la Maison commune de la décroissance http://ladecroissance.xyz La croissance, c'est le non-sens ; le bon sens, c'est la décroissance ! Sun, 19 Jan 2020 10:26:26 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.3.2 http://ladecroissance.xyz/wp-content/uploads/2018/01/cropped-ladecroissance-1-32x32.png la Maison commune de la décroissance http://ladecroissance.xyz 32 32 Les origines du populisme, par Yann Algan, Elizabeth Beasley, Daniel Cohen et Martial Foucault. http://ladecroissance.xyz/2020/01/18/les-origines-du-populisme-par-yann-algan-elizabeth-beasley-daniel-cohen-et-martial-foucault/ http://ladecroissance.xyz/2020/01/18/les-origines-du-populisme-par-yann-algan-elizabeth-beasley-daniel-cohen-et-martial-foucault/#respond Sat, 18 Jan 2020 18:49:19 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1752 Lire la suite →]]> L’intérêt des décroissants pour cet ouvrage collectif n’est pas dans sa définition du populisme mais dans son hypothèse historique de base : celle d’un passage d’une société de classe à une société des individus.

En effet, l’hypothèse « classiste » vient toujours buter sur une difficulté : s’il existe objectivement des classes sociales, déterminées en particulier par les rapports de production entre une classe dominante – la bourgeoisie – et une classe dominée – le prolétariat, alors il faut se demander pourquoi objectivement la majorité dominée n’a pas renversé la minorité dominante. Pour sortir de ce paradoxe, on devrait se souvenir que le marxisme doublait alors son matérialisme historique d’une hypothèse idéologique selon laquelle « l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante ». D’où la fonction historique d’un Parti dont le rôle était – en tant qu’avant-garde éclairée – de guider les volontés du Peuple dont il était la véritable expression. Las, les leçons de l’Histoire sont impitoyables et cela fait bien longtemps que les critiques les plus cohérents du capitalisme ont fait leurs Adieux au prolétariat (André Gorz, 1980).

Mais alors comment expliquer les choix électoraux s’il faut se passer de l’hypothèse déterministe/matérialiste ? Tel est le défi posé par le vote populiste : selon les auteurs, il consiste à se rendre compte qu’il s’agit – dans une société des individus – du « vote d’individus malheureux, dont la satisfaction dans la vie est faible » (page 16). Objectivement, on peut bien affirmer l’existence de classes sociales, car il y a en effet des inégalités, croissantes. Mais ces inégalités ne sont plus subies/vécues collectivement, mais individuellement, c’est-à-dire subjectivement par des individus séparés les uns des autres (dissociés, selon le terme de Jacques Généreux) : « La poussée populiste… prend ses sources dans la montée en puissance d’une société d’individus où chacun est conduit à penser sa position sociale en termes subjectifs » (page 12). Autrement dit, on va retrouver dans le vote populiste les perdants plutôt de la société des individus que du néo-capitalisme actuel. « Les classes populaires ont perdu la force que leur conférait la société industrielle. Elles sont devenues des classes malheureuses, constituées d’individus isolés, habités par une défiance à l’égard d’autrui » (page 110).

Les variables subjectives de la dernière présidentielle

Prenons la question politique de la redistribution et regardons comment y répondent les électeurs de Le Pen, Fillon, Macron et Mélenchon. Seuls les électeurs de Mélenchon y sont très favorables alors que ceux de Le Pen – qui sont plus pauvres que la moyenne et qui en seraient les premiers bénéficiaires – y sont défavorables : résultat qui vient donc réfuter l’hypothèse classiste. Comment l’expliquer ?

En utilisant 2 variables subjectives :

  1. Le bien-être, la satisfaction dans la vie : « Êtes-vous satisfait de votre vie en général ? » « De ce à quoi vous vous attendez dans le futur ? » (variable subjective, mais fortement corrélée à des indicateurs objectifs de bien-être tels que la santé et l’espérance de vie).
  2. La confiance en autrui, la confiance interpersonnelle : « D’une manière générale, diriez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou qu’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres ? » (variable subjective corrélée aux pratiques d’engagement individuel mais aussi au sentiment de justice et de reconnaissance).

Voici les résultats (page 48) :

  • Macron : ses électeurs, au fort capital de revenu et d’éducation, « expriment une confiance interpersonnelle et un bien-être élevés ».
  • Le Pen : tout à l’opposé de Macron, ses électeurs « ont à la fois les niveaux de confiance et de bien-être les plus bas ».
  • Mélenchon : ses électeurs  » affichent un niveau de bien-être faible, mais une confiance interpersonnelle élevée » ; c’est cette double caractéristique qui permet d’expliquer le report des voix soit vers Le Pen (par le niveau de bien-être), soit vers Macron (par la confiance interpersonnelle).
  • Fillon : ses électeurs sont dans une situation exactement inverse de celle des électeurs de Mélenchon : « ils ont un niveau de bien-être élevé, mais une confiance interpersonnelle faible ».

On peut alors expliquer le positionnement de chaque groupe par rapport à la question de la redistribution :

« Les électeurs de Macron, de manière exactement symétrique à ceux de Le Pen, ne sont pas hostiles à l’idée de redistribution, du fait d’une confiance interpersonnelle forte, même si, étant plus riches que la moyenne, ils en seraient les contributeurs. La neutralité observée observée dans ces deux camps est donc l’effet de deux forces opposées. Plus pauvres, les électeurs de Le Pen devraient y être favorables, mais ils se défient des autres et en particulier des «assistés». Ayant de l’empathie pour autrui, les électeurs de Macron pourraient y être favorables, mais étant riches, ils s’abstiennent également… Ces forces de rappel sont absentes chez les électeurs de la droite et de la gauche traditionnelles, où tous les facteurs vont dans la même direction. Les électeurs de Mélenchon, pauvres et confiants, sont très favorables à la redistribution. Les électeurs de droite, riches et méfiants, y sont hostiles » (page 73).

L’électeur émotionnel

Il s’agit de dépasser « le cadre qui opposerait un électeur rationnel ou vertueux à un électeur sentimental ou passionné » (page 80). Comment ? En étudiant comment chacun, en contrecoup d’un choc émotionnel (attentat, perte d’emploi, crise politique…), peut s’engager « dans deux directions opposées : le statu quo et le changement. Dans le premier cas, la peur active le conservatisme ; dans le second cas, la colère renforce la radicalisation des choix » (page 80).

  • « Plus le niveau de colère est élevé, plus la probabilité pour Le Pen et Mélenchon progresse… L’inverse est vrai pour Macron… plus un électeur est en colère, moins il a de chances de lui accorder ses suffrages » (page 80).
  • « Face à des électeurs traversés par la peur, ni Macron ni Mélenchon n’apparaissent comme des alternatives… En revanche, Fillon s’impose chez comme le candidat capable de fédérer le vote des électeurs anxieux » (page 84).
  • « Chez les gens méfiants, la colère fait toujours voter davantage Mélenchon et surtout Le Pen, alors que l’apaisement favorise nettement le vote Macron. Le candidat conservateur reste quant à lui étranger à l’effet de la colère… En revanche, chez les gens très confiants, une opposition s’impose clairement entre gauche radicale et droite populiste : la colère augmente le vote Mélenchon et réduit celui de Le Pen  » (page 86).

Et nous ?

A partir de cette recomposition subjective du vote, il semble cohérent de porter ces analyses vers une auto-compréhension de la décroissance en tant qu’idéologie :

  • Notre double rejet du vote Macron et Fillon nous pousse-t-il vers la droite populiste ou bien vers la gauche radicale ?
  • Le discours décroissant doit-il plutôt faire peur ou mettre en colère ?
  • Jusqu’à quel point les discours sur les catastrophes ou les effondrements qui viennent – quand on n’affirme pas qu’ils sont déjà là – sont-ils plus anxiogènes que révoltants ?
  • Mobiliser par la peur ou par la colère ? Mobiliser par les émotions (les effets) ou par un discours rationnel (les faits) ?
  • Comment notre confiance dans les relations interpersonnelles doit-elle se traduire dans des revendications sociales en faveur d’une réduction drastique des inégalités ?
  • Pour les décroissants qui vont aux élections, avec qui peut-il être cohérent de faire un bout de chemin ?

 

 

 

]]>
http://ladecroissance.xyz/2020/01/18/les-origines-du-populisme-par-yann-algan-elizabeth-beasley-daniel-cohen-et-martial-foucault/feed/ 0
Faut-il prévoir un effondrement de la population mondiale à partir de 2030 ? http://ladecroissance.xyz/2020/01/18/effondrement-de-la-population-mondiale-a-partir-de-2030/ http://ladecroissance.xyz/2020/01/18/effondrement-de-la-population-mondiale-a-partir-de-2030/#comments Sat, 18 Jan 2020 07:28:42 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1748 Lire la suite →]]> Telle était déjà la prévision du rapport Meadows, « Halte à la croissance » ou rapport du club de Rome de 1972. « La population mondiale comptait environ 7,3 milliards d’habitants en 2015.  Elle a été multipliée par sept au cours des deux derniers siècles »[2] [3]. Les prévisions classiques des démographes de l’INED considèrent que la population mondiale « devrait continuer à croître jusqu’à atteindre peut-être 11 milliards à la fin du XXIe siècle »[4]. Cependant, l’INED et l’ONU ne prennent pas suffisamment en compte de paramètres, tels la baisse des ressources non renouvelables ou le réchauffement climatique. A l’inverse du modèle de Meadows qui montre que la démographie n’atteindra jamais 11 milliards, mais seulement 7,8 milliards[5], car sa croissance cessera en 2030. À partir de cette année-là, la démographie mondiale diminuera fortement pour s’écrouler en 2100 à seulement 4,43 milliards d’habitants[6], c’est-à-dire au niveau de l’année 1980[7]. Il y aurait donc une hécatombe de la population mondiale, avec 3,3 milliards d’humains qui mourraient prioritairement par manque de nourriture entre 2030 et 2100, soit près de 43% de la population ! A partir du modèle World3 business as usual (figure 1) du rapport Meadows, Turner estime que « la population mondiale se situera à environ 7,8 milliards en 2030 et qu’à partir de cette date, « elle s’écroulera d’environ un demi-milliard par décennie[8] jusqu’en 2100. Mais cela peut continuer ensuite…

Dans la quête de la prévision la plus précise, le statisticien Paul Chefurka aboutit à des conclusions plus radicales encore. Il s’appuie notamment les relations entre la croissance de la production d’énergie nécessaire à la croissance de la production de biens et services, dont la nourriture. Ces deux facteurs ont permis de nourrir et de soigner l’humanité et donc lui ont permis de croître rapidement depuis le développement de l’ère industrielle. Cependant, les ressources non renouvelables en énergie (pétrole, gaz, uranium, charbon, métaux…), vont décliner rapidement d’ici 40 à 80 ans[10]. C’est pourquoi, Chefurka estime que compte tenu de la décroissance involontaire de la production de l’énergie, des moyens de production, et de plusieurs autres facteurs, tels que « le changement climatique (par exemple les sécheresses, les inondations, les situations météorologiques extrêmes), la perte de fertilité des sols, la perte d’approvisionnement en eau potable, la mort des océans, la pollution chimique de la terre et des eaux, la perte de facteurs de production », cela engendrera une baisse de la production agricole drastique, qui ne permettra pas de nourrir toute l’humanité. Il en conclut que « dans ces conditions la population mondiale augmenterait jusqu’à 7,5 milliards en 2025 avant de diminuer inexorablement vers 1,8 milliard en 2100 »[11]. Il est donc approximativement au même niveau de prévision de la croissance démographie maximum que Meadows (1972) et Turner (2014), qui prévoit un maximum à 7,8 milliards. Mais il est beaucoup plus pessimiste sur la vitesse de la chute démographique, puisqu’il estime qu’en l’espace de 75 ans, il y aurait 5,7 milliards de personnes qui mourront par la famine, soit plus de 75% de la population mondiale ! Pourtant, Paul, Chefurka ne prend pas en compte, les décès liés aux guerres que cela engendrera pour accéder aux restes des ressources et espaces agricoles.

Il prend ensuite en compte, « la capacité de charge d’un environnement, c’est-à-dire le nombre d’individus maximal, que cet environnement peut supporter de façon durable, à un niveau déterminé d’activité ».  Lorsqu’il ajoute au premier modèle d’évolution de la population, le facteur de la « capacité de charge décroissante », cette fois il ne reste plus qu’un 1 milliard d’individus survivants encore en 2100…  Clive Hamilton, dans son ouvrage « Requiem pour l’espèce humaine » formule des estimations semblables du fait des problèmes écologiques, dont le changement climatique. Il estime aussi qu’il ne subsistera plus qu’un milliard d’êtres humains sur terre, voire moins, d’ici 2100 ou 2200[12]. Nous pouvons essayer de nous rassurer en considérant que ce ne sont que des statistiques relevant de la futurologie et que ce type de tentatives de prédire l’avenir à partir des évolutions du passé se sont souvent fourvoyés… Cependant, les statistiques prévisionnelles du rapport Meadows qui sont les plus « optimistes » des trois prévisions ne se sont quasiment pas trompées depuis leur création en 1972…

Mais, il y plusieurs obstacles majeurs pour parvenir à mettre en œuvre toutes ces solutions : le paradigme idéologique de la croissance économique sans fin, le besoin psychologique névrotique de pouvoir et de possession, la difficulté à se coordonner démocratiquement (ou non !) à l’échelle mondiale, puisque la majorité des Etats tend à se montrer égoïste et nationaliste. De plus, la chute de la biodiversité peut atteindre un stade irréversible et compromettre l’équilibre de l’écosystème terre. Mais le pire pour l’instant est surtout le problème du climat, avec la hausse des températures liée à l’effet de serre, qui est généré par l’émission de CO2 et de méthane. La croissance de ce dernier peut même s’emballer de manière exponentielle avec la fonte du permafrost dans lequel sont stockées de grosses quantités de méthane. En effet, une hausse trop forte de la température peut rendre la terre invivable pour les humains, à cause de la désertification, ce qui engendre l’impossibilité de produire de la nourriture en quantité suffisante. Pour que le scénario de stabilisation puisse advenir un jour, une des conditions principales suppose donc que le climat ne s’emballe pas de manière irréversible. Par conséquent, plus l’humanité perd de temps, plus le danger s’accroît. Le scénario de la stabilisation nécessite donc une gestion collective, démocratique, pacifique et rationnelle ou à l’inverse une dictature absolue ! Ce qui n’est pas souhaitable pour ceux qui défendent la liberté. Cependant, la solution démocratique suppose en plus, une véritable révolution écologique et socio-économique à laquelle les plus puissants ne sont pas véritablement disposés. Il est donc probable que les scénarios les plus pessimistes se produisent. Par contre, après la catastrophe écologique et humanitaire, tout l’effort des mouvements alternatifs réalisés en amont, pourra peut-être se révéler fructueux et permettre un virage plus une issue plus probable vers le scénario vertueux, de la décroissance solidaire, opposé aux 4 scénarios d’une récession brutale et inégalitaire et destructrice.

Alors, que faire à présent ? Doit-on rester prostré dans le désespoir en se prenant la tête dans les mains en attendant la fin ? Non, il est préférable de chercher à infléchir l’avenir et même si l’humanité échouait. Car psychologiquement, il vaut mieux disparaître et mourir, que mourir sans tenter d’agir. Pour prédire ce qui va arriver à l’humanité, nous pouvons utiliser la métaphore d’un train lancé à pleine vitesse qui arrive trop vite dans un virage bordé d’un mur. Plus le conducteur du train freine, donc plus la population fait d’effort pour décroître et infléchir la direction prise, moins le train frappe violemment le mur et plus il est alors en mesure de poursuivre sa progression, avec le moins possible de wagons perdus. C’est-à-dire avec le moins possible de destruction écologique, de décès par la famine et les guerres.

Cependant, étant donné que la futurologie climatique n’est pas une science absolument exacte, nous pouvons encore espérer qu’elle se trompe. Et puis, sait-on jamais, peut-être que l’humanité trouvera une solution miracle ? Mais quelle que soit l’issue, l’attitude la plus adaptée consiste jusqu’au dernier moment à tenter de trouver une solution, afin de sortir le mieux possible de l’impasse…

Par Thierry Brugvin [1]

——————————————

[1] Sociologue, auteur du Pouvoir illégal des élites, Max Milo, 2016.

[2] PISON Gilles, Tous les pays du monde, Population et Sociétés, numéro 525, septembre 2015.

[3] Ce qui correspond à la « valeur normalisée » de 0,43 du rapport Meadows réajusté par TURNER, G. M. “A comparison of The Limits to Growth with 30 years of reality”, Global Environmental Change, 18, pp. 397-411, 2008.

[4]  PISON, 2015.

[5] Correspondant à la valeur normalisée d’environ 0,47 du modèle standart (BAU) de Turner (2008)

[6] La valeur normalisée de 0,28 environ du modèle standart (BAU) de Turner (2008)

[7] ONU, World Population Prospects, The 2015 revision, 2015.

[8] TURNER, Graham. Is Global Collapse Imminent? MSSI Research Paper No. 4, Melbourne Sustainable Society Institute, The University of Melbourne, 2014, p. 7.

[9] TURNER Graham, On the Cusp of Global Collapse? Updated Comparison of The Limits to Growth with Historical Data, GAIA21/2(2012) p.116 – 124.

[10] USGS, Mineral Ressources Programme, 2010,  http://minerals.usgs.gov/

[11] CHEFURKA Paul, Énergie et population mondiales, Tendances jusqu’à 2100, octobre 2007, Texte original:

http://www.paulchefurka.ca/WEAP/WEAP.html

[12] HAMILTON Clive, Requiem pour l’espèce humaine, Presses de Science Po, en 2010.

]]>
http://ladecroissance.xyz/2020/01/18/effondrement-de-la-population-mondiale-a-partir-de-2030/feed/ 1
La retraite en chantant – C’est tous les jours dimanche ! http://ladecroissance.xyz/2020/01/14/la-retraite-en-chantant-cest-tous-les-jours-dimanche/ http://ladecroissance.xyz/2020/01/14/la-retraite-en-chantant-cest-tous-les-jours-dimanche/#comments Tue, 14 Jan 2020 06:56:32 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1745 Lire la suite →]]> C’est en 1981, que fut instituée la retraite à 60 ans. Près de 4 décennies après cette date, les capacités productives de la France ont-elles à ce point diminuées qu’il faut amputer les pensions ?

Le manque de main d’œuvre est-il si grave qu’il faut contraindre les anciens à rester au boulot jusqu’à  un âge canonique ? Nous comptons déjà  plus de 6 millions de demandeurs d’emploi, la retraite tardive, c’est le chômage longue durée pour certains, les postes se libèrent fort tardivement.

Le PIB de 2020, global et par tête est bien supérieur à celui de 1981. Une meilleure répartition tant du travail, que des revenus pourrait et à tout âge permettre à toutes et tous de vivre dignement. Où sont passés les gains de productivité ? Ne faudrait-il aller voir du côté de la croissance des dividendes  – excellents en 2019 suivant les Echos – et  du montant des émoluments des dirigeants du CAC 40 ?

Le calcul est facile à faire, non ?

La retraite tardive pour les uns, c’est le chômage immédiat pour les plus jeunes. 

«Il va falloir travailler plus longtemps », nous serinons-t-on sans cesse  sur tous les tons. Ah, bon ? Et, pourquoi ? Les capacités productives de nos économies devraient au contraire nous autoriser à  travailler bien moins ce, à tout âge de la vie.

 Après la réforme punitive réduisant drastiquement les allocations des chômeurs, l’amputation des pensions, ça commence à faire beaucoup. Ça va passer, ça va durer ?

Il y a bien longtemps (1981), dans une autre époque, un ministre du temps libre André Henry dans la conduite de son ministère était chargé de « conduire par l’éducation populaire, une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps. »La même année, la semaine de travail perdait une petite heure, la cinquième semaine de congés payés devint effective, l’âge de la retraite était alors fixé à 60 ans. Une réduction du temps de travail : 5 années d’un coup !

Une autre époque, une autre éthique aussi. La valeur travail était, en ces temps lointains, fragilisée par les attaques des partisans du droit à la paresse et « L’allergie au travail » des soixante-huitards tendance Babacool. Cette valeur ne faisait plus rêver grand monde. « Métro-boulot-dodo », ce n’était pas une vie, on rêvait d’autre chose, en attendant que l’heure de la retraite sonne… (Jean Ferrat).

« Métro-boulot-caveau » a-t-on entendu dans les manifestations s’opposant à la retraite par points. L’euphorie du flower power est dissipée, l’horizon du libéralisme autoritaire est fort sombre. Pourtant, il reste encore…

Le dimanche de la vie

Les temps ont changé avant d’atteindre le très grand âge, la retraite n’est plus un effacement, une démission, un retrait,… la retraite est vécue comme le dimanche de la vie. Un long dimanche, on peut se lever tard, faire ce que l’on veut sans horaires imposées. Ce long dimanche de la retraite est un morceau, un moment (tardif) de « La société du temps libéré » qu’André Gorz appelait de ses vœux.[1]

Cette accoutumance à l’oisiveté prolongée (20 ans,…30 ans sans travailler !) est fort dangereuse et contradictoire avec la morale du travail que Macron  a encore défendue le 1er mai 2019.

« Le 1er mai est la fête de ceux qui aime le travail, qui chérissent le travail, parce qu’ils savent que par le travail on construit son avenir et l’avenir du pays. »

Cet amour du travail, n’est pas partagé par tout le monde. Nombres d’actifs se rendent au boulot par contrainte. Il faut bien bouffer et acquérir quelques objets qui ajoutent au confort quotidien… Les retraités réputés « inactifs » sont plutôt cigales que fourmis.

La retraite comme  fin du travail « a cessé d’apparaître comme le moment où l’on se retire de la vie. C’est en train de devenir le plus bel âge de la vie, le bout du tunnel d’une vie marquée par la pression temporelle toujours plus forte. Allonger la durée du travail c’est effectivement s’en prendre au dimanche de la vie. […] La sagesse depuis l’antiquité, est une capacité de se retirer en soi-même, de faire retraite en soi. »[2]

Cette préfiguration de la vie sans travail, que les thatchériens du gouvernement veulent indéfiniment reculer, est un otium, [3] le loisir actif de 18 millions de citoyens français qui ne sont plus comptés dans la population active et s’en trouvent fort bien. Ce n’est pas pour rien que l’on a entendu certains déclamer « Nous voulons la retraite avant l’arthrite ! »

Parce que nous vivons plus longtemps, il faut travailler plus longtemps ?

Ah bon, et pourquoi donc ? Il faut au contraire travailler moins longtemps et à tous les âges de la vie. C’est le point de vue d’Henri Peña Ruiz.

« Un partage équitable du progrès technique »  est à mettre en œuvre. Il n’y a pas de réels problèmes économiques, financiers. « En 1950, il y avait 4 « actifs » pour un retraité, alors qu’en 2020, il y a « seulement » 1,7. Qu’a-t-on fait des gains de productivité ?[4] Les actifs d’aujourd’hui produisent en travaillant moins longtemps, bien davantage qu’en 1950 et même  qu’en 1981.

Sans doute faut-il aller voir du côté de la croissance de dividendes ?[5]

Nombre de retraités ont accès au loisir – qui n’est pas désœuvrement – un usage du temps libéré des contraintes salariales. Henri Peña-Ruiz fait valoir que ce qui se joue dans cette liberté active est peut-être un retour à l’antique.

« En pensant le loisir qui se dit en grec ancien scholè, Aristote a pensé l’Ecole lieu d’instruction libre car délivrée de tout souci utilitaire. »[6]

 La comédie du travail

Une distribution largement moins inégalitaire d’une production qui nécessite de moins en moins de « travail vivant » doit rapidement être faite.

C’est nécessaire, sinon :« Avec la robotisation et l’utilisation des neurosciences, ils n’ont plus besoins des ces 3500 millions d’être humains les plus pauvres pour faire rebondir le système capitaliste. Ce sont des bouches qui ont faim, qui ont soif et qui sont inutiles. » Monique Pinçon-Charlot. [7]

Et possible car la production chaque jour est faite par une robotique vite rentabilisée, l’intelligence artificielle avantageusement remplace ou assiste des professionnels de haut niveau, journalistes spécialisés et chirurgiens fort précis.

Une véritable Robolution est en cours [8].

Depuis plusieurs décennies l’essentiel des gains de productivité est confisqué pour les dividendes des actionnaires. Une réduction du temps de travail a lieu tous les jours. Celle qui, sans cesse, augmente les effectifs de « l’armée industrielle de réserve » : le nombre des chômeurs dont la récente et punitive réduction des allocations vise à les affamer un peu pour leur faire « traverser la rue »… pour faire le trottoir ?[9]

Il nous faut mettre fin à la comédie du travail, dont l’issue risque fort d’être dramatique. Le camouflage des « boulots à la con » (Bullshit jobs, en « franglais »)[10], l’abondance jetable qui fait déborder nos poubelles, l’obsolescence planifiée, rentable… Le solipsisme féroce qui inspire le comportement des libéraux-autoritaires au plus haut niveau se manifeste comme libéralisme cynique, thatcherisme sadique .

C’est la montée des «eaux glacées du calcul égoïste » qui provoque le réchauffement climatique.

Rapidement il nous faut quitter le Titanic.

Un partage du travail qui implique une réduction « féroce » du temps de travail (Serge Latouche), des revenus, de la richesse (dont le contenu doit être réévalué). Que resterait-il du travail dans une économie économe où les tâches seraient équitablement partagées ?

Deux heures par jour, comme le préconisait il y a quelques décennies le Collectif Adret ? Ou 15 h par semaine comme le prévoyait J.-M. Keynes dès les années 30 ?

Il nous faut changer de paradigme, d’itinéraire et reconsidérer la teneur de nos revendications. Penser à l’envers ?

Pour l’otium du peuple

« Il est temps de penser à l’envers : de définir les changements à réaliser en partant du but ultime à atteindre et non des buts en partant des moyens disponibles, des replâtrages immédiatement réalisables. Il nous faut penser à sortir de la société salariale. » L’abolition du salariat, rien de moins !  La vision, la visée et l’espoir d’André Gorz, dès 1997.[11]

Sans doute s’agit-il de réaliser de rendre effectives les potentialités cachées, occultées du niveau des forces productives. Dés l’antiquité, Aristote avait l’intuition de ce pourrait permettre la société automatique, le monde de production cybernétique.

« Si un jour les navettes tissaient d’elles-mêmes et si les plectres [petites baguettes de bois ou d’ivoires servant à pincer les cordes de l’instrument] jouaient tout seuls de la cithare, alors les ingénieurs n’auraient pas besoin d’exécutants et les maîtres d’esclaves. »[12]

Denis-Robert Dufour de poser immédiatement la question d’époque.

« Or, avec le développement du machinisme pendant les révolutions industrielles, ce moment est venu. Nous aurions dû sortir du travail aliéné. Pourquoi alors y sommes-nous entré davantage ? C’est une question d’autant plus immense que la philosophie première, représentée ici par Aristote, celle qui allait jusqu’à justifier l’esclavage, envisageait bien, à terme, sa suppression pour qu’une énergie mécanique autonome remplace l’énergie fournie par des hommes réduits à l’état de bêtes. »

Et, Dany-Robert Dufour de continuer.

« Or, quand ce moment hypothétique est enfin réellement venu, non seulement le travail esclave n’a pas disparu, mais il s’est renforcé. »[13]

Dans un entretien donné au trimestriel les Z’indignés[14], Dany-Rober Dufour défend une thèse fort proche des propositions du MFRB (Mouvement Français pour un Revenu de Base), et de celle d’André Gorz à partir de 1997, quand il envisageait d’organiser l’exode hors la société du travail aliéné.

Ainsi, considération faite de l’automatisation accélérée de la production,  Dany-Robert Dufour affirme : «  Ces machines qui ont coûté si cher à la classe ouvrière, comme aliénation, comme dépossession de son savoir, comme condamnation au chômage et à l’inactivité, pourquoi s’en passerait-on aujourd’hui, si elles permettent d’imaginer une sortie progressive du travail aliéné et exploité, c’est à dire du « travail pour l’autre », le capitaliste, ouvrant ainsi une ère nouvelle : celle du « travail pour soi » (lequel peut beaucoup profiter aux autres).

Les richesses produites par les machines permettraient d’alimenter un fond social garantissant à chacun un revenu de base [nous soulignons] et le travail pour soi permettrait de mettre en place une économie de la contribution à partie des ressources partagées et gérées en commun. »

En opposition totale à cette utopie réaliste, l’idéologie du travail encensée par Emmanuel Macron a pour essentielle fonction de préserver, de conforter les privilèges de la classe dirigeante.

« Le travail est mort, ce qu’il en reste n’a d’autres fonctions que de se reproduire lui même comme instrument d’assujettissement des travailleurs. »[15]

Soyons réaliste. Exigeons tout le possible: l’Otium du peuple qui nous permettra d’aller tous les jours à la scholé. Sauf le dimanche ?

 

Alain Véronèse, membre du secrétariat d’AC !, Agir Ensemble contre le Chômage !

————————————-

[1]     Bâtir la société du temps libéré, éd. LLL et Monde diplomatique, 2013.

[2]     Hélène L’ Heuillet, entretien dans Libération du 20/12/2019. Auteure de Eloge du retard, éd. A. Michel, 2019.

[3]     Henri Peña Ruiz, parle de la scholè dans l’article cité,  l’otium en est la version romaine. Plus bas nous rencontrerons Aristote qui bénéficia pleinement de la scholè, rendue possible par le travail des esclaves…

[4]     Henri Peña Ruiz. Marianne, 01/01/2020.

[5]     L’argumentation gouvernementale oublie systématique de parler du partage de la valeur ajoutée, et du niveau des émoluments des dirigeants du CAC 40 : 5,7 millions d’euros en 2019. Fort opportunément, une mise au point de François Ruffin qui refait les comptes à l’assemblée nationale (décembre 2109). « Depuis les années 1980, la part des dividendes dans le PIB a triplé. Trois fois plus ! Le revenu des actionnaires quand allez-vous les plafonner ?

               La rémunération du capital a augmenté 7 fois plus vite que celle du travail. »

[6]     Henri Peña-Ruiz, art. cité.

[7]     Dans l’Humanité dimanche, 27/28 août 2019. Monique Pinçon-Charlot est coauteure du livre Le président des ultra-riches, éd. Zones, 2019.

[8]     Robotatiat, Bruno Teboul, éd. Kawa, 2017. Egalement : L’avènement des machines. Robots& intelligence artificielle : la menace d’un avenir sans emploi. Martin Ford, FYP, 2017. Bernard Stiegler, Erik Brynjolfsson, Andrew Mc Fee, André Gorz, Robet Kurz … la documentation est sur-abondante : le travail n’est plus ce qu’il était… Pourtant les analyses et propositions des syndicats et partis de gauche ne me semblent pas à la hauteur des enjeux de la période. Le terrain de la prospective politique est laissé libre pour les implantations inquiétantes du libéralisme autoritaire.

[9]     La consultation du site d’AC ! Agir Ensemble contre le Chômage est sur cette question vivement conseillée.

[10]   Bullshit jobs . David Graeber, éd.LLL, 2018. Après Keynes, Graeber préconise la semaine de travail de 15 h.

[11]   Misères du présent. Richesse du possible, éd. Galilée, 1997. C’est dans cet ouvrage que Gorz se « convertit » au revenu garanti (de base).

[12]   Politique, 1,4. Citation d’Aristote tirée du Délire occidental, Dany-Robert Dufour, éd. LLL, 2014.

[13]   Le délire…

[14]   N°54, Oct.-Déc. 2019.

[15]   Jean Baudrillard dans L’échange symbolique et la mort, éd. Gallimard ,1976.

]]>
http://ladecroissance.xyz/2020/01/14/la-retraite-en-chantant-cest-tous-les-jours-dimanche/feed/ 6
Capitalisme http://ladecroissance.xyz/2020/01/09/capitalisme/ http://ladecroissance.xyz/2020/01/09/capitalisme/#comments Thu, 09 Jan 2020 10:11:11 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1674 Lire la suite →]]> La décroissance est anticapitaliste pour au moins deux raisons, l’une profonde et essentielle, l’autre ironique peut-être.

  1. La décroissance est une critique de cette organisation sociale moderne qui a placé l’économie à la fois en son centre et à sa périphérie : rien n’échappe à l’empire de l’économie et fondamentalement tout problème est « en dernière instance » un problème économique. Cet « encastrement » de toutes les formes de vie dans l’économie n’a absolument rien de « naturel » : il s’agit au contraire d’une singularité historique, pour laquelle il doit être possible de dégager une genèse, et surtout pour laquelle il doit être possible d’imaginer – et d’espérer – la fin, le dépassement. Le nom de cette organisation de la société, qui place paradoxalement la vie sociale sous la domination de l’économie, c’est le « capitalisme ».
  2. Cette emprise économique du capitalisme sur la société en fait un « monde » et par conséquent sa critique peut s’opérer sous tous les angles : écologique, éthique, anthropologique, technoscientifique, sociologique, psychologique… et pas seulement d’un point de vue économique. Alors, oui, la décroissance est – entre autres – une critique de la croissance économique mais pour autant il faut beaucoup d’aveuglement pour reprocher à la décroissance de se réduire à une critique économique de la croissance : la décroissance est une critique générale, et donc aussi une critique du capitalisme.

Jusqu’à quel point les décroissants critiquent-ils le capitalisme ?

En tant que critique générale, nous ne critiquons le capitalisme ni pour ces échecs ni pour ses excès ; nous combattrions avec la même énergie toutes les variantes du capitalisme (néolibéral, financier, industrialiste, entrepreneurial, keynésien…), bref nous refuserions même un capitalisme qui réussirait. C’est le capitalisme en tant que tel que nous critiquons, systémiquement, fondement contre fondement, objectif contre objectif, mobile contre mobile.

  • La radicalité de notre critique se prolonge au point de pouvoir se retourner contre une grande part de ceux qui critiquent le capitalisme et qui, nolens volens, lui empruntent néanmoins une grande partie de ses catégories : le travail, la croissance, le progrès, l’industrialisme, la technologie et ses promesses prométhéennes…
  • Comment en effet ne pas constater qu’historiquement capitalisme et anticapitalisme (proclamé) ont partagé un programme productiviste et travailliste, sinon individualiste ?

A la racine du capitalisme, le libertarisme individualiste d’Ayn Rand

Mais avant de critiquer, il faut définir. Et pour cela, éviter de répéter ce type de critique qui s’autosatisfait de reprocher à l’autre de ne pas être comme soi (« tu as tort d’être de droite, parce que tu n’es pas de gauche », « tu as tort d’être capitaliste car tu n’est pas anticapitaliste », « tu as tort parce que tu ne me donnes pas raison »). Alors, pour définir le capitalisme, donnons la parole à une adulatrice du capitalisme : Ayn Rand (1905-1982).

Nous ne voulons pas laisser penser que le capitalisme a attendu les oeuvres d’Ayn Rand pour élaborer son idéologie : nous voulons juste affirmer que l’on doit reconnaître dans l’oeuvre de Rand un déploiement quasi complet du capitalisme comme vision du monde, comme « ontologie », qu’elle nomme elle-même « objectivisme » ; pour elle, la réalité est manichéenne, il y a ce que l’on mérite et ce que l’on ne mérite pas. Pour Rand, le capitalisme est le régime idéal parce qu’il est celui qui récompense tous ceux qui supportent le monde sur leurs épaules, les créateurs, les producteurs, les entrepreneurs, les êtres les plus talentueux : tous ceux dont Atlas est le modèle 1Pour une critique d’Atlas : http://decroissances.ouvaton.org/2011/09/03/fatigue-atlas/.

C’est dans le roman paru en 1957, La Grève (Atlas Shrugged), qu’elle expose explicitement sa vision des choses : pour les américains, après la Bible, ce serait le livre le plus influent sur leur propre vie. Dans ce roman fleuve, quelques dizaines de  page sont explicitement consacrées à l’exposé de sa philosophie, c’est le fameux discours radiophonique de John Galt 2La révolte d’Atlas, dans la traduction pirate de Monique di Pierrio, pages 1708-1800. Le roman raconte comment les « hommes de l’esprit » (men of the mind) se mettent en grève « contre une société qui nous immole à l’intérêt général, dans laquelle il n’est nul besoin de mériter une récompense pour l’obtenir, pas plus qu’il n’est besoin d’en accorder à ceux qui le méritent ».

  • John Galt, le personnage principal est ingénieur, inventeur d’un nouveau moteur qui résoudrait définitivement tous les problèmes énergétiques : « J’ai réalisé le prototype d’un moteur expérimental qui aurait fait ma fortune et celles de mes employeurs, un moteur qui aurait amélioré l’efficacité de toutes les installations humaines utilisant de l’énergie, faisant ainsi don d’une plus grande productivité à chaque heure que vous passiez à gagner votre vie » (page 1767, traduction citée dans la note précédente).
  • Vision prométhéenne de la technique : « La machine, ce morceau cristallisé d’intelligence, est l’outil qui étend le potentiel de votre vie en augmentant la productivité de votre temps » (page 1792).
  • Glorification méritocratique du travail : « Votre travail est le processus par lequel vous réalisez vos valeurs, et que perdre l’ambition de réaliser vos valeurs, c’est renoncer à vivre ; ce serait oublier que si votre corps est une machine, c’est à votre esprit de le guider, aussi loin qu’il le pourra, avec la réussite comme objectif » (page 1725).
  • Défense libertarienne de la propriété privée : « De même que l’homme ne peut exister sans son corps, aucun droit ne peut exister sans celui de le traduire dans la réalité – droit de penser, de travailler et de conserver le fruit de son travail ; ce qui signifie : sans le droit de propriété » (page 1788).
  • Vertu rationnelle de l’égoïsme : « Savez-vous quelle est mon obligation morale envers mes frères en humanité ? Aucune, si ce n’est celle que je me dois à moi-même, aux objets de l’univers et à tout ce qui existe : la rationalité » (page 1728). « Croyez-vous qu’il soit toujours juste d’aider un autre homme ? Non, si celui-ci prétend qu’il a droit à votre aide ou que vous avez le devoir moral de l’aider. Oui, si cela correspond à votre désir personnel, au plaisir égoïste que vous trouvez à apporter votre soutien à un homme et à des efforts que vous estimez » (page 1785).
  • Critique de l’altruisme : « Moi, qui n’accepte que ce que je mérite, valeur ou culpabilité, je suis là pour vous poser la question que vous éludez. En quoi est-il moral de servir le bonheur d’« autrui » et non le sien propre ? » (page 1741).
  • Individualisme exacerbé : « Comme premier pas vers l’amour-propre, apprenez à traiter comme la marque du cannibale tout homme exigeant votre aide » (page 1785).

L’allocution de John Galt se conclut par un serment : « Je jure sur ma vie, et sur mon amour pour elle, que je ne vivrai jamais pour le service d’un autre homme, ni ne demanderai à un autre homme, de vivre pour la mienne » (page 1800). Déclaration d’indépendance qui peut passer pour une proclamation de liberté et de respect de l’autre mais dont la signification la plus violente est révélée par cette confidence d’Ayn Rand sur sa propre vie : « Personne ne m’a jamais aidé et jamais je n’ai considéré que quelqu’un devait me venir en aide ».

→ Ce roman rassemble tout ce qui constitue l’ontologie individualiste du capitalisme, du point de vue de Rand : Capitalism is a social system based on the recognition of individual rights, including property rights », in « What Is Capitalism? », in Capitalism: The Unknown Ideal, page 19, 1966 3« Le Capitalisme est un système social basé sur la reconnaissance des droits individuels, y compris les droits de propriété »..

→ Autour de ce noyau individualiste gravitent les éléments constitutifs du capitalisme – le travail, la technique, la propriété privée – rencontrés non pas tant sous un angle économique qu’idéologique.

Ontologie individualiste du capitalisme versus ontologie coopérativiste de la décroissance

Nous croyons qu’il serait maladroit de ne pas admettre que ces convictions hyper-individualistes sont partagées par beaucoup : le capitalisme est une réalité. Sa domination, son emprise, son extension sont des réalités. Mais c’est une réalité abstraite : ce n’est que par abstraction qu’un individu peut se raconter qu’il pourrait exister en se séparant (= en faisant… abstraction) des autres. Ne nous cachons pas non plus que cette abstraction peut apparaître logiquement désirable à… chacun.

  • Contre la fable individualiste qui réduit la vie en société à une juxtaposition de vies individuelles (1+1+1+1+…), les décroissants définissent au contraire la société comme un système de coopération au sens le plus large, et seule une vision biaisée par une idéologie travailliste permet de réduire cette coopération à la seule contribution laborieuse de ses membres.
  • On peut reprocher à l’objectivisme de Rand son manichéisme 4qu’elle revendique au nom d’une référence/révérence à la Logique d’Aristote, réduite aux 3 principes d’identité, du tiers-exclu et de la non-contradiction ← qui constituent les titres des 3 chapitres de La Grève. comme d’un manque de réalisme. Par exemple, sa défense de l’indépendance individuelle se construit à partir d’une opposition binaire avec la dépendance : et, en effet, qui préférerait la dépendance à l’indépendance ? SAUF, qu’il y a un troisième terme à considérer (ce n’est donc pas « ou bien… ou bien… ») : l’interdépendance. Et voilà très exactement en quoi le capitalisme est une abstraction : il fait abstraction des conditions d’interdépendance sociale à partir desquelles se pose ensuite l’opposition entre dépendance et indépendance.
  • Par conséquent, contre la fable entrepreneuriale et méritocratique du self-made man (à chacun d’entreprendre sa vie, comme une start-up, ou de la créer, comme une oeuvre d’art) les décroissants n’oublient pas les origines sociales de chacune de nos vies individuelles : Qui peut croire qu’il pourrait exister sans les autres, sans tous les autres ? Et surtout avant les autres ? Cette dimension méritocratique est essentielle au capitalisme car elle fournit à chaque individu une auto-explication psychologique facile de sa condition sociale : celle-ci ne tiendrait qu’à lui-même, il n’aurait que ce qu’il mérite et ne pourrait donc s’en prendre qu’à lui-même (il n’avait qu’à se prendre en main).
  • Remarquons que l’hyper-individualisme chez Rand peut faire l’économie de la fable de la main invisible : pas besoin de supposer que la vertu publique émergerait de la libre concurrence entre vices privés puisque, selon elle, la vertu n’est jamais publique, puisqu’en réalité la « société » n’existe pas pour Rand. Là où la fable de la main invisible affirme que la vie en société consiste à vivre les uns contre les autres, Rand se contente d’affirmer qu’elle consiste à vivre sans les autres.
  • On trouve surtout chez Rand tous les ingrédients pour nourrir la fable travailliste selon laquelle c’est par le Travail que chacun peut se donner les moyens d’obtenir ce qu’il va mériter. Mais chez elle, le travail dans ce cas n’est qu’une espèce d’une catégorie plus générale qui est la « créativité » : dans l’idéologie capitaliste, chaque individu pourrait (se) créer ex nihilo, dans l’abstraction totale des conditions sociales → Soulignons la pertinence de Rand qui révèle ainsi la parenté qui existe entre la figure de l’industriel et celle de l’artiste et méfions-nous alors de tous ceux qui croient pouvoir échapper au capitalisme en adoptant une posture de « créatifs culturels ».

Pour une critique (du capitalisme) sans déni (de sa désirabilité)

Pour une critique cohérente du capitalisme il ne faut pas dénier son attractivité : C’est donc l’attractivité du capitalisme qu’il faut rejeter. Car, individuellement, l’individualisme peut sembler une vision cohérente pour… soi. Mais pas plus.

Mais pas moins, non plus : que notre critique de l’individualisme au fondement du capitalisme ne nous fasse pas croire que la défense de notre conception coopérativiste de la société ferait des décroissants des nostalgiques à un retour vers des sociétés holistes dans lesquelles aucune valeur ne serait accordée à la vie individuelle (au seul profit de la société, ou de la Nature). Mais l’individu comme l’économie doivent être remis à leur place. Chez Rand, son aristotélisme lui fait identifier le sens d’une vie réussie à la finalité, ce qui n’est pas un contresens. Mais là où ça le devient, c’est quand elle oublie que pour Aristote, la finalité – le bonheur en l’occurrence – ne peut pas être individuelle. Le texte le plus célèbre d’Aristote est celui où il définit l’homme comme un « animal politique » : on ne fait pas assez attention qu’Aristote y définit le bonheur comme une « part de bonheur ». Dans une vision coopérativiste de la vie sociale, il n’y a « part » qu’à partir du partage, de la participation, de l’appartenance, tous ces « liens » dont Rand veut faire abstraction, et qui constituent l’objectif sociocidaire du capitalisme.

Ajoutons que la dénonciation du capitalisme comme « individualisme abstrait » ne doit pas nous faire croire que le capitalisme ne serait qu’une illusion : car même s’il est une utopie (au pire sens du terme), il est une utopie auto-réalisatrice. Ah qu’il serait bon d’être encore un peu marxiste pour continuer de croire que les contradictions internes du capitalisme finiront par l’abattre. Mais ce serait faire abstraction de la dimension performative de l’abstraction capitaliste : le capitalisme est ce régime qui possède les moyens (le Capital) de réaliser son utopie. Le capitalisme ne tombera pas tout seul et là malheureusement le manichéisme de Rand a peut-être raison : ou bien la victoire du capitalisme comme travail de sape de tout ce qui nourrit la vie sociale, ou bien la lutte contre le capitalisme avec un objectif affiché et assumé = la conservation, l’entretien et la protection de la vie sociale : c’est l’objectif de la décroissance 5http://ladecroissance.xyz/2016/11/11/noyau-philosophique/.

L’une des critiques les plus pertinentes du capitalisme est aujourd’hui celle de la critique de la valeur (Wertkritik) et de la critique de la valeur-dissociation (Wert-abspaltungskritik), autour des oeuvres de Robert Kurz, d’Anselm Jappe 6http://www.palim-psao.fr/2015/03/presentation-de-la-wertkritik.html; en particulier la distinction entre 2 types de critique est particulièrement féconde – la critique catégorielle et la critique empirique (ou phénoménologique) – car elle permet de diriger la critique du capitalisme non pas contre les capitalistes (comme s’il suffisait de faire disparaître une classe pour faire disparaître le monde capitaliste) mais – fondamentalement – contre les catégories constitutives du capitalisme que sont bien sûr le Capital, mais aussi le Travail, la Valeur en tant que telle (la valorisation de la valeur comme finalité du capitalisme).

Néanmoins, attention à ne pas se couper de la « critique empirique » : a/ d’une part, parce que c’est elle qui peut dénoncer les modes de vie imposés par le capitalisme. Mais surtout, b/ parce que seul le point de vue empirique permet de rendre compte de la performativité du capitalisme (son succès, sa désirabilité) : celui-ci en effet ne s’impose pas de l’extérieur aux individus de la société capitaliste mais s’il est à ce point une servitude volontaire c’est parce que les processus d’individualisation sont essentiels à l’accomplissement du capitalisme : là où le marxisme escomptait sur les contradictions internes du capitalisme, le capitalisme est un individualisme parce que l’individualisation est en réalité un processus d’intériorisation des contradictions. Le capitalisme pourrait bien être contradictoire, peu importe finalement, tant qu’il existera des individus qui porteront sur leurs épaules ces contradictions.

→ En France, la séquence gilets jaunes et 7http://ladecroissance.xyz/category/discuter/billets-et-opinions/fil-jaune/ maintenant celle de la réforme des retraites sont des cas d’école de ce combat entre amoureux de la vie sociale et défenseurs de son atomisation au profit d’une conception inégalitaire, néo-travailliste et méritocratique de la vie en société.

Capitalisme Décroissance
Fondement Une liberté comme indépendance Une liberté comme interdépendance dans les limites des conditions sociales et écologiques
Objectif Une vie individuelle sans l’aide de personne Une vie sociale pour et avec les autres
Mobile Le mérite Une part de bonheur

 

 

Références   [ + ]

1. Pour une critique d’Atlas : http://decroissances.ouvaton.org/2011/09/03/fatigue-atlas/
2. La révolte d’Atlas, dans la traduction pirate de Monique di Pierrio, pages 1708-1800
3. « Le Capitalisme est un système social basé sur la reconnaissance des droits individuels, y compris les droits de propriété ».
4. qu’elle revendique au nom d’une référence/révérence à la Logique d’Aristote, réduite aux 3 principes d’identité, du tiers-exclu et de la non-contradiction ← qui constituent les titres des 3 chapitres de La Grève.
5. http://ladecroissance.xyz/2016/11/11/noyau-philosophique/
6. http://www.palim-psao.fr/2015/03/presentation-de-la-wertkritik.html
7. http://ladecroissance.xyz/category/discuter/billets-et-opinions/fil-jaune/
]]>
http://ladecroissance.xyz/2020/01/09/capitalisme/feed/ 4
Le procès Lombard http://ladecroissance.xyz/2020/01/06/le-proces-lombard/ http://ladecroissance.xyz/2020/01/06/le-proces-lombard/#respond Mon, 06 Jan 2020 15:38:00 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1734 Lire la suite →]]> La condamnation de France Télécom et de ses sept anciens dirigeants constitue une grande victoire contre le monde du travail et non point pour lui… Il ne s’agit que d’un paradoxe en apparence, car on oublie trop souvent que le capital c’est d’abord du travail, toujours plus de travail, toujours plus destructif de la biosphère et de la société, principalement grâce aux innovations techniques pour en réduire le coût et augmenter le nombre de marchandises sur le marché, mais aussi en modifiant les modes de gestion et les façons de travailler.

Or, ce qui est visé par cette condamnation ce sont justement des méthodes continues de harcèlement « INSTITUTIONNELS » qui ont été mise en oeuvre chez France Telecom de 2007 à 2010.

Souvenons-nous suite à la privatisation, les dirigeants de France Telecom s’étaient lancés dans une frénésie d’investissements hasardeux, et surtout montrant que la soit-disant « élite » française était toujours égale à elle-même c’est à dire… la plus bête du monde… Achat de la société Orange en cash ! de Mobilcom un réseau virtuel allemand alors qu’il fallait un véritable réseau pour percer…. résultat une dette de 70 milliards d’euros…Et bien sûr dans ce cas que croyez vous qu’il arrivât et bien ce sont toujours les mêmes qui ont morflé : les travailleurs et les contribuables.

Dès 2000 un seul impératif pour sauver la multinationale la plus endettée du monde : réduire les coûts, ce qui se concrétisa par la vente d’actifs, et la réduction du nombre d’employés l (alors qu’en 1997 quand on a privatisé on nous promettait que ça permettrait de créer des emplois ! ). Auparavant, on avait néanmoins, pu en faire partir facilement 46 000 grâce à un plan de départ en pré-retraite, mais voilà ça revenait cher, alors pour en virer 8 à 12 000 autres qu’à cela ne tienne on lança le plan « Next », avec des méthodes inspirées de la CIA… de l’ombre… celle qui torture : au-début vous verrez quand on commencera à les « titiller », ils vont se mettre en colère, puis il vont se résigner et à la fin il vont accepter leur sort et finalement ils partiront d’eux-mêmes, « par la porte ou par la fenêtre » comme le demandait Lombard ! Car les employés de FT étaient encore à l’époque majoritairement fonctionnaires, et donc pas facile à dégommer… Mais voilà, la soit-disant élite polytechnicienne et autres grandes écoles n’avait pas prévu qu’un fonctionnaire consciencieux et harcelé ça pouvait vraiment partir… par la fenêtre. Oui Lombard quand on saute par la fenêtre si tant est qu’elle n’est pas au rez de chaussée et bien on risque sa vie ! Comprendo débilo ! Le génie de Palaiseau a même aggravé son cas en parlant de « mode de suicides » car le nombre s’est élevé à au moins 30 !

Ce procès n’a pu avoir lieu que grâce à la ténacité du syndicat Sud-ptt et en particulier de Patrick Ackerman, nous les en remercions.

Les syndicats ont néanmoins un petit défaut, ils restent enfermés dans la logique du capital : défense de l’emploi au lieu de se poser des questions sur ce que l’on produit, sur le travail abstrait fait uniquement pour produire de la valeur et non point pour satisfaire des besoins. Car ce qui est en jeu dans ce procès c’est aussi un début de remise en cause de la technique à défaut du travail abstrait. Il s’agit de la technique immatérielle représentée par les méthodes de gestion qui bien qu’immatérielles n’en restent pas moins une technique. N’oublions que la civilisation capitaliste a un lien intime et particulier avec la technique : « la bourgeoisie ne peut exister sans bouleverser constamment les moyens de production » selon les bons mots de Karl Marx… Espérons que ce n’est qu’un premier pas vers la remise en cause de la technique « matérielle » et de la production de la valeur en exigeant l’arrêt de nombreuses : le nucléaire, le linky, la 5 G, les pesticides, les automobiles, notamment…

jluc Pasquinet
Décroissance idf

]]>
http://ladecroissance.xyz/2020/01/06/le-proces-lombard/feed/ 0
Pourquoi nous ne participerons pas au « Printemps du Numérique » http://ladecroissance.xyz/2019/12/26/pourquoi-nous-ne-participerons-pas-au-printemps-du-numerique/ http://ladecroissance.xyz/2019/12/26/pourquoi-nous-ne-participerons-pas-au-printemps-du-numerique/#comments Thu, 26 Dec 2019 15:09:31 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1724 Lire la suite →]]> et surtout pourquoi nous nous opposons résolument à la société numérique en cours

« En tout, 70% des firmes du CAC 40 et un tiers des grandes compagnies américaines feraient passer à distance des entretiens qui sont filmés et décryptés par de puissants algorithmes qui analysent le contenu verbal, la voix, les gestes et le visage des candidats ayant passé ces entretiens. » Le Figaro – 28 novembre 2019

Dans le Diois (26), depuis quelques temps, nous voyons se multiplier les nuisances technologiques  : contrôle biométrique à la Cité scolaire, caméras de vidéo surveillance, compteurs Linky, puçage des troupeaux, arrivée de la fibre optique haut-débit, bornes automatiques à la médiathèque, volonté tout azimut de « connecter » notre pays rural via les illusions des « high-tech vertes » qui n’ont de vert que le nom. Cet envahissement numérique n’a rien de naturel. Le « Progrès », certains en vivent, le planifient avant de nous le vendre et de le« gérer », bref, on nous l’impose. On ne se souvient pas en tous cas, d’avoir jamais été consultés.

Dans ce cadre, le « Printemps du numérique » est une opération de promotion / propagande des outils et technologies numériques financé par le département et la CAF et à laquelle participent la plupart des acteurs socio-éducatifs et culturels du Diois. Il procède de cette fuite en avant conduite à marche forcée vers une société dont tous les aspects seront médiatisés par des écrans, des robots, des applications, des algorithmes, des mots de passe et des identifiants.

Au milieu d’événements visant à favoriser l’utilisation des derniers gadgets de l’industrie numérique (casques virtuels, jeux géo-localisés…) une place est offerte par les organisateurs à des réflexions plus ou moins critiques de ces technologies.

Nous pensons pour notre part qu’il est impossible de produire une réflexion claire dans un cadre comme le Printemps du numérique qui, sans concertation démocratique préalable, travaille dès à présent à la mise en place et à la multiplication des technologies numériques dans tous les domaines de la vie sociale. Du jeu à l’enseignement scolaire en passant par les services publics ou la muséographie.

On ne débat pas mis devant le fait accompli. Au pied du mur.

Toutes les critiques et contestations y sont forcément ravalées au rang de correctifs dérisoires d’un processus d’ensemble présenté comme incontestable dans ses fondements. C’est bien à ça que servent toutes les prétendues concertations citoyennes qu’on ne convoque qu’après avoir pris toutes les décisions d’application. Concertations sur le nucléaire dont les centrales font déjà partie du paysage ou sur les nanotechnologies quand les nanoparticules sont partout dans les produits alimentaires, cosmétiques, industriels. On ne peut y marchander que des normes de radioactivité ou des seuils de pollution… « acceptables ».

Que vaudrait une réunion publique sur les dangers des OGM dans un « Printemps génétique » financé par une institution gouvernementale (ou Monsanto) dans un pays comme le Brésil qui les met déjà partout à l’œuvre ?

Nous ne mettons pas en doute la sincérité de l’ESCDD (espace social et culturel du Diois) dans sa volonté de « faire le pari de l’éducation » et nous comprenons bien que c’est leur rôle dans le maquis associatif et institutionnel de nos collectivités. Mais nous ne croyons pas à la pertinence, en terme de résistance, de ce type de « médiation ».

Un débat contradictoire doit avoir lieu, mais ce sera ailleurs, en toute autonomie vis à vis des institutions et des intérêts privés qui ont entamé cette « transition numérique » depuis bien longtemps déjà et sans que personne ne leur ait rien demandé.

La réflexion sur les technologies n’est pas technique, elle est politique. « Favoriser l’exploration, la pratique, l’expression autour des outils numériques » c’est déjà faire une certaine politique, celle des pouvoirs et des institutions. Et la mettre en œuvre très concrètement.

Pourtant, les faits sont là, à la portée de tous ceux qui veulent bien les considérer vraiment :

Les outils numériques ne sont pas écologiques : derrière chaque joujou numérique terminal (ordinateur, tablette, carte à puce, smartphone…) il y a une prédation renforcée sur les ressources naturelles (minerais, terres rares, eau, déforestation, pollutions…) et ce, dans des zones géographiques qui étaient parfois épargnées par les industries lourdes. En bout de chaîne, ce sont les gigantesques décharges numériques, et leur résidus de métaux lourds, qui ne seront jamais compensées par aucun « tri sélectif ».

Les outils numériques augmentent de façon drastique la consommation énergétique des entreprises, des collectivités et des foyers. La part de cette consommation est en progression constante. Elle a un impact inévitable sur le climat. Elle nécessite une production énergétique électrique exponentielle contraire à la sobriété énergétique prônée partout et appliquée nulle part. Jamais les énergies renouvelables, même sous la forme industrielle et dramatique des immenses parc éoliens ou solaires, ne pourront couvrir une consommation qui au niveau mondial ne fait que croître. Au bout du numérique, c’est l’industrie nucléaire.

Les outils numériques sont des technologies de contrôle : déplacements, achats, intérêts culturels, orientations politiques, préférences sexuelles, réactions à l’actualité… toutes ces données autrefois privées (à peine vingt ans en arrière) sont désormais traquées, enregistrées, stockées, utilisées, vendues, recoupées, analysées… Plus encore, via les algorithmes, il s’agit d’influencer nos parcours sur les réseaux, nos recherches, nos émotions, nos opinions etc. à une échelle encore jamais vue. Une vaste entreprise d’ingénierie sociale est à l’œuvre à notre insu. Un certain nombre d’acteurs politiques et économiques (états, entreprises…), de manière inédite au regard de l’Histoire, ont aujourd’hui les moyens technologiques de leurs ambitions d’influence et de domination. Ce qui se passe en Chine n’est que la version caricaturale et visible de ce qui se passe partout ailleurs de manière plus ou moins ouverte. Mais même en faisant abstraction de l’utilisation à leur profits de ces technologies par certains, le plus manifeste dans cette prolifération c’est qu’il s’agit d’un contrôle… hors de contrôle. Peu à peu des machines remplissent des tâches et prennent des décisions qui ne sont remises en question par personne. Le vaisseau numérique est sans véritable capitaine dans de larges pans de son fonctionnement. Une véritable dépossession de l’humain au profit des machines est en cours.

Les outils numériques, sont des ennemis de nos libertés. En effet, les technologies numériques créent une réalité totalitaire à laquelle on ne peut échapper sans se désocialiser complètement. Sans être exclu. Nous n’avons plus le choix : pour utiliser nombre de services, publics ou privés, nous sommes obligés d’en passer par les ordinateurs, les portables, les réseaux sociaux. Pour travailler, pour étudier, pour prendre les transports en commun, pour payer nos impôts, pour emprunter des livres, pour bénéficier de l’assurance maladie… à chaque occasion nous sommes renvoyés vers les machines. Derrière le miroir aux alouettes de « l’ouverture au monde », il y a l’injonction à se soumettre au contrôle numérique qui enregistre tous les aspects de nos vies. 1984, Big Brother ou Big data, c’est maintenant. Quand il n’y a plus liberté de choix, c’est bien que nos libertés, loin d’être augmentées, ont été réduites. Le droit à la déconnexion n’existe pas.

Les outils numériques nous rendent malades et particulièrement les plus fragiles c’est à dire les enfants. Toutes les études pédiatriques le montrent : les écrans sont néfastes au développement physique, psychologique et social des enfants et des jeunes. Des troubles du sommeil à la dépression en passant par le diabète, les maladies cardio-vasculaires favorisées par la sédentarité, les retards psycho-moteurs et les addictions, les maladies liées à l’utilisation toujours plus importante des outils numériques se multiplient. Malgré cela, les gouvernements ne cessent de multiplier les écrans dans les parcours scolaires et nous mènent à marche forcée vers l’école 2.0. Une école qui fera la part belle aux entreprises privées via leurs applications, leurs logiciels, leurs supports en ligne etc.

Les outils numériques ne sont pas résilients, ils fragilisent le fonctionnement de nos sociétés. Le numérique n’est pas virtuel. D’une part il repose sur des ressources très matérielles (minerais pour les composants, les câbles, les écrans, pétrole pour les supports plastique et pour aller chercher tout ça…) et surtout il ne peut fonctionner sans énergie électrique. Une seule coupure de courant, et plus rien ne fonctionne dans une société entièrement construite autour des hautes-technologies numériques. Ni les moyens de paiement, ni les tâches automatisées, ni les logiciels éducatifs, ni les alertes diverses et variées, ni les ascenseurs, ni les « éco-bâtiments » connectés etc. Les sociétés technologiques sont des colosses au pied d’argile, dans lesquelles chaque individu est suspendu à un fil extérieur fragile et hors de son contrôle.

La déplétion annoncée et inévitable des ressources énergétiques naturelles (pétrole, gaz…) amènera à des baisses drastiques puis des ruptures de fourniture électrique qui ne seront pas compensées là non plus par les énergies renouvelables. Tout l’appareillage technologique sera peu à peu mis au rencart. La « révolution numérique » ou la « transition technologique » prônée par tous les gouvernants et appuyée par les « écolos » institutionnels (certains volets des projets Bio-vallée en sont un parfait exemple) est le dernier stade des sociétés industrielles et il nous mène droit dans le mur. Soit vers la catastrophe écologique si elle s’emballe (climat, pollutions…). Soit vers l’effondrement via la raréfaction des ressources. Si ce n’est pas demain, ce sera après-demain. Une croissance infinie sur une planète finie est matériellement impossible. Une chimère. Un rêve éveillé ou un cauchemar selon nos sensibilités.

D’un point de vue écologique, le monde du numérique n’est pas viable. Et s’il l’était, il n’est pas souhaitable au regard de nos libertés individuelles et collectives.

A l’inverse, une société résiliente est une société sobre en énergie, économe en ressources, ancrée dans un écosystème, au maximum auto-suffisante localement, et dont le fonctionnement dépend avant tout de l’implication des personnes qui la composent. Elle ne peut être bâtie que sur des outils simples, conviviaux, à « basse technologie », réparables, appropriables par tous… qui favorisent l’autonomie et non la dépendance vis à vis d’une économie mondialisée et des états centralisés. C’est une société qui partage équitablement les ressources et les tâches entre tous ses membres. L’exact inverse des sociétés de compétition, de consommation/production infinie, de sur-socialisation, d’inégalité sociale que nous connaissons et que le numérique ne fait que renforcer derrière son apparente horizontalité ludique.

Pour toutes ces raisons, il est urgent de s’opposer résolument à la numérisation de nos vies.

Nous invitons toutes celles et ceux qui le souhaitent à nous rejoindre pour s’emparer de ces problématiques et engager une réflexion autour de ces thématiques dans le Diois et l’ensemble de Vallée de la Drôme.

contact : feraflores@gmx.fr

]]>
http://ladecroissance.xyz/2019/12/26/pourquoi-nous-ne-participerons-pas-au-printemps-du-numerique/feed/ 1
Inégalités (décroissance des) http://ladecroissance.xyz/2019/12/25/inegalites-decroissance-des/ http://ladecroissance.xyz/2019/12/25/inegalites-decroissance-des/#respond Wed, 25 Dec 2019 13:11:57 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1712 Lire la suite →]]> Il y a des gens – des adversaires politiques – pour qui les inégalités sont en tant que telles une bonne chose. Ainsi Boris Johnson affirmait-il en 2013 1https://www.cps.org.uk/files/factsheets/original/131128144200-Thatcherlecturev2.pdf : « Une certaine dose (some measure) d’inégalité est essentielle à l’esprit de jalousie et de compétition, lequel constitue, avec la cupidité, un précieux aiguillon pour l’activité économique ». Fort bien (ou plutôt fort mal) mais le plus intéressant dans cette déclaration en faveur de la rivalité méritocratique, c’est le « une certaine dose ». Ah bon, même pour eux, il faudrait en matière d’inégalité garder une certaine mesure ? Et pourquoi donc ?

Si même les partisans des inégalités reconnaissent des limites, pourquoi les décroissants, qui sont d’abord des partisans des limites, sont-ils des adversaires des inégalités ?

La plupart des décroissants mettent souvent en avant que la première des décroissances, c’est celle des inégalités ; mais encore. Pourquoi se contenter d’une « décroissance » au lieu de revendiquer une « abolition » ou une « disparition ? Faudrait-il paradoxalement pousser l’asymétrie de l’opposition entre partisans et adversaires de l’inégalité jusqu’à défendre une certaine « dose » d’inégalités ?

Question difficile car nous, les décroissants, nous voilà pris dans un étau : bien évidemment, nous dénonçons les inégalités (et nous allons dire pourquoi) mais pour autant serions-nous prêts à aller jusqu’à une égalité totale ? Égalité parfaite de départ comme d’arrivée, égalités strictes d’un point de vue économique, social et culturel ?

©Jean-Luc Boiré

Ces questions en réalité ne concernent pas vraiment la décroissance comme « trajet », celui de sortir du monde de la croissance pour entrer dans celui de la post-décroissance : là, dans cette transition, les décroissants défendent sans difficulté une décroissance drastique des inégalités. Mais ces questions concernent la décroissance comme « projet » : jusqu’où décroître ? Dans l’idéal, pouvons-nous prendre pour objectif politique une société dans laquelle il n’y aurait plus aucune inégalité du tout ?

Pourquoi faut-il socialement renoncer aux inégalités ?

Question d’autant plus fondamentale qu’elle permet de réorienter la décroissance vers la question sociale : comme si le monde de la croissance avant d’être en guerre contre la nature était d’abord en guerre contre la vie sociale. Conséquence politique importante : d’une société écologiquement soutenable ou d’une société humainement décente, laquelle a le plus de chance d’être la condition réussie de l’autre ?

Il faudrait donc renoncer aux inégalités non pas tant parce qu’une société inégalitaire serait injuste mais parce qu’elle ne serait pas vraiment une société. Les inégalités ne détruiraient pas la société extrinsèquement mais intrinsèquement.

Voici une liste des indicateurs sanitaires et sociaux affectés par l’inégalité des revenus 2Kate Pickett & Richard Wilkinson, Pour vivre heureux vivons égaux !, Les Liens qui Libèrent, février 2019, pages 357-360 :

  • Santé physique : espérance de vie, mortalité infantile, mortalité des adultes, obésité, infection par le HIV.
  • Santé mentale et bien-être : maladies mentales, dépression, schizophrénie, symptômes psychotiques, anxiété du statut, autovalorisation, narcissisme, toxicomanie, addictions.
  • Cohésion sociale : confiance, solidarité, amabilité, participation citoyenne, stéréotype ambigus, comparaisons sociales, homicides, incarcération, condition des femmes.
  • Inégalités au début de la vie : bien-être des enfants, harcèlement, maltraitance, réussite scolaire, décrochage, mobilité sociale, grossesses précoces.
  • Questions environnementales : biodiversité, consommation d’eau, de viande, d’essence, émissions de CO², pollution de l’air, consommation liée au statut, respect des accords internationaux sur la protection de l’environnement.

Pour tous ces indicateurs, les inégalités de revenus se manifestent triplement :

  1. Les plus bas revenus subissent les conditions sociales de vie les plus dégradées.
  2. Plus les écarts d’inégalités se creusent, plus cette dégradation s’accentue (à revenu dégradé égal, les conditions sociales de vie empirent proportionnellement à l’écart avec les plus hauts revenus : plus une société est inégalitaire, plus les inégalités dégradent la vie).
  3. Plus une société est inégalitaire, plus ces conditions de vie se dégradent pour l’ensemble. (et pas seulement pour les plus défavorisés).

Pourquoi ne faut-il pas confondre le combat contre toute inégalité avec une défense en faveur d’une unité/uniformité des modes de vie ?

Écrivons d’emblée que la réponse consiste à ne pas confondre « inégalité » et « différence ». Car il existe une mauvaise réponse à la question sociale des inégalités (et elle est quelquefois défendue par les « plus-décroissants-que-moi-tu-meurs »), celle qui préconiserait une société dans laquelle tous les membres vivraient sur un mode de vie identique ; poussée jusqu’à l’absurde, cela donnerait une société de clones. Chacun voit bien alors qu’une société humaine doit respecter la pluralité (ce qui revient à rejeter toute solution de type totalitarisme politique ou intégrisme religieux).

Le débat a déjà eu lieu il y a bien longtemps entre les deux grandes philosophies politiques de l’antiquité grecque : entre Platon et Aristote.

  • Pour Platon, une Cité (polis) est juste si elle est « une », unie. Pour cela, l’idéal serait que chaque citoyen consacre sa vie au métier pour lequel il est fait (que chacun ait le travail qui correspond à sa dominante psychologique, à l’élan de son âme : soit 1) Epithu­mia (ἐπιθυμία), « l’ap­pé­tit », la partie concu­pis­cible, le niveau dési­rant, les envies infé­rieures (faim, soif, , etc.) ; 2) Thumos (θυμός), « la colère », la partie iras­cible, le niveau agres­sif, les passions, et 3) Logis­ti­kon (λογιστικόν), « le raison­nable », la partie ration­nelle). Mais précisément parce que chacun est emporté par son élan, personne ne se connaît assez pour se diriger spontanément vers son métier, et c’est pourquoi la distribution politique des fonctions sociales doit être assurée par le seul chez qui les 3 parties de son âme s’équilibrent, le sage. Voilà comment Platon en vient à défendre la conception d’un « philosophe-roi », d’un despote éclairé. Une Cité sera donc juste si, monarchique, elle trouve son Unité en confiant le pouvoir au sage, l’homme-Un.
  • A cet idéal d’une Cité gouvernée par le philosophe, Aristote adressera 2 critiques principales : 1/ en réservant le pouvoir à ceux qui savent, en vue de la Paix, on écarte malheureusement tous ceux qui ne sont pas assez sages pour accepter d’être ainsi écartés du pouvoir et du coup on favorise la discorde, au lieu de la concorde. 2/ « La Cité est par nature une pluralité, et son unification étant par trop poussée, de Cité elle deviendra famille, et de famille individu. […] Car il y a, dans la marche vers l’unité, un point passé lequel il n’y aura plus de Cité, ou passé lequel la Cité, tout en continuant d’exister, mais se trouvant à deux doigts de sa disparition, deviendra un État de condition inférieure : c’est exactement comme si d’une symphonie on voulait faire un unisson, ou réduire un rythme à un seul pied » 3Aristote, Les politiques, II, 1 et 5..

La société n’est pas une famille, ni même un individu : ni la vie familiale ni la vie individuelle ne peuvent fournir des modèles pour la vie sociale (la société n’est ni un individu, ni une famille, « en plus grand »). Car il y a dans la société une spécificité qui ne se trouve ni dans la famille ni dans l’individu : la pluralité. Il y a dans la vie sociale une altérité qui ne peut se retrouver ni dans la famille ni dans l’individu (même en acceptant qu’une famille ainsi qu’un individu puissent être composés).

Cette pluralité, qui est la condition (humaine) de la vie sociale se vit dans les différences entre les uns et les… autres.

→ de la même façon que sans égalité, il n’y a pas de société ; sans différences, il n’y a pas de société non plus.

Comment alors concilier refus catégorique des inégalités et protection de la pluralité sociale ?

Nous voulons donc des différences, mais pas d’inégalités : l’objectif politique de la décroissance est donc l’édification d’une société de reconnaissance (des différences) et de justice (sans inégalités car elles sapent le fondement même de la vie sociale).

Pouvons-nous suggérer quelques pistes pour des discussions politiques portant sur l’objectif d’une vie sociable désirable ?

  1. Malgré toutes nos réticences libertaires envers l’État et ses abus intrinsèques, les décroissants devraient accepter de se poser la question du Droit : car ce n’est que devant une Loi, qu’une égalité peut être instituée entre les hommes (s’en remettre à un ordre spontané, ce serait basculer dans une variante décroissante de la « main invisible » libérale).
  2. En défendant une conception solidariste ou coopérativiste de la société (plutôt qu’une conception individualiste, celle qui se raconte qu’une société se constituerait à partir de ses individus), les décroissants devraient constamment mettre en avant qu’aucune « société des individus » ne pourra jamais être égalitaire : tout simplement parce que dans une société des individus, seule la liberté de l’un peut venir limiter la liberté de l’autre, et cela s’appelle la « guerre de chacun contre chacun » ou la « concurrence libre et non faussée ».
  3. En s’appuyant sur ce que nous appelons « espace écologique » (autrement dit un espace encadré par un plancher et un plafond), chacun pourrait comprendre qu’au-delà du plafond et qu’en-deçà du plancher, nous passons dans le « hors du commun » (en matière de revenus : au-delà, c’est la richesse ; en-deçà, c’est la misère). Entre plancher et plafond, il y aurait bien des différences mais elles ne seraient pas des inégalités. C’est en sortant du Commun que les différences génèrent des inégalités.

→ Voilà alors tout un champ de recherches et de discussions que les décroissants vont devoir affronter s’ils veulent être politiquement crédibles : examiner, catégorie de différence par catégorie de différence (genre, âge, « capital » social, « capital » culturel » et « capital » économique), comment une société post-décroissance pourrait instituer l’égalité, tout en reconnaissant à chacun un droit inaliénable à la différence. L’objectif qui devrait orienter toutes ces discussions serait bien non pas tant le bonheur individuel que la persévérance de la vie sociale en tant que telle. Alors, sans aucun doute, les conditions d’une telle persévérance serait en même temps celle d’une soutenabilité écologique de nos modes de vie, pourquoi ? Parce que, dans le refus radical de toute inégalité, il y a une sensibilité à la vulnérabilité 4Le macronisme est une politique de l’insensible, http://decroissances.ouvaton.org/2019/12/25/le-macronisme-est-une-politique-de-linsensible/.

La soutenabilité sociale d’une société dépend de l’attention qu’elle porte aux vulnérables (et on y place là aussi bien les défavorisés que les animaux, ou la nature dans son ensemble).

Pour finir, revenons à Boris Johnson : quand bien même l’inégalité serait une bonne chose pour l’activité économique, resterait à prouver que l’activité économique est une bonne chose pour la vie sociale et la vie citoyenne, ce que tout décroissant conteste. Quant à l’ultime argument libéral selon lequel l’inégalité serait dans la nature humaine, rappelons quand même que si une telle « condition » existe, elle n’est que le résultat d’une évolution : depuis que notre cerveau (social) a atteint sa taille actuelle (entre 200 et 250 000 ans), cela ne fait que 10 000 ans qu’il existe des sociétés inégalitaires ; autrement dit, pendant 95 % de cette période, les sociétés humaines ont été résolument égalitaires. De telles sociétés sont donc possibles, et souhaitables.

Références   [ + ]

1. https://www.cps.org.uk/files/factsheets/original/131128144200-Thatcherlecturev2.pdf
2. Kate Pickett & Richard Wilkinson, Pour vivre heureux vivons égaux !, Les Liens qui Libèrent, février 2019, pages 357-360
3. Aristote, Les politiques, II, 1 et 5.
4. Le macronisme est une politique de l’insensible, http://decroissances.ouvaton.org/2019/12/25/le-macronisme-est-une-politique-de-linsensible/
]]>
http://ladecroissance.xyz/2019/12/25/inegalites-decroissance-des/feed/ 0
Pourquoi Macron n’aura pas besoin de battre en retraite sur l’essentiel de la réforme des retraites ? http://ladecroissance.xyz/2019/12/15/pourquoi-macron-naura-pas-besoin-de-battre-en-retraite-sur-lessentiel-de-la-reforme-des-retraites/ http://ladecroissance.xyz/2019/12/15/pourquoi-macron-naura-pas-besoin-de-battre-en-retraite-sur-lessentiel-de-la-reforme-des-retraites/#comments Sun, 15 Dec 2019 14:40:25 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1684 Lire la suite →]]> Version longue d’un article proposé au site Reporterre (seules les 2 dernières parties ont été publiées). Vous pouvez aussi télécharger, imprimer et distribuer le tract de la MCD sur cette réforme des retraites : cliquer ici.

Mon fil conducteur est le suivant :

  1. le gouvernement met en avant une retraite « universelle, par répartition et par points »
  2. je commence par montrer que la réforme est faussement universelle (ni liberté, ni égalité, ni fraternité)
  3. mais en réalité la réforme a un objectif idéologique qui se résume au système par points (« l’essence de la réforme » des retraites) = un système individualiste → instaurer la conception macronienne de la société : comme une juxtaposition d’individus faussement placés à égalité sur la même ligne de départ et dont le mérite sera départagé à partir d’une mise en compétition généralisée sur le seul mode du « travail »
  4. je constate alors que l’opposition à la réforme par les syndicats partage avec le gouvernement et le patronat la même conception du travail comme seule source de reconnaissance sociale → j’en déduis que l’opposition à la réforme ne pourra que perdre (même si le gouvernement lâche quelques miettes sur les éléments « paramétriques » de la réforme, il ne cédera jamais sur l’enjeu « systémique » de la réforme) car elle n’a aucune contreproposition réellement alternative à la réforme
  5. cette contreproposition alternative doit rompre avec la conception de la « retraite » comme prolongation du « travail » (soit sous la forme récompense, soit sous la forme compensation) et pour respecter le véritable « esprit » de la répartition, ne pas la réduire à son mode de financement (l’amont) mais l’étendre en aval à son montant (équité dans la cotisation et la durée de la cotisation mais égalité du montant)
  6. d’où la proposition d’une retraite en rupture radicale avec le « travail » = retraite inconditionnelle d’un montant unique et égal pour tou.te.s (avec pour seule variation possible, l’espérance de vie corrélée au niveau de revenu).

C’est sans vergogne que cette réforme des retraites se présente sous le règne du double jeu et de la multiple pensée, tant du point de vue de sa méthode que dans son contenu. Depuis juillet 2019, depuis que le Haut-commissaire à la réforme des retraites a présenté ses « préconisations » « pour un système universel des retraites »1https://reforme-retraite.gouv.fr/IMG/pdf/retraite_01-09_leger.pdf, les ministres se sont succédés sur les écrans et sur les ondes pour crier au procès d’intention, « puisque rien n’aurait encore été décidé » : mais à chaque rencontre avec les partenaires sociaux, c’était toujours du « à prendre ou à laisser ». Tout au long de cette parodie de dialogue social, chacun des missi dominici du président jupitérien a pu y aller de sa fausse piste, sinon de son désaveu : avec l’épisode particulièrement cynique de la « clause du grand-père ». Mais cet enfumage dans le calendrier s’est doublé d’un enfumage sur le contenu.

S’agit-il seulement d’une « réforme paramétrique » visant à équilibrer les comptes du budget retraite comme on pourrait le croire en écoutant le premier ministre 2Qui voit dans une réforme paramétrique la condition nécessaire d’une réforme systémique. ou en lisant le dernier rapport du COR publié en novembre, jouant donc « sur chacun des trois leviers que sont le montant de la pension moyenne, l’âge moyen de départ à la retraite et le taux de prélèvement » 3https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2019-11/Rapport_novembre_2019.pdf ? Ou bien va-t-il s’agir d’une « réforme systémique » à partir d’une table rase de l’ancien système au nom d’une conception macronienne de la justice, mais surtout de la société ?

Au pire le COR anticipe un déficit de 17,2 milliards d’euros en 2025. Mais les arguments qui annoncent ce futur déficit ne tiennent pas longtemps. Par exemple, il faut savoir qu’en 2024 sera remboursée la dette de la Sécu pour laquelle avait été créée en 1996 la Cades (Caisse d’amortissement de la dette sociale). Or ses recettes, alimentées pour moitié par la CRDS et pour l’autre par une part de la CSG, sont de l’ordre de 24 milliards d’euros ! Il n’y a donc aucun problème de financement de nos retraites, à moins que le gouvernement n’ait d’ores et déjà prévu de réserver cette manne pour financer de nouveaux cadeaux fiscaux aux « premiers de cordée ».

L’objectif idéologique de la réforme : sous le masque de l’universalisme, une société libérale, propriétariste, entrepreneuriale et méritocratique

Qu’en déduire ? Que l’objectif réel de la réforme est bien idéologique, et qu’il s’agit de poursuivre avec les retraites un travail libéral de démolition sociocidaire déjà entrepris par les Loi travail (Loi El Khomri puis loi Pénicaud), et par la réforme de l’assurance chômage (en vigueur depuis le 1er novembre) : est mise en avant une exigence de justice – l’uniformisation des règles des régimes de base dans un régime universel, la fin des « régimes spéciaux » – au moyen d’un système par points.

Commençons par constater que ce sont de bien paradoxales conceptions « républicaines » qui nourrissent l’esprit « universaliste » de cette réforme :

  • Quelle est donc cette conception de la liberté qui permet à la ministre Agnès Buzyn de voir dans le décalage entre l’âge légal et l’âge pivot « l’avantage de laisser la liberté de choisir. Ceux qui partent à cet âge ont tous leurs droits. Ceux qui le font avant en ont moins. Et ceux qui le font après en ont plus ». Comment ignorer que cette liberté ne profitera qu’aux privilégiés dont le montant de la pension permettra une vie décente ? Quelle est cette conception de la liberté qui voit dans la retraite par « points » un calcul tenant compte des transformations – mobilité et flexibilité généralisées – du travail dans les décennies à venir quand nul n’ignore que ces transformations seront subies et contraintes par les plus bas revenus et ne seront des « opportunités » que pour les winners?
  • Quelle est donc cette conception de l’égalité qui permet au président de l’Assemblée nationale de ne voir dans le mouvement social contre la réforme qu’une « mobilisation pour conserver des inégalités » ? Quelle est donc cette conception de l’égalité qui pour la tranche au-delà de 120 000 € de revenu annuel abaisse la cotisation à 2,8 % ? Pour un revenu de 240 000 €, cela revient à un taux effectif de cotisation de 15,4 % alors que les revenus inférieurs cotiseront à hauteur de 28 % ? Quelle est cette conception de l’égalité qui en abaissant le taux effectif de cotisation permettra aux plus aisés de se financer – eux – un complément de retraite par capitalisation 4Grâce à la loi Pacte et la création d’un nouveau plan épargne retraite disponible à partir du 1er octobre 2019, ils pourront profiter d’une règlementation plus souple, d’une fiscalité avantageuse et d’un mode fonctionnement plus simple. ? Quelle est cette conception inéquitable de l’égalité qui annonce que le montant du point pourrait varier en fonction de l’espérance de vie quand 5https://www.insee.fr/fr/statistiques/3319895 l’espérance de vie à la naissance des hommes parmi les 5% les plus aisés est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit 13 ans d’écart ! Quelle est cette conception de l’égalité qui ne sait égaliser que par le bas, en particulier sur la question cruciale de la pénibilité ?
  • Quelle est cette conception de la fraternité, de la solidarité, qui permettait à Agnès Buzyn de fustiger les revendications « très corporatistes » des syndicats, qui défendent « un régime extrêmement avantageux », puisqu’il permet à ceux qui en bénéficient de partir bien avant les actifs du privé ? Elle faisait là allusion à la pseudo recherche de l’universalité par la disparition programmée de tous (?) les « régimes spéciaux » : pourtant beaucoup de ces « statuts » résultent d’une histoire sociale que le président Macron – pourtant toujours si prompt à commémorer l’histoire militaire de la France – ferait bien de davantage respecter s’il veut réellement réunir au lieu de diviser, au lieu de croire qu’une réforme peut faire tabula rasa du passé, même dans une start-up nation.

Tout cela se synthétise dans ce qu’on pourrait appeler une drôle de conception de la justice où nous touchons le fondement idéologique de la réforme dans son pan systémique : une conception uniforme de l’universalité par laquelle la suppression de l’ISF et son remplacement par une flat tax (PFU : Prélèvement Forfaitaire Unique) à un taux ridiculement bas de 30 % pour tous les revenus du capital (dividendes, plus-values), en rompant avec le principe de la progressivité de l’impôt, débutait au 1er janvier 2018 la construction de la société macronienne, libérale, propriétariste, entrepreneuriale et méritocratique.

En apparence (et la CFDT s’y laisse prendre) le principe du système par points paraît simplificateur et juste : pour tout le monde, la pension en euros serait calculée en multipliant son nombre de points acquis par leur valeur de liquidation au jour du départ en retraite. En réalité, et c’est là sa principale faiblesse, systémique, le système par points ne fait que prolonger après le « travail » les conditions « acquises » pendant les périodes d’emploi. Et c’est d’autant moins juste que toutes les autres procédures de réduction des inégalités sont en train d’être attaquées puis démantelées. Si nous comprenons lucidement la réforme et que nous considérons les inégalités de revenus corrélées aux inégalités d’espérance de vie alors elle revient à instaurer un système qui trouvera son équilibre en finançant les pensions des plus aisés par la mort des plus pauvres ! Ceux dont les carrières auront été marquées du sceau de la pénibilité, de l’émiettement, du sous-paiement, du déclassement et souvent du non-sens ! Histoire de réactualiser au 21ème siècle la fameuse formule de Léon Bloy : « L’argent, c’est le sang des pauvres » !

Mais alors pourquoi idéologiquement tenir à ce point à la réforme systémique par points ? Gageons que les négociations à venir céderont quelques « grains à moudre » sur les régimes spéciaux et les paramètres de la réforme, car là ne sera pas l’essentiel. Le véritable objectif de la réforme n’est pas dans ses modalités mais dans son principe de base : le calcul de la pension en fonction de points capitalisés individuellement tout au long de la carrière. Et c’est pourquoi le calendrier est peut-être plus adroit qu’on le croit : car en différant les informations sur les éléments concrets de la réforme, le gouvernement agite suffisamment de chiffons rouges pour attirer le taureau syndical, qui s’y précipite tête baissée au lieu de se rendre compte que ce spectacle ne fait que retarder la mise à mort.

On peut voir cet essentiel en réalisant que la mise en avant du maintien du système par répartition est un leurre. Car la logique de l’individualisation – et personne ne conteste qu’elle oriente celle du calcul par points – est tout à l’opposé de celle de la répartition. Le gouvernement quand il évoque cette répartition ne considère que le mode de financement : ce sont les actifs qui financent le système de retraite. Ce qui d’ailleurs n’est qu’une vérité partielle quand les plus enrichis pourront toujours se financer des compléments par capitalisation. D’autant qu’à l’âge de la retraite les inégalités de revenus se sont consolidées en inégalités de patrimoine, ce qui signifie un complément par la rente. Mais l’esprit de la répartition ne devrait pas s’exercer que sur la question comptable du financement, mais reposer d’abord sur la solidité sociale d’une solidarité réellement partagée.

Une conception travailliste de la société partagée par gouvernement, patronat et syndicat

Et c’est là que réside la véritable force de la réforme actuelle, par la faiblesse d’une grande partie de ses opposants. Car en effet, partisans et opposants de la réforme partagent la même conception asociale de la vie en société, c’est-à-dire cette conception qui depuis la révolution industrielle voit dans le « travail » le principal pilier de l’intégration sociale. Concrètement, ils voient tous dans la « retraite » la prolongation d’une vie sacrifiée au travail. Et de la même façon qu’en 1848 6http://decroissances.ouvaton.org/2016/11/23/lantiproductivisme-un-deni-pour-la-gauche/, socialistes et libéraux avaient trouvé à s’entendre pour confondre « droit du travail » et « droit au travail », depuis 1945 et encore aujourd’hui, patronat et syndicats s’entendent pour confondre « droit des retraites » et « droit à la retraite ». Pour la droite illibérale ou non, vieillotte ou moderne, macronistes compris, les mérites du travail doivent trouver récompense à la retraite ; pour la gauche libérale ou non, archaïque ou moderne, macronistes compris, les inégalités du travail doivent trouver compensation à la retraite. En commun, ils ne voient la « retraite » que comme le non-travail après le travail : pour certains, et nous touchons à l’absurde, ce non-travail est même le mobile du travail (dont les loisirs et les congés donneraient un avant-goût pendant les « temps libres » !).

Qu’est-ce que la « retraite » ? C’est une période de la vie, sans travail, mais avec revenu. Voici la question : faut-il accepter de voir dans la retraite la prolongation du travail ?

C’est bien un néo-travaillisme ultralibéral – celui des « premiers de cordée » – qui anime l’esprit de la réforme macronienne des retraites 7Idéologie particulièrement à l’œuvre dans la réforme actuelle de l’éducation nationale, dans la réforme des programmes comme dans Parcoursup. : et tout le reste sera négociable, les délais, les montants, les régimes spéciaux. Or cette idéologie n’est pas tant que cela opposée au travaillisme de base de l’opposition syndicale à la réforme 8Les syndicats voit d’ailleurs dans ces diverses résistances à la réforme l’opportunité de retrouver la main après 1 an de mouvement social a-syndical, mais il n’est pas sûr qu’une convergence des peurs reviennent à une convergence des colères.. Voilà pourquoi le gouvernement, sur le fond, ne battra pas en retraite, car il sait que ses opposants même s’ils résistent à l’individualisation des formes du travail ne défendent pas une véritable rupture systémique avec l’idéologie travailliste. Pourquoi toutes les oppositions, syndicales et partidaires, vont-elles finir malheureusement par se faire balader ? Parce qu’elles ne disposent d’aucune contreproposition d’ensemble, contreproposition qui non seulement devrait réinterroger le sens de la production et de la consommation dans une société qui doit aussi affronter la question écologique, mais qui devrait être capable d’ouvrir la question des retraites à la celle de la fin de vie, à celle de la dépendance, mais aussi à celle de la reproduction des inégalités par la succession.

Ce que pourrait être une contreproposition alternative

Une telle contreproposition générale devrait commencer par refuser la fable d’une création individuelle de la richesse par le seul travail : comme si certains plus méritants que d’autres créaient de la richesse par leurs seules ressources, comme si les « travailleurs » pouvaient produire sans s’appuyer sur l’inestimable richesse fournie par tous ceux qui n’ont peut-être pas un emploi mais dont les activités constituent le véritable tissu social sur lequel s’adosse toute production économique. Et eux à l’âge de la retraite, que deviennent-ils ? Plus exactement pour rester statistiquement dans la vérité, que deviennent-elles ? Au mieux, une pension de réversion pour venir compléter peut-être une pension acquise par une carrière morcelée…

Quel pourrait alors être l’horizon d’une réforme des retraites en rupture radicale avec une telle idéologie, qui ouvrirait le champ de la reconnaissance sociale à toutes les activités, qui réduirait drastiquement les inégalités de revenus ? Serait-il utopique d’espérer qu’exactement comme une grève des transports devrait être l’occasion pour des millions de franciliens de prendre le temps de réfléchir à l’absurdité du temps quotidiennement consacré au transport, une lutte contre une réforme des retraites devrait être la meilleure occasion pour reposer la question du sens du travail ? Et c’est là que nous retrouverions le véritable esprit de la répartition.

Contre l’idéologie macronienne de la réussite individuelle, en tenant compte des « très grandes difficultés objectives liées à la mesure de la contribution individuelle » 9Dixit Thomas Piketty qui n’est pourtant pas un extrémiste, Capital et idéologie, Seuil, septembre 2019, page 621., alors il faut reconnaître que la production de toute richesse, économique ou non, est toujours une production sociale, commune. Et par conséquent, il n’y a pas que les seuls « travailleurs » qui contribuent mais tou.te.s et la justice voudrait donc que tou.te.s reçoivent un revenu pour cette contribution. Le plus juste serait donc de ne défendre aucune barrière entre les uns et les autres : pour cela, non seulement les pensions des plus riches doivent immédiatement et très fortement être plafonnées mais leurs cotisations doivent être très remontées.

Et pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de la logique de la répartition et de la solidarité ? c’est-à-dire la revendication d’une retraite inconditionnelle, d’un montant unique et égal pour tou.te.s (dont la principale variation devrait intégrer l’espérance réelle de vie).

Pour finir et pour ouvrir une vraie piste de réflexion, proposons à chacun une même expérience en 3 étapes : 1/ Commencer par demander à son voisin, à un ami, à un commerçant… quel devrait être l’écart décent entre plus hauts et plus bas revenus, compte tenu du diplôme, de la responsabilité (et on ne sait quel autre critère mis traditionnellement en avant pour justifier des inégalités de traitement). 2/ Définir ensuite la retraite comme du « non-travail », c’est-à-dire comme une période qui n’a plus aucune raison de maintenir les critères précédents. 3/ Demander alors pour ce non-travail qu’est la retraite quel devrait être l’écart maximum.

Nous faisons le pari que même les défenseurs des plus hauts écarts entre revenus du travail feront une réponse plus proche de l’horizon de rupture que nous proposons, plutôt que ce que toutes les réformes proposées envisagent.

Références   [ + ]

1. https://reforme-retraite.gouv.fr/IMG/pdf/retraite_01-09_leger.pdf
2. Qui voit dans une réforme paramétrique la condition nécessaire d’une réforme systémique.
3. https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2019-11/Rapport_novembre_2019.pdf
4. Grâce à la loi Pacte et la création d’un nouveau plan épargne retraite disponible à partir du 1er octobre 2019, ils pourront profiter d’une règlementation plus souple, d’une fiscalité avantageuse et d’un mode fonctionnement plus simple.
5. https://www.insee.fr/fr/statistiques/3319895
6. http://decroissances.ouvaton.org/2016/11/23/lantiproductivisme-un-deni-pour-la-gauche/
7. Idéologie particulièrement à l’œuvre dans la réforme actuelle de l’éducation nationale, dans la réforme des programmes comme dans Parcoursup.
8. Les syndicats voit d’ailleurs dans ces diverses résistances à la réforme l’opportunité de retrouver la main après 1 an de mouvement social a-syndical, mais il n’est pas sûr qu’une convergence des peurs reviennent à une convergence des colères.
9. Dixit Thomas Piketty qui n’est pourtant pas un extrémiste, Capital et idéologie, Seuil, septembre 2019, page 621.
]]>
http://ladecroissance.xyz/2019/12/15/pourquoi-macron-naura-pas-besoin-de-battre-en-retraite-sur-lessentiel-de-la-reforme-des-retraites/feed/ 4
Zig zag avec les limites de la loi et décroissance du pouvoir de nuisance des malfaisants http://ladecroissance.xyz/2019/12/15/zig-zag-avec-les-limites-de-la-loi-et-decroissance-du-pouvoir-de-nuisance-des-malfaisants/ http://ladecroissance.xyz/2019/12/15/zig-zag-avec-les-limites-de-la-loi-et-decroissance-du-pouvoir-de-nuisance-des-malfaisants/#respond Sun, 15 Dec 2019 13:49:56 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1686 Lire la suite →]]> Chères lectrices et lecteurs, futurs électrices et électeurs, je ne résiste pas à la tentation, mais délivrez-moi du mal, de vous faire goûter la prose de Monsieur Ryo, notre rural Maire, qui titre son dernier éditorial « En avant Béganne ! ». Le vaillant démarre sur les chapeaux de roues avec : « Oui, après la réalisation du giratoire, la commune doit continuer à trouver pleinement sa place dans le maillage territorial actuel. Celui-ci, très apprécié [le maillage territorial ?] non seulement par les administrés [administré, administré ?, est-ce que j’ai une gueule d’administré ? 1Référence à la réplique d’Arletti dans Hôtel du nord de Marcel Carné, en 1938 : « Atmosphère ? Atmosphère ? Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? ») mais aussi par beaucoup de gens qui traversent notre commune, donne de nouvelles perspectives. [A 350 000 €, c’est beau un rond-point la nuit ! Surtout avec des gilets jaunes !], jouant en quelque sorte le rôle de table d’orientation (oh quel poète !) « Nous admirons (sic), à chaque fois qu’on y passe, ce beau giratoire renforçant la sécurité et les fleurs de prairie qui l’entourent [oui le giratoire renforce les fleurs de prairie], c’est très réussi. » nous écrit un administré. »

Je vous épargne la suite de l’édito de cet ancien directeur-adjoint d’établissement scolaire qui vante par le menu toutes les réalisations de l’équipe municipale. Bref une belle promotion digne d’une bonne campagne pré-électorale. Manque de bol, pour un candidat aux municipales dont le premier tour a lieu le dimanche 15 mars 2020, ça tombe sous le coup de la loi avec l’article L.90-1 du code électoral 2https://www.vie-publique.fr/eclairage/269985-municipales-2020-quelle-communication-en-periode-pre-electorale. Ce genre de communication est proscrit à partir du premier septembre 2019. Petit rappel, la loi est là pour poser l’existence de limites que s’est posée la collectivité.

Le hic, et nombre de mes camarades écologistes en lutte l’ont constaté sur le terrain : la Loi, c’est hélas souvent un maquis où on y perd son latin, son « pognon de dingue » pour reprendre l’expression macronienne et le temps nécessaire pour apprivoiser leur contenu et les limites de leur champ d’action. Un petit clin d’œil à mon ami Jean-Yves Renouf, dans le Marais poitevin, espace naturel sensible protégé pourtant par la loi, qui ferraille, en gentleman non-violent, à coup de rencontres avec le Préfet, textes et arguments à l’appui contre les bassines, ces grands réservoirs d’eau creusés par les syndiqués FNSEA pour arroser cette céréale hyper gourmande en H2O qu’est le maïs nécessaire à l’alimentation d’un bétail ; maïs dont on sait dorénavant qu’il faut organiser la décroissance de la consommation, eu égard à l’impact de l’élevage sur la production de gaz à effets de serre. Or, même si des textes de loi protègent notre environnement, il existe un rapport de force politique qui permet aux Préfets de nous tordre le bras, en faisant prévaloir d’autres lois, comme celle de la liberté d’entreprendre pour créer la croissance qui crée les emplois et qui par le ruissellement des richesses produites assure le bien-être de toutes et tous dans la joie et la bonne humeur, amen ! Je vous invite ainsi à découvrir la remarquable BD d’Inès Léraud et Pierre Van Hove sur le cas des marées vertes en Bretagne 3Cf à lire absolument : Algues vertes, l’histoire interdite Editions La revue desssinée-  Delcourt, 2019 https://www.editions-delcourt.fr/serie/algues-vertes-l-histoire-interdite.html. La loi, c’est celle du plus fort économiquement, ici-bas, celle du colossal et sale lobby de l’industrie agro-alimentaire.

C’est de bon aloi, je me permets de reprendre le cas de la commune où j’habite pour illustrer le propos sur notre rapport à la loi. Petit résumé des épisodes précédents. En 2017, le Maire décide de construire une boulangerie en dehors du bourg et près du nouveau rond-point qui a vu le jour cet été 2019. Convaincus que ce n’était pas la localisation la plus judicieuse, nous nous sommes mobilisés. Une pétition de près de 500 signatures, sur une commune de 1400 habitants, a obligé le Maire à mettre la demande de référendum à l’ordre du jour du conseil municipal. L’équipe a voté à l’unanimité sauf une abstention contre la consultation des habitants (sic). Premier geste inaugurant une conception de la démocratie peu participative. Opiniâtres, nous avons suivi le projet dans tous ses détails. Après un travail acharné de notre camarade Marie-Noëlle, architecte, montrant qu’il y avait de nombreuses erreurs dans le dossier de permis de construire, le collectif s’est décidé à solliciter un cabinet d’avocats spécialisés. Son étude, nous ayant coûté deux mille euros, a permis de mettre en évidence de nombreuses irrégularités juridiques dont celle notamment d’une implantation ne respectant pas le Plan local d’urbanisme (rien que ça !). Le Maire a alors engagé le bras de fer juridique en recourant également à un cabinet, payé par… les contribuables. Je tiens à relater ici la quantité de travail fourni par notre collectif de bénévoles, des centaines d’heures pour aboutir après le dépôt de multiples recours gracieux et de recours auprès du tribunal administratif en excès de pouvoir. Finalement, on apprend que, par un subterfuge soufflé par le cabinet d’avocats de la Municipalité, le dépôt d’un second permis de construire met notre requête sous le coup de la Loi Elan, dont certains décrets nous concernant ont été publiés au Journal officiel en début d’année 2019. Pour rappel cette loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant Evolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique, portée par le croissanciste gouvernement dérouleur de béton et de bitume, est là pour « libérer les procédures d’urbanisme » 4https://www.lemoniteur.fr/article/la-loi-elan-est-promulguee-ce-qui-va-se-passer.2007014. Grâce au subtil subterfuge, l’application de la loi Elan rend irrecevable notre recours juridique car notre association n’a que 360 jours d’existence au lieu des 365 nécessaires. Voici un cas concret d’une loi limitant les recours fondés des citoyens. Un exemple supplémentaire invitant à la vigilance vis-à-vis des luttes qui ne se fondent que sur le terrain de la légalité… La loi est ici la loi du plus fort, celui qui tient le crayon des législateurs, c’est-à-dire les députés et sénateurs influencés par les lobbyistes du BTP, fervents et fieffés croyants dans la croissance économique salvatrice de l’Humanité au nom des sacro-saints emplois créés ! Pas le droit donc, pour nous, de recourir à la loi, rage !

Malgré cette écoeurante nouvelle, nous décidons de porter à connaissance des concitoyens la liste à la Prévert des absurdités de ce projet. Par le porte à porte, on informe du coût exorbitant du projet (600 000 € pour une boulangerie qui n’est pas sûre d’être économiquement viable alors qu’il y a des bâtiments commerciaux en vente dans le centre-bourg), des intimidations du Maire vis-à-vis de responsables associatifs qui fréquentent notre collectif (« Vous êtes pour ou contre nous ?), du non respect du code de l’urbanisme, etc..

Cerise sur le gâteau, après la diffusion de cette lettre ouverte dont on avait mesuré les propos au millimètre, deux de nos camarades en première ligne, entrent dans la ligne de mire du Maire et servent de boucs-émissaires (alors qu’ils sont deux des dix co-présidents de l’association récalcitrante). Ils sont carrément convoqués par la Gendarmerie, le Maire a porté plainte contre eux pour diffamation. La presse locale reprend son communiqué de presse : « Stop aux confusions entretenues, aux calomnies, à la diffamation, aux inepties […] » 5Les Infos, 5 novembre 2019. La loi dit que la « diffamation publique » 6https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32079 est punie d’autant plus que lorsqu’elle cible un élu. Ca ne rigole pas, c’est 15000 € d’amendes ! Ou comment faire flipper le collectif en menaçant de s’attaquer au porte-monnaie.

Seulement, c’est à cela que sert l’expérience et la mémoire (celles d’élu au conseil municipal de St Nazaire), je me souvenais qu’un Maire ne pouvait pas faire n’importe quoi. Il nous fallait savoir si le Maire était habilité par le Conseil à porter plainte. Or seul l’épluchage de l’ensemble des délibérations du Conseil municipal depuis six ans pouvait nous l’indiquer. Nous avons alors su, grâce au directeur général des services et secrétaire de la Mairie que le Monsieur le Maire s’était fait voter toute une série de délégation de pouvoir en début de mandat. Et manque de bol, le Préfet avait annulé la cet octroi de pouvoirs car il y en avait un peu trop de délégués 7Délibération du CM  du 30 Juin 2014 : Annulation de la délibération du 9 Avril 2014. Donc le Maire a porté plainte alors qu’il n’y avait le droit. Bingo ! Mais ce que j’avais subodoré, à la lecture de l’article L. 2122-22 du Code des collectivités territoriales, arriva. Le sieur « tête de pioche » au rictus digne d’une porte de prison, ayant eu vent notre quête, s’est empressé de programmer un conseil municipal extraordinaire, comme l’y autorise incroyable la loi, encore elle ! Et que dit-elle la loi (lol) ? Elle est ainsi faite que le conseil peut voter une délibération qui, a posteriori (sic,) permet de déléguer des pouvoirs à l’édile pour ce celui-ci puisse porter plainte… pour diffamation par exemple. Ce 4 novembre donc, nous étions donc 21 habitants pour observer le conseil municipal attribué ces pouvoirs. Et tout cela, sans que soit expliquer les raisons au public (le Maire avait mobilisé une vingtaine de soutiens). Nous n’avons pipé mots pour ne pas générer des débordements qui nous seraient préjudiciables. Atmosphère, atmosphère !

Nous pourrions jouer au ping-pong et porter plainte à notre tour pour dénonciation calomnieuse, article 226-10 du Code pénal en raison d’ « Accusation mensongère portée sciemment contre quelqu’un pour jeter sur lui le discrédit ». Que d’énergie encore à dépenser ! Qu’on se le dise, chères lectrices et lecteurs, nous devons montrer que nous ne sommes pas dupes des limites que de tels énergumènes dépassent et que nous savons leur rappeler en temps voulu, si nécessaire, histoire de montrer que le couperet juridique risque de tomber sur ces têtes de pioche. « Ah ça ira, ça ira… » L’ire n’ira pas jusqu’à la guillotine quand même, rassurez-vous, radical je suis mais non-violent. Seulement quand on voit l’énergie et le temps que nous demande ce malfaisant (mâlefaisant) M. Ryo, pour tenter de limiter les dégâts de ses choix et actes, j’éprouve un peu de rage mais cependant retrouve courage quand je constate les capacités de notre collectif à sortir la tête de la mêlée pour se mêler d’une bien plus élégante manière de la Politique.

Pour finir, voici les intentions que ce Maire nous prête : « Tout le monde aura compris qu’il s’agit là d’une stratégie en vue des prochaines élections municipales de 2020. » 8Les Infos, 5 novembre 2019 Telle n’était pas notre intention initiale mais une des motivations pour lesquelles j’ai commencé à m’engager à la création d’une liste pour ces élections municipales : c’est œuvrer à la décroissance du pouvoir de nuisance de tels hommes élus. Une façon comme une autre de poser des limites pour enfin concevoir, élaborer des politiques de décroissance sur le territoire que nous habitons. J’espère que vous serez nombreux chers (é)lecteurs et (é)lectrices à vous impliquer pour des communes écologiquement soutenables, socialement décentes et démocratiquement organisées.

Références   [ + ]

1. Référence à la réplique d’Arletti dans Hôtel du nord de Marcel Carné, en 1938 : « Atmosphère ? Atmosphère ? Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »
2. https://www.vie-publique.fr/eclairage/269985-municipales-2020-quelle-communication-en-periode-pre-electorale
3. Cf à lire absolument : Algues vertes, l’histoire interdite Editions La revue desssinée-  Delcourt, 2019 https://www.editions-delcourt.fr/serie/algues-vertes-l-histoire-interdite.html
4. https://www.lemoniteur.fr/article/la-loi-elan-est-promulguee-ce-qui-va-se-passer.2007014
5, 8. Les Infos, 5 novembre 2019
6. https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32079
7. Délibération du CM  du 30 Juin 2014 : Annulation de la délibération du 9 Avril 2014
]]>
http://ladecroissance.xyz/2019/12/15/zig-zag-avec-les-limites-de-la-loi-et-decroissance-du-pouvoir-de-nuisance-des-malfaisants/feed/ 0
Revenir en arrière ou aller de l’avant http://ladecroissance.xyz/2019/11/30/revenir-en-arriere-aller-en-avant/ http://ladecroissance.xyz/2019/11/30/revenir-en-arriere-aller-en-avant/#respond Sat, 30 Nov 2019 15:49:45 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1672 Lire la suite →]]> Je cherche à comprendre le monde, y compris à comprendre pourquoi ce genre de quête est si rare alors qu’à moi elle me paraît la moindre des choses. Et ce cheminement m’a mené jusqu’à percevoir l’impasse de nos sociétés productivistes, tout en comprenant aussi pourquoi et comment nous en sommes arrivés là, et surtout, surtout, comment entrevoir une sortie possible, car cette impasse est, juste, mortifère.

Et le point de convergence de cette sortie m’a amené à la conviction de cette nécessité impérieuse et heureuse de revenir à une production artisanale.

Quant aux différences avec l’ancien monde artisanal, ça mérite de s’y attarder un peu. Car il ne s’agit pas uniquement d’un retour en arrière, même si la production artisanale caractérisait assurément le monde d’avant.

Je sais d’expérience que ce retour en arrière est inconcevable pour bon nombre d’entre nous. L’omniprésence du mythe du progrès inarrêtable nous l’a bien mis dans le crâne, sans compter notre attachement viscéral à notre niveau de vie et à notre mode de vie qui prennent le dessus, haut la main, sur la destruction du monde qui, elle, est sans cesse reléguée aux générations futures quoiqu’on en dise. J’ai déjà abordé cette contradiction dans La chaussette retournée – 9 septembre 2019.

Les différences du monde tel que je le conçois demain avec celui d’hier, en dehors d’un effondrement et d’un chaos fort possibles mais également évitables pour peu qu’on s’en donne les moyens, tiennent en ces points, non exhaustifs, et dont chacun peut être discuté à l’infini :

  • nous aurons perdu, définitivement, cet attachement à un désir de conquérir le monde ;
  • nous aurons conscience de la finitude du monde ;nous aurons perdu, définitivement, cet attachement à un fantasme d’énergies fossiles, ou renouvelables, illimitées ;
  • nous nous réconcilierons avec cette vision d’une vie simple, harmonieuse, nous nous réapproprierons cet adage issu de Notre Dame des Landes : « nous ne sommes pas les défenseurs de la nature, nous sommes la nature qui se défend » ;
  • nous retrouverons la notion du temps, de la succession des générations, en cela nous abandonnerons, définitivement, notre représentation d’un monde à courte vue, en constant changement, dont chaque génération efface la précédente par ses créations en tout genre, artistiques ou autres ;
  • nous abandonnerons cette collection démesurée de connaissances inutiles, de bagage culturel qui enfle sans cesse, pour nous recentrer sur des cultures orales qui ne gardent que l’essentiel, un essentiel qui donne du sens aux choses, au vivant ;
  • nous aurons appris à nous méfier de l’argent, des monnaies, et de toute accumulation, en sachant quelles dérives se cachent derrière ;
  • les intuitions d’avant seront devenues des certitudes, des connaissances avérées, confrontées au réel ;
  • notre mythologie s’enrichira d’histoires de mirages passés qui diront, non pas, « nous avons été heureux », mais « nous avons cru être plus heureux » ;
  • nous nous laisserons encore moins avoir pas une quelconque tentative de retourner vers ces mirages que sont l’annexion de territoires et de peuples, l’esclavage, la domination, la soumission ;
  • nous saurons, fermement, définitivement, que l’homme n’est décidément pas un loup pour l’homme et nous saurons déjouer toute manipulation de prise de pouvoir et toute séduction trompeuse venant de l’extérieur, pour les avoir déjà vécues à nos dépens ;
  • autant dans l’ancien monde artisanal chacun trouvait sa voie individuellement, le plus souvent par transmission familiale, autant dans le monde de demain s’imposeront des concertations pour organiser des productions collectives ;
  • autant dans l’ancien monde artisanal les techniques de fabrication nous étaient léguées depuis plusieurs générations, autant dans le monde artisanal de demain toutes les techniques douces s’offriront à nous pour inventer des mondes totalement nouveaux, regorgeant d’imagination ;
  • dans les ressources qui s’offriront à nous se trouvent à n’en pas douter tout ce que la revue passerelleco a compilé, revue papier et site internet, https://www.passerelleco.info/ > Thématiques, ainsi que les travaux de Murray Bookchin sur le même thème et plein d’autres techniques douces, innombrables ;
  • etc.

25 novembre 2019

http://gorgerouge.unblog.fr

]]>
http://ladecroissance.xyz/2019/11/30/revenir-en-arriere-aller-en-avant/feed/ 0