la Maison commune de la décroissance http://ladecroissance.xyz La croissance, c'est le non-sens ; le bon sens, c'est la décroissance ! Tue, 12 Jan 2021 19:32:30 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.6 http://ladecroissance.xyz/wp-content/uploads/2018/01/cropped-ladecroissance-1-32x32.png la Maison commune de la décroissance http://ladecroissance.xyz 32 32 La décroissance sera présente aux élections régionales et cantonales de Juin 2021 http://ladecroissance.xyz/2021/01/12/la-decroissance-sera-presente-aux-elections-regionales-et-cantonales-de-juin-2021/ http://ladecroissance.xyz/2021/01/12/la-decroissance-sera-presente-aux-elections-regionales-et-cantonales-de-juin-2021/#respond Tue, 12 Jan 2021 19:32:30 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=2042 Pollutions, dérèglement climatique, 6ème extinction de masse, hyperindividualisme, les conditions permettant la vie sur terre sont menacées. Et le pillage

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Pollutions, dérèglement climatique, 6ème extinction de masse, hyperindividualisme, les conditions permettant la vie sur terre sont menacées. Et le pillage systémique de la planète par le capitalisme et la globalisation creuse les inégalités, provoque la misère et la précarité de millions de personnes. Malheureusement la proposition d’une décroissance collective globale, choisie et organisée, continue d’être ignorée par les partis politiques et par les médias.

Au contraire, la récession que nous vivons avec la crise sanitaire, sociale et financière, est à tort assimilée par beaucoup à la décroissance par volonté de la dénigrer.

La croissance n’est pas la solution, mais le problème!

La décroissance, par une approche globale, est une philosophie politique plus respectueuse de la vie sociale, des relations femmes/hommes et de la relation au végétal et à l’animal.
C’est un processus de sobriété organisé pour aller vers des sociétés écologiquement viables et socialement souhaitables et vers une relocalisation des activités productives au sein de bio-régions autonomes.

Cela permettrait de préserver l’essentiel : le bien vivre, les ressources et la biodiversité, pour donner un avenir désirable à nos enfants. De plus en plus de citoyen .ne.s y aspirent et expérimentent la sobriété, la coopération, le partage, l’amour du vivant et la non-violence.

Il est donc nécessaire de restaurer le bon sens en exigeant une réorientation complète des politiques publiques et de combattre l’hégémonie culturelle du capitalisme en faisant connaître au grand public le trajet proposé par la décroissance.

C’est pourquoi le collectif citoyen « Décroissance Élections » sera présent aux prochaines élections, comme il l’ est depuis 2009.

->Aux élections régionales, nous invitons les décroissant.e.s à intégrer des listes existantes proches de la décroissance : dans le cadre de la constitution de liste, nous travaillerons à l’intégration de notre vision politique et nous exclurons les alliances où nous serions considéré.e.s comme faire valoir de la croissance verte.

->Aux élections cantonales, nous allons soutenir au niveau logistique tous les candidat.e.s qui,dans leurs cantons, souhaitent représenter la décroissance, en général avec des campagnes à zéro euro.

REJOIGNEZ-NOUS POUR PARTICIPER A NOS TRAVAUX et/ou ÊTRE CANDIDATS SUR VOTRE TERRITOIRE

http://decroissance-elections.fr/communique-regionales-et-cantonales-2021/

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(f)estives 2021 : présentation idéologique, des pistes… http://ladecroissance.xyz/2021/01/01/festives-2021-pistes-ideologiques/ http://ladecroissance.xyz/2021/01/01/festives-2021-pistes-ideologiques/#respond Fri, 01 Jan 2021 19:08:15 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=2031 Ce qu'il y a au commencement, aux décroissants de s'apercevoir que ce sont des Communs : la nature, la société, la Cité. Et que ces Communs préexistent à nos existences individuelles et leur donnent sens parce que ce sont des "milieux", des systèmes relationnels.

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Depuis 2009, les (f)estives de la décroissance proposent de passer quelques jours pour réfléchir et discuter ensemble de décroissance. Chacun sait que l’année 2020 fut une année difficile et les (f)estives n’ont pu avoir lieu.

Les 3 années précédentes nous avions parcouru le « cycle du sens » : sens de la vie, sens de la technique et sens de l’histoire comme questions politiques.

Nous comptons cette année entamer un nouveau cycle, le « cycle des relations » : relations à la nature, à la société, à la Cité comme questions politiques.

Pourquoi un tel cycle des relations ? Parce que la décroissance que la Maison commune défend – en tant que philosophie politique – est une philosophie relationnelle. Il s’agit toujours de poursuivre notre critique systémique de l’individualisme : non, au commencement, il n’y a pas des individus isolés qu’il s’agirait de rassembler. Au commencement, il y a des relations et les individus peuvent en être l’un des pôles.

Ce qu’il y a au commencement, aux décroissants de s’apercevoir que ce sont des Communs : la nature, la société, la Cité. Et que ces Communs préexistent à nos existences individuelles et leur donnent sens parce que ce sont des « milieux », des systèmes relationnels 1.

S’il fallait proposer quelques auteurs-indicateurs d’une telle philosophie relationnelle, et qui seraient en ce sens des précurseurs ou des colporteurs de la décroissance comme « socialisme de la vie sociale », nous pourrions trouver : Martin Buber (penseur de la communauté), Gilbert Simondon (penseur de la technique) et plus récemment Judith Butler (penseuse du genre), Hartmut Rosa (penseur de la résonance) ou Baptiste Morizot (penseur d’une diplomatie de l’interdépendance)…

Nos relations à la nature sont une question politique

A ce jour, nous proposons 3 pistes de discussion :

  1. Si nous validons la critique du naturalisme portée par Philippe Descola (comment pour nous décroissants ne pas remarquer que le « grand partage » entre nature et culture instaurée par le naturalisme est contemporain de la montée en puissance du rationalisme instrumental qui va aboutir à l’idéologie de la croissance ?) et si donc nous assumons de décoloniser notre imaginaire d’une « nature objectivement connue par des lois scientifiques qui déterminent des contraintes », n’y a t-il pas risque de hiatus avec les sources naturalistes de la décroissance (les sources écologiste et bio-économique selon la classification proposée par Fabrice Flipo) ? Cela n’est-il pas particulièrement visible dans les analyses effondristes et collapsologiques ? L’enjeu politique de cette piste est celui de la liberté : quels choix politiques si la nature impose le cadre des choix ?
  2. « Les relations originelles qu’une société entretient avec les animaux constituent souvent un modèle des relations qu’elle met en place entre humains. Nos relations à la nature sont solidaires de nos relations aux humains« , résume très bien Baptiste Morizot (Manières d’être vivant, page 184).
    • La question de la valeur intrinsèque de la nature : la nature peut-elle être un « sujet de droit » ?

      Le fleuve Whanganui, en Nouvelle-Zélande, a été reconnu comme un sujet de droit en 2017.
    • Quel humanisme sauver d’une critique radicale de tout anthropocentrisme ? Faut-il jeter le bébé de l’humanisme avec l’eau du bain anthropocentriste ? Que pourrait bien être une nature débarrassée de tout humain ? La wilderness est-elle un idéal antihumaniste ou bien au contraire une illusion anthropocentrique ?
    • Qu’est-ce que signifie « naturel » ? Y a-t-il des aliments plus « naturels » que d’autres ? Mais pourquoi se méfier de produits « chimiques » alors que dans la nature tout est chimique (Alan Levinovitz, NATURAL, the seductive myth of nature’s goodness, Profile Books, 2020, non traduit en français) ? Est-ce que notre remise en cause du « grand partage » entre naturel et culturel n’entraîne pas celle entre « naturel » et « artificiel » ? Y a-t-il un sens – et lequel – à dénoncer une « artificialisation de l’espèce humaine » comme le fait PMO : comment justifier notre critique de la violence opérée par des technologies sur la nature (OGM, PMA…) ?
    • Jusqu’à quel point notre sauvegarde de la nature n’est-elle pas un colonialisme vert, se demandait récemment l’historien Guillaume Blanc ? Faut-il protéger des zones naturelles au détriment des peuples autochtones : comment « décoloniser notre approche de la nature« , se demande Fiore Longo ?
  3. Quelles relations soutenables pouvons-nous entretenir avec la nature ?
    • L’épine du véganisme : sa critique et la critique des critiques excessives à son encontre. Le « cri de la carotte » n’est-il pas un contre-feu à la cause des animaux : « Pourquoi serait-il plus éthique de faire souffrir une carotte qu’un lièvre ? A l’intérieur du vivant, quelle différence ontologique radicale entre la vie végétale et la vie animale », se demande Florence Burgat dans Pas bêtes les plantes, Essai sur la vie végétale, Seuil, 2020.
    • Quelle ruralité (alimentation, habitation, circulation) pourrait respecter la nature et les vivants ? Est-il si sûr que les décroissants en viennent à désirer un « exode urbain » ?
    • Quelle « part sauvage du monde » faut-il à tout prix protéger (Virginie Maris) ? Si la croissance – comme idéologie des temps modernes – signifie une mise à disposition du monde, comment ne pas s’effrayer quand, avec Hartmut Rosa, nous constatons  » que le programme moderne d’extension de l’accès au monde, qui a transformé ce dernier en un amoncellement de points d’agression, produit donc de deux manières concomitantes la peur du mutisme du monde et la perte du monde : là où « tout est disponible », le monde n’a plus rien à nous dire ; là où il est devenu indisponible d’une nouvelle manière, nous ne pouvons plus l’entendre parce qu’il n’est plus atteignable » (Rendre le monde indisponible, page 140).
    • Plutôt que de tenter de rompre difficilement et péniblement avec un point de vue naturaliste sur la nature, pourquoi ne pas d’emblée apercevoir nos relations à la nature dans une perspective animiste ? N’est-ce pas ce que nous propose Alessandro Pignocchi dans La recomposition des mondes ?

Voilà quelques pistes, elles pourraient être formulées autrement… Voir aussi le dossier du numéro de décembre 2020 des Possibles, la revue d’Attac : Vers la fin de la séparation société/nature ?

Mais ne pourrait-on pas ramener toutes ces interrogations à celle-ci : Comment cohabiter avec tous les vivants ?

Notre condition sur Terre – coévolution entre espèces et filiations entremêlées à celles de tout le vivant – nous situe dans l’espace et le temps. Nous sommes des créatures sans essence prédéterminée ni destin préétabli ; nous sommes toujours en perpétuel devenir et changement. De ce fait, en tant que créatures imbriquées dans la multiplicité des liens propres à la vie sur Terre, nous ne connaissons pas de véritable solitude : nous sommes tous inextricablement liés.

Deborah Bird Rose, Le Rêve du chien sauvage, Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte, 2020.

Parmi toutes ces pistes, il faudra trier…

Références[+]

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Interdépendance http://ladecroissance.xyz/2020/12/17/interdependance/ http://ladecroissance.xyz/2020/12/17/interdependance/#respond Thu, 17 Dec 2020 21:34:03 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=2010 C'est en ce sens de liberté comme interdépendance que les décroissants sont des socialistes et des écologistes.

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L’indépendance est-elle une espèce de la liberté ?

En apparence oui parce que la dépendance semble bien le contraire de la liberté, et la liberté le contraire de la dépendance.

Mais en réalité pas tout à fait si l’on fait l’effort de voir que ce qu’il faut opposer à la dépendance (d’un humain à l’encontre d’un autre) n’est pas l’indépendance (de l’un par rapport à l’autre, comme si l’on pouvait exister sans quelques autres) mais l’interdépendance.

L’interdépendance est une relation de dépendance réciproque : l’interdépendance est bien une espèce de dépendance et sa liberté vient de la réciprocité.

Deux humains réciproquement indépendants ne sont donc pas libres ; ils sont juste… seuls.

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Si être interdépendant, c’est être libre alors la liberté dont il s’agit n’est pas la liberté du libéralisme pour qui la liberté individuelle est comprise comme prioritaire par rapport à la liberté commune, partagée.

Pour le libéralisme, seule la liberté d’un autre peut venir limiter ma propre liberté :

  • la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres : extension de la définition de la propriété privée à celle de la liberté individuelle.
  • dans ce cas, on comprend mieux pourquoi ce libéralisme politique est consubstantiel d’un libéralisme économique, celui du marché, du « libre-échange », dont le modèle de la relation aux autres est la rivalité, la concurrence, la compétition.

Par opposition, les décroissants doivent se réapproprier le concept de « liberté sociale » tel qu’il était défendu par le socialisme originel :

  • conception sociale de la liberté qui a été sacrifiée par le socialisme marxiste au nom d’un collectivisme au visage de la barbarie.
  • conception de la liberté qui est réhabilitée aujourd’hui par Axel Honneth : pour qui il s’agit d’élargir ce concept de liberté et de passer d’une liberté individuelle à une liberté sociale. Insistons : la solution ne consiste pas dans une collectivisation des moyens de production mais dans une exigence de « coopération non-contrainte de tous les membres de la société » 1. « La liberté sociale consiste dès lors à participer aux activités d’une communauté dans laquelle les individus se témoignent leur sympathie en s’apportant réciproquement une aide désintéressée dans la satisfaction de leurs besoins légitimes ». Être libre, ce n’est ni vivre contre les autres (ou pire, sans eux), mais c’est exister pour et avec les autres, en interdépendance.
  • Les limites de cette interdépendance seront celles des cadres à l’intérieur desquelles nos vies individuelles peuvent se déployer. Ces cadres sont des Communs : la nature et la société.

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« Inter », c’est d’abord ce qui est « entre », « au milieu de ».

Et c’est là que rôde le contresens (ou le retour, non pas du refoulé, mais de la tentation individualiste) : qui consisterait à comprendre l’interdépendance comme ce qui se situe entre deux indépendances. Comme s’il y avait d’abord deux individus, puis la relation entre eux deux. Et là on resterait dans une conception individualiste de la société, définie comme un ensemble d’individus juxtaposés (un « tas d’individus »).

Mais le milieu ne peut être « au milieu de » que si, au préalable, il est le milieu au sein duquel peuvent apparaître des existences singulières.

Par exemple : les mots ne peuvent relier deux humains que si, au préalable, ces deux personnes se situent au sein d’une langue commune.

Par exemple, beaucoup croient qu’un dialogue est un échange entre deux personnes, par distinction avec le monologue. Mais en grec, « dia« , ce n’est pas « dya ». Dya, c’est dua, que l’on retrouve dans duel. Dia, c’est le latin « inter« , c’est le milieu. Le dia-logos, c’est alors l’échange de mots au milieu de la raison (logos). Dans un dialogue, les locuteurs sont des interlocuteurs.

L’interdépendance est ainsi la liberté qui s’effectue au sein d’un cadre qui est à la fois commun et préalable, qui préexiste à la vie individuelle : la nature ou la société sont de tels communs préalables.

*

Si le cadre est pensé comme « espace écologique » alors l’interdépendance est ce domaine commun de liberté dont le plancher serait la dépendance et le plafond l’indépendance.

*

C’est en ce sens de liberté comme interdépendance que les décroissants sont des socialistes et des écologistes.

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Féminisme, patriarcat et décroissance http://ladecroissance.xyz/2020/12/15/feminisme-patriarcat-decroissance/ http://ladecroissance.xyz/2020/12/15/feminisme-patriarcat-decroissance/#respond Tue, 15 Dec 2020 18:04:58 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=2012 Un court échange de mails à propos de la Lettre de la MCD du mois de décembre 2020, intitulée « Jusqu’à

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Un court échange de mails à propos de la Lettre de la MCD du mois de décembre 2020, intitulée « Jusqu’à quel point faut-il conserver ?« .

Nous avons reçu ce mail de Romuald

Oui, toute la question est là.

Et c’est pourquoi j’avais été surpris par l’une de tes dernières lettres sur le féminisme, la société « patriarcale »… qui me semblait une concession à cette frénésie déconstructrice de l’émancipation de tout et n’importe quoi qui affecte notre époque et s’ajuste si bien avec la révolution permanente capitaliste. Mais je t’ai peut-être mal lu (et au travers de mes propres questionnements).

Non pas bien sûr que je sois contre l’égalité homme-femme, mais il me semble que les formes que prennent les revendications féministes (tout comme celle des indigénistes-racialistes soi-disant anti-racistes, celles de s LGBT…) actuelles dans les milieux bobos comme dans les milieux dits « radicaux », en plus de partir de postulats faux historiquement, sont des surenchères ultra-individualistes qui mènent autant aux niches marketing consuméristes (les quotas de représentation « raciales » dans tous les domaines) qu’à la domination techno-scientistes (pma, transhumanisme…) et la domination brutale tout court (GPA).

Sortir de l’idéologie du Progrès est une urgence. Entre autre parce qu’elle remet toujours à demain et à des facteurs hétéronomes (outils technologiques, révolution, science…) la réalisation d’un présent plus vivable.

Et qu’il me semble plus juste de dire avec un Gustav Landauer (et contre Marx et ses épigones) que le socialisme (ou l’écologie, la décroissance, l’égalité, le partage…) est possible tout le temps, en tous lieux, toutes époques ou impossible tout le temps. C’est à dire qu’il dépend de la volonté subjective des hommes à toutes ces époques et non à un quelconque état des « forces productives ».

Les Levellers anglais avaient raison de vouloir le partage au 17ème siècle au temps agricoles et il était certainement possible, tout comme les socialistes mutuellistes proudhoniens auraient bien pu réussir à l’organiser à l’ère de l’artisanat et de l’industrie naissante.

En ce qui concerne l’écologie et la décroissance, ce refus de l’idéologie progressiste nous permet de refuser de faire de la « transition technologique » l’étape obligée de la « transition » écologique comme le veulent tous les éco-technocrates industrialistes et institutionnels.

Romuald.

Et voici notre réponse, totalement approuvée par Romuald

La dénonciation décroissante du patriarcat(viriarcat) se sépare des 2 grands courants du féminisme politique :

  • le féminisme libéral (ou bourgeois) qui individualise et qui porte aujourd’hui un féminisme sociétal favorable à la PMA et GPA ; et qui dans certaines branches LGBT… en vient en effet à une revendication totalement individualiste d’un choix individuel du sexe/genre
  • le féminisme socialiste qui est un féminisme du « rattrapage » par le travail

Ce que nous défendons :

  • loin des fables d’un matriarcat primitif, les sociétés ont toujours été peu ou prou des sociétés patriarcales
  • c’est-à-dire des sociétés où certaines sphères sont exclusivement réservées aux hommes : les sphères du pouvoir, politique et/ou militaire et – par l’exclusivité des armées – les sphères de la chasse

Ce patriarcat peut être interprété comme une stratégie visant 2 buts à la fois :

  1. la domination d’un genre sur l’autre → des hommes sur les femmes
  2. la dévalorisation de la sphère sociale de base au profit de la valorisation de la sphère sociale de pointe → cette sphère de base est celle de la « reproduction sociale » (La reproduction du cycle vital au sein de la sphère privée – parturition, éducation des enfants, cuisine, ménage…).

C’est donc dans le même geste socio-politique :

  • que la sphère de la reproduction sociale est dévalorisée (il s’agit pour l’élite qui veut profiter du pouvoir de dévaloriser la partie de la vie sociale qui sert de base à la société) → puisque, c’est cela « avoir du pouvoir » = pouvoir se détacher des activités de base.
  • que les femmes sont assignées à la sphère dévalorisée → et donc que les femmes sont assignées à la sphère de la reproduction sociale

Bref : un féminisme décroissant est un féminisme du « rattrapage » : mais ce n’est pas aux femmes de rattraper les hommes en travaillant, mais c’est aux hommes de retrouver le sens de la « vie sociale » non dans la sphère productive mais dans la sphère de la reproduction sociale (c’est-à-dire la sphère qui permet à la société de continuer, de se conserver)

Il nous semble que nous proposons là une voie féministe tout à fait honorable (parce que ni individualiste ni travailliste), donc discutable…

Ce féminisme décroissant revendique explicitement de se situer dans la lignée de l’écoféminisme de Françoise d’Eaubonne : la dénonciation parallèle de l’exploitation de la nature et de l’exploitation des femmes ne repose sur aucun essentialisme mais sur l’exploitation d’une « ressource » abondante et gratuite. Nous recommandons particulièrement la lecture suivante : Iris Derzelle, « L’écoféminisme de Françoise d’Eaubonne. Une pensée de gauche escamotée ? », La Vie des idées , 15 décembre 2020. ISSN : 2105-3030. URL : https://laviedesidees.fr/L-ecofeminisme-de-Francoise-d-Eaubonne.html .

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http://ladecroissance.xyz/2020/12/15/feminisme-patriarcat-decroissance/feed/ 0
Lire : Le pire n’est pas certain, de Catherine et Raphaël Larrère http://ladecroissance.xyz/2020/12/01/lire-le-pire-nest-pas-certain-larrere/ http://ladecroissance.xyz/2020/12/01/lire-le-pire-nest-pas-certain-larrere/#respond Tue, 01 Dec 2020 10:48:30 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=2000 Le Pire n’est pas certain – Essai sur l’aveuglement catastrophiste, de Catherine et Raphaël Larrère, éd. Premier Parallèle, 208 pages,

L’article Lire : Le pire n’est pas certain, de Catherine et Raphaël Larrère est apparu en premier sur la Maison commune de la décroissance.

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Le Pire n’est pas certain – Essai sur l’aveuglement catastrophiste, de Catherine et Raphaël Larrère, éd. Premier Parallèle, 208 pages, 18 €. L’écologie ne doit pas se laisser absorber dans un courant qui, finalement, dessert ses objectifs.

Pour une autre critique de la collapsologie, Renaud Garcia vient de faire paraître La collapsologie ou l’écologie mutilée, chez l’Échappée. En voici une présentation filmée par Nicolas Casaux, lors des rencontres d’été de l’association Crise & Critique en juillet-août 2020.

Les enjeux philosophiques d’une critique de la collapsologie

Le risque de l’évacuation de la liberté (par la nécessité)

Il ne faut pas douter qu’il existe des nécessités : mais elles ne fournissent que le cadre à l’intérieur duquel des actions peuvent s’engager.

Pour dire les choses autrement : en quel sens les limites déterminent-elles nos possibles actions politiques ? Si « déterminer » veut dire « fixer » alors il faut plutôt défendre la contingence de nos actions au lieu de leur nécessité : il faut affirmer qu’aucune action politique n’est l’effet déterminé d’une nécessité. Pourquoi ? Parce qu’il ne peut y avoir de politique que sur fond de contingence ; de choix ; de liberté. C’est en ce sens que le vieil Aristote définissait l’homme comme un « animal politique », c’est-à-dire un être naturellement sociable, un agent capable de « prudence », qui est la capacité pour la volonté de faire les bons choix, de saisir la bonne occasion (kairos).

Mais si « déterminer » ne veut pas dire « fixer », il peut signifier « cadrer » : alors, oui, des nécessités écologiques, sociales, cadrent nos actions. C’est en ce sens que nos actions sont déterminées. Si elles étaient fixées, elles seraient prévisibles ; déduites des nécessités comme la trajectoire d’une pierre est déductible des conditions initiales.

La question est donc : dans quelle mesure la collapsologie échappe-t-elle aux paralogismes de la nécessité ?

Aspect subsidiaire : je défends l’idée générale que, parmi les critiques du capitalisme, le marxisme a déjà échoué à échapper à tels paralogismes. L’économie « en dernière instance », le matérialisme historique, la dictature du prolétariat sont des éléments de preuve de cet échec, échec qui impliquait l’évacuation politique de la liberté dans l’action politique.

La collapsologie est-elle à la question écologique ce que le marxisme a été à la question sociale ?

Le risque de l’évacuation de la vérité (par le doute)

Mais le cours récent des événements indique un autre risque : l’évacuation de la vérité, c’est-à-dire de la possibilité que des parties opposées continuent de discuter ensemble en prétendant pourtant chacune à la vérité.

Cette prétention double et inverse à la vérité est l’une des conditions de possibilité du débat démocratique. Et l’on comprend assez bien qu’il y a deux périls qui ici menacent : le scepticisme et le dogmatisme. Chacune de ces deux attitudes a son pôle toxique et son pôle fécond. Le scepticisme toxique est celui qui dépasse les plafonds du relativisme au point que chacun puisse s’enfermer sinon dans ses opinions individuelles, au moins dans l’archipel des « mêmes ». Le dogmatisme toxique est celui qui dépasse les plafonds de la conviction au point de ne plus être capable d’entendre – au sens de « terrain d’entente » – des arguments « autres ». Le scepticisme fécond est celui dont le doute dépasse le plancher du conformisme, dans une revendication politique plus d’émancipation (se libérer des aliénations) que d’indépendance (ne donner d’importance qu’à son point de vue individuel). Et il peut même y avoir un bon usage – fécond – du dogmatisme, quand le convaincu dépasse le plancher du quant à soi pour tenter de faire changer d’avis l’autre, non par des arguments d’autorité mais pas l’autorité des arguments.

Le point important c’est de remarquer que le scepticisme toxique (l’excès de scepticisme et de relativisme) partage avec le dogmatisme toxique (l’excès de conviction) la même conception erronée de la vérité. Comme si seule une vérité absolue méritait le nom de vérité : le sceptique toxique faute de posséder une telle vérité absolue tombe dans le doute absolu ; le dogmatique toxique croit posséder cette vérité. Les deux croient que seule la vérité absolue est vérité. Ce qui est faux.

Contre cette conception d’une vérité indiscutable, il faut au contraire défendre une conception ouverte, élargie, de la vérité discutable. Ce n’est que de la discussion contradictoire que peut se découvrir la vérité. La discussion ouverte suppose donc des moments sceptiques, critiques, et des moments dogmatiques, quand la conviction se mue en responsabilité de défendre le meilleur argument.

Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est au contraire la victoire du dialogue de sourds = l’oubli que la vérité dans l’action politique ne s’obtient pas miraculeusement mais par des essais et des erreurs.

Alors – pour revenir à la pandémie et à ses polémiques – quand le gouvernement s’entête à aligner mois après mois ses mesures comme si à chaque fois il détenait la certitude absolue, il faut reconnaître qu’il trouve dans le corona-scepticisme, le rassurisme et le complotisme les réponses erronées qu’il mérite. Mais ce face à face est mortifère pour la vérité, pour la vérité comme end in view de tout débat démocratique.

[Pour ceux qui ne voient pas les connivences que je prétends dénoncer, je vais être plus clair : je suis aujourd’hui très étonné des rapprochements que certains cercles « alternatifs » effectuent en direction des vérités « alternatives ». Comment leur scepticisme dépasse les plafonds de la toxicité au point de ne proposer que la figure inversée des politiques qu’ils prétendent critiquer : ainsi quand ils reprochent au gouvernement de se focaliser sur la pandémie tout en continuant de négliger d’autres périls tels le glyphosate, les nanotechnologies ou la 5G, ils ne voient pas qu’ils se contentent d’inverser le tri gouvernemental : il faudrait se concentrer sur le glyphosate… et ne pas exagérer les dangers de la pandémie. Chacun se tient ainsi par la barbichette du tri sans défendre que le principe de précaution est précisément – en temps de l’anthropocène où l’horizon des incertitudes des effets du complexe industrialo-scientifique ne fait que reculer – le refus de tout tri.

On peut lire aussi : Bienvenue dans le désert du réel, une analyse de Jean-Luc Debry sur le site A contretemps.]

Et maintenant je reviens à la collapsologie et son rapport à la vérité, à la certitude que l’effondrement est inévitable. Dans son rapport à la vérité, quelle place la collapsologie laisse à l’action politique ?

En quoi consiste l’aveuglement politique de la collapsologie ?

Bulles roses et bulles noires

Il n’est pas indifférent que les polémiques actuelles sur le confinement renvoient au fait au bon usage du principe de précaution. Dans les Bulles technologiques, un précédent ouvrage publié en 2017, Catherine et Raphaël Larrère pointaient déjà parfaitement la difficulté. Quand un risque est avéré, même dans l’ignorance de l’ampleur et la gravité, on se trouve dans « le domaine de la prévention » (op. cit., page 83). La précaution se prend même si le risque n’est pas avéré. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel est que cette « distinction entre prévention et précaution est fragile, parce qu’il est toujours possible de réintroduire de l’incertitude là où des résultats scientifiques semblaient avoir tranché la question de l’existence (ou de l’inexistence) d’un risque » (id.). C’est ainsi que des « fauteurs de doute » – on peut penser aux climato-sceptiques, aux industriels du tabac ou de l’agro-chimie – ont parfaitement saisi la puissance du doute pour renvoyer à plus tard l’usage de la précaution. Il peut donc y avoir une « production stratégique du doute et de l’ignorance » (ibid., page 85) dont le principal effet est de « marginaliser l’application du principe de précaution ».

Quelques pages plus loin, nos deux auteurs en viennent à énoncer la critique de la collapsologie qui fera l’objet principal de leur ouvrage actuel. « La focalisation sur les risques conduit à substituer aux bulles roses dont nous sommes abreuvés, la bulle noire d’un inévitable effondrement… Ces deux récits  opposés entretiennent une étrange correspondance. Tous deux relèvent du TINA (There is no alternative) : on ne peut rien faire contre, mais seulement s’y adapter.

C’est bien le même argument de la nécessité que l’on retrouve aussi bien dans les bulles roses des promesses technologiques 1 que dans les bulles noires des catastrophes annoncées.

Commençons par nous rassurer : a/ non seulement les auteurs ne nient pas que des risques existent, mais b/ ces risques sont bien identifiés en tant que dépassement des limites.

a/ Le dépassement de 9 limites planétaires 2 identifiées par les chercheurs du Stockholm Resilience Centre « expose à des ruptures d’équilibre global » (page 46).

b/ « Le problème n’est pas que nous risquons de manquer de pétrole, mais que nous en avons trop. L’urgence est désormais de maintenir les réserves fossiles sous terre. Il ne suffit pas de limiter la consommation énergétique, il faut adopter un autre mode de vie, trouver une autre façon d’habiter la nature et d’en tirer parti » (page 47).

« Adopter un autre mode de vie », n’est-ce pas ce que proposent aussi les collapsologues ? Mais alors pourquoi les critiquer ?

La collapsologie est le « nouveau grand récit » de la nécessité

« Que de nouvelles catastrophes soient possibles et même probables n’impliquent en effet nullement, bien au contraire, de les déclarer certaines en les totalisant dans un récit unique » (page 58). La critique contre la collapsologie est double : elle porte a/ sur le passage du possible à la certitude – c’est la question de la vérité et du doute (querelle du scepticisme) ; et b/ sur la mise en forme d’un récit « total » – c’est la question de la liberté et de la nécessité (querelle du déterminisme).

  • Il y a quelques années, Jean-Pierre Dupuy a défendu un « catastrophisme éclairé » qui consistait à faire de la catastrophe non pas une certitude (ontologique) mais un principe méthodologique : il ne s’agit pas de dire que la catastrophe est une réalité mais il suffit de faire comme si c’était le cas. Comment ne pas avoir remarqué que les collapsologues médiatiques ont souvent commenté la pandémie dans le registre du « et bien cela prouve que nous sommes dans l’effondrement ». Ce qui est paradoxal quand on sait à quel point la collapsologie a besoin pour dénigrer les critiques qui lui sont adressées de les accuser de déni de la réalité ; or, force est de constater que nous ne vivons pas aujourd’hui l’effondrement : « le système a perduré et perdure. Il n’y a pas eu d’effondrement, l’État a tenu, les gens ont continué à travailler, et même si ça a été très difficile, les hôpitaux ont continué à fonctionner… » 3. Le rapport à la réalité – et philosophiquement, ce rapport à la réalité quand il est adéquat s’appelle… la vérité – est donc problématique dans le grand récit collapsologique.
  • Mais alors pourquoi ce récit se maintient-il ? Pourquoi n’est-il pas immédiatement réfuté par la réalité ? Parce que – à raison, comme nous l’avons vu – il s’appuie sur le dépassement actuel des capacités de charge écologique ; parce que les réponses classiques de la contestation politique – les formes partidaires – sont en échec. Mais aussi, et surtout, parce que ce récit repose sur une conception paresseuse de l’histoire : l’effondrement serait inévitable, l’histoire serait déjà écrite, on connaîtrait la fin de l’histoire, passons sans tarder à la suite…
  • C’est là le point le plus fort de la critique : en apparence, le récit collapsologique s’oppose au récit du progrès. Mais en réalité, les deux récits « naturalisent l’histoire » (page 96) : « on a dans les deux cas la même conception linéaire du temps ».

Conscient de cette troublante parenté, nous pouvons revenir à ce que défendait Jean-Pierre Dupuy : en faisant de la catastrophe un principe méthodologique d’action, il faisait de cet avenir catastrophique un avenir dont on ne veut pas. C’est précisément cette question de la volonté qui est évacuée par la collapsologie : il n’y aurait pas d’autres alternatives que l’effondrement et si volonté il doit y avoir encore, ce ne peut être que pour les « collapsonautes », mais après la catastrophe.

Politiquement cet évacuation de la volonté débouche sur une écologie dépolitisée : « Nous voilà libéré.e.s de notre impuissance à vaincre l’invincible capitalisme, puisqu’il est voué à s’écrouler tout seul » (Yves Citton et Jacopo Rasmi, Générations collapsonautes, cités page 96).

Ajoutons que prendre à rebours le grand récit collapsologique n’implique absolument pas de nier les effritements. Mais entre l’effondrement et l’effritement, il y a le grand écart d’une place faite, ou non, à la volonté : à la politique.

Que faire ?

Pour Catherine et Raphaël Larrère l’effondrement n’est donc pas certain, il n’est pas non plus aussi global que le prétend le récit de la collapsologie. Le danger, c’est que selon eux cette certitude et cette globalisation empêchent de voir la diversité des situations et la possibilité de réactions politiques.

Certes les récits collapsologiques multiplient – ils les compilent – les données macroscopiques. Mais de ces données ils n’en tirent que des certitudes générales, des moyennes, alors que – tout au contraire – « ce qui caractérise la situation actuelle, c’est l’imprévisibilité de l’avenir… nous sommes confrontés au contraire à l’incertitude » (page 90). Et nous retrouvons là la question évoquée plus tôt des limites du scepticisme, de son usage fécond et de son potentiel toxique.

S’il est certain que la catastrophe est inévitable, que faire ?

  • Pour les collapsologues, il faudra vivre ces effondrements : http://ladecroissance.xyz/2020/05/09/une-autre-fin-du-monde-est-possible-de-pablo-servigne-raphael-stevens-et-gauthier-chapelle/.
  • Pour Catherine et Raphaël Larrère, la catastrophe est évitable : « Il y a une multitude de luttes sociales partout dans le monde pour essayer d’améliorer les choses, pour obliger les pouvoirs publics à agir. Et il y a tout autant d’expérimentations sociales et citoyennes qui se développent dans des espaces de liberté que leur laissent les pouvoirs publics, ou qui luttent fortement pour les obtenir. Et ce, que ce soit l’économie solidaire, les villes en transition, les éco villages, la permaculture, ou encore les ZAD, qui inventent de nouvelles relations sociales et techniques à la nature afin de vivre autrement et mieux. Ces gens-là sont très nombreux et le problème est que quand les collapsologues y font référence, c’est pour dire “vous voyez bien qu’ils font ça parce qu’on va s’effondrer”. Ils s’approprient ces mouvements en éliminant tout leur côté politique, alors que ce sont des mouvements de contestation de la société telle qu’elle est aujourd’hui » (itw des Inrocks citée plus haut).

C’est sur cette dernière réponse que je voudrais marquer une (forte) réticence, même si nuancée :

  • Certes, par opposition à la collapsologie, un catastrophisme éclairé redonne du service à la volonté en politique. Cette option « volontariste » est le point fort de leurs analyses. Car elle fournit la voie générale pour s’opposer à toutes les variantes de « l’argument de la nécessité » (c’est comme cela et ce ne peut pas être autrement) dont le spectre est tellement large : le laisser-faire du libéralisme, le matérialisme marxiste, le catastrophisme ontologique.
  • Cette voie volontariste est creusée depuis longtemps par Catherine et Raphaël Larrère : en 2015, ils publiaient Penser et agir avec la nature dans lequel les paradigmes du démiurge et du pilote leur permettaient d’analyser avec finesse comme agir « avec » la nature (chapitre 6) avant de se demander (déjà) si l’on pouvait échapper au catastrophisme (chapitre 8). Dans une intervention lors d’un colloque tenu en 2012 « Y a-t-il du sacré dans la nature ? », Catherine Larrère traçait déjà la voie d’un « agir environnemental », qui explorait une voie entre les périls de l’agir technique (ne voir dans la nature qu’un matériau inerte que les hommes pourrait dominer à volonté) et ceux d’une sacralisation excessive la nature (qui maintiendrait de façon illusoire une nature sanctuarisée, objet de contemplation ou de promenade).
  • Néanmoins, leur critique de l’emploi d’un déterminisme excessif par la collapsologie, même si elle est portée par le volontarisme évoqué ne me semble jamais atteindre cet élan supplémentaire d’imagination (politique, mais en réalité spirituel) que j’exprime par le « quand bien même » : seul cet « exercice spirituel » d’imagination (quand bien même les « ressources » de la nature et les « richesses » de l’économie seraient inépuisables, il ne faudrait en déduire aucune légitimité pour maltraiter la nature ou pour justifier les inégalités) me semble capable de porter la critique un pas plus loin que le rejet du monde actuel et le placement de presque tous nos espoirs dans les « alternatives locales ».
  • Car de la même façon que Catherine et Raphaël signalent le rapprochement paradoxal dans le TINA de la collapsologie et du capitalisme, je me permets de signaler un même rapprochement paradoxal entre leur position et celle de la collapsologie quant à l’espoir placé dans ces alternatives concrètes.
  • Certes, il faut reconnaître qu’ils ne les situent pas au même moment historique : pour les Larrère, les alternatives concrètes viennent avant la catastrophe et leur objectif est précisément de l’éviter, et c’est pourquoi ils n’en viennent jamais à espérer une telle catastrophe. On ne peut en écrire autant de certains collapsologues qui voient dans les catastrophes de « bonnes nouvelles » : et c’est pourquoi pour eux les alternatives locales sont des préfigurations de ce qui viendra après la catastrophe.

Comment trancher entre avant et après ? Difficile. Mais malheureusement, il me semble qu’on peut leur reprocher un mauvais usage de leurs espoirs : là où il ne faudrait espérer que sur le mode du désir, ils tombent dans la croyance que ces alternatives pourraient mener aux objectifs espérés. Aucune analyse critique de cet espoir-croyance ne vient nuancer leurs jugements : il y a pourtant des raisons de le faire, historique (nous en sommes depuis le 19ème siècle à la quatrième ou cinquième vague et les leçons de leurs échecs successifs ne sont jamais tirées), sociale (tous ces espoirs-croyances reposent sur une conception erronée de ce que société veut dire, ils sous-entendent toujours une société comme addition d’actions individuelles), politique (la séquence princeps de la préfiguration→essaimage par exemplarité→masse critique→bifurcation n’est jamais interrogée non plus)…

C’est donc bien de volontarisme dont nous aurions besoin, mais d’un volontarisme qui ne se réduise pas politiquement aux initiatives locales. La « mission » de la décroissance n’est-elle pas – parce sa critique de la croissance et de son monde est générale – de porter ce volontarisme politique ?

Références[+]

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Un décroissant, la croissance et son monde numérique http://ladecroissance.xyz/2020/12/01/un-decroissant-la-croissance-et-son-monde-numerique/ http://ladecroissance.xyz/2020/12/01/un-decroissant-la-croissance-et-son-monde-numerique/#respond Tue, 01 Dec 2020 07:49:12 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=2005 C’est bien joli de tout renvoyer sur la seule responsabilité individuelle, les petits gestes etc. C’est idéologiquement parfaitement libéral, totalement soluble dans l’organisation sociale actuelle et totalement inoffensif. C’est que la dimension sociale, collective, politique, est totalement occultée.

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« Comment, tu as un téléphone portable et un ordinateur ? Fi, tu n’es pas cohérent. »

Je vous l’accorde, « fi » est un pur effet. Mais hélas, combien de fois n’ai-je pas entendu ce refrain. J’essaie d’y répondre, quand la possibilité m’en est laissée.

D’abord, tout bêtement, je préfère quelqu’un qui essaie d’avoir des principes moraux et de s’y tenir mais qui parfois faillit à une crapule sans principe qui ne risque pas de trahir quoi que ce soit.

Ensuite je suis un être humain qui vit en société et qui, n’ayant la perfection ni du moine au désert ni du parfait cathare, ne peut pas se couper de la vie de ses semblables. J’ai un portable parce que, hélas certes, j’en ai besoin dans ma vie sociale quotidienne.

Silence – n° 363 – décembre 2008

Mais surtout ce qui suit ;

C’est bien joli de tout renvoyer sur la seule responsabilité individuelle, les petits gestes etc. C’est idéologiquement parfaitement libéral, totalement soluble dans l’organisation sociale actuelle et totalement inoffensif. C’est que la dimension sociale, collective, politique, est totalement occultée. Je n’ai pas de lave-vaisselle, j’ai un bon vieux moulin à café manuel et une cafetière italienne à peu près inaltérable, je etc. Mais ni ordinateur ni connexion internet ? Impossible. Ma compagne est exploitante agricole. Le dossier annuel à remplir pour la PAC n’existe plus en version papier. Il n’existe que la télédéclaration. Si vous n’avez pas le matériel chez vous vous devez passer par des entreprises agréées du secteur agricole (fournisseurs de semences, etc.) qui vous facturent le service. Idem pour la récupération de la taxe sur le gazole via le portail Chorus Pro et la déclaration de la TVA, puisque la comptabilité publique est dorénavant totalement informatisée – Chorus Pro, Chorus cœur, Chorus formulaire… Et là, sans matériel chez vous, vous vous démerdez !

Le numérique est bien un système, une machine.

Alain Blanchet

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Alexandre Chayanov, pour un socialisme paysan, par Renaud Garcia http://ladecroissance.xyz/2020/11/25/alexandre-chayanov/ http://ladecroissance.xyz/2020/11/25/alexandre-chayanov/#comments Wed, 25 Nov 2020 19:11:42 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1986 Ce que les décroissants peuvent retenir des réflexions de Chayanov concerne sa défense acharnée de la forme coopérative en ce qui concerne les unités de production.

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Alexandre Chayanov, pour un socialisme paysan, dans la collection « Les précurseurs de la décroissance », par Renaud Garcia, 2017.

Depuis quelques années, la collection « Les précurseurs de la décroissance », qui est dirigée par Serge Latouche, nous fait découvrir des auteurs dont la renommée semble inversement proportionnelle à leur apport pour une réflexion critique de « la croissance et son monde ».

Alexandre Chayanov (1888-1937)

Qui était Alexandre Chayanov ? Un économiste soviétique partisan des coopératives agricoles, ce qui ne fut pas évident au pays de la planification et du productivisme étatique. Arrêté une première fois en 1930 ; puis condamné lors d’un procès secret en 1932 à cinq ans de camp de travail, il fut de nouveau arrêté le 3 octobre 1937, jugé et fusillé le même jour.

Ses principales œuvres sont deux ouvrages, l’un est général, Sur la théorie des systèmes économiques non capitalistes (1924) et l’autre  plus spécifiquement dirigé vers les coopératives paysannes, Organisation des fermes paysannes ().

Ce qui nous intéresse en premier chez lui est sa défense d’une agriculture qui repose d’abord sur les communautés paysannes et plus particulièrement sur la ferme familiale comme unité productive de base : la famille paysanne comme base de la société et de l’économie.

  • Cette cellule familiale est d’abord une forme de vie basée sur des savoir-faire vernaculaires, mettant en pratique des valeurs d’équilibre et de simplicité : bonne foi, autolimitation, combinaison optimale des activités.
  • Chaque processus – mécanique, biologique, artisanal, économique – est adapté à la bonne échelle, à la bonne taille.
  • Est ainsi obtenue une autonomie comme autosuffisance, en totale opposition avec le productivisme d’une agriculture industrielle que le pouvoir soviétique promouvait : « La forme principale de concentration des exploitations paysannes ne peut être que al concentration verticale, en outre sous ses formes coopératives, car ce n’est que sous de telles formes qu’elle se trouvera liée organiquement avec la production agricole et qu’elle pourra atteindre son extension et son intensité adéquates » (cité page 33).

Mais par-delà cette forme de vie paysanne remarquable, ce que les décroissants peuvent retenir des réflexions de Chayanov concerne sa défense acharnée de la forme coopérative en ce qui concerne les unités de production.

  • « On pourrait dire que la théorie des optima différentiels est l’idée structurante fondamentale de la coopération agricole ; et que seule la coopération permet à la théorie d’être mise en pratique » (extrait de The Theory of Peasant Coopératives, 1927, cité page 78).
  • Cette théorie défend l’idée que ce qu’il faut rechercher ce n’est pas le maximum à tout prix mais a/ l’optimum, b/ adapté à chaque segment d’un processus.
  • L’optimum n’est pas le petit quel que soit le contexte mais c’est le proportionné : c’est une affaire d’échelle, que la taille reste à taille humaine.
  • La forme coopérative peut seule permettre cet ajustement : chaque système productif possède ainsi son échelle optimale de fonctionnement.

Renaud Garcia rattache ces réflexions de Chayanov à ce que Teodor Chanin appelle économie « expolaire », c’est-à-dire qui échappe aux 2 seuls pôles du marché et de l’État. On aurait aussi pu penser aux distinctions proposées par Karl Polanyi entre réciprocité, redistribution, oeconomie et marché.

La question que nous devons nous poser : quelle est la forme productive de base qui soit d’abord une forme de vie ? L’enjeu est bien de savoir si nous réussirons à sortir de l’encastrement moderne de la société dans l’économie.

 

 

 

 

 

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Illusion : à la poursuite d’une énergie illimitée http://ladecroissance.xyz/2020/11/24/illusion-hydrogene/ http://ladecroissance.xyz/2020/11/24/illusion-hydrogene/#comments Tue, 24 Nov 2020 17:08:06 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1993 Quand bien même l’hydrogène serait une source d’énergie illimitée, ce qu’elle ne sera probablement pas, nous devrions nous interroger sur le pathétique qu’a notre société à rechercher coûte que coûte une énergie inépuisable.

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L’énergie du futur est-elle pour demain ?

L’illusion d’une énergie illimitée a, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, reposé sur la fusion nucléaire, dite l’énergie du futur. Énergie du futur, elle risque de le rester encore longtemps, tant ITER de Cadarache, peine à sortir de terre. Sa mise en service est prévue en 2025 pour ouvrir la voie à la construction, en 2040, de Demo, le prototype industriel. Au regard des difficultés que rencontrent les techniciens du CEA dans la construction du Totamak, on est en droit de douter que les échéances soient tenues. Si nous en venons à évoquer la fusion, c’est qu’elle fait intervenir l’hydrogène, du moins ses deux isotopes, le tritium et le deutérium.

L’hydrogène a le vent en poupe

Aujourd’hui on investit à nouveau dans l’hydrogène : 7,2 milliards d’euros sur 10 ans, dont 2 dans les deux prochaines années, voilà ce que le gouvernement compte créditer pour la recherche à solutionner les nombreux problèmes que posent la production d’H2 1. Par ailleurs, la commission européenne a annoncé début juillet la production, par des électrolyseurs, de 1 M de tonnes d’H2 d’ici 2024 et de 10 M de tonnes en 2030. Cet hydrogène sera injecté dans les réseaux de gaz naturel, sera transformé en méthane ou en carburants liquides, servira à produire de l’électricité dans les piles à combustible ou comme vecteur de stockage d’énergie solaire et éolienne. Tout cela est parfait. En théorie du moins, car en pratique les choses ne sont pas si simples.

Comment produit-on l’H2 ?

En effet la molécule de dihydrogène, appelée hydrogène, n’existe pas à l’état naturel sur Terre. L’hydrogène ne se rencontre que sous des formes combinées avec d’autres atomes : dans l’eau, dans les sulfures, dans le méthane ou encore dans les hydrocarbures.

Aujourd’hui, 95% de l’H2 utilisé par l’industrie (raffinage du pétrole, fabrication de plastique, sidérurgie, chimie des engrais, …) sont produits à partir des fossiles (gaz naturel, pétrole, bois).

  • Le procédé le plus courant se fait à partir du gaz naturel. Soumis à de la vapeur d’eau élevée à de très hautes températures, les atomes de CH4 se dissocient pour créer du H2 et du CO2. Ce procédé se nomme le reformage.
  • Un autre procédé est la gazéification du charbon de bois (composé de carbone et d’eau). Brûlé à 1200/1400°C, le bois libère des gaz qui vont former du H2 et du CO.

Les limites de ces procédés apparaissent tout de suite : ils utilisent des sources fossiles et sont très énergivores. De plus, la production de l’H2 par ces procédés représente plus de 2% des émissions de GES. C’est pourquoi l’électrolyse fait aujourd’hui consensus.

L’électrolyse, la solution miracle

Vite dit, l’électrolyse consiste à décomposer de l’eau par un courant électrique. Le problème de l’électrolyse est que ce procédé nécessite une grande quantité d’électricité. Donnons un ordre de grandeur : si nous devions produire par électrolyse l’H2 aujourd’hui utilisé dans l’industrie, toute l’électricité produite en Europe (3600TWH) ne suffirait pas. Cet hydrogène produit sera essentiellement destiné aux piles à combustible.

La pile à combustible

Une pile à combustible est un générateur qui fabrique de l’électricité grâce à l’oxydation sur une électrode de l’hydrogène, couplée à la réduction sur l’autre électrode de l’oxygène de l’air. La réaction inverse de l’électrolyse en somme. Mais pour que cette réaction d’oxydo-réduction se fasse, il est nécessaire d’employer du platine comme catalyseur, ce qui rend, pour le moment, l’électrolyse trop coûteuse dans l’industrie. En bref, l’électrolyse revient donc à produire de l’H2 avec de l’électricité pour s’en servir comme combustible pour produire… de l’électricité ! C’est la même logique que pour le chauffage électrique : on utilise une source d’énergie (la fission nucléaire, du gaz, du pétrole, la méthanisation,…) pour produire de l’électricité qui servira à chauffer les habitations. L’électricité n’est donc pas une énergie, mais ce qu’on appelle un vecteur d’énergie. C’est le rôle de l’hydrogène dans les piles à combustibles.

L’insoutenable légèreté de l’hydrogène

L’autre grand problème à résoudre pour utiliser l’H2 à grande échelle est sa légèreté (1kg de H2 occupe 11m3). Pour le transporter on doit le liquéfier, soit par la baisse de température, mais l’H2 se liquéfie à -240°C, soit par pression, mais dans ce cas on doit atteindre 700 bars. Atteindre une température de -240°C ou une pression de 700 bars, sont des opérations extrêmement coûteuses en énergie.

Et quand bien même…

Quand bien même l’hydrogène serait une source d’énergie illimitée, ce qu’elle ne sera probablement pas, nous devrions nous interroger sur le pathétique qu’a notre société à rechercher coûte que coûte une énergie inépuisable. Citons Ivan IIlich (Energie et Equité) : « L’utilisation de hauts quanta d’énergie a des effets aussi destructeurs pour la structure sociale que pour le milieu physique. » Plus loin : « Pour que les rapports sociaux soient placés sous le signe de l’équité, il faut qu’une société limite d’elle-même la consommation de ses plus puissants citoyens. »

Nous devons abandonner l’illusion d’une énergie illimitée qui ne ferait que poursuivre l’entreprise de dévastation du monde et d’artificialisation des derniers espaces sauvages, que nous a permis le pétrole. Ce n’est pas vers plus, mais vers beaucoup moins d’énergie que nous devons nous orienter.

Références[+]

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Adieu les cons, d’Albert Dupontel http://ladecroissance.xyz/2020/11/24/adieu-les-cons/ http://ladecroissance.xyz/2020/11/24/adieu-les-cons/#respond Tue, 24 Nov 2020 16:52:10 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1989 Albert Dupontel n’est probablement pas un décroissant, mais c’est égal tant son film est un formidable réquisitoire contre le monde de la machine et de la vitesse.

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Nous avons convenu d’une nouvelle rubrique dans la Lettre de la MCD, ce qui prouve que nous aussi nous savons innover ! Une rubrique cinéma, que nous allons ouvrir par un film qui, s’il n’est en rien un film militant, peut être vu comme proche de la décroissance, tant il brosse un sévère tableau de la technologie qui a envahi notre quotidien.

La sortie en salle de Adieu les cons ne pouvait plus mal tomber : juste avant le second confinement, alors qu’il recevait un accueil très favorable du grand public. C’est là un trait commun des bons films, ils ne s’adressent pas seulement à un public d’initiés, ils attirent aussi le grand public. C’est ce qu’est Adieu les cons, un film grand public.

Albert Dupontel n’est probablement pas un décroissant, mais c’est égal tant son film est un formidable réquisitoire contre le monde de la machine et de la vitesse. Peu importe l’histoire qui nous est contée, elle est secondaire, et de toute manière impossible à résumer en quelques lignes. Les personnages eux, le sont moins.

En premier, PJ, l’informaticien génial qui peut contrôler les systèmes de sécurité à partir de son ordi portable. En pianotant comme un virtuose sur son Pleyel, il peut faire descendre et monter à l’envi les ascenseurs qui glissent à la surface d’un immeuble de verre et d’acier, mais aussi retrouver l’adresse de personnes disparues depuis 20 ans, ou encore ouvrir les portes d’une voiture hyper sécurisée. Son ordinateur, qu’il trimbale partout, lui donne ainsi accès à toutes les commodités de notre divertissante modernité.

Ensuite Suze Trapet, une coiffeuse empoisonnée par les saloperies qu’elle a joyeusement dispersées sur les permanentes de ses clientes durant toute sa vie professionnelle, qui vient d’apprendre que ses jours étaient comptés.

Enfin M. Blin, que l’on a relégué dans un placard du sous-sol, où il classe les archives de l’administration. Devenu aveugle suite à une bavure policière, M. Blin garde une aversion maladive pour tout ce qui ressemble à un flic. Quand il en « sent » un, la répulsion le pousse à fuir. La cécité a au moins un bon côté : elle évite de voir le monde d’hier disparaître sous le béton. Adieu le café du coin, disparu le square et ses joueurs de boule, rasées les rues bordées d’arbres…

Suze embarque PJ et M. Blin dans la recherche du fils qu’on lui a retiré alors qu’elle n’avait que 15 ans. Dans leur quête ces trois-là vont apprendre à se connaître, à se découvrir, et à s’aimer.

Avec son style bien particulier, qui n’est pas sans rappeler les cadrages de la bande dessinée, Dupontel nous livre sa vision d’un monde où la communication se fait au travers des écrans, un monde qui produit des déclassés même chez les plus performants de ses cadres, un monde où l’on oublie de se parler, d’échanger, de se dire qu’on s’aime, un monde de violence policière, bref le monde qui est en train de se construire sous nos yeux.

Si un jour les cinémas viennent à rouvrir leur porte, et que Adieu les cons réapparaît sur les affiches, ne vous privez pas du plaisir d’un bon moment de cinéma, ce qui n’est pas si fréquent dans le cinéma français.

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Déjà Debout, sur France Inter le 18 novembre 2020 http://ladecroissance.xyz/2020/11/19/deja-debout-sur-france-inter-le-18-novembre-2020/ http://ladecroissance.xyz/2020/11/19/deja-debout-sur-france-inter-le-18-novembre-2020/#respond Thu, 19 Nov 2020 17:31:01 +0000 http://ladecroissance.xyz/?p=1977 Présenter la croissance comme un "monde" : laisser donc fortement entendre que la décroissance n'est pas qu'une critique économique de la croissance économique

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A l’occasion d’une émission attentive aux personnes réveillées (encore ou déjà…) à 5h30 du matin, quelques mots sur la décroissance.

Juste une remarque générale : difficile d’échapper pour évoquer la décroissance à un commencement par le rejet. En l’occurrence, le rejet de la croissance. Par conséquent, encore plus difficile de placer l’espoir d’un projet. Et peut-être impossible de placer la véritable problématique politique de la décroissance : la question du trajet pour repasser démocratiquement sous les plafonds de soutenabilité écologique.

Se satisfaire peut-être de présenter la croissance comme un « monde ». Laisser donc fortement entendre que la décroissance n’est pas qu’une critique économique de la croissance économique. La décroissance est une philosophie politique.

L’article Déjà Debout, sur France Inter le 18 novembre 2020 est apparu en premier sur la Maison commune de la décroissance.

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