur une critique réveillée du consumérisme quotidien : rien de plus bizarre aujourd’hui que de consacrer quelques minutes à regarder des publicités télévisées dont les contenus si peu « essentiels »  sont si évidemment en décalage avec la situation vécue.

A ce jour, on pourrait même croire, à écouter par exemple Sibeth Ndiaye évoquer « un changement de paradigme », que ces temps de crise sont en train de fournir la preuve « par le fait » qu’un changement de cap est possible. Mais quand le premier exemple concret qu’elle fournit est celui d’une relocalisation de l’industrie automobile des pièces détachées, comment ne pas penser qu’on part de très loin… et qu’aucun horizon d’utopie ne semble en réalité se profiler.

Tout au contraire, ce qui vient ce n’est ni l’insurrection ni la grève générale, c’est une dystopie. Au 19° siècle, les socialistes les plus utopiques voyaient dans les expérimentations minoritaires les semences de la transformation sociale.

A ce jour, ce qui est en train de se passer c’est une expérimentation ni minoritaire, ni majoritaire, mais totalitaire, dans laquelle la fin affichée – « sauver des vies » – justifie tous les moyens. Quand on se souvient à quel point dans les temps précédents le gouvernement français a déjà fait preuve d’insensibilité, on peut s’attendre à ce que la suite lui donnera tout le temps d’accentuer sa violence économique, sociale et politique.

A ce jour, c’est la dystopie économique qui vient : trop tard pour réviser une politique antérieure (RGPP) qui aujourd’hui – par faute de moyens – détermine directement une stratégie d’improvisation : au lieu de « dépister et traiter » massivement, une gestion des flux par étalement (en plateau) de l’épidémie pour ajuster les malades aux lits, au lieu de l’inverse. C’est même l’occasion, sinon l’aubaine, pour accélérer les processus de dématérialisation des activités : télétravail, téléconsultation, la culture en 1 clic, la web-école… Que penser d’une société qui maintient le « travail » tout en interdisant de partir en vacances ?

Drone policier niçois pour rappeler à l’ordre du confinement les « contrevenants »

A ce jour c’est la dystopie sociale qui s’installe sous le nom de « distanciation sociale », car pour le dire moins hypocritement, c’est d’isolement individuel qu’il s’agit. Et en traitant aujourd’hui d’« imbéciles » les réfractaires au confinement, Castaner continue dans cette logique sociocidaire de la réduction de toute responsabilité à sa seule dimension individuelle que toutes les réformes récentes du gouvernement tentent d’imposer : de la réforme des retraites à celle des lycées, en passant par l’assurance-chômage… Que penser surtout d’une société qui ne semble capable de penser le confinement que sur le modèle de l’emprisonnement (il va sans dire que c’est évidemment dans les lieux d’enfermement que les situations sont les plus inhumaines : prisons, EPHAD…) ?

A ce jour c’est la dystopie politique qui se renforce quand se multiplient ces listes qui inventorient les lieux, déplacements, activités, comportements autorisés : tout ce qui n’est pas permis devient interdit. Que penser d’une société dans laquelle cette inversion du permis et de l’interdit semble ne susciter aucun débat public ?

Et après ?

Bien loin des scénarios d’effondrement ou de décroissance choisie, comment ne pas constater qu’après 2001, 2008, chaque crise a été l’occasion d’une accélération des formes les moins humanistes de la vie en commun ? How dare you ? Mais « ils » oseront et « nous » que ferons-nous ?

Après la crise, viendra le temps des factures. Qui peut croire qu’un seul gouvernement dans le monde en profitera pour imposer un prélèvement sur les plus grandes fortunes ? Par exemple, de façon « exceptionnelle », sur 5 ans, un prélèvement de 20 % sur les patrimoines au-delà de 1 milliard d’euros : faisons au moins le calcul, histoire de rêver.

Mais qui peut croire qu’à l’occasion de la pandémie, c’est l’utopie qui viendra ? Et pourtant nous devons l’espérer.

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Ceci n’est pas une guerre ! Communiqué du MAN http://ladecroissance.xyz/2020/03/27/ceci-nest-pas-une-guerre-communique-du-man/ http://ladecroissance.xyz/2020/03/27/ceci-nest-pas-une-guerre-communique-du-man/#respond Fri, 27 Mar 2020 07:41:55 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1778 Lire la suite →]]> Ce n’est pas une guerre mais une catastrophe sanitaire. Le Coronavirus n’a ni intelligence humaine ni intention de nuire ; il n’a donc pas d’ennemi et n’est pas un ennemi.

Le Coronavirus apparu en Chine appartient désormais à la chaine du vivant. Il peut développer le Covid-19 qui est une maladie, comme le sont la grippe ou la tuberculose. Le Covid-19 tue. Il ne s’agit ni de meurtre ni de guerre, mais d’un phénomène biologique qui menace maintenant des populations entières et peut conduire à une catastrophe sanitaire mondiale.

Il ne s’agit pas de clamer « Aux armes citoyens ! » mais « Immobilisation générale, tout le monde à la maison ! » Il n’est pas question d’aller affronter l’ennemi, par sol, mer ou air, mais de se protéger du virus ! Les hôpitaux ne sont pas des champs de bataille avec des soldats en première ligne qui manquent de munitions, ce sont des lieux de soins où des professionnels s’adaptent avec courage et détermination à une médecine de catastrophe, malgré des ressources humaines et des moyens matériels qualifiés d’insuffisants depuis trop d’années.

Les métaphores guerrières, que l’on entend se répéter depuis le discours du président E. Macron du 16 mars, n’ont-elles pas pour effet de cautionner un État de plus en plus autoritaire ?

La guerre n’est pas une calamité qui survient sans qu’on s’y attende, c’est une entreprise humaine de destruction. Les vraies guerres, la France les prépare, par exemple en étant le 3° pays exportateur d’armes à l’étranger et en refusant de signer le TIAN (Traité d’interdiction des armes nucléaires).

Il est temps de passer à une culture de non-violence. Alors que le Covid-19 est en passe de provoquer des dégâts sanitaires épouvantables en Afrique, en Inde, dans la bande de Gaza …, ne faudrait-il pas envisager dès maintenant une solidarité concrète à l’égard de ces populations fragiles ?

Le MAN appelle la presse à démilitariser son langage. Il appelle également les pouvoirs publics à une convergence des compétences pour traverser cette crise sanitaire, pour bâtir le « monde de demain », c’est-à-dire une société plus juste, plus sobre en CO2, plus solidaire, plus fraternelle, dans laquelle les plus fragiles, ici et là-bas, seront partie prenante des décisions qui concernent tout le monde, et dans laquelle la défense de la vie sera prioritaire sur l’économie néo-libérale.

Nous invitons les citoyennes et citoyens qui ne l’ont pas encore fait à signer d’une part la pétition pour que la France signe le TIAN et d’autre part la pétition du MAN contre le SNU (Service national universel) qui sera bientôt un temps de militarisation des esprits pour tous les jeunes de 16 ans.    

Contact presse : François Vaillant – 06 16 08 41 95

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Atchoum ! http://ladecroissance.xyz/2020/03/26/atchoum/ http://ladecroissance.xyz/2020/03/26/atchoum/#comments Thu, 26 Mar 2020 17:56:37 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1766 Lire la suite →]]> Nous n’avons rien dit quand nos premiers amis et collègues ont arrêté de nous embrasser : « On sait jamais. ». Nous avons respecté leur choix, et plus encore, il est devenu le nôtre.

Nous n’avons rien dit quand les messages de protection des gestes barrières se sont mis à apparaître partout sur les écrans, dans les bus, dans les trains, sur les panneaux publicitaires, et que la SNCF s’est mise à nous seriner le même message, à voix haute, tous les jours, rappelant les films futuristes regardés pendant notre adolescence. Nous avons adopté ces gestes.

Nous n’avons rien dit quand c’est devenu le seul sujet de conversation à la radio, à la télé, dans les journaux. Nous n’avons pas demandé à ce que l’on continue de nous parler de la guerre en Syrie, du renoncement au pouvoir d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, des élections israéliennes et américaines, du drame humanitaire des réfugiés aux portes de l’Europe après l’ouverture de la frontière turque, de la défaite annoncée de LREM aux municipales et des causes de cet échec, de la dépénalisation de l’avortement en Nouvelle-Zélande…

Nous n’avons rien dit quand nous nous sommes aperçu.e.s que tout le monde parlait d’une seule voix, sans contrepoint, sans confrontation de point de vue et d’avis divergents, sans débats contradictoires. Nous avons écouté.

Nous n’avons rien dit quand nous avons appris que les réunions publiques étaient annulées, et fermé.e.s les salles de concert, les cinémas, les musés, les commerces… Nous n’y sommes plus allé.e.s.

Nous n’avons rien dit et nous avons restreint nos déplacements quand on nous l’a demandé, puis nous avons déménagé nos bureaux à la maison, annulé la dernière réunion familiale et attendu la suite.

Nous n’avons rien dit quand nous avons essayé maladroitement et avec nos petits moyens de mettre en perspective ce qui nous arrivait, de comparer et d’observer : 277 449 cas de coronavirus au 21 mars et 11 561 morts sur 7,55 milliards d’humains, qu’il y a eu 770 000 morts du sida dans le monde en 2018, que selon un rapport de l’OMS, 7 millions de personnes meurent prématurément à cause de la pollution dans le monde (2012) soit l’équivalent d’un décès toutes les 2,7 secondes  (imaginez la puissance d’un tel décompte radiophonique sur nos esprits). Nous n’avons rien dit par peur de manquer de respect aux morts et d’avoir l’air de ne pas attacher de prix à la vie humaine, alors que nous essayions seulement de rapporter le phénomène à sa mesure.

Nous n’avons rien dit parce que nous avons lu partout sur les réseaux sociaux que ceux qui ne restaient pas chez eux, ou qui émettaient des doutes sur les mesures prises, étaient des égoïstes inconscients qui remettaient en cause le grand élan de solidarité nationale consistant à rester chacun chez soi bien enfermé. Nous avons peut-être souri amèrement quand c’est venu de personnes qui se regardent habituellement si bien le nombril…

Nous n’avons rien dit et nous continuons de ne rien dire, par peur de blesser nos proches, de se mettre à l’écart de l’opinion publique majoritaire, d’être accusés de comportement anti-social, d’apparaître comme des opposants sans concession au gouvernement, des sans-cœur, des raisonneurs déconnectés de la réalité, des fouille-merde…

Nous n’avons rien dit et nous nous sommes laissé déclarer la guerre. Nous nous sommes tus et nos pires cauchemars sont devenus réalité.

Pourtant, on reconnaît, entre autres, la qualité d’une démocratie dans sa capacité à laisser les avis diverger, les débats contradictoires émerger, les voix dissidentes, impertinentes, libres, provocatrices, d’opposition, de réflexion ou simplement humoristiques s’exprimer, même lors des crises les plus graves, même face aux problèmes les plus délicats et insolubles, même lorsque des gens meurent.

On ne parle pas de provocations physiques, de rassemblements impromptus censés démontrer « qu’on n’a pas peur », de contacts volontairement provoqués pour répandre le virus mais bien de provocations de l’esprit, de réflexion, de débats d’idées, de contre-propositions à faire, même lorsque des gens meurent.

Il faut donc réapprendre rapidement à s’exprimer, à douter, à analyser, à critiquer, à s’opposer, à faire de l’humour, à dire des bêtises, à s’interroger, même lorsque des gens meurent.

Il faut politiser et interroger le Corona. Que ceux qui se taisent, s’expriment. C’est le moment.

Pour ça, c’est toujours le moment.

Il n’y a pas d’état de grâce.

Il n’y a pas de pause à faire.

Il n’y a pas de consensus à respecter.

Ce qui s’installe chez nous, dans nos esprits et dans nos vies, ça n’est donc pas une immense vague de solidarité nationale, un sacrifice collectif pour le bien commun, dépassant les frontières, les cultures et les différences. Ce que l’on laisse s’installer doucement, c’est une dystopie, déguisée sous les beaux atours d’une volonté nationale commune, fière et solidaire.

Ce qu’on laisse s’installer, c’est une société qui pousse l’individualisme à son paroxysme et prône la responsabilité individuelle : « Restez enfermés chez vous pour protéger les autres. ».

Une société qui, une fois de plus, sacrifie la liberté individuelle à toujours plus de sécurité, tout en refusant de prendre à bras le corps ses responsabilités collectives : grandes entreprises non fermées alors même que des cas sont avérés, pas de plan massif de protection du personnel de santé, pas de mise à l’abri généralisée des plus vulnérables (sans abris et sans papiers), maintien des élections…

Une société qui accorde plus de prix à la vie biologique, à la survie coûte que coûte, mais qu’est-ce qu’une vie privée de ses dimensions sociales, culturelles, politiques et familiales ?

Une société qui panique, incapable de trouver en elle-même les ressources pour faire face à l’incertitude. Une société de la démesure, de la psychose médiatique et de son décompte mortuaire quotidien.

Une société qui redéfinit comme bon lui semble le concept de solidarité : ce qui isole et sépare devient solidaire. Par un jeu de passe-passe et d’inversion des valeurs, la communication via les réseaux sociaux et la re-création de communautés virtuelles deviennent la preuve irréfutable que ce moment de crise pousse à la renaissance de la solidarité humaine.

Une société qui a perdu jusqu’au sens même du langage et des mots et parle de « cluster » au lieu de « foyer », de « porteur asymptomatique » au lieu de « porteur sain ».

Une société kafkaïenne, où il est désormais normal de s’auto-rédiger ses propres laissez-passer, pour acheter de la compote ou faire pisser son chien. Une société qui ne fait pas confiance en la propre capacité d’autolimitation de ses citoyens et en leurs capacités de raisonnement.

Une société dont les membres se rassurent en se répétant inlassablement que s’ils s’enferment entre quatre murs, ce n’est pas pour eux-mêmes, mais par pour les autres.

Une société qui, même au bord de l’abîme, continue de défendre bec et ongles les intérêts des puissants et à faire passer l’économie en premier.

Une société qui prépare un « après » terrifiant, en cherchant à inscrire dans le temps des mesures néo-libérales destructrices du lien social et des biens communs : télétravail et télé-école, remplacement du service public par le volontariat citoyen ou associatif, piétinement des acquis sociaux (droit aux congés payés et durée légale du travail), pérennisation des mesures prises au nom de l’état d’urgence sanitaire.

Une société du contrôle total, qui n’accepte pas d’être questionnée ou remise en doute, anti-démocratique jusque dans sa manière d’instaurer insidieusement une police de la pensée : ai-je réellement le droit de remettre en cause le confinement alors que des gens meurent ?

Une société de la contrainte, où être solidaire et humaniste est soudain devenu obligatoire. Mais où étiez-vous, nouveaux chantres de la solidarité, ces dernières années, partout où l’on avait besoin de vous ?

Alors permettez-moi de critiquer. Permettez-moi de croire que l’équation posée n’est pas la bonne, que je me refuse à croire que les responsables de la propagation du virus sont les coureurs du dimanche qui ne renoncent pas à sortir de chez eux, mais les pouvoirs publics, qui ont maintenu les élections, cassé l’hôpital public et qui encouragent les entreprises à continuer leur activité. Permettez-moi de penser que les solutions proposées ne sont pas les seules possibles, que les mesures prises pour enrayer la propagation ne doivent pas être appliquées par la répression. Permettez-moi, pour une fois, de ne pas être solidaire, pas de cette manière fausse et hypocrite. On n’est pas solidaire parce qu’on applaudit les soignants sur les balcons sans s’être jamais soucié du sort de l’hôpital. On n’est pas solidaire quand on ne fait plus société, qu’on s’est replié sur la sphère privée. On n’est pas solidaires quand on continue de passer commande chez Amazon ou à Deliveroo de chez soi : les vies de ces travailleurs auraient donc moins de prix que notre confort matériel ? Permettez-moi de douter que le gouvernement actuel gère cette « crise » démocratiquement et sainement et que tout cela ne sera que temporaire. Non je ne crois pas que notre sécurité, individuelle et collective, vaille le prix à payer du sacrifice de nos droits, de nos acquis sociaux, de nos capacités d’entendement et de raisonnement qu’entérine la loi d’urgence sanitaire. Permettez-moi d’avoir envie de mesure, de réflexivité, de discernement et d’auto-critique. Une amie disait ingénument juste avant le confinement total « Il faut prendre ça comme un exercice, ne pas dramatiser. ». L’exercice n’est pas pour nous. Ce sont nos dirigeants qui s’exercent : accroissement de l’utilisation des nouvelles technologies et imposition de leur usage, surveillance accrue des populations, emprise de la science sur la politique, invention de nouveaux outils de contrôle…

Permettez-moi alors d’affirmer qu’une société juste, solidaire, conviviale et humaine, protectrice de toutes et tous, ne ressemble en aucun point à celle qui nous est imposée aujourd’hui. Le COVID 19 ne réconciliera pas le genre humain. Nous allons sortir de là affaiblis démocratiquement, désarmés politiquement, bouleversés psychologiquement. Encore plus dépendants des nouvelles technologies qu’avant. Encore plus prompts à faire passer les exigences économiques avant tout le reste.

A moins que… A moins qu’on ne les laisse pas refermer la parenthèse. A moins qu’on impose notre scénario. A moins qu’on choisisse enfin le bon sens… celui de la décroissance !

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Le Coronavirus comme incitation à changer d’itinéraire http://ladecroissance.xyz/2020/03/26/le-coronavirus-comme-incitation-a-changer-ditineraire/ http://ladecroissance.xyz/2020/03/26/le-coronavirus-comme-incitation-a-changer-ditineraire/#comments Thu, 26 Mar 2020 09:28:55 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1775 Lire la suite →]]> Cette période de confinement peut-être l’occasion de se donner le loisir d’examiner nos façons de vivre. La mondialisation, les interdépendances fragiles, l’accélération des échanges économiques, la croissance elle même et le progrès qui abandonne de nombreuses victimes sur le bord de la route,…

Le crédo des libéraux et la doxa des entrepreneurs sont aujourd’hui fragilisés. D’autres mondes sont à imaginer, le rétrécissement de l’espace, le confinement de la vie quotidienne peuvent être l’occasion, d’élargir notre horizon spirituel et mental.

A partir de la crise, essayons de prendre un nouvel itinéraire. « Là où croit le danger croit également ce qui sauve » (Friedrich Hölderlin)…

Le confinement peut-être une retraite, une mise à l’écart, éloignée des séductions perverses de la société de consommation, faisons en sorte que ce soit un ralentissement propice à une vie examinée.

A quelque chose le malheur peut-il être bon ?

Alain Véronèse.

Jeudi 19 mars 2020.

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Nature http://ladecroissance.xyz/2020/03/07/nature/ http://ladecroissance.xyz/2020/03/07/nature/#respond Sat, 07 Mar 2020 18:52:22 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1337 Lire la suite →]]> La force du « monde de la croissance » est d’avoir réussi à présenter des partis-pris idéologiques pour des évidences naturelles : Ce serait dans la nature des humains d’en vouloir toujours plus (la pléonexie), d’organiser la vie en société par la compétition, de valoriser l’individualisme, de (mal)traiter la nature comme stock de ressources mis à notre disposition pour en extraire des « richesses ».

Pour se libérer de ces « fables », une contestation générale de la croissance doit commencer par se reconstruire un nouvel imaginaire, en particulier dans son rapport à la nature. C’est pourquoi la décroissance peut d’ores et déjà expérimenter 3 pistes.

  1. Rompre avec la vision « moderne » d’une opposition entre nature et culture. Philippe Descola (Par-delà nature et culture, Gallimard, 2005) a nommé « naturalisme » cette vision du monde où l’objectivité prétend valoir vérité universelle. Alors qu’il faudrait refuser des frontières tranchées entre humains et non-humains, et s’imposer une responsabilité vis-à-vis des « vulnérables ». La décroissance comme rapport d’abord totémique à la nature.
  2. Rompre avec la caricature d’une nature uniquement organisée autour de « la loi du plus fort ». Faire place au contraire à ce que Pablo Servigne et Gauthier Chapelle nomment L’entraide, l’autre loi de la jungle (Les Liens qui libèrent, 2017). Surtout quand on remarque que celle-là domine dans les temps de rareté alors que celle-ci s’installe dans ceux d’abondance. Or abondance aujourd’hui il y a là mais mal distribuée car accaparée par une minorité : la décroissance, c’est celle des inégalités.
  3. Rompre avec l’illusion démiurgique que la technique permettrait aux humains non seulement de fabriquer la nature mais de la remplacer, voire de la rendre inutile. Il ne s’agit plus de faire contre la nature mais avec elle. Pour cela, il faudrait remplacer la vision scientifique de la maîtrise de la nature par celle d’un art du pilotage (Catherine et Raphaël Larrère, Penser et agir avec la nature, La découverte, 2015).

Faute d’engager sans attendre de telles ruptures dans notre imaginaire, l’espèce humaine continuera de faire la guerre à la nature, et donc, si on l’a compris, à elle-même.

En effet, ces 3 pistes de rupture avec la conception moderne des rapports avec la nature provoquent par contrecoup une révision de ce que anthropologiquement nous nommons l’Homme :

  1. Avant d’être d’abord un être raison doué de « conscience de… », l’être humain est un être de chair et de volonté qui doit « vivre de… ». C’est parce que le vivant ne peut vivre que de vivant, qu’il doit s’alimenter, que la figure du « comme maître et possesseur de la nature » devrait être remplacée par celle de l’humain vulnérable et responsable (Corine Pelluchon).
  2. Et puis il faudrait cesser de parler de l’Homme et ne plus considérer que « les humains » : cesser de croire en une « nature humaine » mais au contraire penser les êtres humains à partir de la « condition humaine », en particulier la condition de la pluralité (Hannah Arendt). Car là il y a un choix politique à effectuer : soit la « vie en société » ou chacun vit chacun contre chacun, soit la « vie sociale » où chacun ne vit que pour et avec les autres. Dans le premier cas, l’altérité est agressive, dans l’autre cas, elle est constructive.
  3. La décroissance pourra dans ce cas explorer un humanisme des humains vulnérables – en rupture avec un humanisme fondé sur l’impérialisme de l’universel – qui remettra l’humain à sa place au sein de la nature.

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Le mot « nature » peut être pris en au moins 3 sens différents :

  1. Le sens le plus commun, c’est la nature comme ensemble de tout ce qui existe → la nature-totalité. Scientifiquement, la nature dans ce sens c’est l’univers (la science est ce savoir qui fournit des connaissances universelles). Théologiquement, la nature, ce peut être Dieu (panthéisme). Économiquement, en tant que totalité, la nature est un stock de ressources et le lieu de flux.
  2. La nature-altérité : C’est la part du monde dans laquelle les hommes ne sont pas intervenus, c’est – selon Virginie Maris – la part sauvage du monde. C’est cette nature-altérité avec laquelle nous pouvons entrer en résonance, parce qu’elle est autre et et que pourtant elle nous parle.
  3. Enfin, il y a dans la nature une puissance dynamique qui fait d’elle le lieu d’une vie animée → la nature-vitalité. Tout le mystère et la fascination de l’évolution viennent de cette succession des formes de vie sans que pour autant une finalité saute aux yeux : quelle organisation, mais sans utilité ! Même l’inerte semble prendre vie dès que nous en prenons conscience en sortant de l’instantané et en l’observant dans la longue durée : par exemple, une animation pour visualiser la dérive des continents, un montage photographique visualisant en 1 minute la vie d’un arbre pendant 1 an…
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Le monopole de la violence légale ne la rend pas légitime http://ladecroissance.xyz/2020/02/05/le-monopole-de-la-violence-legale-ne-la-rend-pas-legitime/ http://ladecroissance.xyz/2020/02/05/le-monopole-de-la-violence-legale-ne-la-rend-pas-legitime/#respond Wed, 05 Feb 2020 19:17:12 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1759 Lire la suite →]]>

« Frapper ou être frappé, c’est une seule et même souillure. » – Simone WEIL

Depuis plusieurs mois, la violence se banalise dans notre pays, notamment lors des manifestations déclenchées par les décisions gouvernementales. Dans ce contexte, la déclaration sur BFM TV de Laurent NUNEZ, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, et ancien patron de la DGSI, est grave de sens : « Les policiers, évidemment, ne sont pas violents. La violence de l’État, c’est une violence qui est légitime, c’est-à-dire qu’elle est très encadrée. (…) C’est ce qu’on appelle la violence légale ».

Le MAN conteste radicalement l’amalgame ainsi fait entre légalité et légitimité. Il dénonce les violences d’où qu’elles viennent, considérant que la violence n’est jamais LA solution, même si elle peut être UNE solution par défaut dans certaines situations de légitime défense.

En démocratie, l’État détient effectivement le monopole de la violence légale au titre de sa fonction régalienne de garantie de l’ordre public. Ainsi utiliser la violence pour mettre hors d’état de nuire un forcené ou un groupe de terroristes passant à l’action est légitime. Pour autant cela ne justifie en rien les déclarations de « victoire » : toute mort d’homme doit être considérée comme une « défaite », quelles qu’en aient été les circonstances… N’en déplaise au secrétaire d’État NUNEZ, légalité ne vaut pas légitimité.

C’est pourquoi utiliser de façon disproportionnée la violence pour réprimer un-e ou des manifestant-es violent-es, répandre la peur en l’exerçant parfois sur des personnes désarmées ne manifestant pas d’attitude violente, voire étrangères à la manifestation elle-même, est parfaitement illégitime, et même condamnable dans ces situations. Face aux ordres reçus de leurs supérieurs en accord avec les plus hautes autorités de l’État, il serait même légitime que les policiers refusent d’obéir à de tels ordres en fidélité à leur code de déontologie.

Il est temps de désacraliser la violence d’où qu’elle vienne, de ceux dont la stratégie paraît être de « passer en force » alors que leur fonction première est de garantir la justice et la cohésion du pays, comme de ceux qui pensent que la fin justifie (tous) les moyens. Il est grand temps de prendre au sérieux la non-violence politique : c’est ce qu’ont compris nombre de celles et ceux qui pratiquent la désobéissance civile lorsque tous les moyens légaux ont été essayés ou lorsque l’urgence, notamment climatique, l’exige…

Contact presse : Patrick Hubert, porte-parole – 03 85 33 26 10

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Les origines du populisme, par Yann Algan, Elizabeth Beasley, Daniel Cohen et Martial Foucault. http://ladecroissance.xyz/2020/01/18/les-origines-du-populisme-par-yann-algan-elizabeth-beasley-daniel-cohen-et-martial-foucault/ http://ladecroissance.xyz/2020/01/18/les-origines-du-populisme-par-yann-algan-elizabeth-beasley-daniel-cohen-et-martial-foucault/#respond Sat, 18 Jan 2020 18:49:19 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1752 Lire la suite →]]> L’intérêt des décroissants pour cet ouvrage collectif n’est pas dans sa définition du populisme mais dans son hypothèse historique de base : celle d’un passage d’une société de classe à une société des individus.

En effet, l’hypothèse « classiste » vient toujours buter sur une difficulté : s’il existe objectivement des classes sociales, déterminées en particulier par les rapports de production entre une classe dominante – la bourgeoisie – et une classe dominée – le prolétariat, alors il faut se demander pourquoi objectivement la majorité dominée n’a pas renversé la minorité dominante. Pour sortir de ce paradoxe, on devrait se souvenir que le marxisme doublait alors son matérialisme historique d’une hypothèse idéologique selon laquelle « l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante ». D’où la fonction historique d’un Parti dont le rôle était – en tant qu’avant-garde éclairée – de guider les volontés du Peuple dont il était la véritable expression. Las, les leçons de l’Histoire sont impitoyables et cela fait bien longtemps que les critiques les plus cohérents du capitalisme ont fait leurs Adieux au prolétariat (André Gorz, 1980).

Mais alors comment expliquer les choix électoraux s’il faut se passer de l’hypothèse déterministe/matérialiste ? Tel est le défi posé par le vote populiste : selon les auteurs, il consiste à se rendre compte qu’il s’agit – dans une société des individus – du « vote d’individus malheureux, dont la satisfaction dans la vie est faible » (page 16). Objectivement, on peut bien affirmer l’existence de classes sociales, car il y a en effet des inégalités, croissantes. Mais ces inégalités ne sont plus subies/vécues collectivement, mais individuellement, c’est-à-dire subjectivement par des individus séparés les uns des autres (dissociés, selon le terme de Jacques Généreux) : « La poussée populiste… prend ses sources dans la montée en puissance d’une société d’individus où chacun est conduit à penser sa position sociale en termes subjectifs » (page 12). Autrement dit, on va retrouver dans le vote populiste les perdants plutôt de la société des individus que du néo-capitalisme actuel. « Les classes populaires ont perdu la force que leur conférait la société industrielle. Elles sont devenues des classes malheureuses, constituées d’individus isolés, habités par une défiance à l’égard d’autrui » (page 110).

Les variables subjectives de la dernière présidentielle

Prenons la question politique de la redistribution et regardons comment y répondent les électeurs de Le Pen, Fillon, Macron et Mélenchon. Seuls les électeurs de Mélenchon y sont très favorables alors que ceux de Le Pen – qui sont plus pauvres que la moyenne et qui en seraient les premiers bénéficiaires – y sont défavorables : résultat qui vient donc réfuter l’hypothèse classiste. Comment l’expliquer ?

En utilisant 2 variables subjectives :

  1. Le bien-être, la satisfaction dans la vie : « Êtes-vous satisfait de votre vie en général ? » « De ce à quoi vous vous attendez dans le futur ? » (variable subjective, mais fortement corrélée à des indicateurs objectifs de bien-être tels que la santé et l’espérance de vie).
  2. La confiance en autrui, la confiance interpersonnelle : « D’une manière générale, diriez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou qu’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres ? » (variable subjective corrélée aux pratiques d’engagement individuel mais aussi au sentiment de justice et de reconnaissance).

Voici les résultats (page 48) :

  • Macron : ses électeurs, au fort capital de revenu et d’éducation, « expriment une confiance interpersonnelle et un bien-être élevés ».
  • Le Pen : tout à l’opposé de Macron, ses électeurs « ont à la fois les niveaux de confiance et de bien-être les plus bas ».
  • Mélenchon : ses électeurs  » affichent un niveau de bien-être faible, mais une confiance interpersonnelle élevée » ; c’est cette double caractéristique qui permet d’expliquer le report des voix soit vers Le Pen (par le niveau de bien-être), soit vers Macron (par la confiance interpersonnelle).
  • Fillon : ses électeurs sont dans une situation exactement inverse de celle des électeurs de Mélenchon : « ils ont un niveau de bien-être élevé, mais une confiance interpersonnelle faible ».

On peut alors expliquer le positionnement de chaque groupe par rapport à la question de la redistribution :

« Les électeurs de Macron, de manière exactement symétrique à ceux de Le Pen, ne sont pas hostiles à l’idée de redistribution, du fait d’une confiance interpersonnelle forte, même si, étant plus riches que la moyenne, ils en seraient les contributeurs. La neutralité observée observée dans ces deux camps est donc l’effet de deux forces opposées. Plus pauvres, les électeurs de Le Pen devraient y être favorables, mais ils se défient des autres et en particulier des «assistés». Ayant de l’empathie pour autrui, les électeurs de Macron pourraient y être favorables, mais étant riches, ils s’abstiennent également… Ces forces de rappel sont absentes chez les électeurs de la droite et de la gauche traditionnelles, où tous les facteurs vont dans la même direction. Les électeurs de Mélenchon, pauvres et confiants, sont très favorables à la redistribution. Les électeurs de droite, riches et méfiants, y sont hostiles » (page 73).

L’électeur émotionnel

Il s’agit de dépasser « le cadre qui opposerait un électeur rationnel ou vertueux à un électeur sentimental ou passionné » (page 80). Comment ? En étudiant comment chacun, en contrecoup d’un choc émotionnel (attentat, perte d’emploi, crise politique…), peut s’engager « dans deux directions opposées : le statu quo et le changement. Dans le premier cas, la peur active le conservatisme ; dans le second cas, la colère renforce la radicalisation des choix » (page 80).

  • « Plus le niveau de colère est élevé, plus la probabilité pour Le Pen et Mélenchon progresse… L’inverse est vrai pour Macron… plus un électeur est en colère, moins il a de chances de lui accorder ses suffrages » (page 80).
  • « Face à des électeurs traversés par la peur, ni Macron ni Mélenchon n’apparaissent comme des alternatives… En revanche, Fillon s’impose chez comme le candidat capable de fédérer le vote des électeurs anxieux » (page 84).
  • « Chez les gens méfiants, la colère fait toujours voter davantage Mélenchon et surtout Le Pen, alors que l’apaisement favorise nettement le vote Macron. Le candidat conservateur reste quant à lui étranger à l’effet de la colère… En revanche, chez les gens très confiants, une opposition s’impose clairement entre gauche radicale et droite populiste : la colère augmente le vote Mélenchon et réduit celui de Le Pen  » (page 86).

Et nous ?

A partir de cette recomposition subjective du vote, il semble cohérent de porter ces analyses vers une auto-compréhension de la décroissance en tant qu’idéologie :

  • Notre double rejet du vote Macron et Fillon nous pousse-t-il vers la droite populiste ou bien vers la gauche radicale ?
  • Le discours décroissant doit-il plutôt faire peur ou mettre en colère ?
  • Jusqu’à quel point les discours sur les catastrophes ou les effondrements qui viennent – quand on n’affirme pas qu’ils sont déjà là – sont-ils plus anxiogènes que révoltants ?
  • Mobiliser par la peur ou par la colère ? Mobiliser par les émotions (les effets) ou par un discours rationnel (les faits) ?
  • Comment notre confiance dans les relations interpersonnelles doit-elle se traduire dans des revendications sociales en faveur d’une réduction drastique des inégalités ?
  • Pour les décroissants qui vont aux élections, avec qui peut-il être cohérent de faire un bout de chemin ?

 

 

 

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Faut-il prévoir un effondrement de la population mondiale à partir de 2030 ? http://ladecroissance.xyz/2020/01/18/effondrement-de-la-population-mondiale-a-partir-de-2030/ http://ladecroissance.xyz/2020/01/18/effondrement-de-la-population-mondiale-a-partir-de-2030/#comments Sat, 18 Jan 2020 07:28:42 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1748 Lire la suite →]]> Telle était déjà la prévision du rapport Meadows, « Halte à la croissance » ou rapport du club de Rome de 1972. « La population mondiale comptait environ 7,3 milliards d’habitants en 2015.  Elle a été multipliée par sept au cours des deux derniers siècles »[2] [3]. Les prévisions classiques des démographes de l’INED considèrent que la population mondiale « devrait continuer à croître jusqu’à atteindre peut-être 11 milliards à la fin du XXIe siècle »[4]. Cependant, l’INED et l’ONU ne prennent pas suffisamment en compte de paramètres, tels la baisse des ressources non renouvelables ou le réchauffement climatique. A l’inverse du modèle de Meadows qui montre que la démographie n’atteindra jamais 11 milliards, mais seulement 7,8 milliards[5], car sa croissance cessera en 2030. À partir de cette année-là, la démographie mondiale diminuera fortement pour s’écrouler en 2100 à seulement 4,43 milliards d’habitants[6], c’est-à-dire au niveau de l’année 1980[7]. Il y aurait donc une hécatombe de la population mondiale, avec 3,3 milliards d’humains qui mourraient prioritairement par manque de nourriture entre 2030 et 2100, soit près de 43% de la population ! A partir du modèle World3 business as usual (figure 1) du rapport Meadows, Turner estime que « la population mondiale se situera à environ 7,8 milliards en 2030 et qu’à partir de cette date, « elle s’écroulera d’environ un demi-milliard par décennie[8] jusqu’en 2100. Mais cela peut continuer ensuite…

Dans la quête de la prévision la plus précise, le statisticien Paul Chefurka aboutit à des conclusions plus radicales encore. Il s’appuie notamment les relations entre la croissance de la production d’énergie nécessaire à la croissance de la production de biens et services, dont la nourriture. Ces deux facteurs ont permis de nourrir et de soigner l’humanité et donc lui ont permis de croître rapidement depuis le développement de l’ère industrielle. Cependant, les ressources non renouvelables en énergie (pétrole, gaz, uranium, charbon, métaux…), vont décliner rapidement d’ici 40 à 80 ans[10]. C’est pourquoi, Chefurka estime que compte tenu de la décroissance involontaire de la production de l’énergie, des moyens de production, et de plusieurs autres facteurs, tels que « le changement climatique (par exemple les sécheresses, les inondations, les situations météorologiques extrêmes), la perte de fertilité des sols, la perte d’approvisionnement en eau potable, la mort des océans, la pollution chimique de la terre et des eaux, la perte de facteurs de production », cela engendrera une baisse de la production agricole drastique, qui ne permettra pas de nourrir toute l’humanité. Il en conclut que « dans ces conditions la population mondiale augmenterait jusqu’à 7,5 milliards en 2025 avant de diminuer inexorablement vers 1,8 milliard en 2100 »[11]. Il est donc approximativement au même niveau de prévision de la croissance démographie maximum que Meadows (1972) et Turner (2014), qui prévoit un maximum à 7,8 milliards. Mais il est beaucoup plus pessimiste sur la vitesse de la chute démographique, puisqu’il estime qu’en l’espace de 75 ans, il y aurait 5,7 milliards de personnes qui mourront par la famine, soit plus de 75% de la population mondiale ! Pourtant, Paul, Chefurka ne prend pas en compte, les décès liés aux guerres que cela engendrera pour accéder aux restes des ressources et espaces agricoles.

Il prend ensuite en compte, « la capacité de charge d’un environnement, c’est-à-dire le nombre d’individus maximal, que cet environnement peut supporter de façon durable, à un niveau déterminé d’activité ».  Lorsqu’il ajoute au premier modèle d’évolution de la population, le facteur de la « capacité de charge décroissante », cette fois il ne reste plus qu’un 1 milliard d’individus survivants encore en 2100…  Clive Hamilton, dans son ouvrage « Requiem pour l’espèce humaine » formule des estimations semblables du fait des problèmes écologiques, dont le changement climatique. Il estime aussi qu’il ne subsistera plus qu’un milliard d’êtres humains sur terre, voire moins, d’ici 2100 ou 2200[12]. Nous pouvons essayer de nous rassurer en considérant que ce ne sont que des statistiques relevant de la futurologie et que ce type de tentatives de prédire l’avenir à partir des évolutions du passé se sont souvent fourvoyés… Cependant, les statistiques prévisionnelles du rapport Meadows qui sont les plus « optimistes » des trois prévisions ne se sont quasiment pas trompées depuis leur création en 1972…

Mais, il y plusieurs obstacles majeurs pour parvenir à mettre en œuvre toutes ces solutions : le paradigme idéologique de la croissance économique sans fin, le besoin psychologique névrotique de pouvoir et de possession, la difficulté à se coordonner démocratiquement (ou non !) à l’échelle mondiale, puisque la majorité des Etats tend à se montrer égoïste et nationaliste. De plus, la chute de la biodiversité peut atteindre un stade irréversible et compromettre l’équilibre de l’écosystème terre. Mais le pire pour l’instant est surtout le problème du climat, avec la hausse des températures liée à l’effet de serre, qui est généré par l’émission de CO2 et de méthane. La croissance de ce dernier peut même s’emballer de manière exponentielle avec la fonte du permafrost dans lequel sont stockées de grosses quantités de méthane. En effet, une hausse trop forte de la température peut rendre la terre invivable pour les humains, à cause de la désertification, ce qui engendre l’impossibilité de produire de la nourriture en quantité suffisante. Pour que le scénario de stabilisation puisse advenir un jour, une des conditions principales suppose donc que le climat ne s’emballe pas de manière irréversible. Par conséquent, plus l’humanité perd de temps, plus le danger s’accroît. Le scénario de la stabilisation nécessite donc une gestion collective, démocratique, pacifique et rationnelle ou à l’inverse une dictature absolue ! Ce qui n’est pas souhaitable pour ceux qui défendent la liberté. Cependant, la solution démocratique suppose en plus, une véritable révolution écologique et socio-économique à laquelle les plus puissants ne sont pas véritablement disposés. Il est donc probable que les scénarios les plus pessimistes se produisent. Par contre, après la catastrophe écologique et humanitaire, tout l’effort des mouvements alternatifs réalisés en amont, pourra peut-être se révéler fructueux et permettre un virage plus une issue plus probable vers le scénario vertueux, de la décroissance solidaire, opposé aux 4 scénarios d’une récession brutale et inégalitaire et destructrice.

Alors, que faire à présent ? Doit-on rester prostré dans le désespoir en se prenant la tête dans les mains en attendant la fin ? Non, il est préférable de chercher à infléchir l’avenir et même si l’humanité échouait. Car psychologiquement, il vaut mieux disparaître et mourir, que mourir sans tenter d’agir. Pour prédire ce qui va arriver à l’humanité, nous pouvons utiliser la métaphore d’un train lancé à pleine vitesse qui arrive trop vite dans un virage bordé d’un mur. Plus le conducteur du train freine, donc plus la population fait d’effort pour décroître et infléchir la direction prise, moins le train frappe violemment le mur et plus il est alors en mesure de poursuivre sa progression, avec le moins possible de wagons perdus. C’est-à-dire avec le moins possible de destruction écologique, de décès par la famine et les guerres.

Cependant, étant donné que la futurologie climatique n’est pas une science absolument exacte, nous pouvons encore espérer qu’elle se trompe. Et puis, sait-on jamais, peut-être que l’humanité trouvera une solution miracle ? Mais quelle que soit l’issue, l’attitude la plus adaptée consiste jusqu’au dernier moment à tenter de trouver une solution, afin de sortir le mieux possible de l’impasse…

Par Thierry Brugvin [1]

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[1] Sociologue, auteur du Pouvoir illégal des élites, Max Milo, 2016.

[2] PISON Gilles, Tous les pays du monde, Population et Sociétés, numéro 525, septembre 2015.

[3] Ce qui correspond à la « valeur normalisée » de 0,43 du rapport Meadows réajusté par TURNER, G. M. “A comparison of The Limits to Growth with 30 years of reality”, Global Environmental Change, 18, pp. 397-411, 2008.

[4]  PISON, 2015.

[5] Correspondant à la valeur normalisée d’environ 0,47 du modèle standart (BAU) de Turner (2008)

[6] La valeur normalisée de 0,28 environ du modèle standart (BAU) de Turner (2008)

[7] ONU, World Population Prospects, The 2015 revision, 2015.

[8] TURNER, Graham. Is Global Collapse Imminent? MSSI Research Paper No. 4, Melbourne Sustainable Society Institute, The University of Melbourne, 2014, p. 7.

[9] TURNER Graham, On the Cusp of Global Collapse? Updated Comparison of The Limits to Growth with Historical Data, GAIA21/2(2012) p.116 – 124.

[10] USGS, Mineral Ressources Programme, 2010,  http://minerals.usgs.gov/

[11] CHEFURKA Paul, Énergie et population mondiales, Tendances jusqu’à 2100, octobre 2007, Texte original:

http://www.paulchefurka.ca/WEAP/WEAP.html

[12] HAMILTON Clive, Requiem pour l’espèce humaine, Presses de Science Po, en 2010.

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La retraite en chantant – C’est tous les jours dimanche ! http://ladecroissance.xyz/2020/01/14/la-retraite-en-chantant-cest-tous-les-jours-dimanche/ http://ladecroissance.xyz/2020/01/14/la-retraite-en-chantant-cest-tous-les-jours-dimanche/#comments Tue, 14 Jan 2020 06:56:32 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1745 Lire la suite →]]> C’est en 1981, que fut instituée la retraite à 60 ans. Près de 4 décennies après cette date, les capacités productives de la France ont-elles à ce point diminuées qu’il faut amputer les pensions ?

Le manque de main d’œuvre est-il si grave qu’il faut contraindre les anciens à rester au boulot jusqu’à  un âge canonique ? Nous comptons déjà  plus de 6 millions de demandeurs d’emploi, la retraite tardive, c’est le chômage longue durée pour certains, les postes se libèrent fort tardivement.

Le PIB de 2020, global et par tête est bien supérieur à celui de 1981. Une meilleure répartition tant du travail, que des revenus pourrait et à tout âge permettre à toutes et tous de vivre dignement. Où sont passés les gains de productivité ? Ne faudrait-il aller voir du côté de la croissance des dividendes  – excellents en 2019 suivant les Echos – et  du montant des émoluments des dirigeants du CAC 40 ?

Le calcul est facile à faire, non ?

La retraite tardive pour les uns, c’est le chômage immédiat pour les plus jeunes. 

«Il va falloir travailler plus longtemps », nous serinons-t-on sans cesse  sur tous les tons. Ah, bon ? Et, pourquoi ? Les capacités productives de nos économies devraient au contraire nous autoriser à  travailler bien moins ce, à tout âge de la vie.

 Après la réforme punitive réduisant drastiquement les allocations des chômeurs, l’amputation des pensions, ça commence à faire beaucoup. Ça va passer, ça va durer ?

Il y a bien longtemps (1981), dans une autre époque, un ministre du temps libre André Henry dans la conduite de son ministère était chargé de « conduire par l’éducation populaire, une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps. »La même année, la semaine de travail perdait une petite heure, la cinquième semaine de congés payés devint effective, l’âge de la retraite était alors fixé à 60 ans. Une réduction du temps de travail : 5 années d’un coup !

Une autre époque, une autre éthique aussi. La valeur travail était, en ces temps lointains, fragilisée par les attaques des partisans du droit à la paresse et « L’allergie au travail » des soixante-huitards tendance Babacool. Cette valeur ne faisait plus rêver grand monde. « Métro-boulot-dodo », ce n’était pas une vie, on rêvait d’autre chose, en attendant que l’heure de la retraite sonne… (Jean Ferrat).

« Métro-boulot-caveau » a-t-on entendu dans les manifestations s’opposant à la retraite par points. L’euphorie du flower power est dissipée, l’horizon du libéralisme autoritaire est fort sombre. Pourtant, il reste encore…

Le dimanche de la vie

Les temps ont changé avant d’atteindre le très grand âge, la retraite n’est plus un effacement, une démission, un retrait,… la retraite est vécue comme le dimanche de la vie. Un long dimanche, on peut se lever tard, faire ce que l’on veut sans horaires imposées. Ce long dimanche de la retraite est un morceau, un moment (tardif) de « La société du temps libéré » qu’André Gorz appelait de ses vœux.[1]

Cette accoutumance à l’oisiveté prolongée (20 ans,…30 ans sans travailler !) est fort dangereuse et contradictoire avec la morale du travail que Macron  a encore défendue le 1er mai 2019.

« Le 1er mai est la fête de ceux qui aime le travail, qui chérissent le travail, parce qu’ils savent que par le travail on construit son avenir et l’avenir du pays. »

Cet amour du travail, n’est pas partagé par tout le monde. Nombres d’actifs se rendent au boulot par contrainte. Il faut bien bouffer et acquérir quelques objets qui ajoutent au confort quotidien… Les retraités réputés « inactifs » sont plutôt cigales que fourmis.

La retraite comme  fin du travail « a cessé d’apparaître comme le moment où l’on se retire de la vie. C’est en train de devenir le plus bel âge de la vie, le bout du tunnel d’une vie marquée par la pression temporelle toujours plus forte. Allonger la durée du travail c’est effectivement s’en prendre au dimanche de la vie. […] La sagesse depuis l’antiquité, est une capacité de se retirer en soi-même, de faire retraite en soi. »[2]

Cette préfiguration de la vie sans travail, que les thatchériens du gouvernement veulent indéfiniment reculer, est un otium, [3] le loisir actif de 18 millions de citoyens français qui ne sont plus comptés dans la population active et s’en trouvent fort bien. Ce n’est pas pour rien que l’on a entendu certains déclamer « Nous voulons la retraite avant l’arthrite ! »

Parce que nous vivons plus longtemps, il faut travailler plus longtemps ?

Ah bon, et pourquoi donc ? Il faut au contraire travailler moins longtemps et à tous les âges de la vie. C’est le point de vue d’Henri Peña Ruiz.

« Un partage équitable du progrès technique »  est à mettre en œuvre. Il n’y a pas de réels problèmes économiques, financiers. « En 1950, il y avait 4 « actifs » pour un retraité, alors qu’en 2020, il y a « seulement » 1,7. Qu’a-t-on fait des gains de productivité ?[4] Les actifs d’aujourd’hui produisent en travaillant moins longtemps, bien davantage qu’en 1950 et même  qu’en 1981.

Sans doute faut-il aller voir du côté de la croissance de dividendes ?[5]

Nombre de retraités ont accès au loisir – qui n’est pas désœuvrement – un usage du temps libéré des contraintes salariales. Henri Peña-Ruiz fait valoir que ce qui se joue dans cette liberté active est peut-être un retour à l’antique.

« En pensant le loisir qui se dit en grec ancien scholè, Aristote a pensé l’Ecole lieu d’instruction libre car délivrée de tout souci utilitaire. »[6]

 La comédie du travail

Une distribution largement moins inégalitaire d’une production qui nécessite de moins en moins de « travail vivant » doit rapidement être faite.

C’est nécessaire, sinon :« Avec la robotisation et l’utilisation des neurosciences, ils n’ont plus besoins des ces 3500 millions d’être humains les plus pauvres pour faire rebondir le système capitaliste. Ce sont des bouches qui ont faim, qui ont soif et qui sont inutiles. » Monique Pinçon-Charlot. [7]

Et possible car la production chaque jour est faite par une robotique vite rentabilisée, l’intelligence artificielle avantageusement remplace ou assiste des professionnels de haut niveau, journalistes spécialisés et chirurgiens fort précis.

Une véritable Robolution est en cours [8].

Depuis plusieurs décennies l’essentiel des gains de productivité est confisqué pour les dividendes des actionnaires. Une réduction du temps de travail a lieu tous les jours. Celle qui, sans cesse, augmente les effectifs de « l’armée industrielle de réserve » : le nombre des chômeurs dont la récente et punitive réduction des allocations vise à les affamer un peu pour leur faire « traverser la rue »… pour faire le trottoir ?[9]

Il nous faut mettre fin à la comédie du travail, dont l’issue risque fort d’être dramatique. Le camouflage des « boulots à la con » (Bullshit jobs, en « franglais »)[10], l’abondance jetable qui fait déborder nos poubelles, l’obsolescence planifiée, rentable… Le solipsisme féroce qui inspire le comportement des libéraux-autoritaires au plus haut niveau se manifeste comme libéralisme cynique, thatcherisme sadique .

C’est la montée des «eaux glacées du calcul égoïste » qui provoque le réchauffement climatique.

Rapidement il nous faut quitter le Titanic.

Un partage du travail qui implique une réduction « féroce » du temps de travail (Serge Latouche), des revenus, de la richesse (dont le contenu doit être réévalué). Que resterait-il du travail dans une économie économe où les tâches seraient équitablement partagées ?

Deux heures par jour, comme le préconisait il y a quelques décennies le Collectif Adret ? Ou 15 h par semaine comme le prévoyait J.-M. Keynes dès les années 30 ?

Il nous faut changer de paradigme, d’itinéraire et reconsidérer la teneur de nos revendications. Penser à l’envers ?

Pour l’otium du peuple

« Il est temps de penser à l’envers : de définir les changements à réaliser en partant du but ultime à atteindre et non des buts en partant des moyens disponibles, des replâtrages immédiatement réalisables. Il nous faut penser à sortir de la société salariale. » L’abolition du salariat, rien de moins !  La vision, la visée et l’espoir d’André Gorz, dès 1997.[11]

Sans doute s’agit-il de réaliser de rendre effectives les potentialités cachées, occultées du niveau des forces productives. Dés l’antiquité, Aristote avait l’intuition de ce pourrait permettre la société automatique, le monde de production cybernétique.

« Si un jour les navettes tissaient d’elles-mêmes et si les plectres [petites baguettes de bois ou d’ivoires servant à pincer les cordes de l’instrument] jouaient tout seuls de la cithare, alors les ingénieurs n’auraient pas besoin d’exécutants et les maîtres d’esclaves. »[12]

Denis-Robert Dufour de poser immédiatement la question d’époque.

« Or, avec le développement du machinisme pendant les révolutions industrielles, ce moment est venu. Nous aurions dû sortir du travail aliéné. Pourquoi alors y sommes-nous entré davantage ? C’est une question d’autant plus immense que la philosophie première, représentée ici par Aristote, celle qui allait jusqu’à justifier l’esclavage, envisageait bien, à terme, sa suppression pour qu’une énergie mécanique autonome remplace l’énergie fournie par des hommes réduits à l’état de bêtes. »

Et, Dany-Robert Dufour de continuer.

« Or, quand ce moment hypothétique est enfin réellement venu, non seulement le travail esclave n’a pas disparu, mais il s’est renforcé. »[13]

Dans un entretien donné au trimestriel les Z’indignés[14], Dany-Rober Dufour défend une thèse fort proche des propositions du MFRB (Mouvement Français pour un Revenu de Base), et de celle d’André Gorz à partir de 1997, quand il envisageait d’organiser l’exode hors la société du travail aliéné.

Ainsi, considération faite de l’automatisation accélérée de la production,  Dany-Robert Dufour affirme : «  Ces machines qui ont coûté si cher à la classe ouvrière, comme aliénation, comme dépossession de son savoir, comme condamnation au chômage et à l’inactivité, pourquoi s’en passerait-on aujourd’hui, si elles permettent d’imaginer une sortie progressive du travail aliéné et exploité, c’est à dire du « travail pour l’autre », le capitaliste, ouvrant ainsi une ère nouvelle : celle du « travail pour soi » (lequel peut beaucoup profiter aux autres).

Les richesses produites par les machines permettraient d’alimenter un fond social garantissant à chacun un revenu de base [nous soulignons] et le travail pour soi permettrait de mettre en place une économie de la contribution à partie des ressources partagées et gérées en commun. »

En opposition totale à cette utopie réaliste, l’idéologie du travail encensée par Emmanuel Macron a pour essentielle fonction de préserver, de conforter les privilèges de la classe dirigeante.

« Le travail est mort, ce qu’il en reste n’a d’autres fonctions que de se reproduire lui même comme instrument d’assujettissement des travailleurs. »[15]

Soyons réaliste. Exigeons tout le possible: l’Otium du peuple qui nous permettra d’aller tous les jours à la scholé. Sauf le dimanche ?

 

Alain Véronèse, membre du secrétariat d’AC !, Agir Ensemble contre le Chômage !

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[1]     Bâtir la société du temps libéré, éd. LLL et Monde diplomatique, 2013.

[2]     Hélène L’ Heuillet, entretien dans Libération du 20/12/2019. Auteure de Eloge du retard, éd. A. Michel, 2019.

[3]     Henri Peña Ruiz, parle de la scholè dans l’article cité,  l’otium en est la version romaine. Plus bas nous rencontrerons Aristote qui bénéficia pleinement de la scholè, rendue possible par le travail des esclaves…

[4]     Henri Peña Ruiz. Marianne, 01/01/2020.

[5]     L’argumentation gouvernementale oublie systématique de parler du partage de la valeur ajoutée, et du niveau des émoluments des dirigeants du CAC 40 : 5,7 millions d’euros en 2019. Fort opportunément, une mise au point de François Ruffin qui refait les comptes à l’assemblée nationale (décembre 2109). « Depuis les années 1980, la part des dividendes dans le PIB a triplé. Trois fois plus ! Le revenu des actionnaires quand allez-vous les plafonner ?

               La rémunération du capital a augmenté 7 fois plus vite que celle du travail. »

[6]     Henri Peña-Ruiz, art. cité.

[7]     Dans l’Humanité dimanche, 27/28 août 2019. Monique Pinçon-Charlot est coauteure du livre Le président des ultra-riches, éd. Zones, 2019.

[8]     Robotatiat, Bruno Teboul, éd. Kawa, 2017. Egalement : L’avènement des machines. Robots& intelligence artificielle : la menace d’un avenir sans emploi. Martin Ford, FYP, 2017. Bernard Stiegler, Erik Brynjolfsson, Andrew Mc Fee, André Gorz, Robet Kurz … la documentation est sur-abondante : le travail n’est plus ce qu’il était… Pourtant les analyses et propositions des syndicats et partis de gauche ne me semblent pas à la hauteur des enjeux de la période. Le terrain de la prospective politique est laissé libre pour les implantations inquiétantes du libéralisme autoritaire.

[9]     La consultation du site d’AC ! Agir Ensemble contre le Chômage est sur cette question vivement conseillée.

[10]   Bullshit jobs . David Graeber, éd.LLL, 2018. Après Keynes, Graeber préconise la semaine de travail de 15 h.

[11]   Misères du présent. Richesse du possible, éd. Galilée, 1997. C’est dans cet ouvrage que Gorz se « convertit » au revenu garanti (de base).

[12]   Politique, 1,4. Citation d’Aristote tirée du Délire occidental, Dany-Robert Dufour, éd. LLL, 2014.

[13]   Le délire…

[14]   N°54, Oct.-Déc. 2019.

[15]   Jean Baudrillard dans L’échange symbolique et la mort, éd. Gallimard ,1976.

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Capitalisme http://ladecroissance.xyz/2020/01/09/capitalisme/ http://ladecroissance.xyz/2020/01/09/capitalisme/#comments Thu, 09 Jan 2020 10:11:11 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1674 Lire la suite →]]> La décroissance est anticapitaliste pour au moins deux raisons, l’une profonde et essentielle, l’autre ironique peut-être.

  1. La décroissance est une critique de cette organisation sociale moderne qui a placé l’économie à la fois en son centre et à sa périphérie : rien n’échappe à l’empire de l’économie et fondamentalement tout problème est « en dernière instance » un problème économique. Cet « encastrement » de toutes les formes de vie dans l’économie n’a absolument rien de « naturel » : il s’agit au contraire d’une singularité historique, pour laquelle il doit être possible de dégager une genèse, et surtout pour laquelle il doit être possible d’imaginer – et d’espérer – la fin, le dépassement. Le nom de cette organisation de la société, qui place paradoxalement la vie sociale sous la domination de l’économie, c’est le « capitalisme ».
  2. Cette emprise économique du capitalisme sur la société en fait un « monde » et par conséquent sa critique peut s’opérer sous tous les angles : écologique, éthique, anthropologique, technoscientifique, sociologique, psychologique… et pas seulement d’un point de vue économique. Alors, oui, la décroissance est – entre autres – une critique de la croissance économique mais pour autant il faut beaucoup d’aveuglement pour reprocher à la décroissance de se réduire à une critique économique de la croissance : la décroissance est une critique générale, et donc aussi une critique du capitalisme.

Jusqu’à quel point les décroissants critiquent-ils le capitalisme ?

En tant que critique générale, nous ne critiquons le capitalisme ni pour ces échecs ni pour ses excès ; nous combattrions avec la même énergie toutes les variantes du capitalisme (néolibéral, financier, industrialiste, entrepreneurial, keynésien…), bref nous refuserions même un capitalisme qui réussirait. C’est le capitalisme en tant que tel que nous critiquons, systémiquement, fondement contre fondement, objectif contre objectif, mobile contre mobile.

  • La radicalité de notre critique se prolonge au point de pouvoir se retourner contre une grande part de ceux qui critiquent le capitalisme et qui, nolens volens, lui empruntent néanmoins une grande partie de ses catégories : le travail, la croissance, le progrès, l’industrialisme, la technologie et ses promesses prométhéennes…
  • Comment en effet ne pas constater qu’historiquement capitalisme et anticapitalisme (proclamé) ont partagé un programme productiviste et travailliste, sinon individualiste ?

A la racine du capitalisme, le libertarisme individualiste d’Ayn Rand

Mais avant de critiquer, il faut définir. Et pour cela, éviter de répéter ce type de critique qui s’autosatisfait de reprocher à l’autre de ne pas être comme soi (« tu as tort d’être de droite, parce que tu n’es pas de gauche », « tu as tort d’être capitaliste car tu n’est pas anticapitaliste », « tu as tort parce que tu ne me donnes pas raison »). Alors, pour définir le capitalisme, donnons la parole à une adulatrice du capitalisme : Ayn Rand (1905-1982).

Nous ne voulons pas laisser penser que le capitalisme a attendu les oeuvres d’Ayn Rand pour élaborer son idéologie : nous voulons juste affirmer que l’on doit reconnaître dans l’oeuvre de Rand un déploiement quasi complet du capitalisme comme vision du monde, comme « ontologie », qu’elle nomme elle-même « objectivisme » ; pour elle, la réalité est manichéenne, il y a ce que l’on mérite et ce que l’on ne mérite pas. Pour Rand, le capitalisme est le régime idéal parce qu’il est celui qui récompense tous ceux qui supportent le monde sur leurs épaules, les créateurs, les producteurs, les entrepreneurs, les êtres les plus talentueux : tous ceux dont Atlas est le modèle 1Pour une critique d’Atlas : http://decroissances.ouvaton.org/2011/09/03/fatigue-atlas/.

C’est dans le roman paru en 1957, La Grève (Atlas Shrugged), qu’elle expose explicitement sa vision des choses : pour les américains, après la Bible, ce serait le livre le plus influent sur leur propre vie. Dans ce roman fleuve, quelques dizaines de  page sont explicitement consacrées à l’exposé de sa philosophie, c’est le fameux discours radiophonique de John Galt 2La révolte d’Atlas, dans la traduction pirate de Monique di Pierrio, pages 1708-1800. Le roman raconte comment les « hommes de l’esprit » (men of the mind) se mettent en grève « contre une société qui nous immole à l’intérêt général, dans laquelle il n’est nul besoin de mériter une récompense pour l’obtenir, pas plus qu’il n’est besoin d’en accorder à ceux qui le méritent ».

  • John Galt, le personnage principal est ingénieur, inventeur d’un nouveau moteur qui résoudrait définitivement tous les problèmes énergétiques : « J’ai réalisé le prototype d’un moteur expérimental qui aurait fait ma fortune et celles de mes employeurs, un moteur qui aurait amélioré l’efficacité de toutes les installations humaines utilisant de l’énergie, faisant ainsi don d’une plus grande productivité à chaque heure que vous passiez à gagner votre vie » (page 1767, traduction citée dans la note précédente).
  • Vision prométhéenne de la technique : « La machine, ce morceau cristallisé d’intelligence, est l’outil qui étend le potentiel de votre vie en augmentant la productivité de votre temps » (page 1792).
  • Glorification méritocratique du travail : « Votre travail est le processus par lequel vous réalisez vos valeurs, et que perdre l’ambition de réaliser vos valeurs, c’est renoncer à vivre ; ce serait oublier que si votre corps est une machine, c’est à votre esprit de le guider, aussi loin qu’il le pourra, avec la réussite comme objectif » (page 1725).
  • Défense libertarienne de la propriété privée : « De même que l’homme ne peut exister sans son corps, aucun droit ne peut exister sans celui de le traduire dans la réalité – droit de penser, de travailler et de conserver le fruit de son travail ; ce qui signifie : sans le droit de propriété » (page 1788).
  • Vertu rationnelle de l’égoïsme : « Savez-vous quelle est mon obligation morale envers mes frères en humanité ? Aucune, si ce n’est celle que je me dois à moi-même, aux objets de l’univers et à tout ce qui existe : la rationalité » (page 1728). « Croyez-vous qu’il soit toujours juste d’aider un autre homme ? Non, si celui-ci prétend qu’il a droit à votre aide ou que vous avez le devoir moral de l’aider. Oui, si cela correspond à votre désir personnel, au plaisir égoïste que vous trouvez à apporter votre soutien à un homme et à des efforts que vous estimez » (page 1785).
  • Critique de l’altruisme : « Moi, qui n’accepte que ce que je mérite, valeur ou culpabilité, je suis là pour vous poser la question que vous éludez. En quoi est-il moral de servir le bonheur d’« autrui » et non le sien propre ? » (page 1741).
  • Individualisme exacerbé : « Comme premier pas vers l’amour-propre, apprenez à traiter comme la marque du cannibale tout homme exigeant votre aide » (page 1785).

L’allocution de John Galt se conclut par un serment : « Je jure sur ma vie, et sur mon amour pour elle, que je ne vivrai jamais pour le service d’un autre homme, ni ne demanderai à un autre homme, de vivre pour la mienne » (page 1800). Déclaration d’indépendance qui peut passer pour une proclamation de liberté et de respect de l’autre mais dont la signification la plus violente est révélée par cette confidence d’Ayn Rand sur sa propre vie : « Personne ne m’a jamais aidé et jamais je n’ai considéré que quelqu’un devait me venir en aide ».

→ Ce roman rassemble tout ce qui constitue l’ontologie individualiste du capitalisme, du point de vue de Rand : Capitalism is a social system based on the recognition of individual rights, including property rights », in « What Is Capitalism? », in Capitalism: The Unknown Ideal, page 19, 1966 3« Le Capitalisme est un système social basé sur la reconnaissance des droits individuels, y compris les droits de propriété »..

→ Autour de ce noyau individualiste gravitent les éléments constitutifs du capitalisme – le travail, la technique, la propriété privée – rencontrés non pas tant sous un angle économique qu’idéologique.

Ontologie individualiste du capitalisme versus ontologie coopérativiste de la décroissance

Nous croyons qu’il serait maladroit de ne pas admettre que ces convictions hyper-individualistes sont partagées par beaucoup : le capitalisme est une réalité. Sa domination, son emprise, son extension sont des réalités. Mais c’est une réalité abstraite : ce n’est que par abstraction qu’un individu peut se raconter qu’il pourrait exister en se séparant (= en faisant… abstraction) des autres. Ne nous cachons pas non plus que cette abstraction peut apparaître logiquement désirable à… chacun.

  • Contre la fable individualiste qui réduit la vie en société à une juxtaposition de vies individuelles (1+1+1+1+…), les décroissants définissent au contraire la société comme un système de coopération au sens le plus large, et seule une vision biaisée par une idéologie travailliste permet de réduire cette coopération à la seule contribution laborieuse de ses membres.
  • On peut reprocher à l’objectivisme de Rand son manichéisme 4qu’elle revendique au nom d’une référence/révérence à la Logique d’Aristote, réduite aux 3 principes d’identité, du tiers-exclu et de la non-contradiction ← qui constituent les titres des 3 chapitres de La Grève. comme d’un manque de réalisme. Par exemple, sa défense de l’indépendance individuelle se construit à partir d’une opposition binaire avec la dépendance : et, en effet, qui préférerait la dépendance à l’indépendance ? SAUF, qu’il y a un troisième terme à considérer (ce n’est donc pas « ou bien… ou bien… ») : l’interdépendance. Et voilà très exactement en quoi le capitalisme est une abstraction : il fait abstraction des conditions d’interdépendance sociale à partir desquelles se pose ensuite l’opposition entre dépendance et indépendance.
  • Par conséquent, contre la fable entrepreneuriale et méritocratique du self-made man (à chacun d’entreprendre sa vie, comme une start-up, ou de la créer, comme une oeuvre d’art) les décroissants n’oublient pas les origines sociales de chacune de nos vies individuelles : Qui peut croire qu’il pourrait exister sans les autres, sans tous les autres ? Et surtout avant les autres ? Cette dimension méritocratique est essentielle au capitalisme car elle fournit à chaque individu une auto-explication psychologique facile de sa condition sociale : celle-ci ne tiendrait qu’à lui-même, il n’aurait que ce qu’il mérite et ne pourrait donc s’en prendre qu’à lui-même (il n’avait qu’à se prendre en main).
  • Remarquons que l’hyper-individualisme chez Rand peut faire l’économie de la fable de la main invisible : pas besoin de supposer que la vertu publique émergerait de la libre concurrence entre vices privés puisque, selon elle, la vertu n’est jamais publique, puisqu’en réalité la « société » n’existe pas pour Rand. Là où la fable de la main invisible affirme que la vie en société consiste à vivre les uns contre les autres, Rand se contente d’affirmer qu’elle consiste à vivre sans les autres.
  • On trouve surtout chez Rand tous les ingrédients pour nourrir la fable travailliste selon laquelle c’est par le Travail que chacun peut se donner les moyens d’obtenir ce qu’il va mériter. Mais chez elle, le travail dans ce cas n’est qu’une espèce d’une catégorie plus générale qui est la « créativité » : dans l’idéologie capitaliste, chaque individu pourrait (se) créer ex nihilo, dans l’abstraction totale des conditions sociales → Soulignons la pertinence de Rand qui révèle ainsi la parenté qui existe entre la figure de l’industriel et celle de l’artiste et méfions-nous alors de tous ceux qui croient pouvoir échapper au capitalisme en adoptant une posture de « créatifs culturels ».

Pour une critique (du capitalisme) sans déni (de sa désirabilité)

Pour une critique cohérente du capitalisme il ne faut pas dénier son attractivité : C’est donc l’attractivité du capitalisme qu’il faut rejeter. Car, individuellement, l’individualisme peut sembler une vision cohérente pour… soi. Mais pas plus.

Mais pas moins, non plus : que notre critique de l’individualisme au fondement du capitalisme ne nous fasse pas croire que la défense de notre conception coopérativiste de la société ferait des décroissants des nostalgiques à un retour vers des sociétés holistes dans lesquelles aucune valeur ne serait accordée à la vie individuelle (au seul profit de la société, ou de la Nature). Mais l’individu comme l’économie doivent être remis à leur place. Chez Rand, son aristotélisme lui fait identifier le sens d’une vie réussie à la finalité, ce qui n’est pas un contresens. Mais là où ça le devient, c’est quand elle oublie que pour Aristote, la finalité – le bonheur en l’occurrence – ne peut pas être individuelle. Le texte le plus célèbre d’Aristote est celui où il définit l’homme comme un « animal politique » : on ne fait pas assez attention qu’Aristote y définit le bonheur comme une « part de bonheur ». Dans une vision coopérativiste de la vie sociale, il n’y a « part » qu’à partir du partage, de la participation, de l’appartenance, tous ces « liens » dont Rand veut faire abstraction, et qui constituent l’objectif sociocidaire du capitalisme.

Ajoutons que la dénonciation du capitalisme comme « individualisme abstrait » ne doit pas nous faire croire que le capitalisme ne serait qu’une illusion : car même s’il est une utopie (au pire sens du terme), il est une utopie auto-réalisatrice. Ah qu’il serait bon d’être encore un peu marxiste pour continuer de croire que les contradictions internes du capitalisme finiront par l’abattre. Mais ce serait faire abstraction de la dimension performative de l’abstraction capitaliste : le capitalisme est ce régime qui possède les moyens (le Capital) de réaliser son utopie. Le capitalisme ne tombera pas tout seul et là malheureusement le manichéisme de Rand a peut-être raison : ou bien la victoire du capitalisme comme travail de sape de tout ce qui nourrit la vie sociale, ou bien la lutte contre le capitalisme avec un objectif affiché et assumé = la conservation, l’entretien et la protection de la vie sociale : c’est l’objectif de la décroissance 5http://ladecroissance.xyz/2016/11/11/noyau-philosophique/.

L’une des critiques les plus pertinentes du capitalisme est aujourd’hui celle de la critique de la valeur (Wertkritik) et de la critique de la valeur-dissociation (Wert-abspaltungskritik), autour des oeuvres de Robert Kurz, d’Anselm Jappe 6http://www.palim-psao.fr/2015/03/presentation-de-la-wertkritik.html; en particulier la distinction entre 2 types de critique est particulièrement féconde – la critique catégorielle et la critique empirique (ou phénoménologique) – car elle permet de diriger la critique du capitalisme non pas contre les capitalistes (comme s’il suffisait de faire disparaître une classe pour faire disparaître le monde capitaliste) mais – fondamentalement – contre les catégories constitutives du capitalisme que sont bien sûr le Capital, mais aussi le Travail, la Valeur en tant que telle (la valorisation de la valeur comme finalité du capitalisme).

Néanmoins, attention à ne pas se couper de la « critique empirique » : a/ d’une part, parce que c’est elle qui peut dénoncer les modes de vie imposés par le capitalisme. Mais surtout, b/ parce que seul le point de vue empirique permet de rendre compte de la performativité du capitalisme (son succès, sa désirabilité) : celui-ci en effet ne s’impose pas de l’extérieur aux individus de la société capitaliste mais s’il est à ce point une servitude volontaire c’est parce que les processus d’individualisation sont essentiels à l’accomplissement du capitalisme : là où le marxisme escomptait sur les contradictions internes du capitalisme, le capitalisme est un individualisme parce que l’individualisation est en réalité un processus d’intériorisation des contradictions. Le capitalisme pourrait bien être contradictoire, peu importe finalement, tant qu’il existera des individus qui porteront sur leurs épaules ces contradictions.

→ En France, la séquence gilets jaunes et 7http://ladecroissance.xyz/category/discuter/billets-et-opinions/fil-jaune/ maintenant celle de la réforme des retraites sont des cas d’école de ce combat entre amoureux de la vie sociale et défenseurs de son atomisation au profit d’une conception inégalitaire, néo-travailliste et méritocratique de la vie en société.

Capitalisme Décroissance
Fondement Une liberté comme indépendance Une liberté comme interdépendance dans les limites des conditions sociales et écologiques
Objectif Une vie individuelle sans l’aide de personne Une vie sociale pour et avec les autres
Mobile Le mérite Une part de bonheur

 

 

Références   [ + ]

1. Pour une critique d’Atlas : http://decroissances.ouvaton.org/2011/09/03/fatigue-atlas/
2. La révolte d’Atlas, dans la traduction pirate de Monique di Pierrio, pages 1708-1800
3. « Le Capitalisme est un système social basé sur la reconnaissance des droits individuels, y compris les droits de propriété ».
4. qu’elle revendique au nom d’une référence/révérence à la Logique d’Aristote, réduite aux 3 principes d’identité, du tiers-exclu et de la non-contradiction ← qui constituent les titres des 3 chapitres de La Grève.
5. http://ladecroissance.xyz/2016/11/11/noyau-philosophique/
6. http://www.palim-psao.fr/2015/03/presentation-de-la-wertkritik.html
7. http://ladecroissance.xyz/category/discuter/billets-et-opinions/fil-jaune/
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http://ladecroissance.xyz/2020/01/09/capitalisme/feed/ 4