la Maison commune de la décroissance http://ladecroissance.xyz La croissance, c'est le non-sens ; le bon sens, c'est la décroissance ! Sun, 26 Jul 2020 05:20:10 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.4.2 http://ladecroissance.xyz/wp-content/uploads/2018/01/cropped-ladecroissance-1-32x32.png la Maison commune de la décroissance http://ladecroissance.xyz 32 32 Méfaits de la dialectique (d’un reproche adressé au marxisme traditionnel) http://ladecroissance.xyz/2020/07/24/mefaits-dialectique/ http://ladecroissance.xyz/2020/07/24/mefaits-dialectique/#respond Fri, 24 Jul 2020 18:14:19 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1908 Pourquoi ne suffit-il pas de se motiver pour se mobiliser ? Pourquoi les appels à la convergence des colères neLire la suite →

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  • Pourquoi ne suffit-il pas de se motiver pour se mobiliser ?
  • Pourquoi les appels à la convergence des colères ne peuvent-ils produire que de l’unitude ?
  • Pourquoi l’argument de la nécessité 1Il y a « nécessité » dès que ce qui est ne peut pas ne pas être ; le « nécessaire » s’oppose au « contingent » = ce qui peut ne pas être. et ses variantes ne sont-ils que des arguments paresseux ?
    • Pour les marxistes, le capitalisme serait gangréné de l’intérieur par des contradictions internes, par exemple la baisse tendancielle du taux de profit.
    • Pour les collapsologues, la question n’est plus de savoir si effondrement il y aura (puisque selon eux il ne peut pas ne pas y avoir effondrement), mais quand. Pour les collapsosophes, l’effondrement est déjà en cours et la sagesse consiste à vivre cet inévitable effondrement.
    • Pour certains objecteurs de croissance – ceux qui donnent priorité à la source « physicaliste » : selon Nicholas Georgescu-Roegen et son interprétation économique de la loi d’entropie –  une croissance infinie dans un monde fini est impossible 2l’impossible est ce qui ne peut pas être, autrement dit le « nécessaire que non ».
  • Pourquoi trop de critiques tombent-elles dans la fausse alternative du Tout ou Rien 3http://decroissances.ouvaton.org/2020/04/12/lecons-politiques-en-temps-de-confinement/, dans une oscillation entre du totalitaire et du nihilisme ?
  • Pourquoi est-il si difficile de penser la transition, en particulier la transition démocratique pour repasser sous les plafonds de capacité de charge écologique ?
  • Toutes ces questions, cruciales pour quiconque prétend critiquer le monde – le juger pour sa fausseté, sa laideur et sa méchanceté – qu’une extrême minorité exploite à son seul profit, découlent – de la part non pas des partisans de ce monde mais de leurs adversaires, aussi résolus soient-ils – d’une pratique argumentative que l’on peut schématiser sous le nom de « dialectique ».

    Certes la dialectique provient de la plus antique tradition car elle résulte de cette façon si « occidentale » de pratiquer la rationalité (logos) sous le forme discursive du dialogue (dialogos). On la retrouve dans toute l’histoire de la philosophie, depuis Platon et Aristote, jusqu’à Kant et Hegel. Néanmoins, en politique, la dialectique fait référence au marxisme ; référence marxiste provenant elle-même d’une référence à la dialectique hégélienne.

    Karl Marx – Friedrich Hegel

    Chez Hegel, il s’agit – non pas d’une méthode, surtout pas – mais d’un usage de la pensée. « Techniquement », est « dialectique » chez Hegel, tout mouvement dont le moteur est la négation de la condition : et voilà l’idée de la « contradiction dialectique ». Dans une logique classique – formelle – toute contradiction signale l’arrêt du raisonnement : depuis Aristote, (Métaphysique, Γ4), on ne peut pas dire d’une même chose, et en même temps, qu’elle est ceci et qu’elle n’est pas ceci. Dans la logique dialectique, toute contradiction indique au contraire un mouvement, un passage, un dépassement (Aufhebung ) : la contradiction interne est la force du devenir car quand quelque chose devient il n’est pas encore ce qu’il sera et il n’est déjà plus ce qu’il était, autrement dit pour qu’il y ait changement, il faut une condition et le dépassement (négation) de cette condition.

    Ne refusons pas qu’il puisse y avoir un bon usage (méthodologique ?) de cette contradiction dialectique. La difficulté, c’est que la logique de la dialectique implique une certaine totalisation : car un dépassement est dialectique, selon Hegel, si et seulement s’il est un moment dans un processus d’apparition (phénoménologie) du Tout et de l’Absolu (l’Esprit). Autrement dit, pas de dialectique sans Savoir absolu.

    C’est cette implication (de la totalité) qui, en passant dans le marxisme, causera des dégâts politiques :

      • Le socialisme scientifique de Marx et de Engels est un scientisme, c’est-à-dire un usage dogmatique de la science. Il y aurait des « lois de l’Histoire » : selon Engels, dans Socialisme utopique et socialisme scientifique (1880), Marx serait celui qui a su « faire du socialisme une science » parce qu’il a fait « deux grandes découvertes : la conception matérialiste de l’histoire et la révélation du mystère de la production capitaliste au moyen de la plus-value ».
      • Celui qui connaît ces « lois de l’Histoire » prendrait ainsi conscience de ce qui ne peut pas ne pas arriver : la fin du capitalisme (selon le fameux bon mot de Lénine : « les capitalistes finiront pas nous vendre la corde pour les pendre »).
      • Pas d’Histoire sans contradictions dialectiques : c’est ainsi que Marx valide le rôle révolutionnaire de la bourgeoisie ;  c’est surtout ainsi que les léninistes valideront un bon usage de la violence comme moteur de l’Histoire. Pas seulement la violence subie – celle des dominés et des forces productives – mais aussi toute violence accomplie au nom de la « dictature du prolétariat » ou de la « révolution ».

    Aujourd’hui, qui croit encore en la révolution ? Alors on pourrait se raconter que l’abandon de cet objectif a mis un terme aux « aventures de la dialectique » (Maurice Merleau-Ponty) mais ce n’est pas le cas. La dialectique continue de sévir sous la forme de la contradiction interne. Chez qui ? Chez tous ceux qui donnent priorité à un type de critique (interne) qui repose explicitement sur la dénonciation des contradictions dialectiques : la critique fonctionnaliste. Dans cette critique, c’est l’existence de contradictions internes qui déterminent avec nécessité le futur effondrement d’un système.

    Cette critique prétend être une « critique objective » ; en réalité, quand son utilisation est dominante, elle est un facteur de démobilisation, sinon d’apolitisme :

      • Si les contradictions internes d’un système sont de l’ordre de la nécessité, à quoi bon faire intervenir une volonté politique pour changer le monde ?
      • Qui irait acheter une hache pour couper un arbre qui ne peut pas ne pas finir par tomber, surtout si certains prophètes annoncent sa chute qui vient…
      • Les partisans dogmatiques de cette critique se concentrent alors sur l’anti et le contre et c’est pourquoi, selon eux, une convergence des colères seraient une condition suffisante pour faire bouger les choses : il ne faudrait pas ainsi se demander pourquoi celui-ci et celui-là luttent contre l’installation de tel abattoir ou de tel centre commercial, mais juste se contenter d’additionner leurs rejets. alors qu’en réalité, l’un ne veut pas être dérangé au fond de son jardin (not in my backyard), l’autre est vegan, sans oublier le petit commerçant du centre-ville qui veut garder son emploi… Autrement dit, ils partagent certes un rejet mais absolument pas le même projet.

    Mais existe-t-il un type de critique qui permette d’éviter ces difficultés ? Oui, la critique normative. La critique fonctionnaliste affirme qu’un système ne peut pas fonctionner sur le long terme, à cause de ses contradictions internes. La critique normative affirme qu’un système n’est pas bon ou justifiable à la lumière de normes et de valeurs définies de façon indépendante.

    Autrement dit, ce qui fait l’unité d’une critique normative, c’est son idéal, son objectif. C’est le projet non pas comme fin déterminée mais comme fin en vue (end in view).

      • La vision d’une telle finalité est donc orientée plus par le pour que par le contre, par les passions joyeuses plus que par les passions tristes (Spinoza via Lordon), par la volonté plus que par le ressentiment (Nietzsche) : elle ne ne contente pas de motiver, elle peut mobiliser.
      • Quand on juge une revendication, on peut le faire suivant le fondement (est-elle juste ?) ou suivant l’objectif (est-elle désirable ?) Quand on partage une critique normative, on partage un même objectif mais rien n’interdit que les fondements différent. Par exemple, les décroissants et les féministes peuvent partager un même objectif : la préservation et l’entretien de la sphère de la reproduction sociale mais chaque groupe le fait avec des fondements différents : pour les féministes, ce peut être un idéal de différences socialement construites de telle façon qu’elles ne soient pas des inégalités ; pour les décroissants, ce peut être un goût radical pour les limites (métaphysiquement, pour la finitude).
      • Les partisans de la critique fonctionnaliste peuvent se donner le beau rôle : échaudés par les mésaventures de la « lutte finale » ou du « grand soir » qui ne viennent jamais, ils basculent souvent dans l’autre extrême, celui de ne plus rien anticiper, celui de l’ascendance bottom-up, c’est en chemin que nous paverons la route, et les voilà dispensés de se frotter et au projet et au trajet. Cette rhétorique a certes l’avantage d’esquiver les disputes du b(o)ut du chemin, mais en réalité, faute d’esquisser une direction, un sens, tous les résistances finissent par s’épuiser pour s’égarer sur des chemins qui ne mènent nulle part.
      • Quant l’action vise un but, alors à partir du réel ici et maintenant, doit se préparer le trajet, la transition : pour les décroissants, la question est simple, comment s’auto-organiser pour repasser démocratiquement sous les plafonds de la soutenabilité écologique ?

    Trois évocations pour finir :

      • La critique normative retombe-t-elle dans le moralisme ? C’est un péril possible, et ce serait celui de l’inaction moralisatrice. Mais c’est Günther Anders qui lui-même se définissait comme « un moraliste ». Et puis il n’y a pas que des morales descendantes, la piste explorée par Jean-Claude Michéa de la décence commune est parfaitement compatible avec l’objectif de vie sociale poursuivi par les décroissants.
      • Qu’est-ce qui nous meut dans la vie, sur quoi nous guidons-nous quand nous choisissons ? Sur nos « évaluations fortes » répond le philosophe canadien Charles Taylor, pour qui nos convictions profondes sont guidées par la morale, et non par de simples préférences. « Le fait d’être un moi est lié essentiellement à notre sens du bien, et nous réalisons notre moi parmi d’autres moi » (Charles Taylor, Les sources du moi (1998), page 77).
      • Souvenir personnel d’une rencontre écosocialiste : les uns à côté des autres, à la tribune, pour juxtaposer des rejets et susciter les applaudissements d’une salle en attente de jugements sévères et intransigeants. Mais quid d’un projet commun, d’une espérance ?

    Références   [ + ]

    1. Il y a « nécessité » dès que ce qui est ne peut pas ne pas être ; le « nécessaire » s’oppose au « contingent » = ce qui peut ne pas être.
    2. l’impossible est ce qui ne peut pas être, autrement dit le « nécessaire que non ».
    3. http://decroissances.ouvaton.org/2020/04/12/lecons-politiques-en-temps-de-confinement/

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    http://ladecroissance.xyz/2020/07/24/mefaits-dialectique/feed/ 0
    Peuple http://ladecroissance.xyz/2020/07/23/peuple/ http://ladecroissance.xyz/2020/07/23/peuple/#respond Thu, 23 Jul 2020 05:53:53 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1902 Quand la démocratie est le "pouvoir du peuple", de quel peuple s'agit-il ? De l'ensemble des citoyens ou de la plèbe ?Lire la suite →

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    Il y a quand même un avantage à être aussi groupusculaire ou nébuleux que le sont les décroissants, c’est qu’ils ne prétendent pas parler « au nom du peuple ». On peut même ajouter que la décroissance – vu son emploi de plus en plus courant mais de plus en plus comme un repoussoir pour tenter de discréditer toute l’écologie en général – est plus impopulaire que populaire. Quant aux propositions – baisse du PIB et donc du pouvoir d’achat, baisse de la consommation, baisse de la production – difficile là encore de les dénoncer comme « populistes ».

    Voilà donc la décroissance coupée du « peuple » ? Ce qui est quand même embêtant quand (presque) tous les décroissants associent la décroissance certes à une série de diminutions mais… démocratiquement choisies. Or, qu’est-ce que la démocratie sinon le gouvernement (kratos) par et pour le peuple (demos) ? Ce manque de popularité de la décroissance ne l’empêche pas de s’engager pour le peuple mais soulève une très forte objection quant à sa légitimité : d’autant que les décroissants – à la différence des critiques marxistes du capitalisme (capitalisme qu’ils ne manquent pas néanmoins de critiquer) – ne disposent pas d’une vision prophétique de l’histoire (ils proposent « à la place » une conception expérientielle et buissonnante de l’histoire), et que, du coup, ils ne devraient pas refaire le coup des avant-gardes éclairées 1Ils savent, ou devraient savoir, que l’avant-garde, comme tout despotisme, prétend toujours être « éclairé ».. Bref, les décroissants ne devraient jamais prétendre parler au nom du peuple.

    Ajoutons que le « territorialisme » partagé par beaucoup de décroissants repose sur l’unité d’un territoire, d’une histoire et d’une culture, unité légitimant la revendication d’une « souveraineté », qui apparaît alors comme une déclinaison du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

    Mais alors que faut-il entendre par « peuple » ?

    Vient de sortir en février 2020, dans la collection « Le mot est faible » (chez Anamosa), un court ouvrage de Samuel Hayat consacré à la Démocratie et qui construit toute sa problématique à partir de la distinction entre un sens politique du mot peuple – c’est l’ensemble des citoyens d’un pays – et un sens social – c’est l’ensemble des pauvres, de la plèbe, c’est-à-dire d’une catégorie spécifique d’habitants (citoyens ou non) caractérisées par une condition sociale et économique dominée. Il y aurait ainsi une « tension fondamentale entre l’unité des citoyens et la diversité des conditions, entre l’unanimité de la volonté populaire et la conflictualité inhérente aux distinctions de classe, de race, de genre » (page 16). Tension entre l’égalité comme valeur cardinale de la démocratie et des inégalités sociales toujours à combattre.

    Selon l’auteur, cette tension peut se résorber à acceptant que la démocratie au sens social de la plèbe fournisse une vitalité sociale propre à résoudre les problèmes de la démocratie comme souveraineté du peuple. Le sens général de cette solution – voir dans la sphère sociale plus le lieu politique d’une solution que d’un problème – ne devrait-il pas être repris par les décroissants dans la mesure où ils feraient de la vie sociale l’objectif politique par excellence, en particulier dans la constitution et l’entretien de ce qu’il faut entendre par « volonté générale ». Dans un sens plus particulier, la solution consiste pour l’auteur à retrouver la vitalité des convictions partisanes : en filigrane, il y a là une réhabilitation de la forme parti. A rediscuter d’autant que l’auteur ne fait jamais l’impasse sur la dérive oligarchique, la mauvaise pente que descend (presque) fatalement tout gouvernement représentatif. Pour contrer cette tentation, l’auteur conclut son ouvrage sur une définition forte de la démocratie : « La démocratie est le pouvoir d’un peuple qui ne cesse de se reconstruire dans l’expérience collective d’un refus d’être gouverné » (page 85).

     

    https://www.franceculture.fr/emissions/lessai-et-la-revue-du-jour-14-15/quest-ce-quun-peuple-revue-esprit

    Références   [ + ]

    1. Ils savent, ou devraient savoir, que l’avant-garde, comme tout despotisme, prétend toujours être « éclairé ».

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    http://ladecroissance.xyz/2020/07/23/peuple/feed/ 0
    Féminisme pour les 99%, Un manifeste http://ladecroissance.xyz/2020/07/11/feminisme-pour-les-99-un-manifeste/ http://ladecroissance.xyz/2020/07/11/feminisme-pour-les-99-un-manifeste/#respond Sat, 11 Jul 2020 07:15:48 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1894 Cinzia Arruzza, Tithi Bhattacharya, Nancy Frazer, trois des organisatrices de la Grève internationale des femmes, s'engagent dans ce Manifeste pour un féminisme à la fois explicitement anticapitaliste et intersectionnelle.Lire la suite →

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    Cinzia Arruzza, Tithi Bhattacharya, Nancy Frazer, trois des organisatrices de la Grève internationale des femmes, s’engagent dans ce Manifeste pour un féminisme à la fois explicitement anticapitaliste et intersectionnelle. Ce Manifeste est suivi d’une Postface qui analyse très bien ce qu’il faut entendre par « reproduction sociale ». Ce point est fondamental pour les décroissants, en tous les cas pour ceux d’entre eux qui voient dans l’objectif d’une vie sociale libérée des fables de l’individualisme, de quoi fournir une réponse à la question essentielle pour toute vie humainement vécue : qu’est-ce qu’une vie bonne ?

    La reproduction sociale

    La reproduction sociale se rapporte au besoin de « faire des personnes » ; alors que le capitalisme a besoin de « faire des profits ». Le déni social du capitalisme c’est de faire passer les profits avant les personnes alors que, sans aucune exception, toute société se base sur les activités de la reproduction sociale. Non seulement le capitalisme ne reconnaît pas cette sphère – au sens où ces activités sont objet de mépris et d’invisibilité et non pas de reconnaissance – mais sa promotion des logiques de compétition et d’individuation aux dépends de la coopération sape les conditions de possibilité de la vie sociale (qui est alors « remplacée » par la « vie en société »). Le capitalisme est aujourd’hui l’attaque généralisée comme cette sphère de la reproduction sociale, alors qu’une société juste, décente, responsable et démocratique devrait prendre au contraire comme objectif de conserver, de protéger et d’entretenir cette sphère si essentiellement humaine, parce que sociale.

    Surtout, nous devons reconnaître que ces activités de reproduction sociale sont genrées, et qu’elles restent majoritairement « réservées » aux femmes. Voilà pourquoi, selon nous, on ne peut pas être féministe sans être anticapitaliste 1http://decroissances.ouvaton.org/2020/07/18/peut-on-etre-feministe-sans-etre-anticapitaliste-donc-decroissant/.

    • Pas de production marchande sans activité non-marchande.
    • La division entre « production » (de valeurs appréciables et marchandes) et « reproduction » (de richesses inestimables et non-marchandes 2Michael J. Sandel, Ce que l’argent ne saurait acheter. Les limites morales du marché, Paris, Seuil, 2014.) est une dissociation patriarcale ; d’où la formule de Roswitha Scholz : « La valeur, c’est le mâle ».
    • L’écoféminisme rapproche condition des femmes et condition de la nature, non pas parce « par essence », les femmes seraient plus proches de la nature mais parce que le capitalisme a construit son empire en (mal-)traitant les femmes et la nature comme deux « ressources » gratuites et inépuisables.

    Les 11 thèses du Manifeste

    Revenons au Manifeste qui se compose de 11 thèses dont le grand mérite est de ne cesser d’insister sur le lien entre féminisme et anticapitalisme, afin de promouvoir un « autre » féminisme que le féminisme qualifié de « libéral » :

    1. Une nouvelle vague féministe réinvente la grève : grève de « celles dont le travail rémunéré comme non-rémunéré soutient le monde ».
    2. Le féminisme libéral est en faillite. Il est temps de s’en débarrasser. Depuis 150 ans, le féminisme socialiste s’oppose au féminisme bourgeois : son tort est de défendre un féminisme de « rattrapage » pour qui l’égalité se réduit à la possibilité pour certaines femmes de basculer du (mauvais) côté de ceux qui profitent de la domination, de l’exploitation et de l’aliénation.
    3. Nous avons besoin d’un féminisme anticapitaliste – un féminisme pour les 99%. Qui ne se limite donc pas à des « problèmes de femmes » mais qui soit une source d’espoir pour toute l’humanité ; d’où leur appel pour « nous unir avec tous les mouvements qui se battent pour les 99 % ».
    4. Ce que nous traversons, c’est une crise de la société dans son ensemble – et la source du problème est le capitalisme. Leur diagnostic est celui d’une crise de l’organisation sociale toute entière : crise financière, économique, écologique, politique, crise du « care » (page 33). Les auteures ont parfaitement conscience que la spécificité du capitalisme actuel – globalisé, financiarisé, néolibéral – constitue une accélération de la nature sociocidaire du capitalisme.
    5. Dans les sociétés capitalistes, l’oppression de genre est enracinée dans la subordination de la reproduction sociale à la production marchande. Nous voulons remettre les choses dans le bon sens : l’oppression des femmes n’a pas attendu le capitalisme mais le capitalisme a su reconfigurer cette oppression. a/ En séparant activités de production (économique)  et de reproduction (sociale) ; b/ en subordonnant la reproduction à la production ; c/ en assignant aux femmes la sphère de la reproduction. Cette reconfiguration n’est pas que genrée, elle est aussi racisée, classisée.
    6. La violence prend de nombreuses formes, toutes liées aux relations sociales capitalistes. Nous jurons de les combattre toutes. Qu’elle soit physique, émotionnelle ou sexuelle, la violence conjugale traverse l’ensemble de la société capitaliste – on la retrouve dans tous les pays, dans toutes les classes, et dans tous les groupes ethnoraciaux (pages 46-47).
    7. Le capitalisme essaie de contrôler la sexualité. Nous voulons la libérer. Pour cela, bien prendre conscience du double jeu du capitalisme qui tente d’exercer ce contrôle en s’appuyant tant sur la cooptation néolibérale (en détabouïsant des formes de sexualité du moment qu’elles encouragent l’individualisme, le repli sur la sphère domestique et la consommation marchande, autrement dit la normalité capitaliste) que sur la misogynie de l’homophobie néotraditionnelle.
    8. Le capitalisme est né de la violence raciste et coloniale. Le féminisme pour les 99% est antiraciste et anti-impérialiste. Particulièrement, les « chaînes mondiales du care » paient la « libération » de certaines (par le travail) au prix de l’oppression d’autres femmes et de l’exploitation deleur « travail »..
    9. En luttant pour empêcher la destruction de la terre par le capital, le féminisme pour les 99% est écosocialiste. Ce féminisme dénonce les illusions d’un capitalisme vert.
    10. Le capitalisme est incompatible avec une véritable démocratie et la paix réelle. Notre réponse est l’internationalisme féministe. Même si les femmes sont les premières victimes de la crise démocratique du capitalisme, la solution ne consiste pas à permettre à certaines femmes d’accéder aux « citadelles du pouvoir » (page 84).
    11. Le féminisme pour les 99% appelle tous les mouvements radicaux à se rejoindre dans une insurrection anticapitaliste commune. « A la fois féministes, antiracistes et anticapitalistes, nous nous engageons à jouer un rôle majeur dans la construction d’un avenir commun » (page 90).

    Ce Manifeste est bienvenu par sa critique systémique non seulement du capitalisme mais du capitalisme dans sa forme actuelle ; par sa critique du patriarcat croisée avec une dénonciation cohérente de toutes les formes actuelles de dominations. Autrement dit, écrivons-le explicitement, si ce féminisme est pour les 99 %, c’est qu’il refuse un féminisme réduit au 49,6 % 3https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/faq/plus-hommes-ou-femmes-sur-terre/. Car difficile de lutter contre une ségrégation tout en promouvant une forme de sécession, fut-elle de combat, fut-elle « autre ».

    4 critiques décroissantes

    Bienvenu mais pas sans quelques déceptions, au moins d’un point de vue décroissant. Car s’il est bon de clamer que l’on ne peut pas être anticapitaliste sans être féministe, et réciproquement, nous nous permettons d’ajouter que nous avons du mal à ne pas voir se prolonger toute critique du capitalisme vers une défense de la décroissance.

    1. L’activité des femmes dans la sphère de la reproduction sociale est qualifiée de « travail ». Dans un sens large et généraliste, pourquoi pas surtout quand il s’agit de ne pas détourner l’effort de résistance contre le capitalisme. Mais, dès que l’on zoome davantage – et grand nombre d’analyses de la situation concrète des femmes l’impose, et c’est ce que font les auteures – nous devons nous demander s’il est politiquement radical de continuer à nommer « travail » ce qui n’en est peut-être pas. Le travail est une espèce d’activité dont les caractéristiques sont la subordination et la rémunération 4Même si nous validons plutôt la « définition de Lucie » : « Est travail toute activité dont nous préférerions obtenir immédiatement le résultat.. C’est à ce moment que nous nous demandons s’il est bon – sans confusion – de parler de « travail non-rémunéré » ? Puisque dans ce cas c’est de… l’esclavage. Surtout qu’une grande partie des activités de la sphère de la reproduction sociale s’accomplit volontairement, sans subordination et sans rémunération. Rappelons l’avertissement de John Dewey : « Une confusion dans les termes, lorsqu’elle persiste, ne peut avoir pour conséquence qu’une malheureuse confusion dans les idées ». Faut-il donc persister à nommer « travail » ce qui n’en est pas ? Où est le danger, particulièrement d’un point de vue féministe pour les 99 % ? C’est d’entrer en contradiction avec la thèse 2, celle qui veut rompre sans concession avec le féminisme de rattrapage : non seulement, le travail ne rend pas libre mais tant qu’à libérer les femmes, libérons aussi les hommes du travail. A ce moment, il n’en restera pas moins des activités, de production et de reproduction, rémunérées pour certaines d’entre elles, mais toutes devront être libérées du lien de subordination dont le Capital a besoin pour mettre en valeur ses richesses extorquées par le surtravail !
    2. La critique du capitalisme suivie dans ce Manifeste reste prisonnière d’un face à face entre économie et société ; comme si le capitalisme se réduisait à être un »monde » dans lequel la société serait encastrée dans l’économie. Cette analyse est vraie mais elle est insuffisante et c’est pourquoi il faudrait l’élargir (conformément à la thèse 4). Par exemple, chez un auteur comme Hartmut Rosa 5http://decroissances.ouvaton.org/2020/05/01/jai-lu-alienation-et-acceleration-dhartmut-rosa/, ce qu’il appelle la « modernité tardive » – et qui correspond au capitalisme d’aujourd’hui –  est triplement caractérisée : « Une société est moderne si elle n’est en mesure de se stabiliser que de manière dynamique… Autrement dit lorsqu’elle est systématiquement tributaire de la croissance, de la densification de l’innovation et de l’accélération pour conserver et reproduire sa structure. Accélération, croissance et densification de l’innovation désignent respectivement une dimension temporelle, matérielle et sociale d’une seul et même processus de dynamisation ». Plus que d’une critique du capitalisme, c’est d’une critique de cette logique de « stabilisation dynamique » dont nous avons besoin si nous ne voulons pas nous contenter, pour mobiliser, d’un front des colères. Mais au contraire, ne devons-nous pas construire toutes nos critiques au nom d’un idéal (normatif), d’un projet de société désirable pour les 99% ? C’est faute d’un tel élargissement d’une critique du capitalisme à la critique de la croissance et de son monde que ce Manifeste reste absolument muet sur les dimensions technologiques de la domination capitaliste et patriarcale.
    3. Quelle est la vision historique proposée par les auteures ? C’est là le moment le plus décevant de ce Manifeste pourtant si lucide dans beaucoup de critiques (de rejets). C’est que le moment du comment on va faire pour changer (enfin) les choses, celui du trajet, est enfermée entre la thèse 1 – la grève des femmes – et la thèse 11 – un appel à convergence. Bref ce Manifeste reprend la construction si classique, si normée, de tous les textes équivalents depuis des dizaines d’années, depuis que l’hypothèse révolutionnaire a été abandonnée (et peut-être avec raison) : a/ un catalogue des crises + b/ le constat qu’ici ou là il y a des insurrections qui viennent + c/ un appel à la convergence. Et que manque-t-il à un tel schéma ? Un but, une direction, une visée, un projet, du désirable, un potentiel mobilisateur (du « pour », du « vers quoi ») et pas simplement de la motivation « anti » ou « contre ». Bref, ce qui doit être « commun », ce n’est pas seulement un rejet commun du capitalisme mais la vision – aussi ouverte soit-elle – d’un monde du Commun ; et là il ne suffit pas d’évoquer ce « commun » mais il faut être capable d’en imaginer quelques contours : sur les institutions, sur la production, sur une indivision des activités, sur le rapport à la nature…
    4. Et pourquoi cette dimension du « désir », ce qui pousse et attire les résistances vers d’autres mondes possibles », est-elle – encore une fois – absente ? Parce que ce Manifeste reste encore prisonnier de la préférence accordée à la critique fonctionnaliste sur la critique normative. Celle-là est la critique qui dénonce un système par ses « contradictions internes » ; celle-ci est la critique qui fonde tout refus par la perspective explicitée d’un autre monde. Pourquoi la critique fonctionnaliste – qui peut avoir son intérêt quand il s’agit de prendre conscience de mécanismes dont il va falloir échapper si on ne veut pas « tout changer pour ne rien changer » – n’est-elle pas suffisante ? Parce que si vraiment un système comporte des contradictions internes alors tout volontarisme politique devient caduc. Alors certes, nous ne réfutons pas l’inventaire que le Manifeste dresse des contradictions (pages 97-99) : contradictions économiques, écologiques, politiques, de la reproduction sociale. Mais, « et après » ? Pour sortir de ce piège – celui d’un certain déterminisme historique qui peut se nourrir de « nécessités » économiques, écologiques, démographiques, thermodynamiques… – une critique cohérente de la modernité tardive doit rompre avec les 2 présupposés de ce déterminisme : a/ le systémique n’est pas le systématique : le capitalisme est totalitaire mais il n’est pas un Tout ; si c’est un système, il n’est pas fermé mais ouvert, et donc résilient, il peut s’adapter 6Voilà pourquoi, il est crucial de distinguer au moins 3 âges du capitalisme : de production, de consommation, de financiarisation.. Car ce n’est que dans un système fermé que les contradictions internes seraient suffisantes pour provoquer l’effondrement du système. b/ Il faut, dans la critique, donner la préférence politique à la critique normative sur la critique fonctionnaliste : c’est là retrouver du sens, celui de l’utopie, de la vie heureuse (et pas simplement être en colère, aussi scandaleux soit le monde actuel).

    Bref, ce Manifeste nous convainc qu’il ne peut pas y avoir de décroissance sans féminisme, mais qu’il reste encore un peu de plaidoyer à effectuer pour convaincre les féministes anticapitalistes de défendre la décroissance. Un tel plaidoyer devra montrer que le socialisme défendu par les décroissants  – rendre vraiment « sociale » la société – correspond exactement au féminisme pour les 99 %, celui de la reproduction sociale.

     

     

    Références   [ + ]

    1. http://decroissances.ouvaton.org/2020/07/18/peut-on-etre-feministe-sans-etre-anticapitaliste-donc-decroissant/
    2. Michael J. Sandel, Ce que l’argent ne saurait acheter. Les limites morales du marché, Paris, Seuil, 2014.
    3. https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/faq/plus-hommes-ou-femmes-sur-terre/
    4. Même si nous validons plutôt la « définition de Lucie » : « Est travail toute activité dont nous préférerions obtenir immédiatement le résultat.
    5. http://decroissances.ouvaton.org/2020/05/01/jai-lu-alienation-et-acceleration-dhartmut-rosa/
    6. Voilà pourquoi, il est crucial de distinguer au moins 3 âges du capitalisme : de production, de consommation, de financiarisation.

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    http://ladecroissance.xyz/2020/07/11/feminisme-pour-les-99-un-manifeste/feed/ 0
    La crise économique Covid-19 est une récession http://ladecroissance.xyz/2020/07/10/covid_recession/ http://ladecroissance.xyz/2020/07/10/covid_recession/#respond Fri, 10 Jul 2020 16:45:34 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1898 Nous vivons un grand basculement de la société mondiale, avec la crise sanitaire mondiale du covid 19. Est-ce les premièresLire la suite →

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    Nous vivons un grand basculement de la société mondiale, avec la crise sanitaire mondiale du covid 19. Est-ce les premières étapes d’un effondrement lent et continu, ou simplement une phase de grave récession économique, nul ne le sait. Aussi, on entend des journalistes, des chercheurs libéraux, ou des hommes politiques critiquer la situation actuelle, qui serait décroissante. Par exemple, Nicolas Bouzou a rédigé un article intitulé « Misère de la décroissance »  dans l’Express du 3 mai 2020. Or, la situation actuelle, ce n’est pas la décroissance, mais la récession. Donc, pour ses détracteurs, la décroissance ne serait pas vraiment enviable, car elle engendrerait notamment une croissance du chômage et de la pauvreté. Certains décroissants, se situant politiquement dans le courant néolibéral (à droite), sans parfois même le savoir et crient parfois « Vive l’austérité ! ». C’était le cas d’un des numéros du mensuel « La Décroissance ». D’autres décroissants crient aussi « Vive la récession ! » Comme s’il s’agissait d’une politique de décroissance. Or, c’est en réalité une récession, donc une décroissance économique involontaire. Tandis que la décroissance s’avère en quelque sorte une récession volontaire.

    La relocalisation écologique et solidaire figure parmi l’une des formes de la décroissance volontaire. Or, de nombreux citoyens, chercheurs, élus, militants, ou personnalités, tel Nicolas Hulot revendiquent la relocalisation comme une priorité urgente et importante à présent. Ainsi, le 6 mai 2020, avec sa fondation, Nicolas Hulot à présenté  100 principes pour se réorienter vers un nouveau monde et 5 principales propositions, dont l’urgence de «  la relocalisation d’une partie de l’économie », en France et en Europe. Par exemple, « Aujourd’hui en Europe, tous les marchés publics sont ouverts à tous, quel que soit le lieu de production. Il est donc nécessaire de mettre en place un “Buy sustainable act” pour que les bus, métros européens, repas servis en restauration collective… soient tous produits en France ou en Europe et de manière durable » propose la fondation Hulot.

    Par ailleurs, l’économiste Gaël Giraud se révèle favorable à plus de protectionnisme. « Provoquerait-il une hausse du coût de la vie (en renchérissant les produits importés)? Rien n’est moins sûr. Il rendrait enfin possible le rattrapage salarial qui nous fait cruellement défaut, en Allemagne comme dans le reste de l’Europe – condition nécessaire pour rendre une transition verte économiquement rentable. Car aujourd’hui, ce que nous gagnons comme consommateurs en achetant des biens bon marché produits hors d’Europe, nous le perdons, comme salariés, du fait de la compression des salaires » 1GIRAUD Gaël, « Plaidoyer pour un protectionnisme européen », Revue Projet, 2011/2 (n° 321), p.79-87..

    La crise sanitaire de 2020 s’annonce risque de générer une profonde récession économique. La crise financière de 2008 a généré une récession économique en particulier en Europe, ou une croissance quasi nulle. Cette crise a été engendrée principalement par l’éclatement de la bulle spéculative immobilière et le trop grand endettement des États sur des marchés financiers privés. Pour y remédier, la majorité des gouvernements européens mène des politiques d’austérité de nature néo-libérale. Cela s’explique notamment par les pressions économiques et politiques exercées par leurs créanciers, telles les banques privées détentrices des dettes d’État. Dans ce cas, l’austérité profite surtout aux plus riches créanciers de ces dettes et non aux plus pauvres, qui voient les budgets sociaux s’amenuiser fortement.

    L’austérité néolibérale se révèle donc très proche d’une décroissance de droite. C’est-à-dire une décroissance capitaliste néo-libérale consistant à contraindre les plus pauvres à décroître, afin que les plus riches puissent continuer à croître plus longtemps.

    La décroissance néolibérale est volontaire, tandis que la récession est une décroissance involontaire. Cependant, une politique d’austérité néolibérale conduit à une décroissance volontaire au détriment des plus pauvres.

     

    Récession (donc involontaire)

    Décroissance (donc volontaire)
    Néolibérale (Droite) Décroissance involontaire au détriment de quasi tous, accompagnée d’une politique d’austérité volontaire Décroissance volontaire et libérale (au détriment des plus pauvres)
    Pro-sociale (Gauche) Décroissance involontaire au détriment des plus riches prioritairement Décroissance volontaire et pro-sociale (débutant par les plus riches)

    Par contre, un gouvernement pro-social qui subit une récession économique s’inscrit dans une décroissance involontaire, donc au détriment de tous, les plus riches comme les plus pauvres. A l’inverse, la décroissance de gauche, c’est-à-dire la décroissance menée par un gouvernement pro-social consiste à décider volontairement d’une décroissance de la production et de la consommation des ressources non renouvelables prioritairement, s’exerçant d’abord sur les plus riches. Les plus pauvres disposant du droit légitime de croître jusqu’à satisfaire leurs besoins essentiels, puis de continuer jusqu’au niveau de l’empreinte écologique soutenable, voir plus en fonction des choix politiques.

    On entend souvent dire que parler de la « gauche » et la « droite », cela n’a plus de sens, car rien ne les différencie vraiment. En effet, depuis 1981 en particulier, les partis qui ont gouverné la France notamment et qui se revendiquent de gauche, tel le Parti socialiste, ou de droite, tels les républicains mènent souvent des politiques très proches. Il est vrai que la frontière entre leurs politiques, si elle n’est pas identique, se révèle parfois floue et assez ténue. Cependant, un indicateur économique central permet clairement de différencier une politique de droite et de gauche, il s’agit de la redistribution des richesses. Ainsi, une politique de gauche, c’est-à-dire pro-sociale consiste à défendre prioritairement les valeurs d’égalité, donc pour cela à redistribuer les richesses. Tandis qu’une politique de droite, c’est-à-dire néolibérale visera l’inverse, au nom de la liberté, donc du droit à « être » différent, donc à « être » inégal. Les partis qui se proclament de gauche, pro-social et socialiste et qui n’appliquent pas une redistribution suffisante abusent donc leurs électeurs et surtout les plus pauvres.

    Une politique d’austérité menée par un gouvernement pro-social (de gauche) peut être entreprise lorsque la dette de l’État est trop grande, ou lorsque l’inflation des prix est trop forte. Pour un gouvernement, afin de diminuer la dette de l’Etat, une politique libérale consistera généralement décider de diminuer son budget, d’où l’austérité, liée à des coupes dans les budgets sociaux, par exemple.

    A l’inverse, face à une dette trop grande, un politique keynésienne (donc plutôt de gauche) consistera généralement à relancer l’économie, en initiant de grand projet d’investissement (bâtiments, infrastructures de transports…). Dans cette même veine, l’économiste écologiste Gaël Giraud propose ainsi de lancer de grands investissements publics, afin de créer des emplois dans le secteur de l’écologie : isolations, énergies renouvelables… Il entend financer ces investissements par des emprunts aux banques publiques (et non privée) généré par la création monétaire publique, qui ne coûte rien à l’Etat (puisqu’il se rembourse lui-même). C’est donc très différent des emprunts de l’Etat réalisé sur les marchés financiers privés, comme cela se pratique depuis les années 1973, 1975 2GIRAUD Gaël, L’illusion financière, Éditions de l’Atelier, 2014. en France notamment. Cela enrichit les banquiers privés et tend à creuser la dette. Ainsi, une politique de relance keynésienne, va créer de l’emploi, donc de la consommation, donc à nouveau de l’emploi, dans le cadre d’un cercle vertueux. Ainsi, de plus grandes rentrées fiscales dans les caisses de l’Etat, lui permettent de rembourser sa dette auprès des banques publiques. Cependant, à la différence des écologistes, les décroissants se méfient souvent des politiques de relance, car elle conduit à la croissance et au productivisme.

    L’austérité de gauche est proche d’une décroissance de gauche, mais relativement différente. Une politique d’austérité est rarement menée par des gouvernements pro-sociaux, lorsque la dette est excessive. Pourtant, le Parti « socialiste » mène une politique sociale – libérale, voire néolibérale d’austérité sous la présidence d’Hollande depuis 2012. Habituellement, un véritable gouvernement pro-social ne mène des politiques d’austérité, que dans les périodes d’inflation excessive, car elle génère une baisse du pouvoir d’achat, en particulier pour les plus pauvres. En effet, les salaires s’élèvent rarement aussi vite que les prix. Contre l’inflation, une politique néolibérale consistera à augmenter les taux d’intérêts, ce qui va diminuer la possibilité des emprunts, donc des investissements, donc de l’offre, mais aussi de la demande. Cela abaisse donc les prix et l’inflation. Cependant, c’est surtout les créanciers, qui sont généralement les plus riches, à qui cela profite le plus, car ils sont alors mieux rémunérés, lorsqu’ils prêtent leur argent. Keynes les traitait d’ailleurs de « parasites » de la société, puisqu’ils s’enrichissent sans produire directement.

    Afin de juguler l’excès inflationniste, l’austérité de gauche peut donc consister aussi à rehausser les taux d’intérêt. Par contre, l’austérité de gauche visera à augmenter en même temps les impôts des plus riches, sans accroître les taxes sur les plus pauvres, ce qui diffère d’une politique néolibérale. Mais une La décroissance solidaire ou une décroissance de gauche ira plus loin qu’une austérité de gauche, puisqu’en plus de limiter l’inflation, elle diminuera volontairement la production économique globale, jusqu’au niveau d’une empreinte écologique soutenable, notamment afin de préserver les ressources non renouvelables et de les partager. La solidarité s’exerce alors prioritairement par le partage du travail et la redistribution des richesses financières et des ressources. Alors que l’austérité menée par un gouvernement pro-social non décroissant consiste au contraire à rechercher la croissance et le productivisme pour créer des emplois et des richesses, afin de rembourser la dette, mais en veillant néanmoins à ne pas créer une inflation trop forte non plus.

    En résumé, il y a donc deux situations principales, qui poussent les gouvernements à mener des politiques  d’austérité : une dette trop grande ou une inflation trop forte. Face à une dette mettant en péril l’équilibre du budget de la nation, un gouvernement pro-social non écologiste mènera une politique de relance des investissements, pour favoriser la croissance, augmenter les rentrées fiscales et donc rembourser la dette. Un gouvernement écologiste pro-social, fera de même, mais en ce centrant principalement sur des investissements écologiques. Tandis qu’un gouvernement décroissant pro-social choisira prioritairement non pas de relancer la croissance, mais de partager le travail et de redistribuer les richesses, afin de ne pas accroître l’empreinte écologique. Par contre, une politique néolibérale augmentera les impôts, diminuera le budget de l’Etat et surtout les budgets sociaux. Une politique décroissante néolibérale suivra la même méthode en vue de préserver la planète, mais aussi les plus riches !

    Dans le cas d’une inflation trop forte une politique néolibérale viser à augmenter les taux d’intérêt au détriment de l’emploi, donc des chômeurs notamment. Un gouvernement pro-social fera de même, mais redistribuera en plus les richesses, vers les chômeurs et les plus pauvres, afin d’éviter qu’ils ne soient trop pénalisés par la hausse des taux d’intérêt. Tandis, qu’une politique sociale et décroissante sera identique à une politique pro-sociale, à la fois pour limiter l’inflation afin de ne pas pénaliser les chômeurs, mais aussi pour limiter l’empreinte écologique.

    Par Thierry Brugvin, sociologue

    Références   [ + ]

    1. GIRAUD Gaël, « Plaidoyer pour un protectionnisme européen », Revue Projet, 2011/2 (n° 321), p.79-87.
    2. GIRAUD Gaël, L’illusion financière, Éditions de l’Atelier, 2014.

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    Inscription rencontre fin août 2020 http://ladecroissance.xyz/2020/07/05/inscription-rencontre-2020/ http://ladecroissance.xyz/2020/07/05/inscription-rencontre-2020/#respond Sun, 05 Jul 2020 04:47:06 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1117 Du jeudi 20 août en arrivant dans l’après-midi/soirée jusqu’au dimanche 23 août (après le repas de midi) PROGRAMME envisagé :Lire la suite →

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    Du jeudi 20 août en arrivant dans l’après-midi/soirée jusqu’au dimanche 23 août (après le repas de midi)

    PROGRAMME envisagé :

    • Bilan de l’année écoulée (rapports moral et financier – AG Partie 1)
    • Manifeste de la décroissance en temps de crise et de reprise de la croissance → faire le point sur « l’événement » de l’année et sur le travail effectué par le groupe « Manifeste » à cette occasion
    • Réflexions politiques sur la décroissance : écologie, socialisme et démocratie (par Michel Lepesant )
    • Divers : pacifisme et non-violence, mouvance écologiste…
    • Relations de « plaidoyer » avec les « autres » : associations environnementales et politiques
    • Perspective de la MCD et stratégie pour la suite (AG Partie 2)

    LOGISTIQUE :

    • logement gratuit (dans les 2 cas)
    • possibilité de lits et surtout de tentes dans les 2 cas (pour les tentes, on peut essayer d’en trouver (pour éviter le transport quand on vient en covoiturage ou en train) : gratuit
    • Pour les repas  participation de 10-20 € pour les 3 jours + chacun apporte (au moins) une spécialité de sa région

    Si vous n’arrivez pas à remplir le formulaire, vous pouvez écrire directement à : decroissances@orange.fr

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    Relocaliser pour renforcer l’autonomie alimentaire et limiter le dérèglement climatique http://ladecroissance.xyz/2020/06/14/relocaliser-autonomie-alimentaire-et-dereglement/ http://ladecroissance.xyz/2020/06/14/relocaliser-autonomie-alimentaire-et-dereglement/#respond Sun, 14 Jun 2020 07:34:49 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1888 L’impact de la relocalisation sur le climat s’avère importante avec un quart au niveau mondial et 29% au niveau français. Cependant, elle n’est pas majoritaire, puisque la production d’énergie, l’industrie, l’habitat représentent la majorité la plus importante encore des émissions de CO2. Néanmoins, compte tenu que le transport représente près d’un quart des émissions de CO2, la relocalisation contribuera à leur diminution et permettra plus d’autonomie économique et gouvernementale.Lire la suite →

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    RELOCALISER POUR RENFORCER L’AUTONOMIE ALIMENTAIRE DES VILLES ET LIMITER LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

    La crise du coronavirus montre la fragilité des villes dans leur approvisionnement alimentaire. A cause de cela, certains produits de première nécessité manquent dans certains magasins d’occident, un peu comme autrefois dans les magasins de l’Union soviétique ! Or, développer des villes plus résilientes au plan alimentaire, économique et écologique suppose de repenser l’urbanisme et de l’aménagement du territoire dans une perspective de relocalisation. C’est pourquoi,  les petites villes ou les gros villages sont l’avenir de l’urbanisation future. Créer de petites villes renforce aussi la démocratie. Diminuer les distances d’approvisionnement des communes permet à la fois plus d’autonomie et de réduire les déplacements, donc de limiter le réchauffement climatique. Les surfaces cultivables diminuent avec l’urbanisation croissante. L’efficience consiste à cultiver la majorité des terres agricoles à la périphérie de la ville et à placer de petites zones boisées en ville. Ralentir les villes s’avère aussi une des dimensions des politiques de relocalisation.

    L’urbanisme écologique doit donc choisir notamment entre : le retour à la terre vers de grands villages ou l’agrandissement des petites villes ; la densification urbaine ou la végétalisation ; le développement de l’agriculture ou de la foresterie ; l’implantation de la végétation dans les villes ou autour d’elles.

    On observe des expérimentations pour rendre les villes plus autonomes au plan alimentaire. Ainsi, depuis plusieurs années il y a une pratique croissante du maraichage dans les villes, notamment grâce au mouvement des « incroyables comestibles » ou de « guérilla végétale »… C’est d’une certaine façon un retour aux anciens jardins ouvriers. Cependant, auparavant il s’agissait surtout d’un complément alimentaire, alors qu’à présent cela vise prioritairement une plus grande autonomie alimentaire des villes dans une perspective plus écologique. Cet engouement s’explique, selon l’environnementaliste Roland Vidal, par trois sources d’inquiétude : 1) « la qualité sanitaire des denrées alimentaires » en réduisant les distances et en améliorant la connaissance des producteurs par plus de transparence et de lien social, 2) « la sécurité de l’approvisionnement », à l’heure ou les ressources du pétrole diminuent progressivement et 3) « l’impact environnemental»[1].

    Cependant, l’action actuelle de ces mouvements militants s’avère seulement un minuscule supplément à la production agricole importée de la campagne vers les villes. Car dans les grandes villes, l’immense majorité de l’alimentation proviendra toujours des champs de céréales et de maraichage sur de plus grandes surfaces loin des villes. Car les micros-espaces maraichers dans la ville ne suffiront jamais à alimenter l’ensemble de la population d’une ville. D’autant plus, que cette dernière trouve sa cohérence et son intérêt sociétal et écologique, dans un minimum de densité des habitations. En effet, selon l’agronome Carl Gaigné, pour nourrir une ville comme Paris avec ces 2 millions d’habitants et c’est 105,40 km2, cela nécessite « trois millions d’hectares, soit six fois plus que la région Ile de France en comporte. Donc même si l’on rapprochait les lieux de production au plus près de la ville, il faudrait quand même parcourir environ 200 à 300 km pour nourrir toute la population de Paris[2]. Or, c’est grâce aux développements des transports, auparavant, grâce aux chemins de fer, que « les parisiens très mal nourris au XIXe siècle ont beaucoup mieux mangés ». Par conséquent, plus les villes sont petites, plus elles diminuent leur empreinte carbone. Par contre, si elles deviennent des villages, alors elles perdent leur autonomie globale, vis à vis des autres services. Sauf, à revenir à mode de vie paysan avec une perte de la diversité et de la qualité au plan de l’industrie et des services, l’école, la santé, l’industrie, la culture, les loisirs…

    Les petites villes ou les gros villages sont l’avenir de l’urbanisation future. Au travers de l’empreinte carbone et écologique, la crise environnementale pousse à la prise de conscience d’une nouvelle organisation des déplacements et de l’habitat. Or les choix urbanistes n’ont pas seulement une fonction pratique, ils contribuent à modifier le paysage urbain, mais aussi rural.

    Dans les communautés traditionnelles, les relations sociales étaient facilitées par la taille relative des villages. Cependant, cela pouvait devenir aussi relativement étouffant ou sclérosant. Aussi, les décroissants souhaitent que la solitude individualiste des mégalopoles soit remplacée par plus de relations sociales, grâce à la création petites villes ou de grands villages.

    Cependant, créer une multitude de maisons et de villages dans les campagnes, n’est pas viable à long terme, car cela suppose d’importants déplacements entre les villages et/ou la ville la plus proche. Seule une autonomie quasi complète, sur le plan économique, social ou relationnel permettrait d’éviter les déplacements en excès, ce qui semble assez difficilement envisageable à présent.

    Pourtant on estime que « que 80% du travail d’autrui consommé par un individu est produit dans un rayon de 20 km autour de lui »[3]. La vie se révèle donc en réalité largement locale, mais la mondialisation tend à nous en écarter de plus en plus créant une perte d’autonomie et des dégâts écologiques. En effet, sur le plan de l’empreinte écologique et carbone, l’excès de déplacement a un coût important (pétrole, CO2, extraction des métaux pour la production du véhicule…). Il en est de même pour l’idée d’avoir chacun sa maison individuelle avec jardin. Pour ces différentes raisons aussi économiques, l’humanité va progressivement chercher à minimiser le coût écologique de son habitat et de ses déplacements, en favorisant le développement de gros villages ou de petites villes.

    La taille idéale d’une ville était de 30 000 habitants selon Platon. A sa suite, le jeune Aristote, affirme dans L’Éthique à Nicomaque que « Si 10 hommes, en effet, ne sauraient constituer une Cité, cent mille hommes ne sauraient non plus en former une », car ils ne peuvent plus converser entre eux  (IX, 9, 1170, b31). Le philosophe grec Takis Fotopoulos reprend cette conception et envisage aussi de se limiter à de petites villes. Il s’agirait pour lui de créer « une « fédération de dèmoï« , c’est à dire de petites unités homogènes de 30 000 habitants environ. Ce chiffre permet, selon lui, de satisfaire localement la plupart des besoins essentiels. Contrairement aux idées reçues, la taille ne serait pas un « déterminant exclusif ni même décisif de la viabilité économique »[4]. Il faudra probablement, précise-t-il, « morceler en plusieurs ‘’dèmoï’’ de nombreuses villes modernes étant donné leur gigantisme »[5]. En deçà de cette limite, les habitants peuvent traverser leur ville à pied sans devoir prendre un bus ou une voiture ; ils se rendent en quelques minutes à l’école, au marché, à la bibliothèque ou au centre médical. Or, à l’inverse, « des millions de gens commencent à se déplacer. Attirés par les lumières de la ville, ils désertent les zones rurales et vont se déverser dans la grande ville où ils provoquent une croissance pathologique »[6].

    La cité-jardin est une ville de taille analogue à celle de Platon et de Fotopoulos. C’est une idée de l’urbaniste britannique Ebenezer Howard, dans son livre « To-morrow : A peaceful path to real reform » de 1898. Cette utopie démocratique locale rejoint les idées de la plupart des penseurs d’une démocratie écologique, comme l’anarchiste Murray Bookchin. « Il n’est pas totalement absurde », écrit ce dernier, « de penser qu’une société écologique puisse être constituée d’une municipalité de petites municipalités, chacune desquelles serait formée par une « commune de communes » plus petites (…) en parfaite harmonie avec leur écosystème »[7]. « Cela rejoint la voie tracée par le mouvement des  » villes lentes  » (Slow City), à la suite de celui des Slow Food. Il s’agit d’un réseau mondial de villes moyennes qui limitent volontairement leur croissance démographique à 60 000 habitants »[8].

    En revanche, le célèbre économiste Schumacher, auteur du best-seller « Small is beautiful » fixe la limite bien au dessus ! Il estimait que 500 000 habitants devraient être une limite supérieure, au-delà de laquelle une cité n’est plus vivable. Cependant, cette taille correspond à des villes, telle Lyon et Toulouse, qui s’avèrent 16 fois plus nombreuses que la limite des villes selon Fotopoulos. Or, il s’agit respectivement de la 3e et 4e ville les plus grandes de France, donc cela parait trop important, car pour la France ce serait un statu quo, voire une pression à plus de croissance pour la majorité des villes.

    Depuis 2009, Siemens et The Economist ont créé un index des villes vertes européennes. Leurs critères ne sont pas vraiment ceux des écologistes radicaux, puisque les trois villes qu’ils ont élues les plus vertes sont des villes de moins d’1 million d’habitants, mais avec une démographie située entre 960 000 hab. pour Stockholm et 600 000 hab. pour Oslo et Copenhague. A titre de comparaison, Paris intra-muros compte 2 millions d’habitants. En revanche, cet index n’a pas élu de villes de plus d’1 million d’habitants, car elles permettent néanmoins, « d’effectuer des déplacements plus courts » et « plus doux », telle « la marche et le vélo ». Leur évaluation est fondée sur une 30e d’indicateurs en 8 catégories : émission de CO2, énergie, bâtiment, transport, eau, gestion des déchets, qualité de l’air, gouvernance environnementale. Cet index ne prend pas en compte, le critère de la qualité de vie culturelle, ni les opportunités professionnelles, puisqu’il est centré seulement sur l’environnement. « Il existe aussi une forte corrélation plus forte encore, avec le niveau de richesse (…), car elles peuvent plus puissamment investir dans des infrastructures écologiques efficientes » souligne Julien Damon[9]. En revanche, si l’on sélectionne uniquement le critère de l’empreinte carbone ou écologique, ces trois grandes villes élues villes vertes, n’auraient pas un bon classement. En particulier à cause du nombre du nombre d’habitants. Car cela nécessite des transports de denrées agricoles de provenance très éloignés de la ville, d’environ 100 à 150 km au moins. Puisque, comme l’a calculé Gaigné pour Paris, avec ces 2 millions d’habitants, cela suppose le double de distance[10]. De plus, la trop forte densité de population nécessite la construction d’infrastructures de transport des habitants, tels les métros profondément enfouis sous terre, qui engendre une empreinte carbone et écologique très importante. Trop de densité de population, accroit les infrastructures à l’excès et donc l’empreinte écologique. Par contre, trop peu de densité, limite l’autonomie économique, donc pousse vers plus de déplacement à l’extérieur de la ville, par exemple pour aller travailler, ou pour les loisirs…

    A la lumière de ces différents indicateurs, il nous semble que les propositions de limitation de la taille de villes, qui semblent les plus réalistes au plan écologique et socio-économique varient entre 30 000 habitants (l’équivalent de la taille de la ville de Dole dans le Jura) et 60 000 habitants, telles les villes de Chambéry, Niort ou Troyes en 2020.  Ce mode d’organisation relocalisé offre l’avantage de permettre une autonomie socio-économique, mais aussi politique (l’autogestion) et une qualité de vie, du fait de la proximité de la relation à la nature notamment.

    Créer de petites villes renforce aussi la démocratie. Car dans les grandes villes, un petit nombre d’élus et d’experts dirigent un grand nombre de citoyens, à l’inverse des petites villes. Dans ces dernières, le nombre d’élus par rapport aux nombres de citoyens est moins grand, donc ils disposent proportionnellement d’une plus grande probabilité de pouvoir prendre part aux décisions qui les concerne. Le pire est atteint dans les petits villages, par contre ces derniers perdent en autonomie économique, lorsqu’ils ne parviennent pas à la taille minimum de l’autosuffisance économique. Ils sont alors dépendant des infrastructures publiques, sociales et économiques des agglomérations plus grandes autour d’elles. C’est ce qui pousse certains villages à s’insérer dans des communautés de commune. Mais parfois, c’est aussi la loi qui les y oblige dans une perspective d’économie financière dans les gestions des petites communes.

    Pour Paul Ariès, la plus grande autonomie des citadins passe aussi par leur capacité à s’autolimiter, à réduire « l’ubris », la démesure. « Les villes lentes, parce qu’elles n’ont de cesse d’articuler ces stratégies de relocalisation et de retemporalisation, tendent à redonner de la qualité de vie, c’est-à-dire à enfanter un humain plus humain puisque plus autonome, parce que seul capable de s’autolimiter (…). L’éloge de la lenteur est aussi celui du temps nécessaire à la maturation, au doute, à la délibération, au choix. Les habitants des villes lentes mènent donc une réflexion sur la temporalité nécessaire au respect de la démocratie : il faut déjà en finir avec la foi illimitée dans le temps qui vient, que véhicule, par exemple, le scientisme ambiant. La démocratie comme l’éducation a besoin de lenteur. »[11]

    L’initiative des villes en transition vise à développer l’autonomie locale par la relocalisation. Dans cette optique se développe notamment l’initiative des « villes en transition » visant à développer l’autonomie locale par la relocalisation. Elle est née en 2005 à Totnes, une ville de 9 000 habitants au sud-ouest de l’Angleterre et s’est diffusée rapidement dans le monde entier. En 2010 à Ferney-Votaire, dans l’Ain, près de Genève a été créé une initiative locale des « villes en transition.» Les membres se sont organisés en plusieurs groupes autour de la problématique «déchets, recyclage, réparation», « potager synergique.» Ainsi, ils mettent en pratique leurs idées et en plus ils organisent des débats dans leur ville sur ces deux thèmes. L’association « le potager synergique » s’est donnée pour objectif de relocaliser l’alimentation et de reverdir les villes.

    Les surfaces cultivables diminuent avec l’urbanisation croissante. Contre la disparition de plus en plus rapide des terres agricoles liées à l’urbanisation (habitations, zones commerciales, routes, parking…) une « campagne nationale pour la création, la préservation et l’extension des ceintures vivrières autour des agglomérations » une campagne nationale a été lancée en mars 2011 par l’association « Relocalisons.» Car « 54 000 ha de terres agricoles disparaissent, chaque année, en France : l’équivalent d’un département est ainsi englouti sous le goudron et le béton, tous les 7 ans. Ces terres sont remplacées, à 50%, par des maisons individuelles et à près de 20%, par le développement du réseau routier, accompagnant cette expansion. A cela s’ajoute ici un aéroport, là une plateforme logistique pour la grande distribution, une zone commerciale, etc. Le nombre d’exploitations a ainsi été divisé par deux, en 20 ans, tandis que leur surface moyenne a presque doublé (42 à 77 ha) »[12].

    Ce mode d’organisation relocalisée offre l’avantage de permettre une autonomie socio-économique, mais aussi politique (l’autogestion) et une qualité de vie, du fait de la proximité de la relation à la nature notamment.

     Le retour à la terre est-il cohérent avec la relocalisation ? Depuis 1968, on observe un retour à la terre des citadins. Après une pause dans les années 80, ce mouvement est reparti depuis les années 2000. Les personnes qui font ce choix, n’y vont pas seulement pour y habiter, mais aussi pour travailler comme paysans (plutôt que comme agriculteurs exploitants). Ces derniers tentent parfois de développer des Amap ou de la vente de proximité, afin de développer des circuits courts, qui s’inscrivent dans un objectif de relocalisation. Mais comment articuler le retour à la terre (qui engendre un éloignement des villes) et les circuits courts dans les villes en particulier,  qui suppose de développer l’agriculture sur des terres assez proche des villes ? Il a en effet, un double mouvement antagoniste, mais qui peut se résoudre, si ces nouveaux paysans ne partent pas cultiver trop loin des villes. Cependant, il manque souvent de terres disponibles pour ces nouveaux paysans.

    Pour relocaliser la production alimentaire agricole, une des solutions consiste donc dans le retour à la terre, notamment pour développer l’agriculture locale, en accroissant aussi le nombre d’agriculteur. Une autre solution possible pour relocaliser la production alimentaire agricole consiste dans le développement de petites villes autour de nouvelles terres à cultiver par de nouveaux paysans suffisamment nombreux. Cependant, la croissance du nombre d’habitants dans de grands villages contribue néanmoins à accroitre les déplacements. Dans ce cas la croissance des ruraux contribue à accroître la dispersion de l’habitat et donc la distance des déplacements. Ce qui se révèle néfaste à la relocalisation et donc à l’empreinte carbone et écologique.

    Il faut donc prendre en compte, la quantité d’habitant dans les gros villages, la surface des villages, mais surtout la densité d’habitants par km2. Ce n’est donc pas le fait de vivre dans un gros village, plutôt que dans une grande ville, qui se révèle le critère clé de la relocalisation, mais le critère d’autonomie et de densité des habitants au km2 de ces villages. Si ces derniers se révèlent trop petits en nombre d’habitants, ils ne s’avèrent pas autonome économiquement. Par conséquent, les déplacements augmentent pour se rendre au travail et faire ses courses. Si le nombre d’habitants s’avère suffisant pour attendre l’autonomie, mais que l’étendu des villages s’avère importante en surface, alors qu’il n’y a pas suffisamment de densité au km2, les déplacements dans le village s’accroissent aussi.

    En fait, le retour à la terre est bénéfique au plan écologique, si l’empreinte écologique des nouveaux villages ruraux n’est pas supérieure à celle des villes densifiées. Pour y parvenir cela suppose donc que les villages soient majoritairement autonomes économiquement, mais aussi culturellement (loisirs, associations, spectacles…), afin de ne plus être contraint d’utiliser systématiquement son véhicule. Cette orientation s’avère bénéfique au développement d’alternatives agricoles consistant à développer de petites propriétés agricoles à plus forte intensité de main d’œuvre produisant de manière moins polluantes et plus biologiques.

    Il existe donc trois orientations insoutenables au plan écologique : 1) des villes gigantesques laides, polluées et insuffisamment denses, telle Los Angeles, donc avec des temps de transports longs et écologiquement néfastes. 2) Ou à l’inverse des mégapoles urbaines, telle Paris, si denses que leur empreinte carbone et écologique n’est pas soutenable, en particulier à cause du coût des infrastructures de transports en commun, tels les métros. 3) La 3e solution ne s’avère pas soutenable non plus, c’est celle du retour à la terre et du développement de trop petits villages non autonomes et trop distants entre eux ou des grandes villes.

    A l’inverse de ces trois directions, il y existe deux orientations cohérentes susceptibles de se développer simultanément : 1)  Le retour à la terre autour de gros villages autonomes ou 2) de petites villes autonomes produisant en circuits courts économiquement, des villes qui soient denses, diversifiées, belles et végétalisées.

    L’efficience consiste à cultiver la majorité des terres agricoles à la périphérie de la ville et à placer de petites zones boisées en ville. C’est la gestion la plus efficiente des déplacements en ville, tout en gardant un environnement fondé sur la beauté de la nature. En effet, si le fait de cultiver en ville diminue les distances entre le producteur et le consommateur, donc l’émission de CO2, en revanche, cela accroit le périmètre de la ville, donc les temps et les distances de déplacements en son sein et donc les émissions de CO2 ou les dépenses d’énergie électrique. Or, la quantité de déplacements des citadins s’avèrent plus importants, que celle des agriculteurs, principalement parce qu’ils sont moins nombreux. Donc, il faut mieux que les agriculteurs placent leur terrain à la périphérie des villes et non dans les villes. Cela n’empêche pas que quelques citoyens militants écologistes, ensemencent les micro-espaces de terre entre deux routes ou deux trottoirs, à la fois dans le but de reverdir la ville, de développer l’alimentation de proximité et de reconquérir des surfaces en friche pour l’alimentation. Cela à aussi des vertus de sensibilisation des citadins, dans un but éducatif et militant. De plus, cela permet de se sensibiliser la population aux enjeux écologiques et agricoles liés à l’urbanisme et aux transports. Dans cet optique, il y a par exemple aussi le mouvement des « incroyables comestibles », qui vise par ailleurs à partager le produit de leur culture, dans une perspective de gratuité, donc de solidarité.

    Cependant, si l’a diminution des transports des produits des champs qui s’avèrent éloignés des villes réduit le CO2, cela réduit aussi la diversité alimentaire, puisqu’il est plus difficile de s’alimenter avec des produits non locaux. Pour les parisiens, c’est donc se priver « des tomates de Marmande, de melons de Cavaillon, des abricots du Roussillon » avertit l’environnementaliste Roland Vidal. Il privilégie donc plutôt un « accroissement de l’efficacité énergétique d’un produit », mesuré grâce à « l’analyse de cycle de vie ». C’est « un processus d’évaluation par lequel on mesure l’ensemble des impacts environnementaux d’un produit ». Il ajoute qu’il faudrait aussi accroitre l’efficacité énergétique des transports, afin de diminuer les émissions de CO2[13]. Ce dernier ne doit pas être éludé, cependant, les partisans de la relocalisation écosolidaire, qui place en priorité le « locavorisme », c’est à dire la nourriture cultivée localement, dans le calcul de l’empreinte carbone et écologique. Mais c’est aussi pour des raisons d’autonomie économique et démocratique.

    De plus, les villes trop grandes génèrent trop de déplacements. Damon explique que cela engendre, donc des inégalités entre les habitants, les plus riches ou les plus diplômés, qui peuvent habiter au centre ou non loin du centre et les plus pauvres. C’est à dire la main d’œuvre non qualifiée ou moins diplômé, tel le personnel d’entretien, ou les secrétaires, qui sont contraints d’habiter à la lointaine périphérie à cause du coût prohibitif des loyers ou du prix du mètre carré. « Le défi social, permettre la cohabitation d’habitants différents » pointe justement Damon[14]. La croissance de la taille des villes accroit les déplacements, donc les émissions de CO2, la pénibilité du travail et les inégalités sociales. Il y a donc une course incessante aux salaires entre les villes pour attirer le personnel le plus compétents. Or, cela accroit encore les inégalités. De même que la mixité sociale des quartiers entre les classes sociales représente un enjeu pour les villes. Il s’avère d’autant plus difficile à surmonter qu’elles s’agrandissent. D’ou la nécessité d’en limiter la taille par des choix politiques nationaux et locaux.

    Dans une perspective de relocalisation écosolidaire, les critères qui président au choix d’un type de production agricole et à son lieu d’implantation, peuvent être la distance, l’efficacité énergétique, l’autonomie, la sécurité sanitaire, la culture, la solidarité et bien sur le prix. En effet, la dimension financière reste importante, à moins de disposer de crédits illimités. Or, cela impliquerait des salaires très conséquents, donc une empreinte écologique insoutenable. 

    Ralentir les villes s’avère donc une des dimensions des politiques de relocalisation. Dans perspective, il est plus rationnel de placer les zones agricoles et la végétation non agricole à la périphérie de la ville. Il s’agit d’une des questions concrètes qui se posent dans les politiques de densification dans un perspective écologique, de transport publics, mais aussi d’intensité sociétale…

    Il faut parvenir équilibrer le développement de la densité urbaine et la végétalisation des villes. Pour cela, il est plus rationnel de placer principalement les terrains agricoles autour de la ville et non dans la ville. Cela n’empêche pas de faire un peu de maraichage en plantant quelques légumes, dans les micros-surfaces, des jardins privés ou collectifs, autour des arbres et des parcs situés dans la ville. Cependant, les parcs forestiers urbains s’avèrent préférables, car ils permettent mieux de développer, d’esthétique urbaine végétale, par la beauté du végétal et donc la qualité de vie. Ils sont plus efficients dans la diminution de l’empreinte carbone des citadins. De plus, un parc avec de grands arbres confère plus d’ombre, de fraicheur et de beauté, que la culture agricole d’une rangée de poireaux ou de choux par exemple.

    L’impact de la relocalisation sur le climat s’avère importante avec un quart au niveau mondial et 29% au niveau français. Cependant, elle n’est pas majoritaire, puisque la production d’énergie, l’industrie, l’habitat représentent la majorité la plus importante encore des émissions de CO2. Néanmoins, compte tenu que le transport représente près d’un quart des émissions de CO2, la relocalisation contribuera à leur diminution et permettra plus d’autonomie économique et gouvernementale.

    Par Thierry Brugvin, Sociologue

     

     

    [1] VIDAL Roland, « Comment nourrir les villes ? » in Quelles villes pour demain, Sciences Humaines, mars 2020.

    [2] GAIGNE Carl, Urbanisation et durabilité des systèmes alimentaires, Rapport DuAline, INRA-CIRAD, p.97-112, 2011.

    [3] PICARD Jacques, Territoires n°431, octobre 2002.

    [4] FOTOPOULOS Takis, Vers une démocratie générale, Une démocratie directe écologique et sociale, Seuil, Paris, 2002. p. 115.

    [5] FOTOPOULOS, 2002, p. 215

    [6] SCHUMACHER

    [7] BOOKCHIN Murray, cité par MAGNAGHI Alberto, Le projet local, Editions Mardaga, Liège, 2003.

    [8] LATOUCHE Serge, Le pari de la décroissance, 2006.

    [9] DAMON Julien, « La qualité de vie, une compétition mondiale », Quelles villes pour demain ? Sciences humaines, mars 2020, p. 66.

    [10] GAIGNE Carl, 2011.

    [11] ARIES Paul, « Un Frein à la vitesse », Relations, n° 702, août 2005.

    [12] RELOCALISONS, Campagne nationale pour la création, la préservation et l’extension des ceintures vivrières autours des agglomérations, http://relocalisons.wordpress.com/

    [13] VIDAL, 2020, p. 60

    [14] DAMON, 2020.

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    Bulletin trimestriel n°1 – 2020 http://ladecroissance.xyz/2020/05/23/mcd-bulletin-dinformation-associatif-1er-trimestre-2020/ http://ladecroissance.xyz/2020/05/23/mcd-bulletin-dinformation-associatif-1er-trimestre-2020/#respond Sat, 23 May 2020 11:04:13 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1869  Bulletin trimestriel n°1 – 2020 Actualités de la MCD → Le confinement a été l’occasion pour la MCD de fournirLire la suite →

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     Bulletin trimestriel n°1 – 2020

    Actualités de la MCD

    Le confinement a été l’occasion pour la MCD de fournir un gros travail d’analyse de ce moment. A cette occasion de nombreux contributeurs ont écrit des textes, publiés sur le site de la MCD.

    Mais surtout, la MCD et deux de ses membres fondateurs, Thierry Brulavoine et Michel Lepesant, ont porté un projet de tribune, intitulée « Confinement : en demi-résonance avec notre décroissance ». Ouvert à la signature des intellectuel.le.s, universitaires, militant.e.s du réseau francophone décroissant, elle a fait l’objet d’une publication au sein du quotidien Libération, en contre-point notamment aux textes de Laurent Joffrin et de Paul Ariès parus précédemment dans le même journal. Cette tribune représente une étape importante pour la MCD : c’est un texte équilibré, écrit par et pour les décroissant, ce qui nous a permis d’obtenir plus d’une trentaine de signatures, françaises, mais aussi de nos amis belges et suisses. Ce type de réussite commune constitue depuis sa fondation l’un des premiers objectifs de la Maison commune : ce qui est une bonne nouvelle pour tous les décroissants.

    La tribune, ainsi que l’article « Le monde qui s’installe n’a rien d’une utopie c’est un cauchemar » ont été pas mal relayés sur Internet, comme en témoigne cette revue de presse.

    Le travail en commun ne s’arrête pas à cette tribune : depuis des semaines, une partie des membres de la Mutuelle de la MCD (groupe chargé de la rédaction du contenu idéologique et du noyau philosophique) s’active pour produire un texte commun d’analyse de la situation d’un point de vue décroissant.  

    Vie associative de la MCD

    Malheureusement nous avons dû annuler les rencontres entre membres prévues au printemps ! Mais ce n’est que partie remise et pour le moment, nous continuons le « télé-militantisme» !

    La MCD s’est récemment dotée d’une page Facebook et d’un compte Youtube. Malgré les limites évidentes de ces réseaux et du « tout numérique », c »est un choix assumé dans l’optique d’accroître la visibilité de la décroissance.

    Nous mettons régulièrement à jour le site, pour le rendre toujours plus lisible et intéressant. Vous pouvez dorénavant accéder à des articles par « dossiers » : Covid-19, Gilets Jaunes, la technique, extractivisme

    (F)estives 2020 1Les (F)estives, c’est l’événement annuel qui nous permet de penser la décroissance et d’élaborer son noyau philosophique. Autour d’un sujet, nous procédons à des interventions longues, des discussions lentes, des débats de fond, dans l’optique d’ouvrir les possibles et de produire des positions clivantes et identifiantes suivies de propositions d’actions concrètes ; dans un climat général de convivialité, de bienveillance et de festivité : projections, musique, théâtre, et autres activités sérotinales… .

    Nous avons dû annuler les (F)estives après trois mois de travail sur son organisation pratique et son contenu idéologique. Compte-tenu du contexte, il nous semble peu probable de pouvoir organiser cet événement en juillet. Nous réfléchissons actuellement à ce que nous pourrions faire « à la place » ou plus tard.

    → Les premiers mois de l’année avaient en effet été consacrés à la préparation des (F)estives. Elles auraient dû avoir lieu du 9 au 12 juillet à la MFR de Mauriac, dans le Cantal.

    Thème des (F)estives

    Thème retenu : « Notre relation à la Nature est une question politique ». Ces trois dernières années, nous avions réfléchi à une critique politique radicale de l’individualisme en nous questionnant sur « le sens de la vie » (2017), le « sens de la technique » (2018) et le « sens de l’histoire » (2019), sans jamais perdre de vue la dimension politique de ces questions. Ce triptyque est désormais clôturé.

    → Penser notre relation à la Nature en ouvre un nouveau, qui s’articule avec deux autres réflexions autour de « notre rapport à la démocratie » et « notre rapport à la société, aux autres ». Quelle pourrait-être notre relation à la Nature en tant que décroissants ? Quelle définition pouvons-nous en donner ? Ni stock de ressources exploitables économiquement rentable, ni déesse-mère à adorer : notre objectif est d’ouvrir une voie entre l’anthropocentrisme, qui sépare radicalement l’homme de la nature et de l’animalité et nous rend maîtres de cette nature, et la déification de la Nature, où l‘être humain lui-même ne serait qu’une ressource parmi d’autres. Vers un humanisme renouvelé donc, où les hommes ne sont pas le centre de la nature, bien que cela soit toujours dans une perspective humaine qu’ils s’en inquiètent.

    → Ce travail semblait d’autant plus pertinent dans le contexte actuel de pandémie mondiale, qui vient mettre en lumière l’absurdité de notre rapport à la Nature et au vivant, la fragilité de nos démocraties, l’importance de la vie en commun et de la lutte contre l’individualisme. Il est nécessaire de politiser ces questions et de s’en emparer pour ne pas se faire confisquer la réponse à apporter à cette crise par ceux qui ne souhaitent qu’une chose, que tout continue comme avant.

    Références   [ + ]

    1. Les (F)estives, c’est l’événement annuel qui nous permet de penser la décroissance et d’élaborer son noyau philosophique. Autour d’un sujet, nous procédons à des interventions longues, des discussions lentes, des débats de fond, dans l’optique d’ouvrir les possibles et de produire des positions clivantes et identifiantes suivies de propositions d’actions concrètes ; dans un climat général de convivialité, de bienveillance et de festivité : projections, musique, théâtre, et autres activités sérotinales…

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    Expérience sensible et vécue du confinement en ville – Pour une ville vivable http://ladecroissance.xyz/2020/05/23/experience-sensible-et-vecue-du-confinement-en-ville-pour-une-ville-vivable/ http://ladecroissance.xyz/2020/05/23/experience-sensible-et-vecue-du-confinement-en-ville-pour-une-ville-vivable/#respond Sat, 23 May 2020 09:44:30 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1860 Pour pouvoir aimer son territoire, il faudra d'abord qu'il soit rendu habitable et non pas circulableLire la suite →

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    A l’annonce du confinement, une grande partie des citadins, notamment les Parisiens, se sont empressés de quitter la ville pour la campagne. Quand on y travaille plus, qu’il n’y a plus de sorties culturelles, de loisirs,de vie sociale envisageables, que nos possibilités de déplacements sont restreintes et que nous sommes contraints de rester chez nous, il est comme apparu que la ville n’a rien de vivable, et aucun avantage par rapport à la campagne ou des environnements semi-urbains. Ne plus travailler, prendre son temps, ne plus avoir d’impératifs horaires, de rentabilité, ni d’activités, cela ressemble aux vacances, et à moins de les passer à l’étranger, on préférera toujours un petit coin de verdure et d’air pur pour ce genre d'(in)activité. La ville ne semblait donc pas à première vue un lieu accueillant et bienveillant pour ce nouveau genre de mode de vie que la pandémie nous imposait. Avec mon compagnon, nous avons pourtant fait le choix d’y rester.

    Nous sommes tous deux issus de familles campagnardes, ce qui signifie qu’en rentrant chez l’un ou l’autre de nos parents, nous aurions profité de l’espace offert par une maison, un grand terrain, des randonnées en forêt (même en restant dans le périmètre des 1 kilomètre !), d’activités de jardinage etc… : le rêve de tout confiné ! Nous ne l’avons pas fait, et sommes restés dans notre appartement au 4ème étage d’un ensemble résidentiel de taille modeste 1Nous vivons à Caen, en Normandie. Toutes ces précisions visent à souligner que notre situation est particulière et que mon analyse du confinement en ville aurait peut-être était très différente si j’avais été seule, ou avec 4 enfants, ou en logement individuel, ou en banlieue etc…, en partie parce qu’au départ nous ne prenions pas bien au sérieux la pandémie, et que nous pensions que « tout ça » n’allait pas durer. Nous nous trompions sur toute la ligne, et quand nous nous sommes aperçus que cela durait bel et bien, nous avons commencé par regretter notre choix… mais il était trop tard pour faire machine arrière. Puis, en vivant le confinement de bout en bout, en s’adaptant à la situation et en cherchant à apprivoiser notre nouveau quotidien, il m’est apparu que nous avions finalement bien fait de rester, car c’est en ville que « ce temps suspendu » du confinement a été sans doute le plus marqué. C’est en ville que les changements ont été les plus perceptibles, car rien ne ressemble moins à un « mode de vie citadin » (avec tout l’implicite que cela comporte : vitesse, bruit, sorties, rythme de vie endiablé, et… week-end de ressourcement à la campagne), que ce que nous vivons aujourd’hui.

    Aurions-nous la chance d’avoir enfin aperçu ce que pourrait être une ville dans une société différente ? En tout cas, nous avons indéniablement vécu dans une ville respirable, arpentable, habitable, en deux mots : enfin vivable. Et nous la regretterons.

    RESPIRER

    Respirer. C’est sans doute ce qui a été le plus évoqué dans les médias. Mais c’est tellement vrai, que je ne peux m’empêcher d’y revenir brièvement. Pendant le confinement, la ville a déménagé à la campagne : on capte des fragrances de jasmin et de cerisiers en fleur, l’effluve chatouillant de l’herbe tondue, et encore plus étonnant : l’odeur envoûtante et si particulière de la pluie d’orage, si immédiatement associée pour moi à une enfance à la campagne, mais certainement pas à la vie citadine. Mais ce sont également les « autres sens qui respirent ». L’ouïe d’abord : la ville est silencieuse. C’est une expérience acoustique inédite. Le paysage sonore est totalement modifié, on n’entend plus les voitures, les échos des chantiers, les avions, les bruits liés aux rassemblements humains. La « rumeur des villes », ou moins poétiquement la pollution sonore, a soudainement disparu pour laisser place au silence, aux chants des oiseaux, au bruissement du vent et au martèlement de la pluie sur les toits, ainsi qu’aux… voix des voisins ! Tondeuses et débroussailleuses, musique qui s’échappe par les fenêtres, rires et jeux des enfants… Subir moins de bruits nous les rend plus acceptables et nous fait sentir que nous vivons, pour une fois, ensemble, j’y reviendrai. Pourquoi est-ce si important de relever « cette respiration générale », qui passe désormais pour un lieu commun du confinement ? Pour la simple et bonne raison que cela peut avoir des conséquences sur notre conception de la vie. Nous nous rendons compte, dans nos sens et « notre chair », de ce que signifie la biodiversité, la cohabitation avec le vivant. Nous prenons conscience de ce que la nature nous apporte. Dépossédés de nos multiples contacts sociaux, nous réalisons la présence d’autres espèces et habitants du monde. Le confinement, la solitude, les conditions environnementales propices suscitent une certaine attention aux formes de vie animales et végétales autour de nous, et à leur importance 2https://reporterre.net/Le-confinement-un-repit-pour-les-animaux-sauvages. Mais cela aura tôt fait de disparaître, avec le « retour à la normale » (l’anormal?)… Peut-être d’aucuns en auront quelques regrets de déconfinés ?

    Et pour finir, si j’ose filer la métaphore jusqu’au bout, « notre vue respire » : plus besoin de se concentrer sur nos pieds pour éviter les passants pressés, les automobilistes impatients, les trottoirs souillés lorsque nous nous promenons… La ville est enfin devenue arpentable.

    ARPENTER

    Comme le souligne les auteurs du petit livre « Désobéir à la voiture », notre société affectionne plus que tout le mouvement, synonyme de dynamisme, de performance et de modernité. Or, l »histoire des villes est inséparable de cette histoire de la vitesse. Au XXème siècle, leur configuration repose sur des transports rapides, individuels ou collectifs, et une dissociation spatiale entre les lieux de résidence et de travail. Cet état de fait, ainsi que les innovations en matière de transports, ont eu un impact sur l’aménagement du territoire urbain : la voiture s’est imposée en zone urbaine au détriment d’autres modes de déplacements dits « doux » (transports en commun, vélo, marche à pied). Elle a littéralement envahi l’espace urbain. Or, comme le souligne André Gorz, « une bagnole, de même qu’une villa avec plage, n’occupe-t-elle pas un espace rare ? Ne spolie-t-elle pas les autres usagers de la chaussée ? ». La ville s’est adaptée à la voiture, « il a fallu que chacun puisse stationner à son aise, rouler à son aise en ville et partir en même temps que tous les autres, à 150 km/h sur les routes du week-end ou des vacances […] la généralisation de l’automobilisme individuel a évincé les transports collectifs, modifié l’urbanisme et l’habitat et transféré sur la bagnole des fonctions que sa propre diffusion a rendu nécessaire. » On a donc multiplié les voies (radiales, aériennes, circulaires) ce qui a eu pour effet de démultiplier l’usage de la voiture. Aujourd’hui, elle est partout en ville. Résultat : elle l’a rendue inhabitable. On a beau avoir toutes les bonnes raisons d’y vivre, proximité des commerces et des écoles, offre culturelle, associative et de loisirs, activité politique et militante, gisement d’emploi…. plus elle est grande et urbanisée, donc colonisée par la voiture, plus la ville est vécue comme un enfer dont il faudrait s’échapper le plus souvent possible pour se ressourcer 3Bosquet Michel, « L’idéologie sociale de la bagnole », in Écologie et politique,  Arthaud Poche, 2018..

    Ce développement urbain axé sur la voiture a eu des effets indésirables sur la promenade urbaine : marcher en ville, c’est devoir surveiller en permanence le flot urbain, les feux, c’est subir le bruit, l’odeur, les interruptions permanentes pour permettre aux voitures de circuler… La séparation des circulations automobiles et piétonnes ont érigé autant de « barrières urbaines » qui rendent difficiles les déambulations piétonnes. Or, ce que la voiture nous a pris, le confinement nous l’a en partie rendu. Par sa raréfaction, l’espace urbain n’est plus hostile au marcheur , ces désagréments ont presque totalement disparu.

    Marcheurs dans la ville Carrefour vide
     Marcheurs dans une ville vide     Carrefour habituellement très fréquenté

    Mais la mutation opérée est plus profonde. En se promenant en temps de confinement c’est notre statut qui a changé : de passants nous sommes passés dans un premier temps à flâneurs. Guidés par ces nouvelles ambiances urbaines nous avons d’abord retrouvé le sens de la déambulation et de la flânerie et l’enthousiasme pour les découvertes qu’elles permettent. Loin de la visite guidée du touriste, elles provoquent une qualité d’attention particulière à ce qui nous entoure. Les perceptions sensorielles s’en trouvent modifiées également : nous percevons différemment le cadre urbain lorsque nous ne sommes plus préoccupés à « assurer notre survie » en évitant les voitures. Nous faisons d’autant plus l’expérience du paysage, du bâti, de l’architecture et de ses bizarreries. Ces promenades font appel autant au pied qu’à l’œil, notre regard est mobilisé pour apprécier et juger la beauté de ce qui nous entoure, ce qui nous fait réaliser que malheureusement les villes sont souvent construites pour ne pas être regardées. Au fur et à mesure du confinement, nous avons croisé de plus en plus de flâneurs, ce qui signifie que nous n’étions pas les seuls à en apprécier les bienfaits. Mais à force d’explorer notre rayon de 1 kilomètre à raison d’une heure par jour, nous sommes passés de la déambulation à la marche, et de la figure du flâneur à celle du marcheur, pourtant plus encline à se développer le long de beaux sentiers de randonnée en forêt. A force de prendre ces « raccourcis qui rallongent », de « mesurer en tournant indéfiniment le même territoire, en le parcourant lentement pas à pas, à l’affût d’une surprise du dehors » 4Favre Isabelle, « Martin de la Soudière, Arpenter le paysage. Poètes, géographes, et montagnards » in Études rurales 2019/2, n°204. un rapport intime s’est établi entre les marcheurs que nous étions et la ville. En marchant, nous investissons l’espace public. En arpentant, on acquiert la ville, non pas à travers la lecture d’un livre ou par la conférence savante d’un guide touristique, mais en faisant et défaisant le même parcours, et en modifiant ainsi la conception et la perception des espaces qui nous entourent. La ville confinée se présente comme un espace non fragmenté, plus circulaire et devient par là beaucoup plus marchable : terme affreux qui reste cependant un bon indicateur de la nécessité de se référer au pas humain comme « mesure de la mesure ».

    De plus, ces distances parcourables à pied nous permettent de maîtriser le territoire sur lequel on vit bien trop souvent « hors-sol ». Elles favorisent les rencontres et les rapprochements, et par-là, le développement du sens de la communauté : en un mot, elles nous permettent d’habiter.

    HABITER

    Pour celles et ceux qui ont choisi ou ont été contraints de rester dans leur « résidence habituelle », il est clair que le temps passé chez soi n’a jamais été aussi élevé. Même pour les personnes qui ont continué à travailler « sur site », il a fallu faire face à cette situation inédite : l’ensemble du temps libre à occuper à la maison. Il a donc bien fallu « habiter ».

    Ivan Illich souligne qu’avec la défense du droit au logement nous avons perdu le « pouvoir d’habiter » 5Illich Ivan, « L’art d’habiter » in Dans le miroir du passé, Descartes et Cie, 1992.. Dans les sociétés industrielles, habiter est considéré seulement comme l’expression de la nécessité à dormir sous un toit, comme le besoin culturellement défini d’être abrité. Cela a conduit à la production massive de logements préfabriqués que Illich nomme « casiers de résidence », dont le seul critère de distinction valable réside dans le nombre de mètres carrés accessibles. Le « logé », terme qu’il oppose à « l’habitant », n’a aucun contrôle sur la phase d’élaboration et de construction du « produit de consommation » qu’il occupera ensuite sans jamais « y inscrire de trace » 6ibid.. Or, l’art d’habiter fait partie de l’art de vivre, qui passe par l’appropriation du milieu de vie, celui-ci étant à la fois un espace de création et d’expression, où l’habitant prend place et exerce sa liberté. Dans l’état actuel des choses, il lui est en réalité impossible d’inventer, de créer ou de modifier son habitat, il est seulement un pur consommateur de logement. Les solutions de rejet actif, toujours pratiquées selon le principe du commun et de l’action collective, seraient alors :

    • les pratiques d’occupations illégales
    • la réappropriation légale de bâtiments ou d’espaces publics
    • l’autoconstruction

    Là seul réside la reconquête véritable de l’art d’habiter. Or, le confinement, qui nous contraint à vivre là où l’on habite, et à y expérimenter toutes toutes les expériences habituellement éclatées entre différents endroit : vivre, manger, se divertir, dormir, travailler, s’éduquer, en un seul point ,permet à mes yeux une forme de réappropriation de l’art d’habiter, au moins à la marge, car il produit des situations vécues inédites. Au sein d’un habitat collectif, en ville, j’ai pu observer non pas l’intérieur mais l’extérieur, et m’attarderai donc non pas sur la dimension individuelle de « l’habiter » mais sur sa dimension collective. C’est dans cette dimension collective et par cette fréquentation des extérieurs que pour moi il y a eu une forme de réappropriation de l’habitat lors du confinement : par une expérience du lieu et du lien.

    Expérience du lieu. L’importance des espaces extérieurs et des « seuils »

    Là encore, le contexte a son importance. Nous vivons au sein d’un espace résidentiel, non privé. Comme en témoigne le plan ci-dessous, l’espace qui entoure nos blocs résidentiels est un espace hybride, « un extérieur qui est un intérieur », et l’inverse. C’est un dehors, et c’est un dedans 7Besse Jean-Marc, « Voisinages », in Annales de Géographie, 2015/4, n°704..

    Plan

    En temps de confinement 8Et par extrêmement beau temps, surtout sous les cieux normands, d’habitude moins cléments…, des activités qui se développaient habituellement au sein des logements ou carrément hors de chez-soi, ailleurs en ville, en « sortie », se sont déployées dans cet au-dehors « privé » : jeux des enfants, yoga, lecture, sport individuel (et quelques fois en « groupe » malgré « l’interdiction »), repas, conversations entre proches 9Il n’est pas rare de vois ce genre de scène : une personne à son balcon penchée vers une autre dans la rue, alors qu’en temps normal cette connaissance serait montée discuter à l’intérieur.… Or, comme le défend John Brinckerhoff Jackson, la valeur d’habilité d’un lieu est  constitué de ce qu’on y vit, du bon temps qu’on y passe, des activités gratuites, inutiles et inintéressées qu’on y mène 10Jackson John Brinckerhoff, À la découverte du paysage vernaculaire, Éditions Actes Sud/ENSP, 2003 – titre original : Discovering the Vernacular Landscape. Ce sont ces activités de loisirs qui constituent la dimension ludique de l’habiter, généralement délocalisées à l’extérieur en temps de « non-confinement ». Selon les mots de Jean-Marc Besse 11Besse Jean-Marc, ibid, habiter, c’est aussi « savoir prendre son temps, utiliser autrement son temps, se donner le temps de s’occuper de son temps. Habiter un lieu suppose de pouvoir s’y arrêter, même de façon provisoire, pour rien », et ça, le confinement nous y a bien obligé, ce qui chez nous, s’est avéré positif. Entre voisins, nous avons refabriqué l’espace d’habitation par des pratiques ordinaires de cet espace, des activités quotidiennes simples et en apparence anodines, mais qui façonnent peut-être mieux le lieu que l’auto-construction, qui en font un espace vivant, d’échanges entre les habitants et avec leur environnement. Il n’est d’ailleurs pas insignifiant à cet égard que les mots habitudes et habitat aient la même racine…

    Si cela a été possible, c’est que l’espace dans lequel nous vivons est approprié à cette réappropriation. L’extérieur immédiat de notre immeuble est un « seuil », un « espace de franchissement », une « zone tampon » entre la rue et l’intimité du logement, qui peut alors se laisser façonner par l’activité des habitants. Mais surtout, plus qu’un réceptacle de pratiques individuelles de loisirs, c’est un espace de voisinage.

    Salon de jardin Spectacle au quotidien Sport au jardin
    « Salon de jardin »  Séance quotidienne de spectacle   Sport au jardin  
    (résidence voisine )   

    Expérience du lien. Habiter, c’est toujours cohabiter.

    Cette cohabitation doit fonder la réflexion sur l’habiter : « rendre l’espace habitable c’est y créer un nous » 12ibid. Bien sûr, cela implique la mise en œuvre de l’art de l’espacement. On ne doit pas être trop près des uns des autres, ce qui rend le lieu inhabitable ; ni trop loin, ce qui produit de l’inhabité. L’utilisation accrue des extérieurs communs ces derniers mois, cette « exposition tranquille à autrui 13ibid» qu’a produit le confinement dans un espace résidentiel ouvert et où la proximité des autres est facilement perceptible (vis à vis, balcons, fenêtres donnant sur les espaces communs, bruit s’échappant des fenêtres…), sans être insupportable (isolation phonique des appartements, voisins respectueux et silencieux, distance raisonnable entre les immeubles…), a permis d’ébaucher une définition d’un milieu de vie commun. Quelque part, nous avons actualisé le fait que nous n’habitions pas seuls. Le collectif a bien des fois « transcendé » l’aspect individuel du logement. D’abord par un règlement tacite de l’occupation des espaces communs, à la fois par souci d’éviter la propagation du virus, mais aussi par souci d’établir des règles nécessaires à la survie d’un collectif.

    Le matin, c’est calme. La règle tacite semble être de laisser dormir les paresseux. L’extérieur n’appartient alors qu’à lui-même et aux chats qui se dégourdissent les pattes après une bonne nuit de sommeil. Le midi, nous sommes les premiers utilisateurs de cette large bande herbeuse, qui a tant adouci notre confinement citadin. Nous mangeons dehors et jouons aux cartes au soleil. Vers 15 heures, nous laissons place aux cinq adolescents et adolescentes de la résidence qui se rejoignent de plus en plus systématiquement. Ils et elles papotent, jouent au foot, regardent leur portable, rient beaucoup… Nous nous éclipsons, non pas tant par crainte de la contamination que par peur d’empêcher leurs jeux amoureux et fous rires en restant. Vers 16h30 (après l’école?), ce sont aux enfants de s’ajouter : vélos, trottinettes, cache-cache, les cris de joie emplissent l’air en quelques instants : c’est normal, c’est l’heure. Personne ne trouverait à s’en plaindre. Vers 18h, les parents descendent partager ce moment avec leurs enfants, et en profitent pour échanger quelques mots, qui au fil du temps se mueront en conversations plus longues et en moments partagés, basés sur d’anciennes relations et amitiés qui reprennent corps, tout en intégrant des « nouveaux » (nous, mais pas que!). 18h30-20h : c’est l’heure des relations de voisinage. Le projet de jardin partagé, qui se résumait à deux bacs d’aromates épisodiquement entretenus, et encore plus épisodiquement « consommés» a vu sa surface se démultiplier et son entretien se « professionnaliser». Jour après jour, le cultiver a fait l’objet d’une ritualisation : horaires, répartition des tâches, partage des espaces entre jardiniers…

    Nous habitons : individuellement et collectivement, nous pratiquons les lieux et leur donnons sens. Nous vivons là où nous logeons et suivons et élaborons les règles et les coutumes, parfois inconscientes, organisant ce lieu. Tout en respectant les mesures d’éloignement physique et les gestes barrières (une petite partie porte même systématiquement des masques), les contacts et les échanges se multiplient, toujours avec une petite pointe de culpabilité liée au Covid. Mais nous en discutons : nous n’avons pas envie que les mots « barrières » et « distance » remplacent le « commun » et le « partage » et nous avons surtout besoin d’un minimum de vie sociale, la grande absente du confinement, celle sur laquelle nous sentons bien qu’il faudrait se fonder pour « l’après » 14Ce portrait reste partial : il ignore les absents, ceux qui n’ont pas pris part à ce mouvement collectif, ceux qui ont dû désapprouver du haut de leur fenêtre, ceux que l’on n’a jamais croisé. Il faut surtout insister sur le fait que cela a été possible car certains se connaissaient très bien auparavant et se fréquentaient déjà, que cette forte sociabilité pré-existante a permis d’intégrer de nouveaux, compte-tenu des circonstances particulières. Le jardin partagé était déjà lancé, il n’aurait certainement pas pu se développer sans cet état embryonnaire. Ce sont donc des initiatives collectives anciennes qui ont perduré dans le temps qui ont permis de ne pas faire du confinement dans cette résidence juste un repli sur la sphère domestique. Il faut voir aussi que le lieu où l’on habite réunit des conditions architecturales et urbaines propices aux rencontres et aux échanges. C’est l’un des enjeux au sujet des « espaces de l’habiter » : les seuils, ces « espaces de transition et de connexion » doivent être pensés comme des espaces hybrides, des « zones de porosité et d’échange » réunissant les conditions spatiales du dialogue, provoquant une bénéfique et nécessaire « intimité collective »..

    PENSER LA VILLE AU-DELA DU CONFINEMENT

    Comment préserver cet état de fait au delà du confinement ? Déjà, les voitures ont regagné leurs droits. Déjà, nos vies subissent une ré-accélération peu propice au développement des relations de voisinage, déjà on semble tout avoir (et tout vouloir?) oublier de cette période, pour le meilleur et pour le pire. Une piste tout de même, qui résumerait peut-être l’entièreté des intuitions soufflées par le confinement : ce qui permet de vivre là où on habite, et d’habiter là où on vit, c’est la suppression de la division fonctionnelle des espaces 15A l’exclusion du travail, le télé-travail étant une souffrance et cristallisant tous ses défauts, il m’a plu que mes activité se resserrent autour de mon lieu d’habitation tout en n’ayant plus à utiliser les transports si souvent. : un endroit pour dormir, un autre pour manger, un troisième pour sortir et se divertir, un dernier pour travailler… Les réunir c’est permettre d’aimer son territoire et de vouloir y passer du temps.

    Je finirai donc sur ces paroles de Gorz, qui me laissent souvent rêveuse :  « Mais,  précisément, pour pouvoir aimer son territoire, il faudra d’abord qu’il soit rendu habitable et non pas circulable : que le quartier ou la commune redevienne le microcosme modelé par et pour toutes les activités humaines, où les gens travaillent, habitent, se détendent, s’instruisent, communiquent, s’ébrouent, et gèrent en commun le milieu de leur vie commune […] L’agencement de l’espace continue la désintégration de l’homme commencée par la division du travail à l’usine. Il coupe l’individu en rondelles, il coupe son temps, sa vie, en tranches bien séparées afin qu’en chacune vous soyez un consommateur passif livré sans défenses aux marchands, afin que jamais il ne vous vienne à l’idée que travail, culture, communication, plaisir, satisfaction des besoins et vie personnelle peuvent et doivent être une seule et même chose : l’unité d’une vie, soutenue par le tissus social de la commune ».

    Ainsi, tel Marcuse répondant à la question de savoir comment les gens allaient occuper leur temps après la révolution, nous pourrions dire, symboliquement, que « nous allons détruire les grandes villes et en construire de nouvelles. Ça nous occupera un moment ».

    Références   [ + ]

    1. Nous vivons à Caen, en Normandie. Toutes ces précisions visent à souligner que notre situation est particulière et que mon analyse du confinement en ville aurait peut-être était très différente si j’avais été seule, ou avec 4 enfants, ou en logement individuel, ou en banlieue etc…
    2. https://reporterre.net/Le-confinement-un-repit-pour-les-animaux-sauvages
    3. Bosquet Michel, « L’idéologie sociale de la bagnole », in Écologie et politique,  Arthaud Poche, 2018.
    4. Favre Isabelle, « Martin de la Soudière, Arpenter le paysage. Poètes, géographes, et montagnards » in Études rurales 2019/2, n°204.
    5. Illich Ivan, « L’art d’habiter » in Dans le miroir du passé, Descartes et Cie, 1992.
    6. ibid.
    7. Besse Jean-Marc, « Voisinages », in Annales de Géographie, 2015/4, n°704.
    8. Et par extrêmement beau temps, surtout sous les cieux normands, d’habitude moins cléments…
    9. Il n’est pas rare de vois ce genre de scène : une personne à son balcon penchée vers une autre dans la rue, alors qu’en temps normal cette connaissance serait montée discuter à l’intérieur.
    10. Jackson John Brinckerhoff, À la découverte du paysage vernaculaire, Éditions Actes Sud/ENSP, 2003 – titre original : Discovering the Vernacular Landscape
    11. Besse Jean-Marc, ibid
    12, 13. ibid
    14. Ce portrait reste partial : il ignore les absents, ceux qui n’ont pas pris part à ce mouvement collectif, ceux qui ont dû désapprouver du haut de leur fenêtre, ceux que l’on n’a jamais croisé. Il faut surtout insister sur le fait que cela a été possible car certains se connaissaient très bien auparavant et se fréquentaient déjà, que cette forte sociabilité pré-existante a permis d’intégrer de nouveaux, compte-tenu des circonstances particulières. Le jardin partagé était déjà lancé, il n’aurait certainement pas pu se développer sans cet état embryonnaire. Ce sont donc des initiatives collectives anciennes qui ont perduré dans le temps qui ont permis de ne pas faire du confinement dans cette résidence juste un repli sur la sphère domestique. Il faut voir aussi que le lieu où l’on habite réunit des conditions architecturales et urbaines propices aux rencontres et aux échanges. C’est l’un des enjeux au sujet des « espaces de l’habiter » : les seuils, ces « espaces de transition et de connexion » doivent être pensés comme des espaces hybrides, des « zones de porosité et d’échange » réunissant les conditions spatiales du dialogue, provoquant une bénéfique et nécessaire « intimité collective ».
    15. A l’exclusion du travail, le télé-travail étant une souffrance et cristallisant tous ses défauts, il m’a plu que mes activité se resserrent autour de mon lieu d’habitation tout en n’ayant plus à utiliser les transports si souvent.

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    Deux des tribunes décroissantes parues pendant le confinement ont été relayées par des médias nationaux et des blogs et sites militants sur Internet, en voici une petite revue de presse.

    La tribune « Confinement : en demi-résonance avec notre décroissance »

    → Publiée sur notre site et sur Libération

    http://ladecroissance.xyz/2020/04/10/confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance/

    https://www.liberation.fr/debats/2020/04/28/confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance_1786536

    Retransmission de l’article sur des sites dédiés à l’information et à la retransmission d’articles

     https://headtopics.com/fr/confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance-12710082

    https://www.glonaabot.fr/articles-associes/confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance

    https://www.actualites-du-jour.eu/article/confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance/5041923

    https://www.titrespresse.com/actualite/2038532004/confinement-demi-resonance-decroissance

    article1051

    https://www.seneplus.com/international/la-theorie-de-la-decroissance-rendue-plus-audible-grace-au

    https://www.seneweb.com/news/International/covid-19-la-theorie-de-la-decroissance-r_n_316231.html

    https://www.reddit.com/r/francophonie/comments/ga4gt3/covid19_la_th%C3%A9orie_de_la_d%C3%A9croissance_rendue_plus/

    https://www.mondialnews.com/2020/04/29/covid-19-la-theorie-de-la-decroissance-rendue-plus-audible-grace-au-confinement/

    https://www.alvinet.com/similaires/confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance/54685236

    Site d’informations environnementales

    http://www.cdeclin.be/docsgnd.php?motclefspec=gnd

    → Reprises et commentaires de la tribune

     Dans un article de France 24 « La décroissance rendue plus audible grâce au déconfinement »

    https://www.france24.com/fr/20200429-covid-19-la-th%C3%A9orie-de-la-d%C3%A9croissance-rendue-plus-audible-gr%C3%A2ce-au-confinement

    Par Jean-Marie Harribey sur le blog d’Alternatives Économiques :

    https://blogs.alternatives-economiques.fr/harribey/2020/04/20/la-vie-au-ralenti-journal-d-un-confine-35-la-paralysie-de-l-economie-est-elle-une-decroissance

    https://blogs.alternatives-economiques.fr/harribey/2020/04/30/la-vie-au-ralenti-journal-d-un-confine-45-un-poil-a-gratter-la-decroissance

    Diffusion de l’article sur des sites et blogs militants (pour certains après sollicitations, pour d’autre non) ou sur des forums de discussion

    Réseau des territorialistes

    http://reseau-territorialistes.fr/?essay=prizes-international-essay-travel

    Le Grand Soir

    https://www.legrandsoir.info/confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance.html

    Yonne l’autre

    https://yonnelautre.fr/spip.php?article15424&lang=fr

    Media Web

    http://www.media-web.fr/

    Madinin’Art – Critiques culturelles de Martinique

    https://www.madinin-art.net/covid-19-la-theorie-de-la-decroissance-rendue-plus-audible-grace-au-confinement/

    Blog de Gilles McMillan

    https://www.gillesmcmillan.com/p/tribune-libe-confinement-en-demi.html

    Blog « Pour écrire la liberté »

    https://pour.press/votre-recession-nest-pas-notre-decroissance/

    Blog « Quiéry à venir »

    https://www.quieryavenir.fr/blog/2020/05/11/confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance/

    Site « Répondre aux préjugés »

    https://www.repondreauxprejuges.com/la-decroissance-cest-la-meme-chose-que-la-recession-economique

    Forum Plus

    https://www.forumplusplus.com/t11687-decroissance-en-avant-toute

    Blog d’infos et d’opinions « Le Café des Vallées »

    http://lecafedesvallees.fr/index.php?post/Revue-de-blog-/-Confinement-%3A-en-demi-r%C3%A9sonance-avec-notre-d%C3%A9croissance

    Blog « Zinc »

    https://zinc.mondediplo.net/sites/391345

    Blog « Collectif Lieux Communs »

    https://collectiflieuxcommuns.fr/spip.php?page=site&id_syndic=81

    Blog « Entre les lignes entre les mots »

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/05/06/confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance/

    → Diffusion au sein de la sphère décroissante

    Blog « Projet de décroissance »

    https://blogs.mediapart.fr/projet-de-decroissance/blog/160420/confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance

    Mouvement politique des objecteurs de croissance

    https://objecteursdecroissance.be/spip.php?

    Site du PPLD – Parti Pour La Décroissance

    https://www.partipourladecroissance.net/?p=9600

    Blog des Amis de la Décroissance, Nancy

    http://adnancy.over-blog.com/2020/04/tribune-confinement-en-demi-resonance-avec-notre-decroissance.html

    Décroissance Île-de-France

    http://ocparis.canalblog.com/archives/2020/05/03/38257625.html

    → Diffusion sur Facebook, dans 6 pages et groupes différents abordant la question de la décroissance ou de l’écologie radicale.

    Tribune de Michel Lepesant « Le monde qui vient n’a rien d’une utopie, c’est un cauchemar »

    → Initialement paru dans Reporterre et sur notre site

    Reporterre

    https://reporterre.net/Le-monde-qui-vient-n-a-rien-d-une-utopie-c-est-un-cauchemar

    Site de la Maison Commune de la Décroissance

    http://ladecroissance.xyz/2020/03/27/le-monde-qui-vient-na-rien-dune-utopie/

    → Relayée par

    Le Grand Soir

    https://www.legrandsoir.info/le-monde-qui-vient-n-a-rien-d-une-utopie-c-est-un-cauchemar.html

    Anti-K, nos vies par leurs profits

    https://www.anti-k.org/2020/03/29/le-monde-qui-vient-na-rien-dune-utopie-cest-un-cauchemar/

    Hauts de France Médias

    https://generationbethune.wordpress.com/2020/04/09/le-monde-qui-sinstalle-na-rien-dune-utopie-cest-un-cauchemar/

    Débat Citoyen Saône-et-Loire

    https://www.couches-infos.com/2020/04/02/reflexions-et-debats-autour-du-coronavirus/

    Ile de France Décroissance

    http://ocparis.canalblog.com/archives/2020/04/03/38162121.html

    Mc informations

    https://mcinformactions.net/Le-monde-qui-vient-n-a-rien-d-une-utopie-c-est-un-cauchemar

    Forum jeux videos.com

    http://www.jeuxvideo.com/forums/42-51-62570843-1-0-1-0-le-monde-qui-vient-n-a-rien-d-une-utopie-c-est-un-cauchemar.htm

    Blog Seenthis

    https://seenthis.net/messages/840392

    Blog « Alter-lot »

    https://alter-lot.blogspot.com/2020/03/le-monde-qui-vient-na-rien-dune-utopie.html

    Blog « Zinc »

    https://zinc.mondediplo.net/sites/383122#

    Page Facebook Extinction Rebellion

    https://www.facebook.com/XRDunkerque/posts/2735672456555061

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    http://ladecroissance.xyz/2020/05/22/presse-tribunes-decroissance-confinement/feed/ 0
    Une autre fin du monde est possible, de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle http://ladecroissance.xyz/2020/05/09/une-autre-fin-du-monde-est-possible-de-pablo-servigne-raphael-stevens-et-gauthier-chapelle/ http://ladecroissance.xyz/2020/05/09/une-autre-fin-du-monde-est-possible-de-pablo-servigne-raphael-stevens-et-gauthier-chapelle/#comments Sat, 09 May 2020 14:48:53 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1846 Sans dire que la question politique devrait refouler la question des conditions psychologiques il faut rappeler qu’il y a quelques risques de manquer une critique radicale de l’individualisme s’il s’agit seulement de « vivre l’effondrement ». De ce point de vue, nous devons rester quelque peu marxiste : « Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie mais la vie qui détermine la conscience ».Lire la suite →

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    Avec Raphaël Stevens, Pablo Servigne a publié en 2015 Comment tout peut s’effondrer, petit traité de collapsologie à l’usage des générations présentes. Livre conceptuellement important pour les décroissants parce qu’il nous obligeait à nous redéfinir : là où les « objecteurs de croissance » se contentent de critiquer la croissance, en y voyant certes un problème mais en ne proposant finalement comme solution que de mettre fin à la croissance, de dire adieu à la croissance, les décroissants font déjà un pas supplémentaire en signalant que le problème n’est pas tant la croissance que le fait que la croissance dépasse les plafonds de soutenabilité écologique → il ne s’agit plus alors politiquement d’arrêter la croissance mais de repasser sous ces plafonds, de préconiser donc des diminutions, de PIB, de niveau de vie (à ne pas confondre avec « qualité de vie »), d’extraction, de production, de consommation, de déchets.

    Mais ce petit traité de collapsologie allait encore plus loin : il ne s’agit de pas de repasser démocratiquement sous les plafonds de la soutenabilité écologique, comme si au retour d’une mauvaise excursion, nous pourrions retrouver le havre de la maison. Car il y a des limites qui une fois franchies au-delà d’un certain seuil d’effondrement sapent les conditions même d’un retour à la situation d’origine : je vais même plus loin en voyant un risque d’effondrement non pas seulement du côté des conditions écologiques mais aussi du côté des conditions qui rendent possibles une vie sociale.

    Avec Gauthier Chapelle, Pablo Servigne a publié en 2017 L’entraide, l’autre loi de la jungle. Ils reprenaient là la voie ouverte par Pierre Kropotkine : L’entraide, un facteur de l’évolution (1906) 1https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Entraide,_un_facteur_de_l%E2%80%99%C3%A9volution. Là encore, les décroissants pouvaient retenir deux leçons : 1/ Assez finement, les auteurs n’opposent pas frontalement « loi du plus fort » et « loi de l’entraide » mais ils font remarquer que si la compétition peut s’installer dans les temps d’abondance, tout au contraire « un milieu hostile et/ou compétitif pouvait favoriser l’apparition de l’entraide » (page 300).

    Il y avait là un apport crucial pour la décroissance quand on définit cette dernière comme la réorientation sociale de la gestion des surplus : de l’appropriation au profit d’une minorité de privilégiés vers une dépense collective (sur cette question, les (f)estives de 2017 sont déterminantes). 2/ Mais à l’influence d’un milieu hostile, Chapelle et Servigne ajoutait une deuxième force évolutive dans l’apparition des comportements altruistes : la sélection de groupe → dans la sélection naturelle, « ce sont les groupes les plus coopératifs qui survivent le mieux  » (page 238). Là encore, quand on voit dans la décroissance autant une doctrine écologique qu’une doctrine sociale, alors il y avait de quoi renforcer l’argumentation en faveur d’une décroissance ayant comme objectif la conservation, la protection et l’entretien de la vie sociale.

    Une autre fin du monde est possible
    Une autre=fin du monde est possible

    C’est donc avec appétit que l’on peut retrouver Gauthier Chapelle, Pablo Servigne et Rapahël Stevens, réunis pour l’écriture d’Une autre fin du monde est possible (2019). Mais nous ne cacherons pas cette fois-ci notre déception. Dès le titre : pourquoi un tel singulier alors que le pluriel « d’autres fins du monde sont possibles » aurait manifesté l’ouverture aux défis qui ne manqueront pas de s’imposer quand sera venu l’époque de la post-décroissance. Par « post-décroissance » – plutôt que par  l’expression de « post-croissance » – nous entendons rappeler que, quand les plafonds de soutenabilité écologique sont dépassés, quand ces dépassements dépassent à ce point les bornes qu’ils sapent la possibilité d’une conservation des conditions sociales et écologiques de la vie humaine, alors LA question politique c’est celle des trajets pour repasser démocratiquement sous les plafonds.

    Aujourd’hui, nous vivons dans la croissance et son monde (et nous rejetons ce monde) ; nous croyons désirable des mondes où chacun vivra POUR et AVEC les autres (plutôt que CONTRE ou SANS les autres) ; mais entre le rejet du monde actuel et le projet des mondes désirables, il va falloir une transition, un trajet ← c’est cela très précisément qui est la décroissance. C’est donc après la décroissance que viendra le temps de co-construire d’autres mondeS possibleS.

    Cette question du trajet est une question politique.

    C’est cette question qui semble totalement écartée dans cet ouvrage. Et la déception du titre se poursuit dans celle du sous-titre : « Vivre l’effondrement ». Car, en effet, si l’effondrement est déjà là alors la question du trajet ne se pose plus. Qui irait chercher sa hache si l’arbre est déjà tombé ? Reconnaissons que cet oubli de la question politique apparaissait déjà dans les 2 précédents ouvrages ; mais là il ne s’agit plus d’oubli, mais bien d’une prise de position. Quand la collapsologie devient collapsosophie (troisième partie), ce pourrait être une si belle occasion d’affirmer le nécessaire fondement spirituel de toute politique – parce qu’aujourd’hui la politique se réduit au calcul des moyens et des ressources alors la décroissance tente au contraire de réhabiliter une conception plus idéaliste de la politique redéfinie à partir des finalités, d’un idéal du Bien en commun… – mais malheureusement l’ouvrage ne ressemble fichtrement qu’à un catalogue de recettes psychologiques.

    Nous ne voulons pas dire que la question politique devrait refouler la question des conditions psychologiques mais rappeler qu’il y a quelques risques de manquer une critique radicale de l’individualisme s’il s’agit seulement de « vivre l’effondrement ». De ce point de vue, nous devons être resté quelque peu marxiste : « Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie mais la vie qui détermine la conscience ». Certes là où Marx n’envisageait que des déterminations sociales pour conditionner la conscience, les décroissants ajoutent que les déterminations écologiques conditionnent les déterminations sociales qui conditionnent la vie individuelle.

    Notre critique est très exactement la suivante : nous ne doutons pas un seul instant de l’enthousiasme vécu par les auteurs dans des expérimentations personnelles et collectives mais nous ne croyons pas qu’un « profond changement de conscience, d’un changement intérieur » (page 280) constitue en quoi que ce soit une condition pour entreprendre sans attendre non seulement les luttes contre les destructions de ce qui reste de monde commun et de vie sociale mais surtout le travail théorique de rupture avec les cadres intellectuels et affectifs qui organisent aujourd’hui le monde de la croissance.

    Au doute sur la suffisance de la collapsosophie comme condition des ruptures et des trajets, nous ajoutons même la crainte qu’à proposer ainsi des voies psychologiques de résilience, de telles pratiques ne fassent que renforcer le monde qu’elles prétendent refuser. Quand nous lisons (page 271) que « les compétences de vie en groupe seront également vitales, tout comme l’apprentissage de la vie en milieu sauvage », nous ne pouvons qu’être choqué : le milieu sauvage, c’est précisément ce milieu où nous ne devons pas vivre, ni individuellement ni collectivement, en dehors de toute rêverie et de toute robinsonnade.

    In fine, j’ai personnellement quelque réticence à adopter le point de vue de celui qui voit ce que les autres ne verraient pas. Ce que je vois aujourd’hui, ce n’est pas tant l’effondrement que l’incroyable résilience d’un monde capitaliste qui propose profusions d’alternatives vécues comme désirables, que je juge personnellement aliénantes tout en constatant que mon jugement est loin d’être partagé. Il ne fallait pas désespérer Billancourt ; il ne faut toujours pas désespérer les collapsologues.

    Références   [ + ]

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